À l’inverse de l’imagination pure, écrire directement dans un lieu réel permet de puiser dans ses détails uniques. Les décors deviennent alors sources d’inspiration, facilitant l’écriture de scénarios réalistes, économiques et profondément ancrés dans leur environnement.
Quand on écrit un scénario, on peut imaginer tout, les choses les plus folles, les plus imaginaires. Et ensuite, on cherchera à réussir à les représenter à l’écran. Prenons Star Wars, pour lequel il a fallu des mois, si ce n’est des années, pour mettre en œuvre l’imaginaire de George Lucas. Il est passionnant de travailler de cette manière car la communauté d’artistes vient enrichir et donner corps à l’imaginaire de l’auteur, mais on peut aussi souvent être déçu, notamment pour des raisons budgétaires, et ne pas réussir à mettre en images autant qu’on l’aurait voulu les images qu’on avait dans la tête.
Je propose un contre-pied, une démarche presque opposée et à la fois très ambitieuse, que j’ai faite expérimenter des centaines de fois avec succès. Au lieu d’imaginer un grand château, par exemple, dans lequel se déroulera notre histoire moyenâgeuse, allons réellement dans un château, pour y écrire notre scénario. Ce château, c’est ce qu’on appelle le décor. Le château dans lequel nous sommes, ce qu’on appelle le décor, recèle mille et une spécificités : tel escalier en colimaçon dans un grenier, telle immense entrée que personne n’utilise car il est plus pratique de passer par l’arrière du bâtiment, telle galerie des glaces où on se voit à l’infini, etc. Le décor lui-même va nous inspirer des situations, avec les miroirs, avec l’escalier, avec le toit, les étangs, les bois, etc. Ainsi, au lieu d’écrire dans l’absolu de notre esprit, si on écrit dans le concret physique que l’on peut éprouver en s’y déplaçant, alors tel banc, tel labyrinthe de buis, telle maison de gardien vont peut-être, en se rencontrant avec notre imaginaire intérieur, faire des étincelles et allumer de grands feux créatifs.
Par ailleurs, les scènes ainsi écrites pourront concrètement être réalisées car ces lieux, qui existent. Il n’y aura donc pas à construire de décors. Bien sûr, cela apporte certaines contraintes. On ne peut pas mettre les caméras absolument où on veut, par exemple. Mais ces quelques contraintes sont largement compensées par l’articulation profonde que nous aurons pu construire entre l’histoire qui se raconte, ce que vivent les personnages et le décor lui-même. Les films ainsi conçus et écrits, portent une force intrinsèque assez exceptionnelle et ils sont de plus économiques à réaliser, tout en pouvant être extrêmement ambitieux en termes de décor : des châteaux, des rues, des bateaux, des appartements, des garages, des entreprises, des bibliothèques...
Premièrement, cela nous apporte de l’inspiration. Deuxièmement, cela rend les films facilement réalisables. Et troisièmement, cela améliore fortement la qualité des récits, qui s’articulent dans les trésors que récèlent l’architecture, l’urbanisme et la nature. Bien sûr, cela peut coûter un voyage en train à Saint-Malo et une nuit d’hôtel, mais cet investissement est d’un tel apport qu’il vaut vraiment la peine d’être fait !
Outils et techniques pour l’écriture de scénario et la construction de projets de films.
Dans notre monde où des intelligences artificielles créent directement des films à partir des désirs de leurs auteurs exprimés en très peu de mots, dans ce monde où les films de 3h30 dans les salles obscures côtoient les vidéos de 10 secondes sur les réseaux sociaux, lesquels ont besoin de scénarios, pourquoi, et qu’est-ce qu’un scénario ?
Un scénario est-il encore utile à l’époque où chacun a dans sa poche un matériel de création audiovisuelle de niveau quasiment professionnel ? À quoi sert le scénario ?
Pour les auteurs, réalisateurs, producteurs et surtout créateurs de contenu, comme on les nomme le plus souvent aujourd’hui, je crois que le scénario, ses modes de création, d’écriture, ses façons de raconter les histoires, est un outil extrêmement puissant pour nous aider à créer les œuvres audiovisuelles les plus importantes possibles et qui rencontreront au mieux leur public aujourd’hui et demain, dans leurs espaces respectifs de diffusion, que ce soit la salle de cinéma, l’écran de télévision, la plateforme de SVOD, les sites de vidéos communautaires ou les nouveaux médias construits exclusivement autour de la vidéo collaborative comme TikTok.
Ce guide n’a pas la prétention d’être exhaustif, mais il s’appuie sur des expériences concrètes, celles que j’ai vécues et celles que j’ai fait vivre. Depuis plus de 30 ans, j’ai accompagné des milliers de personnes dans la réalisation de films de tous genres, j’ai fondé et dirigé plusieurs festivals de cinéma, j’ai créé de nombreux événements innovants autour de l’audiovisuel, et j’ai également siégé dans des commissions d’aide à la création. Ce que je partage ici est donc subjectif et concret, issu de mon parcours et de mes observations en pratique.