Échanges en binômes

30 janvier 2025. Publié par Benoît Labourdette.
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Un exercice d’intelligence collective qui stimule la réflexion et l’écoute. En binôme, chacun construit son argumentation sur un sujet, alternant entre points de vue opposés. Une expérience démocratique et émancipatrice.

Un véritable espace d’expression et d’élaboration

Cet exercice d’intelligence collective peut être utilisé comme un brise-glace, mais tout comme l’exercice « Assis-debout », à mon avis, il peut mener bien plus loin. C’est un espace d’élaboration, de rencontre et d’expression beaucoup plus puissant qu’il peut paraître de prime abord.

Voici comment on met l’exercice en route :

  • On propose au groupe de personnes de se déplacer dans l’espace, d’occuper le plateau, de bouger non pas en rond mais de façon vivante avec des rythmes différents, pendant un court temps (30 secondes ou 1 minute).
  • C’est une façon de se mettre en mouvement, mentalement aussi.
  • On aura donné les règles du jeu en amont, afin que les personnes sachent ce qu’on va leur proposer.
  • À un moment, on dit « top », tout le monde s’arrête et on se met en binôme avec la personne à côté de laquelle elle se trouve, de préférence une personne qu’on ne connaît pas ou peu. On peut évidemment chercher une autre personne si on se retrouve à côté de quelqu’un qu’on connaît très bien.

Avec ces binômes, l’exercice va durer trois minutes, en deux séquences d’une minute trente chacune :

  • Pendant une minute trente, la première personne du binôme va expliquer quelque chose à la deuxième, qui va écouter, et pendant la deuxième minute trente, c’est la deuxième personne qui va argumenter son point de vue sur le même sujet. C’est donc un exercice d’élaboration et d’écoute, pas une discussion.
  • Par exemple, si on prend le sujet des réseaux sociaux, la première personne a pour rôle de définir les réseaux sociaux pour son interlocuteur et lui expliquer pourquoi les réseaux sociaux apportent beaucoup à l’humanité.
  • Une fois que les deux personnes ont échangé, on propose au groupe de se déplacer à nouveau dans l’espace.
  • Puis, on dit « top », tout le monde s’arrête et forme d’autres binômes.
  • Et là, on va prendre le même sujet, on va faire le même exercice, mais en prenant la controverse. C’est-à-dire, si on reprend l’exemple des réseaux sociaux, on va cette fois traiter de pourquoi les réseaux sociaux sont dangereux pour l’humanité. Il ne s’agit pas de faire semblant, mais de vraiment chercher des arguments pour, dans le premier exercice, et contre, dans le deuxième.
  • Dans cet exercice, les personnes ne se sont pas présentées, elles ont directement élaboré chacune une argumentation personnelle sur un sujet qui fait écho au sujet de la journée de formation, de la réunion, etc.

Donner la parole à tou·te·s, en régime démocratique

En début de réunion ou de formation, l’un des grands intérêts de cet exercice est qu’il donne la parole à toutes les personnes et que chaque personne est invitée à élaborer sa pensée. On sait bien que lorsque nous mettons en forme notre pensée pour expliquer quelque chose à quelqu’un d’autre, en le faisant, nous construisons aussi notre pensée. C’est d’une part enrichissant pour la personne qui écoute, et c’est aussi extrêmement structurant pour la personne qui parle. C’est pourquoi cet exercice n’est pas une discussion, mais d’une élaboration, chacun.e son tour. Par ailleurs, cet exercice permet à chacun de prendre la parole sans crainte du jugement. On est avec une autre personne dont éventuellement on ne connaît pas le statut social, donc ce sont simplement deux êtres humains qui dialoguent, il n’y a pas d’autre enjeu que celui-là. On entre de façon directe et immédiate dans un échange profond, débarrassé des oripeaux de la réalité sociale hiérarchisée.

Prendre la parole est quelque chose qui peut être particulièrement difficile, et bien des personnes ont du mal, par crainte des impacts de leurs mots : crainte d’être ridicule, crainte de ne pas avoir des choses suffisamment intéressantes à dire, etc. Dans cet exercice, tout le monde parle en même temps, on y est invité, encouragé, il n’y a pas d’enjeu, alors on le fait !

C’est tout l’intérêt de ce type de dynamique : les personnes se retrouvent à faire quelque chose d’important, potentiellement très constructif pour elles, en termes intellectuels, conceptuels, de confiance en soi, etc., qu’elles ne se seraient peut-être jamais autorisées à faire par elles-mêmes.

C’est pour moi un exercice très démocratique, qui envoie aussi le message du droit à la parole de chaque personne, du fait que chaque personne a absolument le droit de s’exprimer. Nos craintes et nos freins non seulement nuisent à notre construction personnelle, mais aussi à l’exercice de la démocratie. On doit être mis en confiance pour pouvoir se mettre en capacité d’enrichir le collectif de notre point de vue. Il est aussi très beau et démocratique que personne ne puisse porter un jugement ou exercer un pouvoir sur ce que chacun.e aura dit, car il est impossible d’écouter tout le monde en même temps !

On peut tout à fait s’appuyer ensuite sur ce que chacun.e aura élaboré pendant ce moment pour démarrer un travail de fond sur le sujet qui nous rassemble, produire des écrits, podcasts ou d’autres élaborations.


Cette activité m’a été transmise par Sonia Leplat, qui l’avait elle-même reçue de Christelle Blouët.

Dans le cadre de l’entreprise, comme dans le cadre associatif, social, artistique, de médiation et d’action culturelle, de formation professionnelle ou initiale, ainsi que dans l’action sociale, mobiliser l’intelligence collective des personnes participantes est un levier très puissant, qui permet l’enrichissement mutuel, l’amélioration des liens, de la cohésion, l’émergence d’idées, l’invention de projets, une meilleure implication, etc.

Les outils d’intelligence collective sont aussi des outils démocratiques forts. Ils ont été développés en grande partie dans le champ de l’éducation populaire, où la contribution de chaque personne est bien plus valorisée que dans le champ de l’éducation nationale, qui, en France, reste malheureusement souvent bien trop traditionnelle dans ses formes.

J’ai très souvent participé à des ateliers d’intelligence collective, et j’en ai animé, appliqué, affiné, adapté et inventé un certain nombre. Vous trouverez ici une collection d’outils que j’ai moi-même employés, qui sont intégrés dans les méthodes que je propose, appuyées sur des cas d’usage réels. Je pense que ces outils méritent grandement d’être partagés, car j’en tellement d’effets si bénéfiques ! Je me fais souvent cette remarque, dans des moments collectifs comme une conférence par exemple : qu’il est dommage d’en rester à une stricte écoute, tous ces cerveaux réunis pourraient, si on les mobilisait mieux, produire ensemble quelque chose de plus grand.


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