Émanciper celles et ceux qu’on accompagne, et s’émanciper soi-même dans le même geste : c’est, à mon sens, le cœur de toute pratique de médiation, de soin ou de pédagogie. L’émancipation passe par le lien, par une qualité de relation à la fois politique, qui engage un rapport au pouvoir et à l’institution, et thérapeutique, qui conditionne ce qui peut se déposer et se transformer entre des sujets. Comment ce lien advient, à quelles conditions concrètes, c’est ce que je voudrais examiner ici.
Ce que je vais décrire, je l’ai éprouvé moi-même dans mes pratiques avant de le voir chez d’autres. Plus de trente-cinq ans d’ateliers, de résidences, de médiations, dans des contextes très divers : ateliers cinéma avec des enfants, des adolescent·es, des adultes ; dispositifs d’art-thérapie en hôpital psychiatrique et en hôpital de jour ; projets en lieux d’accueil de jour pour personnes sans-abri ; actions périscolaires en quartiers populaires ; médiations en musée ; résidences en institutions médico-sociales. Et autant d’années passées à animer des formations pour des médiateur·rices, principalement autour de l’audiovisuel. Ces milliers d’interactions, et la recherche que j’ai conduite sur ma propre pratique au fur et à mesure, m’ont rendu attentif à des situations qui se reproduisent, partout, à peu près à l’identique.
Des arts-thérapeutes qui font à la place des gens. Qui prennent les ciseaux, qui guident la main, qui disent « non, pas comme ça, plutôt comme ça ». En toute bonne foi. Quand je le leur ai dit, ils et elles m’ont remercié, parce que personne ne le leur avait dit. Cette domination douce est tellement naturalisée dans nos milieux qu’elle ne se voit plus.
Des artistes intervenant·es, pressé·es par l’institution de montrer de beaux résultats, qui finissent par tenir la main des participant·es et homogénéiser ce qu’ils et elles produisent, vidant l’activité de son sens. Des concours de petits films, avec des prix, pour des enfants, et la violence que cela fait à ceux qui n’ont pas le premier prix. Des professionnel·les qui refont eux-mêmes les photos des participant·es pour qu’elles soient « plus belles » avant de les montrer aux financeurs ; des participant·es qui découvrent un travail retouché qui n’est plus le leur, et le vivent comme une trahison.
Des jeunes, aussi, qui découvrent leur image sur grand écran devant un public, à qui cela fait violence, qui se sentent exposé·es dans leur identité d’une manière qu’ils et elles n’avaient pas anticipée. Qui demandent, après coup, que le film ne soit pas diffusé. Mais comme le film est devenu un objet de validation institutionnelle, attendu par les financeurs, par la presse locale, par la hiérarchie, les professionnel·les vont tout faire pour passer outre : convaincre les jeunes que ce n’est pas si grave, convaincre les parents, négocier, parfois forcer. La structure même qui prétendait travailler sur la confiance en soi et sur le rapport à l’image se retrouve dans une négation totale du droit à l’image et du consentement éclairé. Le projet servait d’autres fins que celles qu’il affichait.
Et puis il y a une figure que je rencontre souvent dans le champ périscolaire, celui des animateur·rices méprisé·es par l’institution : celles et ceux qui font des films avec les enfants mais en réalité pour eux-mêmes. Ils choisissent leur musique préférée, qui n’a rien à voir avec la culture des enfants. Ils font le montage seul·es dans leur coin. Les enfants finissent acteur·rices d’un projet qui n’est pas le leur, dans lequel l’animateur·rice se fait plaisir. Que les médiateur·rices se fassent plaisir et soient enrichi·es par ce qu’ils et elles font, c’est la base même d’une bonne médiation : on n’accompagne pas bien si on n’y trouve pas son compte. Mais ce plaisir n’a de valeur que partagé, à condition que la place de l’autre soit pleinement préservée. Quand il s’exerce au détriment de cette place, ce n’est plus du plaisir partagé, c’est de la domination, c’est-à-dire un plaisir sans lien. Et le plaisir sans lien, dans toute relation humaine, ne construit rien : il peut au contraire abîmer durablement la personne qui le subit.
Et puis surtout, le geste qui me semble le plus systématique aujourd’hui dans les ateliers de réalisation de films, qu’ils s’adressent à des enfants, des adolescent·es, des publics en situation de soin ou des publics en insertion : c’est l’intervenant·e qui fait seul·e le montage. Le tournage est partagé, l’écriture est parfois partagée, mais quand il s’agit de monter, c’est l’expert·e qui ferme la porte de la salle de montage et ressort avec le film. Cette confiscation de l’étape la plus déterminante, celle qui décide de ce que sera réellement l’œuvre, vole aux participant·es la responsabilité de ce qu’ils et elles ont produit. Elle les instrumentalise alors que le projet annoncé était éducatif, thérapeutique ou émancipateur. Et cette pratique reste largement majoritaire, y compris dans des projets dont les intentions de départ sont irréprochables.
