Écouter l’Autre

26 février 2025. Publié par Benoît Labourdette.
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Pour une pédagogie efficace, l’écoute de l’élève par l’enseignant est primordiale. Contre toute attente, c’est d’abord l’enseignant qui doit écouter pour permettre un véritable apprentissage, basé sur le respect mutuel et la légitimation de l’élève dans sa démarche.

L’écoute de l’élève est primordiale dans la pédagogie

Pourquoi l’écoute de l’autre est-elle, selon moi, un élément fondamental de la pédagogie ? Quand je parle d’écouter l’autre, j’évoque spécifiquement l’éducateur qui prête attention à l’élève. C’est dans ce sens précis que je l’entends. Pourtant, on pourrait spontanément penser l’inverse. Traditionnellement, on considère que c’est l’élève qui doit écouter l’enseignant afin d’apprendre ce que celui-ci a pour mission de lui transmettre. Je soutiens que c’est tout l’inverse : c’est l’enseignant qui doit écouter l’élève d’abord pour que l’enseignement et la pédagogie puissent fonctionner.

On pourrait me rétorquer que si l’enseignant passe son temps à écouter l’élève, cela réduit nécessairement le temps consacré à l’enseignement, c’est-à-dire à la transmission d’informations. Cependant, cette objection repose sur une vision erronée de la pédagogie. Enseigner, ce n’est pas simplement transmettre des données ou des savoirs à mémoriser. Apprendre, c’est tout autre chose : c’est un processus de construction intérieure, une élaboration personnelle qui se fait dans le cadre d’une situation d’apprentissage mise en place par l’enseignant. Ainsi, la pédagogie ne consiste pas uniquement à « donner des informations ». Elle implique un dialogue, une interaction, une co-construction du savoir.

Pourquoi et comment l’enseignant peut, en écoutant l’élève, lui permettre d’apprendre mieux ?

Pour apprendre, deux conditions essentielles doivent être réunies :

  • Premièrement, il faut être en prise avec son propre désir d’apprendre. Ce désir doit émerger de l’élève lui-même. Sans envie d’apprendre, aucune assimilation n’est possible. L’esprit s’égare, l’attention s’évapore, et l’ennui s’installe.
  • Deuxièmement, l’élève doit se sentir légitime dans sa démarche d’apprentissage. Cela signifie qu’il doit percevoir qu’il a non seulement le droit, mais aussi la capacité d’apprendre. Cela peut sembler évident : être en classe implique a priori qu’on est là pour apprendre. Pourtant, ce n’est pas toujours si simple. Un élève peut se sentir entravé par un manque de reconnaissance, par un sentiment de désaccord non exprimé ou par une perception d’irrespect envers ce qu’il est ou ce qu’il pense.

En tant qu’élève, est-ce que je me sens respecté pour ce que je suis et pour ce que je pense ? Ai-je le droit d’exprimer mon point de vue, même lorsque je ne suis pas d’accord avec l’enseignant ? Il peut arriver que je remette en question ce qui m’est présenté, mais ai-je la possibilité de le dire librement ? Si oui, alors le dialogue, et les émotions qu’il suscite, deviennent un véritable moteur d’apprentissage. C’est dans cet échange, avec l’enseignant et les autres élèves, que je peux construire mes propres connaissances. Pour cela, je dois avant tout me sentir respecté en tant que personne. Le rôle de l’enseignant est de m’accompagner dans mon apprentissage, en tenant compte des blocages qui peuvent m’en empêcher, qu’ils soient émotionnels, liés à un sentiment d’illégitimité ou à d’autres facteurs.

L’écoute est donc essentielle pour permettre à l’élève de trouver sa place dans le processus d’apprentissage. L’enseignant, par son écoute, aide l’élève à dépasser ses blocages émotionnels ou cognitifs et à se positionner en tant qu’acteur légitime de son propre apprentissage. Car, au final, le centre du dispositif pédagogique n’est pas l’enseignant, mais bien l’élève. Ce dernier doit ressentir que l’enseignement s’adresse à lui, en tant qu’individu, et qu’il est au cœur des préoccupations de l’enseignant.

Le respect et les rôles sociaux

Nous sommes je pense d’accord sur un principe fondamental : pour qu’un élève puisse apprendre, il doit se sentir respecté et accompagné, et cela passe par l’écoute. L’enseignement est avant tout destiné aux élèves, et c’est pour eux que nous sommes là. Sans ce respect, le cours ne s’adressera pas véritablement à eux en tant que personnes, mais à autre chose, une entité abstraite déconnectée de leur réalité. Or, nous n’existons qu’en tant qu’individus, et ce respect nous est dû dans toutes ses dimensions. Il doit être réciproque : l’enseignant doit respecter ses élèves, tout comme les élèves doivent respecter leur enseignant. Cependant, les rôles ne sont pas les mêmes. L’enseignant, par sa position, détient un savoir et exerce un pouvoir que les élèves n’ont pas. Il porte donc une responsabilité accrue dans l’instauration du respect au sein de la classe. C’est à lui de poser le cadre, d’insuffler une dynamique, de donner une direction. Les élèves, quant à eux, s’inscrivent dans ce cadre : ils ne l’organisent pas, car ce n’est pas leur rôle. C’est l’enseignant qui impulse le mouvement et structure l’espace d’apprentissage.

Bien démarrer et poursuivre

Instaurer une véritable écoute dès le départ est un levier puissant pour établir ce cadre. Par exemple, lors de la première séance, les élèves pourraient exprimer leurs attentes vis-à-vis du cours. Ces attentes, notées en direct sous forme de mind-mapping et visibles de tous, deviendraient un document de référence, évolutif et légitimé, auquel l’enseignant pourrait revenir régulièrement, et qui pourrait être complété au fil du temps, avec des propositions de l’enseignant, en cohérence avec les besoins exprimés. Une telle démarche permettrait d’ancrer l’enseignement dans une dynamique d’écoute active et de rappeler que le cadre est avant tout construit autour des besoins des élèves. C’est dans cet espace structuré que peuvent ensuite s’insérer les apports de l’enseignant.

Voilà pourquoi et comment l’écoute de l’autre constitue l’une des pierres angulaires essentielles de la relation pédagogique, et cette écoute doit en premier lieu venir de l’éducateur envers ses élèves.

Vous trouverez ici des outils pédagogiques, pratiques et conceptuels. Ces outils s’appuient sur les expériences et la pensée que je développe dans un grand nombre de contextes depuis les années 1990. J’ai développé une pratique pédagogique singulière, opérante, inspirée des méthodes de Célestin Freinet entre autres, adaptée aux enjeux humains contemporains et aux outils du XXIe Siècle.

La pédagogie est une pratique expérimentale, qui a ses théories, son histoire et ses penseurs. C’est un outil de construction central dans le champ éducatif mais aussi au delà, dans le cadre des interactions professionnelles ou de la médiation culturelle par exemple. Ainsi l’utilité des méthodes et réflexions que vous trouverez ici dépasse le contexte de l’enseignement.


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