Une définition du féminisme

27 février 2023. Publié par Benoît Labourdette.
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Voici ma définition du féminisme, de ma place d’homme : c’est pour moi un mouvement de pensée et d’action pour l’égalité des droits entre les femmes et les hommes, dont les effets vont aussi au-delà.

« Féminisme » est un mot qui fait peur à beaucoup, qu’on soit femme, homme ou autre, car il promet des changements de pouvoir. Le féminisme, contrairement à une idée reçue visant à le discréditer, n’est pas selon moi une lutte des femmes contre les hommes ni une volonté de fragiliser la société, il remet simplement en question le système de domination patriarcal, qui porte en réalité préjudice à toutes et tous. Les féminismes, car leur diversité dans l’histoire est immense, relèvent à mon sens de projets politiques égalitaristes, qui s’appuient sur des analyses lucides des inégalités séculaires entre femmes et hommes, qui sans cela semblent relever de la normalité, si ce n’est de l’ordre naturel. C’est pourquoi les féminismes dérangent.

On nous a transmis dès l’enfance que l’organisation du monde reposait depuis toujours sur les inégalités entre les femmes et les hommes. Réussir à penser le monde autrement relève d’abord d’une révolution intérieure, d’un cheminement individuel profond, autant dans les habitudes de pensée que dans les relations au quotidien ou les choix politiques. Les luttes féministes ont enfin, en Occident au XXe siècle, abouti à des changements essentiels dans les lois. Cependant, le chemin vers l’égalité est encore long. Je cite l’historienne Michelle Perrot dans son dernier livre « Le temps des féminismes » (co-écrit avec Eduardo Castillo, Paris, Grasset, 2023) :

Les analyses, les concepts se sont affinés, dans une production historique et littéraire vivace ces derniers temps. Des progrès ont été réalisés, dans la loi parfois plus que dans les moeurs, les représentations ou la pensée étant particulièrement rétives au changement. Ils l’ont été dans un périmètre restreint, occidental surtout. La « domination masculine » a reculé, avec des résurgences qui marquent la profondeur d’une résistance largement inconsciente. En 2021, sur un panneau publicitaire, on pouvait voir à gauche une femme, à droite un homme. À gauche, on lisait encore : « elle est à l’écoute », et à droite : « il décide »...

Tout cela constitue une tumultueuse et passionnante histoire inachevée, sans cesse recommencée, et à l’issue incertaine.

Selon Heide Goettner-Abendroth, philosophe et anthropologue contemporaine, le monde n’est structuré autour du pouvoir de domination patriarcal que depuis 5000 ans à peu près. Les sociétés précédentes étaient globalement égalitaires sur tous les plans (dites « matriarcales »). Les féminismes contemporains sont à mon sens la facette centrale des remises en question écologiques, au sens général du terme (nature, mœurs, société, travail, art, industrie, etc.), qui dessinent le possible d’un avenir pour nos sociétés malades des logiques de domination.

Jackie Buet, directrice du Festival International de Films de Femmes de Créteil et du Val-de-Marne, précise en réponse à mes élaborations :

Comme le dit si bien Geneviève Fraisse (philosophe féministe, dans son livre « Du Consentement », 2007), le temps de la prise de parole des femmes doit être aussi le temps de l’écoute. Je voudrais souligner que le féminisme, ce n’est pas la guerre et ce n’est pas triste, mais c’est la conquête de la liberté pour les femmes et l’invention d’une autre façon de vivre et de partager l’espace public, la vie active et les arts.

Dans le domaine culturel, précisément c’est là le nœud central des actions à mener. Parce que le symbolique régit nos vies et nos valeurs à travers tous les moments précieux ou sacrés : la naissance, l’adolescence, le mariage, la maternité et paternité, la maladie, la mort. Le symbolique est ce qui imprègne les religions et établit les valeurs et périodes d’une existence : les premiers et grands récits de l’aventure humaine. Les systèmes religieux, politiques, sportifs et jusqu’aux arts nous déterminent.

Et c’est ainsi que « la subversion de #MeToo intervient : en constituant des groupes de plaignantes face à un seul homme, la visibilité du non-consentement apparaît comme une affaire publique » (G. Fraisse).

Si l’on veut parler des arts, nous avons un boulevard pour définir la résistance qui doit s’opérer car de tous temps et encore aujourd’hui les arts (littérature, peinture, danse, arts plastiques, cinéma, audiovisuel et numérique..) ont été capturés par des systèmes dominants et machistes. Il faut oser le mot « machiste », car c’est un système dans lequel hommes et femmes sont pris, prisonniers, déterminés, aliénés et reproduits. Le machisme est le modèle même du capitalisme qui met sous domination femmes, enfants, peuples et nature par volonté de pouvoir.

La pratique du féminisme me semble être un enjeu essentiel dans les actions culturelles, car la prise de conscience des systèmes de domination permet d’aller vers plus d’égalité, donc de contribuer à la démocratie. Les inégalités entre les femmes et les hommes sont pour moi une pierre angulaire des dominations qui portent préjudice à toutes et tous.

Mais comment « mettre en pratique le féminisme » concrètement dans les propositions d’activités publiques ? Comment des actions culturelles, quel que soit leur champ de mise en œuvre (artistique, social, éducatif, professionnel...), peuvent susciter des prises de conscience intimes qui peuvent nous déplacer intérieurement vers plus de respect des droits humains ? Il ne s’agit pas d’énoncer un discours féministe normatif, mais de mettre en pratique une égalité dans les manières d’agir. C’est beaucoup plus fin et délicat à faire qu’on pourrait le croire, car cela passe par des remises en question de ses propres fonctionnements inconscients.

Je partage ici des ressources, partielles, à partir de mes propres cheminements, pratiques et questionnements collectifs : propositions et récits d’actions culturelles, méthodes de travail, approches de la création artistique et réflexions plus conceptuelles ou biographiques.


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