J’ai vu aussi l’inverse. Des personnes très âgées et très atteintes mentalement réussir à faire des films d’animation en papier découpé. Des enfants autistes s’emparer d’une caméra et filmer des choses que je n’aurais pas imaginées. Des personnes sans-abri, venues dans un lieu d’accueil juste pour charger leur téléphone, rester quatre heures à découper du papier et fabriquer un film. À chaque fois, la même condition : on ne leur avait pas dit comment faire. On leur avait donné un cadre et des outils, on leur avait fait confiance, on les avait laissé·es faire.
Ce qui se joue dans la médiation, c’est la manière dont on conduit la situation, et non la situation elle-même. Faire un film, fabriquer un objet, produire quelque chose ensemble, ne sont jamais que des supports d’un travail dont la valeur dépend, dans tous les cas, de la qualité du lien dans lequel il se mène.
Ces situations posent une question qui est difficile à entendre, à commencer pour moi-même : le bien que nous voulons faire aux autres peut être une forme de domination. Quand je dis à quelqu’un comment faire sa photo, quand je corrige son cadrage, je prends le pouvoir sous l’apparence de l’aide. Je dis : je sais mieux que toi ce qui est bon pour toi, mes critères sont supérieurs aux tiens.
Cette position, nous l’avons toutes et tous intériorisée parce que c’est la position de l’école. L’école nous a appris que le savoir descend de celui ou celle qui sait vers celui ou celle qui ne sait pas, que la qualité se mesure à la conformité aux critères de l’expert·e. Nous reproduisons cette logique, dans les espaces de soin et de médiation, au moment même où nous croyons en sortir.
Je me souviens d’une discussion, à la fin d’une conférence où j’avais évoqué ces questions, avec un photographe qui intervenait depuis des années dans des ateliers en milieu social. Il m’avait dit, sincèrement : « Mais moi, je croyais que justement, mon rôle de photographe, c’était de tenir la main, d’expliquer, d’apporter mon savoir aux gens. » Sa surprise n’était pas feinte, et c’est ce qui m’avait frappé. Il n’avait jamais imaginé qu’un autre mode d’intervention puisse exister. Le rôle, à mon sens, est tout autre : créer les conditions d’une rencontre. Le photographe vient avec son histoire, sa formation, ses compétences. Les participant·es viennent avec leurs propres histoires, qui sont tout aussi denses. Et c’est ensemble, dans cette mise en présence, que quelque chose peut se co-créer. La compétence du professionnel n’est pas suspendue : elle est mise au service d’un processus qui ne lui appartient pas.
Paulo Freire, dans la Pédagogie des opprimés (1968), appelait cela la conception « bancaire » de l’éducation : l’enseignant·e dépose du savoir dans l’élève, comme on dépose de l’argent à la banque. Le savoir est une chose que l’un·e possède et que l’autre reçoit. Cette conception n’est pas neutre : elle reproduit les rapports de domination, elle maintient l’opprimé·e dans sa position en lui disant qu’il ou elle ne sait rien et qu’il faut quelqu’un qui sait pour l’éduquer. Ce que Freire dit de l’éducation décrit aussi ce qui se passe dans la médiation et dans le soin chaque fois qu’un·e professionnel·le impose ses propres critères de beauté ou de réussite à ce que les personnes accompagnées produisent.
Sortir de ce rapport vertical demande davantage qu’un changement d’attitude. Il faut pouvoir nommer ce qui se substitue à lui, et c’est pour cela que le mot lien doit être pris au sérieux.
Le mot lien, dans nos pratiques, est devenu un mot-valise. Tout le monde dit « créer du lien », « refaire du lien », « le lien social ». À force d’usage, le mot ne dit plus grand-chose. Il faut donc essayer de préciser ce que recouvre, dans ce que je décris ici, le fait qu’un lien soit présent, et qu’il soit même, peut-être, le ressort principal de l’action.
La psychanalyse de groupe, depuis les travaux de René Kaës rassemblés dans Le groupe et le sujet du groupe (1993) puis dans La parole et le lien (1994), distingue le lien intersubjectif des relations objectivées entre des individus. Le lien n’est pas un fil entre deux personnes considérées comme déjà constituées, comme deux pôles qui s’enverraient des messages. Le lien est le tissu dans lequel chaque sujet se forme et se transforme. Pour Kaës, il y a un appareil psychique groupal : la psyché de chacun·e est en partie travaillée par les autres, et les autres sont en partie travaillés par elle. Ce n’est pas une métaphore, c’est une description clinique de ce qui se passe dans tout dispositif où des sujets parlent et créent ensemble. Un atelier, dans cette perspective, n’est pas la simple addition de personnes qui font des choses séparément en présence les unes des autres : c’est un espace dans lequel chacun·e devient un peu autrement parce que les autres sont là.
