« Et si on se donnait de nouvelles directions en allant chercher de nouveaux points de vue ? »
Texte d’Emmanuel Vergès.
Réalisation, image, son de Benoît Labourdette.
Tourné au Domaine de Chamarande - 2021.
Un simple film artistique d’une minute trente comme méthode de gestion de projet ? Vous n’êtes pas sérieux ?
Eh bien, si, justement, car gérer un projet, c’est de la créativité et de l’agilité, en appui sur de l’organisation. Une bonne organisation basée sur une analyse lucide est nécessaire, bien-sûr, mais loin d’être suffisante pour élaborer une méthode qui permette d’amener un projet à son terme sans en perdre le sens en cours de route.
Oui, une méthode peut s’inventer en appui sur une proposition artistique. D’ailleurs bien des grands scientifiques indiquent s’inspirer des pratiques d’invention artistiques.
Pourquoi est-il utile d’utiliser une œuvre artistique comme un film et non pas simplement la phrase qui lui donne sens ? Cela irait plus vite juste de lire la phrase !
Non, justement, ce serait un peu comme considérer qu’un squelette est un être humain. Si on ose la comparaison, la phrase serait le squelette, qui permet de structurer l’humain, et le film serait les organes, les nerfs, les muscles et la peau. Le film, l’œuvre artistique, est ce qui incarne l’idée dans le réel, dans le domaine culturel, dont l’objet est de promouvoir les œuvres et pratiques artistiques (cf. missions du Ministère de la Culture).
Dans la mesure où nous sommes dans un cadre de projets culturels, le film permet de ne pas perdre de vue l’objectif de cette méthode de travail : œuvrer à la conception d’une méthode qui permette d’incarner le sens d’un projet culturel.
« Un milieu complexe contenant des développements surprenants et imprévisibles réclame des procédures complexes, et défie une analyse fondée sur des règles établies à l’avance, qui ne tiennent pas compte des conditions historiques toujours changeantes. »
Paul Feyerabend, « Contre la méthode », Éditions du Seuil, Paris, 1979.
Cela doit s’inventer, ce sera toujours différent et c’est toujours un risque que l’on prend, ce n’est jamais confortable. Mais voici rapidement deux ou trois pistes de recherche de nouveaux points de vue, pour vous aider à inviter les participants à aller hors du cadre. Cela doit être ludique, sinon cela ne fonctionnera pas. Comme des enfants, et de façon revendiquée :
Mes pratiques pluridisciplinaires, de création, d’action culturelle, de formation, d’accompagnement dans de très nombreux contextes culturels, sociaux et éducatifs en France m’offrent un observatoire privilégié, subjectif et en profondeur du secteur culturel en France.
Ce secteur est fragilisé par sa place, jugée comme « non essentielle » par bien des responsables politiques, par la concurrence des pratiques culturelles via les plateformes numériques, ainsi que par des freins liés aux difficultés pour mettre en place des coopérations interdisciplinaires, et aux trop peu nombreuses évaluations, qui sont le plus souvent mal menées et instrumentalisées.
Mon observatoire me permet d’identifier des dynamiques qui fonctionnent, ainsi que des difficultés que je constate. Je propose ici de partager mes analyses, mes méthodes, mes propositions en souhaitant qu’elles puissent être utiles. Mon objectif est d’aider à un secteur culturel plus fort demain, car à mon sens, la défense d’un secteur culturel financé par les impôts des contribuables me semble porteuse de possibilités d’émancipation, de développement des libertés, de la démocratie, des pouvoirs d’agir, d’une manière bien différente de ce que les acteurs privés produisent.
Ceci est possible s’il n’y a pas d’hypocrisie, et c’est à mon sens au prix d’une volonté de lucidité et de remise en question, d’un choix de déconstruction des représentations et peut-être de certains privilèges et systèmes de domination.