Immersion dans des manifestations féministes, dans la parole des femmes.
Dispositif conçu et réalisé par Manon Gady et Maïa Hoog, étudiantes de la promotion 2021/2022 du Master 2 Audiovisuel et Médias Numériques de l’Université Grenoble Alpes, dans le cadre d’un workshop « Vidéo mobile et immersion » animé par Benoît Labourdette.
Avec des moyens très simples, deux vidéoprojecteurs et quatre petites enceintes autonomes, dans un lieu banal comme une salle de classe, cette installation plonge la.le visitrice.eur dans une immersion très forte, un véritable vécu intime, qui peut amener à de véritables prises de conscience des enjeux du féminisme. Par ailleurs, la production d’images par les visitrices.eurs est encouragée, ce qui fait qu’il reste de ce moment unique des traces visuelles très singulières et esthétiques, outils d’inscription dans le récit personnel.
Un dispositif numérique immersif sur le thème des manifestations féministes, destiné à tous les publics, pour des expositions ou ateliers.
L’expérience : une immersion visuelle et auditive
Pour immerger le public dans une manifestation féministe, nous avons projeté des archives vidéos de manifestations à différentes époques et provenant de différents pays. Pour ce premier essai, nous avons plongé les spectateurs.trices dans une manifestation américaine des années 1970 et dans un flashmob militant organisé en 2019 par une association chilienne.
Ces images étaient accompagnées de quatre sources audio dispersées à différents endroits de la pièce. Chaque enceinte diffusait un son emblématique de manifestation : des chants féministes (un français et un chilien), des bruits de foule (pas, cris, batucada, slogans…), et des sirènes de police.
À leur arrivée, des intervenant.e.s accueillent les spectateurs.trices comme si ils.elles arrivaient dans une vraie manifestation : ils.elles leur distribuent des feuillets de paroles des chants féministes diffusés, et leur proposent de se mêler à la foule, que ce soit par leur ombre ou par leur voix. Le public peut aussi suivre la chorégraphie des manifestantes chiliennes pour se sentir impliqué dans le mouvement. Pour finir, ils.elles leur conseillent de prendre des images de cet évènement, pour le souvenir, mais aussi pour lutter contre les possibles violences policières.
Les participant.e.s doivent alors se déplacer dans l’espace pour mieux percevoir les images mais surtout les différents sons qui composent cette ambiance presque chaotique. Ils.elles peuvent alors choisir de rester proches d’une des enceintes pour entendre plus distinctement les chants et se joindre aux voix des femmes.
Le but de ce dispositif est de faire vivre une expérience numérique immersive et participative (grâce aux chants et aux danses) et d’offrir la possibilité aux personnes n’ayant jamais manifesté aux côtés de féministes, de découvrir cet univers militant. Ce dispositif permet aussi d’informer les participant.e.s sur l’histoire des chants de femmes emblématiques de ces mouvements (« L’hymne des femmes » de 1971 et « Un violador en tu camino » de 2019).
Pour cette première représentation, les images étaient diffusées sur deux murs qui constituaient un petit espace. Nous avons donc pu accueillir 14 personnes. Cependant ce dispositif peut être adapté dans un espace bien plus grand (en projetant sur quatre murs) et pourra accueillir un plus grand nombre de spectateurs.trices.La diffusion des images et des sons se fait en boucle et n’a donc pas de durée limitée : ce sont les publics qui décident quand ils souhaitent conclure l’expérience.
Le dispositif technique
Pour créer ce dispositif nous avons utilisé :
- 4 mini enceintes
- 2 vidéos projecteurs
- Des images d’archives
- Des enregistrements sonores
- Des feuillets de paroles de chants féministes
Les possibles déclinaisons
Ce dispositif est déclinable pour différentes expositions ou ateliers. Il peut présenter de nombreux sujets, que ce soit des manifestations pour d’autres revendications, mais aussi des évènements historiques célèbres (discours célèbres, évènements festifs, politiques…).
Concernant la construction du dispositif, on peut aussi imaginer rajouter d’autres éléments de scénographie comme de la lumière, de la fumée… pour plonger encore plus les spectateurs.trices dans un évènement.Manon Gady et Maïa Hoog.
La pratique du féminisme me semble être un enjeu essentiel dans les actions culturelles, car la prise de conscience des systèmes de domination permet d’aller vers plus d’égalité, donc de contribuer à la démocratie. Les inégalités entre les femmes et les hommes sont pour moi une pierre angulaire des dominations qui portent préjudice à toutes et tous.
Mais comment « mettre en pratique le féminisme » concrètement dans les propositions d’activités publiques ? Comment des actions culturelles, quel que soit leur champ de mise en œuvre (artistique, social, éducatif, professionnel...), peuvent susciter des prises de conscience intimes qui peuvent nous déplacer intérieurement vers plus de respect des droits humains ? Il ne s’agit pas d’énoncer un discours féministe normatif, mais de mettre en pratique une égalité dans les manières d’agir. C’est beaucoup plus fin et délicat à faire qu’on pourrait le croire, car cela passe par des remises en question de ses propres fonctionnements inconscients.
Je partage ici des ressources, partielles, à partir de mes propres cheminements, pratiques et questionnements collectifs : propositions et récits d’actions culturelles, méthodes de travail, approches de la création artistique et réflexions plus conceptuelles ou biographiques.