Florence Giust-Desprairies, qui prolonge cette tradition du côté de la psychosociologie clinique, montre dans L’imaginaire collectif (2003) que les groupes ne se constituent pas seulement par des règles ou des objectifs, mais par des imaginaires partagés à l’insu même de ceux qui les composent. Ces imaginaires peuvent être enfermants, quand ils figent les places et reconduisent des scénarios anciens. Ils peuvent être ouvrants, quand le dispositif permet à un autre récit de s’élaborer. Ce qui se joue dans un atelier de création n’est pas seulement la production d’un objet : c’est la mise en mouvement d’un imaginaire qui tenait les personnes dans une certaine place, et qui peut s’ouvrir à autre chose.
Marcel Mauss, dans son Essai sur le don (1925), avait posé que le lien social repose sur une triple obligation : donner, recevoir, rendre. Ce qui circule entre les personnes, par ce triple geste, n’est pas seulement des objets : c’est ce qui les constitue comme reliées. Vincent de Gaulejac, dans La société malade de la gestion (2005), reprend cette intuition pour décrire ce que la rationalité gestionnaire fait à nos sociétés : en transformant toute relation en transaction marchande, elle dissout les obligations symboliques sur lesquelles le lien tient. Les services publics, les associations, les institutions de soin ne sont pas malades parce qu’elles seraient mal organisées ; elles sont malades parce qu’on tente d’y remplacer un fonctionnement par le lien par un fonctionnement par l’évaluation, le résultat et la performance.
Ce diagnostic éclaire ce qui se joue dans nos pratiques. La confiscation du processus créatif par le ou la professionnel·le n’est pas un défaut de personnalité, c’est une conséquence directe de la pression institutionnelle à produire des résultats montrables. Quand un financeur attend un beau film, l’intervenant·e qui fait à la place des participants ne le fait pas par malveillance : il ou elle répond à une exigence de visibilité qui pèse sur le projet. La domination douce est l’effet d’une commande, plus que d’un défaut individuel.
La formule de Vincent de Gaulejac, « le lien plutôt que le bien », me paraît résumer assez exactement ce que nous cherchons. Dans une médiation, dans un atelier, dans une consultation, ce que nous produisons compte moins que la qualité de la relation dans laquelle nous le produisons. Et cette qualité de relation n’est pas une affaire de gentillesse ou de bonne volonté : elle est une affaire de cadre, d’outils, de répartition du pouvoir.
Cela ne signifie pas que la qualité formelle de ce qui se fabrique soit indifférente. Au contraire : quand le lien est juste, ce qui se fabrique est très souvent étonnant, parfois bouleversant. Mais ce résultat n’est pas l’objectif : il est la conséquence d’un fonctionnement par le lien plutôt que par la performance. Si je vise la beauté de l’objet, je vais reprendre la main et tout faire moi-même. Si je vise la justesse du lien, je vais mettre en place un dispositif qui permet à ce qui se cherche de s’élaborer, et il en sortira presque toujours quelque chose qui me dépasse.
Quand le résultat est posé comme priorité, le lien devient un moyen, et les personnes accompagnées deviennent des moyens elles aussi, des supports pour le projet. Quand le lien est posé comme priorité, le résultat devient une trace, parmi d’autres, de ce qui s’est joué. Les deux logiques ne produisent pas les mêmes objets, et surtout, elles ne produisent pas les mêmes effets sur les personnes.
Je voudrais évoquer ici un projet en Normandie auquel j’ai été associé récemment. Le réalisateur Amaury Voslion a animé un atelier cinéma à la résidence Séraphine à Rouen, un habitat inclusif pour personnes en situation de handicap psychique. Sa posture est, à bien des égards, exemplaire. Il dit lui-même qu’il fait des films avec les gens, pas pour les gens. Il s’est inscrit dans une équipe technique au sens fort, où chacun·e tenait sa place. Une participante, Océane, a eu très tôt l’intuition de la structure du film : un groupe de parole filmé, entrecoupé de séquences fictionnelles. Cette vision, qu’Amaury reconnaît comme une vision de réalisatrice, a structuré tout le projet. Il a fait le montage seul, en l’expliquant sans détour : faire le montage avec les participant·es aurait demandé de doubler le budget et le temps de présence, ce qui n’était pas possible dans le cadre du financement obtenu. Mais il a discuté du montage avec les participant·es au fur et à mesure, ils et elles se sont mis·es d’accord sur les choix, il a confié la composition de la musique à un participant qui ne souhaitait pas apparaître à l’image et qui a vu le montage avancer pas à pas, et il a organisé une avant-première où l’ensemble des participant·es ont vu et validé le film avant la projection publique. Cette manière de composer avec la contrainte, en multipliant les entrées dans le processus là où le partage du montage en commun n’était pas possible, est, à mon sens, une bonne manière de faire dans des conditions imparfaites.
