Pistes de réflexion et proposition de concepts d’ateliers audiovisuels pour des actions nuancées et utiles, dans l’objectif de la construction d’une pensée critique sur les stéréotypes de genre.
Le monde est majoritairement structuré, de longue date, par des rapports de domination (cf. Sapiens, une brève histoire de l’humanité de Yuval Noah Harari, 2015, très facilement lisible par les adolescents, par exemple). Domination de la nature végétale et animale, domination économique, domination professionnelle, domination éducative, et domination genrée, c’est à dire patriarcat. La domination est toujours destructrice.
Mais les rapports de pouvoir et de domination semblent pourtant de prime abord naturels (« le masculin l’emporte sur le féminin »...), alors que ce sont simplement des faits culturels, portés par des représentations, notamment visuelles, que chaque personne reproduit inconsciemment.
Les violences faites aux femmes sont un sujet de société majeur, elles ont d’ailleurs fait parler d’elles pendant le confinement en 2020. Les femmes en sont les principales victimes, mais les enfants et paradoxalement même les hommes auteurs des violences sont aussi victimes des systèmes de représentations qui ont pu les amener à ces actes irréparables.
Comment traiter des stéréotypes de genre, qui produisent de la domination violente, sans être normatif ? Comment accompagner le cheminement de chaque personne vers l’assouplissement de ses conceptions du monde ?
La créativité ludique autour de ces sujets, avec une approche artistique vraiment mise en avant, permet d’aborder ces questions sans susciter de crispations identitaires, car les objets que l’on va créer sont avant tout artistiques. Et la mise en relation des questions de domination dans les rapports femmes-hommes avec les autres espaces de domination permet de produire une hauteur de vue salutaire. Cela ouvre à faire sentir que la question est bien plus vaste qu’il n’y paraît, et rejoint par exemple de très près les enjeux de l’écologie (pensée critique des rapports de domination de la nature, qui sont très destructeurs).
On peut craindre qu’il soit « explosif » de « jouer » avec ces sujets avec des adolescents issus de milieux sociaux dont l’identité est fragilisée par le racisme commun, donc affirmée avec force et rigidité. Mes expériences montrent que c’est tout à fait possible, justement en passant par la créativité ludique.
J’expérimente depuis longtemps des ateliers audiovisuels autour de la question des stéréotypes de genre. De nouvelles idées et expériences sont toujours à inventer et à explorer. Voici deux propositions concrètes et faciles à mettre en œuvre :
Voix-off :
Films d’animation à partir de papier découpé :
La pratique du féminisme me semble être un enjeu essentiel dans les actions culturelles, car la prise de conscience des systèmes de domination permet d’aller vers plus d’égalité, donc de contribuer à la démocratie. Les inégalités entre les femmes et les hommes sont pour moi une pierre angulaire des dominations qui portent préjudice à toutes et tous.
Mais comment « mettre en pratique le féminisme » concrètement dans les propositions d’activités publiques ? Comment des actions culturelles, quel que soit leur champ de mise en œuvre (artistique, social, éducatif, professionnel...), peuvent susciter des prises de conscience intimes qui peuvent nous déplacer intérieurement vers plus de respect des droits humains ? Il ne s’agit pas d’énoncer un discours féministe normatif, mais de mettre en pratique une égalité dans les manières d’agir. C’est beaucoup plus fin et délicat à faire qu’on pourrait le croire, car cela passe par des remises en question de ses propres fonctionnements inconscients.
Je partage ici des ressources, partielles, à partir de mes propres cheminements, pratiques et questionnements collectifs : propositions et récits d’actions culturelles, méthodes de travail, approches de la création artistique et réflexions plus conceptuelles ou biographiques.