Au-delà des murs : la vidéo comme vecteur de démocratie culturelle

8 avril 2025. Publié par Benoît Labourdette.
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La vidéo dans les musées représente un enjeu de médiation culturelle et de démocratisation du patrimoine. À l’ère numérique, elle transforme la relation entre publics et institutions, permettant aux citoyens de participer activement à la construction patrimoniale.

Dépasser la focalisation sur l’œuvre

On peut croire que l’enjeu essentiel de la vidéo au sein des musées, c’est son contenu. Par contre, son interopérabilité en ligne, sa découvrabilité, sa patrimonialisation numérique, sa place dans les réseaux sociaux, la médiation en ligne, c’est à dire les enjeux concrets de démocratie culturelle, semblent secondaires. À mon sens, il n’en est rien. Le sujet de la vidéo dans le champ du musée dépasse de très loin la question de son exposition sur site. L’enjeu de la vidéo, c’est l’enjeu de la médiation : comment fait-on médiation aujourd’hui ? Il s’agit de comprendre comment les citoyens s’impliquent dans la fréquentation du patrimoine culturel.

En tant que professionnels de la culture, nous souhaitons tous que plus de personnes – et des personnes différentes – viennent au musée, au théâtre, au concert, etc. Or, ces publics ont des pratiques culturelles multiples, liées aux applications, à Internet, au numérique. Ce sont bien des pratiques culturelles : ils découvrent des contenus, s’intéressent à des sujets, se passionnent, se forment, interagissent, créent, échangent entre eux.

Nous ne pouvons pas ignorer cet aspect. Si l’utilisation de vidéos dans le cadre des expositions est une bonne chose, elle reste insuffisante. Pourquoi ? Parce que les outils de création audiovisuelle se démocratisent, ce qui modifie l’anthropologie de la relation entre l’amateur et le professionnel, entre le visiteur, les conservateurs et les médiateurs. Nous pouvons confier aux visiteurs une partie de la médiation, ce qui bouleverse les frontières traditionnelles des rôles de chacun.

Anthropologie de la technique et de ses usages

Il est essentiel de tenir compte de ce nouveau paradigme et de réfléchir en ce sens. Si l’on considère la vidéo uniquement comme une technique, c’est qu’on n’a pas compris – ou qu’on refuse d’admettre – c’est qu’une technique a toujours des impacts anthropologiques. Elle change le monde, les relations, la vie.

Se préoccuper du référencement, de la découvrabilité, des espaces d’inscription et de la pérennité des productions vidéo en ligne est absolument fondamental dans une démarche culturelle et patrimoniale. Car, justement, patrimoine et médiation vont de pair. La vidéo ne doit pas être un simple outil de marketing pour attirer le public vers l’exposition physique, mais un véritable instrument de construction patrimoniale et muséale, intégrant son propre accès. Cela n’a rien d’ennuyeux ou de compliqué : c’est, à mon avis, inhérent à la mission des musées et des institutions et lieux culturels aujourd’hui.

Internet est en soi un immense musée, accessible et utilisé par tous au quotidien. Nous devons absolument exploiter tout son potentiel de lien avec les propositions qui sont les nôtres, qui doivent se transformer radicalement en tenant compte de ces changements majeurs dans les relations et les places.

Mes pratiques pluridisciplinaires, de création, d’action culturelle, de formation, d’accompagnement dans de très nombreux contextes culturels, sociaux et éducatifs en France m’offrent un observatoire privilégié, subjectif et en profondeur du secteur culturel en France.

Ce secteur est fragilisé par sa place, jugée comme « non essentielle » par bien des responsables politiques, par la concurrence des pratiques culturelles via les plateformes numériques, ainsi que par des freins liés aux difficultés pour mettre en place des coopérations interdisciplinaires, et aux trop peu nombreuses évaluations, qui sont le plus souvent mal menées et instrumentalisées.

Mon observatoire me permet d’identifier des dynamiques qui fonctionnent, ainsi que des difficultés que je constate. Je propose ici de partager mes analyses, mes méthodes, mes propositions en souhaitant qu’elles puissent être utiles. Mon objectif est d’aider à un secteur culturel plus fort demain, car à mon sens, la défense d’un secteur culturel financé par les impôts des contribuables me semble porteuse de possibilités d’émancipation, de développement des libertés, de la démocratie, des pouvoirs d’agir, d’une manière bien différente de ce que les acteurs privés produisent.

Ceci est possible s’il n’y a pas d’hypocrisie, et c’est à mon sens au prix d’une volonté de lucidité et de remise en question, d’un choix de déconstruction des représentations et peut-être de certains privilèges et systèmes de domination.


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