Je rencontre cette question en permanence dans ma propre pratique. La réponse que j’y ai progressivement construite déplace le problème : plutôt que de partager le montage dans son acception classique, je fais en sorte que le tournage rende le montage accessoire. Je travaille presque exclusivement en plan-séquence. Concrètement, cela veut dire que chaque scène est tournée d’un seul tenant, sans coupure, et qu’on voit, dès la fin de la prise, ce que l’on a fait. Le « montage », s’il y en a un, consiste alors simplement à assembler les plans-séquences successifs, à choisir quelles prises on garde et où elles commencent et finissent. C’est un travail technique court, qu’on peut faire en collectif, sans laborier, en validant les choix ensemble à mesure qu’on les fait. Pour les choix plus complexes, sur l’écriture du scénario ou sur l’ordre des séquences, j’utilise beaucoup le mind-mapping, qui permet de poser collectivement les options et de prendre les décisions en groupe.
Le plan-séquence a une autre vertu, peut-être plus importante encore du point de vue qui nous occupe : il met les participant·es en lien les un·es avec les autres au moment même du tournage. Pour qu’un plan-séquence fonctionne, il faut que tout le monde soit sur le pont en même temps. J’organise donc le tournage de manière à ce que chacun·e ait une fonction concrète : un accessoire à apporter à un moment précis, une ambiance sonore à faire en direct, une lumière à tenir, la caméra à déclencher, un déplacement à effectuer dans le champ. Personne n’attend que les autres aient fini. Tout le monde est interdépendant·e. Et cette interdépendance n’a rien d’une métaphore : elle est immédiate, technique, palpable. Si l’un·e manque sa place, le plan s’effondre. Le dispositif fait que les personnes sont en lien sans avoir à le décréter, simplement parce que la situation l’exige.
Il reste des situations où ces déplacements ne suffisent pas et où il faut faire autrement. Dans un projet de réalité virtuelle que j’ai récemment mené avec des collégien·nes, je n’avais qu’une seule journée d’intervention. J’ai dû faire le montage seul, parce que matériellement je ne pouvais pas faire autrement, mais j’avais préparé en amont avec eux et elles, en discutant longuement des choix qui se poseraient. Je me suis retrouvé, dans cette situation, dans la même position qu’Amaury Voslion à Rouen : composer avec ce que la commande ne donne pas.
À l’inverse, j’ai réalisé récemment un documentaire sur le droit à la parole des enfants dans une école nouvelle, où j’avais aussi confié des caméras aux enfants, et où j’ai pris le temps qu’il fallait. Ce n’était pas un film d’atelier, c’était un documentaire. Le droit à l’image des enfants avait été cédé par les parents, je n’étais juridiquement tenu à rien d’autre. J’ai pourtant fait deux choses qui ne relevaient pas de la légalité mais de l’éthique. La première : organiser une projection, avec toutes les personnes filmées, avant toute diffusion. Une personne peut être très enthousiaste à participer, six mois plus tôt, à une journée de tournage, et n’avoir pas réalisé à ce moment-là qu’elle se verrait en gros plan sur grand écran, exposée à un public. C’est un point qui pose un problème éthique réel quand un film documentaire est sélectionné dans un grand festival qui exige une première mondiale, et donc l’absence de toute diffusion préalable. Les personnes filmées découvrent alors le film dans une situation de sacralisation institutionnelle (le festival, le prix, la presse) qui leur retire toute capacité de dire que ça leur fait violence : la préemption institutionnelle est telle qu’elles ne peuvent même plus s’avouer à elles-mêmes ce qu’elles ressentent. La seconde chose : prendre six mois de montage, en montrant chaque mois une nouvelle version au collectif des commanditaires et en la faisant voir aussi à des personnes étrangères au sujet. Ce n’était pas pour produire un objet techniquement plus poli. C’était parce que le montage lui-même devait faire lien. Chaque retour faisait avancer le film. Au bout de six mois, il était nourri de tout ce qui avait circulé, et il était bien meilleur que ce que j’aurais pu écrire seul dans le silence d’une salle de montage.
Plusieurs conditions concrètes me paraissent indispensables pour que ce lien advienne : lâcher ses critères, construire un cadre qui autorise, faire confiance comme acte technique, et concevoir le dispositif lui-même pour que les participant·es soient indispensables les un·es aux autres. J’ai consacré aux trois premières un article séparé dans cette rubrique, où elles sont développées en détail. Les reprendre ici, brièvement, permet de voir comment elles se tiennent ensemble dans la perspective du lien.
