Un scénario, structuré et fruit d’un long travail, est la partie visible d’un iceberg. La sérendipité, art de découvrir l’essentiel par hasard, enrichit l’écriture en apportant des connexions inattendues. S’ouvrir à l’imprévu crée des récits profonds et intimes, captivant le spectateur au-delà d’une narration linéaire.
La structure du scénario : l’iceberg invisible
Un scénario est un document qui doit être très structuré, car l’une de ses fonctions est de construire la narration, donc le sens et l’intérêt pour le spectateur. C’est aussi le résultat d’un long travail d’enquête et d’élaboration. Le scénario n’est que la partie visible d’un iceberg, et non pas l’ensemble de l’iceberg.
La sérendipité : une alliée créative
La sérendipité, qui est l’art ou la capacité de recevoir, comme par hasard, au fil de ses pérégrinations, des choses importantes, de rencontrer l’essentiel sans avoir cherché à le provoquer, me semble être une voie riche dans le cadre du travail d’écriture de scénario. Elle peut s’appliquer à la fois dans l’écriture finale, en offrant une structure narrative peut-être plus souple, plus contemporaine, complexe et enrichissante pour le spectateur, et à la fois dans le processus même de l’écriture.
L’imprévu comme source d’inspiration
La sérendipité nous amène toujours des choses qui tombent juste, qui arrivent à nous comme des évidences. Mais cela demande de se mettre dans un état qui nous rend capable de recevoir cet imprévu, cet inconnu, cette ouverture, ou plutôt ces ouvertures. On pourrait rapprocher cela de l’innovation, car l’innovation consiste à mettre en lien des choses qui n’avaient pas de lien apparent, et dont on ne voyait pas la connexion. En les associant, elles dessinent un nouveau chemin, riche de cette pluralité nouvelle des liens.
Se mettre en état de réceptivité
Se mettre dans l’état de recevoir, c’est par exemple oser sortir de chez soi pendant qu’on est en train d’écrire. C’est lever la tête en marchant, et ne pas du tout savoir ce qu’on va recevoir. C’est se rendre capable d’accueillir l’imprévu. C’est une technique créative très enrichissante. Cependant, elle n’est pas simple du tout à mettre en œuvre, car elle n’est pas rassurante ni légitime. On ne sait pas précisément ce qu’on va trouver, et on n’a même pas vraiment l’intention de trouver quelque chose… C’est pourtant dans ces moments que souvent les portes les plus importantes s’ouvrent.
Oser l’inutile pour révéler l’essentiel
Il s’agit donc de s’engager dans une démarche qui, initialement, semble totalement inutile et inefficace, sans objectif précis. Et c’est souvent là que vont se révéler à nous des choses essentielles. Oser, même dans les moments de plus grand stress ou de retard, s’ouvrir à la sérendipité pour l’écriture, c’est une démarche qui va enrichir et approfondir le sens du scénario.
Créer une relation intime avec le spectateur
De la même manière, dans le scénario lui-même, pour le spectateur, créer des ambiances, le placer dans des états de réceptivité, et dans ces moments-là, lui apporter des choses surprenantes, profondes, enrichissantes et questionnantes, c’est peut-être faire qu’il construira avec le film une relation plus intime, complexe et riche. Une relation qui va bien au-delà d’une simple histoire où tout pourrait être expliqué.