Lâcher ses critères, c’est accepter que les critères que je porte ne soient que les miens, et qu’ils n’aient pas vocation à s’appliquer à ce que les autres produisent. Cela ne signifie pas renoncer à toute exigence : cela signifie que mon exigence se déplace. Elle ne porte plus sur la conformité de ce qui est produit à mes attentes, mais sur la justesse de ce qui se cherche dans ce qui est produit. Je me souviens d’un atelier de films d’animation en papier découpé où des participantes ont utilisé un vêtement comme matière d’animation. En trente-cinq ans, je n’avais jamais vu cela. Mon premier mouvement a été de penser que c’était compliqué, peu pratique. Puis j’ai accueilli, et il s’est inventé quelque chose que je n’aurais jamais imaginé. Ce que je dois lâcher, ce n’est pas mon savoir : c’est l’idée que mon savoir épuise ce qui est possible.
Construire un cadre qui autorise, c’est l’inverse d’un cadre qui interdit. La confusion fréquente entre le cadre et la discipline coercitive empêche de comprendre ce que fait, par exemple, le cadre de la cure analytique : un dispositif strict, mais dont la fonction est d’autoriser une parole qui ne pourrait pas se risquer ailleurs. Dans nos ateliers, les contraintes de durée, de protocole, de technique ne sont pas des restrictions : ce sont des conditions de possibilité. Elles tiennent l’espace pour que les personnes osent s’y engager. Donald Winnicott parlait de holding pour désigner la fonction d’un environnement suffisamment fiable pour qu’un sujet puisse explorer sans crainte. Le cadre qui autorise n’est jamais donné une fois pour toutes : il se fabrique chaque fois, avec les personnes qui sont là, et c’est cette fabrication même qui fait partie du processus thérapeutique ou émancipateur.
Faire confiance comme acte technique, c’est refuser que la confiance soit une posture morale et la traiter comme un travail concret. Travailler sur ses propres peurs, choisir ses outils en conséquence, accepter qu’un appareil photo prêté à des enfants ne revienne pas, accepter qu’une caméra confiée à des tout-petits puisse tomber. Je donne aux enfants des appareils photo de bonne qualité dans des quartiers difficiles, et je les laisse partir seuls pendant des heures. En quatre ans dans une cité, un seul appareil n’est pas revenu. La règle empruntée aux sciences de gestion, ne pas gouverner pour les trois pour cent, dit la même chose : si on organise un système autour de la minorité qui pourrait abuser, on infantilise tout le monde. Si on l’organise autour de la confiance, il y aura des débordements marginaux, mais l’ensemble sera plus libre, plus vivant, et on aura des œuvres et des paroles qu’aucun protocole de contrôle n’aurait permis d’obtenir.
Concevoir le dispositif pour qu’il fasse lien entre les personnes est l’autre versant des trois premiers gestes. Lâcher ses critères, construire un cadre, faire confiance, sont des conditions du côté du ou de la praticien·ne. Mais le lien intersubjectif au sens de Kaës ne se déploie pas seulement dans l’axe vertical entre le ou la praticien·ne et les participant·es. Il se déploie aussi entre les participant·es elles-mêmes et eux-mêmes. C’est pour cela que l’organisation matérielle du travail compte autant que la posture. Le plan-séquence avec fonctions distribuées, dont je parlais plus haut, en est un exemple. Mais le principe vaut au-delà : à chaque fois qu’on conçoit un atelier, il faut se demander si le dispositif rend les participant·es indispensables les un·es aux autres ou s’il les juxtapose simplement en présence. Ce quatrième geste mériterait à lui seul un article dans cette rubrique.
Ces gestes ne sont pas des techniques juxtaposées : ce sont les conditions concrètes par lesquelles un lien intersubjectif, au sens de Kaës, peut se déployer. Si les critères de jugement restent en place, le ou la praticien·ne demeure dans une position évaluative qui maintient l’autre dans une position d’élève ou de patient·e, et le lien ne s’établit pas. Si le cadre n’est pas construit pour autoriser, l’engagement ne tient pas, parce que rien ne le soutient. Si la confiance n’est pas outillée, elle reste une déclaration sans matérialité. Si le dispositif ne produit pas de lien entre les participant·es, l’atelier reste une juxtaposition d’individus en présence, sans que se constitue un véritable groupe au travail.
À l’envers de ce que je décris ici se sont développés, depuis quelques décennies, des dispositifs qui simulent l’autonomie tout en reproduisant la domination. Reinhard Höhn, juriste et SS-Oberführer, a échappé à la dénazification après 1945 et fondé en 1956 l’académie de Bad Harzburg, qui a formé des centaines de milliers de cadres allemands aux méthodes de management dites modernes. C’est lui, notamment, qui a contribué à imposer l’expression « ressources humaines », ensuite généralisée dans le monde entier. Son passé nazi, redocumenté à partir des années 1980, fait apparaître une continuité troublante. Désigner l’humain comme une « ressource », au même titre que le minerai, l’eau ou l’énergie, l’inscrit dans une logique d’extraction et de gestion comptable qui a trouvé son aboutissement extrême dans le système concentrationnaire, où des êtres humains ont été littéralement traités comme des matières premières. Que cette logique ait pu, après-guerre, se redéployer dans le management des entreprises sous l’apparence anodine du vocabulaire de la « ressource humaine », et y rester intacte jusqu’à aujourd’hui, c’est ce que l’historien Johann Chapoutot rend lisible dans Libres d’obéir (2020). Le terme « ressources humaines » n’est jamais innocent : il porte, dans sa formation même, une vision déshumanisée de l’humain, à laquelle l’usage répété nous a rendus sourd·es.
Le principe du management ainsi pensé est celui-ci : on définit un objectif, on délègue très largement les moyens de l’atteindre, on responsabilise individuellement les exécutants. La personne ainsi « managée » se vit comme autonome, créative, libre de son organisation. Mais elle n’a aucune prise sur les fins, et elle est entièrement soumise à un système d’évaluation qui mesure sa capacité à atteindre les objectifs fixés sans elle. C’est une autonomie tactique au service d’une hétéronomie stratégique.
Cette généalogie historique, qui a été à juste titre discutée et nuancée par d’autres historien·nes, n’a pas pour fonction d’établir une équivalence entre le management contemporain et le nazisme. Elle a pour fonction de nommer une structure : il existe des dispositifs qui produisent l’apparence du lien et de l’engagement tout en confisquant ce qui en fait la substance. L’open space, les méthodes agiles, les évaluations à 360 degrés, le reporting permanent, donnent l’impression d’une horizontalité et d’une responsabilisation qui sont en réalité des formes très efficaces de contrôle.
Cette structure, on la retrouve dans nombre d’institutions médico-sociales et culturelles. On y parle beaucoup de bienveillance, de participation, de co-construction, d’empowerment. Mais quand on regarde concrètement ce que font les professionnel·les avec les personnes accompagnées, on voit que ce vocabulaire recouvre souvent les mêmes pratiques que celles qu’il prétend combattre : faire à la place, retoucher les images, monter les films seul, choisir les œuvres à exposer. Le lien dont nous parlons ici est l’inverse de cette autonomie en trompe-l’œil. Il ne consiste pas à laisser les gens « libres » de produire à l’intérieur d’un cadre dont les fins leur échappent. Il consiste à partager, autant que possible, la définition même des fins. Ce que produisent les personnes que j’accompagne ne ressemble pas à ce que j’aurais produit : c’est précisément à cela que je sais que le lien a opéré.
Tout ce qui précède pourrait laisser croire que la posture juste consiste à se mettre en retrait pour laisser l’autre advenir. Ce serait une autre façon de garder le contrôle, par la maîtrise du retrait. L’émancipation par le lien n’est pas le don d’une liberté par celui ou celle qui en aurait le pouvoir : elle est un processus dans lequel toutes les personnes engagées dans le lien sont transformées, y compris le ou la praticien·ne.
Quand je lâche mes critères, quand j’accueille un geste créatif que je n’aurais pas imaginé, j’apprends quelque chose. Mon champ de vision s’élargit. Mes propres outils intellectuels sont reconfigurés par ce que les personnes que j’accompagne m’apportent. Si je restais dans la croyance d’un savoir supérieur, je me priverais de cela.
Freire appelait cela la co-éducation : personne n’éduque personne, personne ne s’éduque seul, les humains s’éduquent ensemble, par l’intermédiaire du monde. Il en va de même dans le soin et la médiation. Les personnes se construisent ensemble, par l’intermédiaire des objets, des images et des espaces que nous mettons entre elles. Le ou la professionnel·le qui croit pouvoir rester inchangé·e, en surplomb du processus, reproduit la domination même quand il ou elle s’en défend.
Il m’est arrivé souvent, à la fin de moments de partage avec des professionnel·les du soin ou de la médiation, de voir des yeux s’écarquiller. Ces personnes entendaient peut-être pour la première fois que la relation thérapeutique, pédagogique, artistique, peut être pensée sans domination, que le cadre peut être ce qui autorise et non ce qui interdit, que lâcher ses critères de jugement est une condition d’ouverture. Ce discours n’est pas courant. On me l’a dit beaucoup de fois. Et c’est parce qu’il n’est pas courant qu’il produit quelque chose chez ceux et celles qui l’entendent. L’émancipation à laquelle nous travaillons concerne autant les futur·es praticien·nes que leurs futur·es patient·es ou participant·es. Elle concerne aussi, sans cesse, celles et ceux d’entre nous qui pratiquent depuis longtemps et qui doivent, à chaque atelier, à chaque séance, recommencer à apprendre.
Je ne veux pas laisser croire que tout cela est simple. Lâcher ses critères de jugement est un travail de chaque instant. Un travail sur soi, sur ses peurs, sur son besoin de reconnaissance. Accepter que l’atelier ne se passe pas comme prévu, que les personnes fassent des choses qu’on ne comprend pas, que le résultat visible soit en deçà de ce qu’on aurait pu produire soi-même.
Je me rappelle cette animatrice, en formation avec moi. Nous avions envoyé des jeunes filmer en autonomie pendant quarante-cinq minutes. Au bout de dix minutes, elle me disait, affolée : « Mais on ne travaille pas, là ! Qu’est-ce qu’on fait ? On ne fait rien ! » Nous faisions pourtant quelque chose de très exigeant. Nous nous mettions en état de recevoir ce que les autres allaient rapporter, sans savoir ce que ce serait, sans juger, en étant capable de renvoyer à l’autre ce qu’on aurait vu de précieux dans ce qu’il ou elle aurait fait, même si ce n’était pas ce qu’on attendait.
Ce travail de réception est épuisant. Il m’arrive d’être vidé à la fin d’une journée d’atelier, d’une fatigue presque physique, alors qu’en apparence je n’ai pas fait grand-chose. Je n’ai pas fabriqué, je n’ai pas dirigé, j’ai reçu. Quand on s’ouvre vraiment à ce que l’autre apporte, sans le filtrer par ses critères, recevoir demande une énergie considérable. C’est le fait qu’on se soit mis en capacité de recevoir qui a construit l’autre.
Et puis il y a la question institutionnelle. Les institutions dans lesquelles nous travaillons sont souvent malades, au sens de la thérapie institutionnelle, mais aussi au sens où l’entend de Gaulejac. Elles reproduisent des rapports de pouvoir et des peurs qui se transmettent de proche en proche. J’ai vu des aiguilles à tricoter devenir dangereuses dans un hôpital parce qu’un jour, un patient avait fait quelque chose avec des aiguilles, et que depuis, les aiguilles étaient interdites. J’ai vu des enfants à qui l’on interdisait de manipuler quoi que ce soit parce que l’institution avait eu peur. Les peurs de l’institution deviennent des interdits pour les patient·es ou les usager·es, et ces interdits ne protègent personne : ils reproduisent de la domination.
J’ai en mémoire un atelier que j’animais à Évry, dans le cadre d’un dispositif que j’avais conçu, le Marathon Cinéma, un festival annuel de création précédé de mois d’ateliers en milieu scolaire et extrascolaire. J’allais parfois animer moi-même certains de ces ateliers. Un jour, dans le CDI d’un établissement scolaire, à l’heure de midi, avec un groupe de jeunes en difficulté, des personnes de l’école et du service culturel de l’agglomération, je proposais un plan-séquence où chacun·e filmait un objet et le faisait parler avant de passer la caméra à son ou sa voisin·e. Un jeune homme ne voulait pas parler. Je lui ai dit que ce n’était pas grave, qu’il pouvait simplement prendre la caméra et la passer ensuite. Première prise : il ne parle pas. Le film va à son terme, je propose qu’on en fasse une seconde, comme je le fais souvent, parce que cela permet à chacun·e de se sentir plus à l’aise. Et lors de cette seconde prise, le jeune homme dit qu’il va faire parler un objet. Il sort de son sac un couteau de cantine, banal, sans rien d’inquiétant, et le pose sur la table pour le filmer. Plusieurs adultes, des personnes de l’établissement, des personnes du service culturel, prennent peur : un couteau, on ne peut pas filmer un couteau, c’est dangereux, c’est de la violence. Il a fallu que je tienne ferme pour que la prise puisse avoir lieu. Ce qui se passait pourtant était exactement l’inverse de ce qu’ils et elles redoutaient : ce jeune avait trouvé sa place dans le lien, il osait s’exprimer parce qu’un dispositif l’autorisait à le faire, et l’objet qu’il avait choisi de faire parler était peut-être ce qui lui était le plus immédiatement à portée. Les adultes, eux, n’étaient pas dans le lien. Ils projetaient leur propre peur sur ce qui advenait. Notre travail, en tant que professionnel·les, c’est précisément d’accepter d’être dérangé·es pour que l’autre puisse prendre sa place. Quand nous projetons nos peurs sur ce qui surgit, nous coupons le lien au moment même où il commençait à s’établir, et nous laissons croire, à nous-mêmes et à l’institution, que c’est par prudence.
Le lien produit là un changement de paradigme qu’il faut savoir reconnaître. On le craint, parce qu’on imagine qu’il va déborder, qu’il va donner trop de pouvoir à l’autre, qu’il va ouvrir la porte à toutes les transgressions. L’expérience montre l’inverse. Quand on accepte d’être à l’écoute de ce que l’autre fait advenir sans vouloir le maîtriser, on n’est pas débordé : on est enrichi. Les personnes prennent leur place dans le travail commun, elles ne cherchent pas à prendre le pouvoir.
Il ne suffit donc pas d’avoir la bonne posture personnelle. Il faut aussi travailler sur l’institution, sur les rapports de force dans lesquels on s’inscrit. Ce travail est politique, et il engage une vision de ce que doit être la relation entre les professionnel·les et les personnes qu’ils et elles accompagnent.
Ce que je décris ici n’est pas seulement une question de méthode individuelle. C’est un changement de paradigme. Quand le lien devient ce qui compte, plutôt que le résultat, c’est tout le rapport entre les institutions, les professionnel·les et les personnes accompagnées qui se trouve transformé.
Il y a là une dimension politique : renoncer à la domination douce, c’est renoncer à un confort professionnel et à une légitimité acquise par l’expertise. Cela engage la manière dont s’exerce le pouvoir dans les espaces de soin, de médiation, d’éducation. Cela engage aussi, plus largement, une critique de la rationalité gestionnaire qui imprègne aujourd’hui la plupart des institutions, et qui rend inaudibles les modes d’organisation par le lien.
Il y a aussi une dimension éthique. La responsabilité du ou de la praticien·ne envers la singularité des personnes accompagnées se traduit dans des gestes concrets : le droit à l’image, le consentement éclairé, la validation préalable des œuvres avant diffusion, ne sont pas des formalités juridiques mais les marques quotidiennes d’une pratique qui prend au sérieux l’humanité des personnes avec qui elle travaille.
Anthropologiquement, ce que nous faisons mobilise une certaine conception de l’humain. Mauss l’avait posée il y a un siècle : ce qui fait tenir une société, ce n’est pas le calcul des intérêts, c’est la circulation des dons, des reconnaissances, des places. Cette anthropologie est aujourd’hui largement recouverte par la rationalité gestionnaire ; il nous appartient, dans nos pratiques, de la rendre à nouveau praticable. Sociologiquement, cela signifie travailler à transformer les institutions dans lesquelles on intervient, parce que ce sont elles qui produisent les peurs et les interdits qui empêchent le lien de prendre.
Et c’est, pour finir, méthodologique. Tout ce qui précède ne reste vrai que si cela s’incarne dans des choix concrets de cadre, d’outils, de protocoles, d’organisation matérielle du travail. Le plan-séquence avec fonctions distribuées, le mind-mapping pour les décisions partagées, le montage en collectif quand il est possible, la projection préalable de validation, la confiance comme acte technique, sont des manières par lesquelles cette pensée du lien peut prendre corps. Ce sont des choses qui peuvent s’apprendre, se transmettre, s’affiner. Une part essentielle de mon travail, depuis longtemps, consiste à essayer de les rendre disponibles à d’autres.
Je ne prétends pas avoir résolu quoi que ce soit. Je suis moi-même traversé par des réflexes de contrôle, par des jugements esthétiques qui s’imposent avant que j’aie le temps de les déconstruire. Le chemin de renoncement à la domination n’est pas un acquis : il est un travail recommencé chaque jour, dans chaque rencontre, dans chaque atelier. Il n’est pas non plus à sens unique. Le ou la praticien·ne qui lâche ses critères, qui accepte de ne pas savoir mieux que l’autre, qui accueille l’imprévu, parcourt le même chemin d’émancipation que les personnes qu’il ou elle accompagne. Le lien qui émancipe est un travail commun, jamais acquis, par lequel les personnes se construisent dans l’attention qu’elles se portent et dans la place qu’elles se font.
La médiation culturelle, telle que je la conçois et la pratique, n’est pas d’abord un ensemble de techniques, mais une éthique de la relation. Elle consiste à créer les conditions d’une expérience singulière pour chaque personne, dans le respect de sa dignité et de son identité culturelle. Cette rubrique rassemble des méthodes que j’ai élaborées au fil de mes interventions, ainsi que des réflexions sur les enjeux contemporains de la médiation.
Ces méthodes partagent quelques principes communs. Elles placent la personne, et non l’œuvre ou le savoir, au centre du processus. Elles reconnaissent que recevoir est créer, et que chaque participant est générateur de son expérience. Elles s’inscrivent dans la perspective des droits culturels et de la démocratie culturelle, c’est-à-dire dans une logique horizontale plutôt que descendante.
Concrètement, ces méthodes s’appuient souvent sur la création : réaliser un film avec son téléphone, animer une image en papier découpé, écrire collectivement. La création n’est pas une fin en soi, mais un moyen de faire advenir une expérience authentique, de permettre à chacun de se révéler à soi-même et aux autres. Les contraintes de temps, de format ou de technique ne sont pas des obstacles mais des cadres qui libèrent l’expression.
Je partage ici ces méthodes non comme des recettes à appliquer, mais comme des invitations à expérimenter. Chaque contexte, chaque groupe, chaque personne appelle une adaptation. Ce qui compte, c’est la qualité de la relation qu’on établit, l’espace de confiance qu’on crée, la place qu’on donne à l’autre. Les articles de réflexion qui accompagnent ces méthodes visent à nourrir cette attention permanente à ce qui se joue dans la rencontre entre des personnes autour de l’art et de la culture.