La pédagogie s’oppose entre deux visions : préparer à un monde compétitif ou former par la démocratie à l’école. À mon sens, la vraie efficacité réside dans la coopération, faisant de la pédagogie un acte intrinsèquement révolutionnaire.
Dans Les invariants pédagogiques de Célestin Freinet (1964), l’invariant numéro 27 stipule ceci : « On prépare la démocratie de demain par la démocratie à l’école. Un régime autoritaire à l’école ne saurait être formateur de citoyens démocrates. »
Il y a une forme d’opposition frontale entre deux écoles pédagogiques :
La première approche – que, pour ma part, je considère ne pas être la bonne – promet une forme d’efficacité sociale à destination des enfants. Elle est convaincante pour des parents inquiets de l’avenir de leurs enfants, qui se disent que dans une école de ce type, leurs enfants seront prêts, combatifs et en capacité de tirer leur épingle du jeu dans un monde où il faut avant tout apprendre à se battre, à vaincre les autres.
Ce présupposé repose sur une représentation du monde comme un espace concurrentiel, modelé sur le fantasme de la concurrence commerciale, capitaliste ou sportive. Il y a cette idée que le monde serait constitué de gagnants et de perdants, et qu’une bonne école serait celle qui formerait les futurs gagnants – car si l’on n’est pas formé à cela, on risque de se faire écraser par ceux qui, eux, auront été éduqués pour l’emporter. Ce discours imbécile est d’ailleurs donné à la rentrée de la plupart des grandes écoles. C’est une vision très séductrice. Mais pourtant, même au sein des pires entreprises du capitalisme, on a prouvé de longue date – car nous sommes au XXIe siècle, et non plus au début du XXe en pleine révolution industrielle – que l’efficacité tenait au sens du travail et à la responsabilisation des salariés, et en aucun cas à leur domination par des élites qui les considéreraient comme des ouvriers d’une usine Ford. Nous n’en sommes plus du tout là.
Il est vrai que le système fordiste fut efficace en son temps, à l’époque où le travail humain était encore employé comme un travail de bête de somme, purement mécanique. Mais cette catégorie d’activité est aujourd’hui – et depuis fort longtemps – prise en charge par des robots, sauf dans certains pays d’une violence humaine ignoble, auxquels nous n’identifions pas nos démocraties.
Ainsi, même dans une vision compétitive du monde, les compétences à acquérir à l’école sont des compétences pour mettre en places les coopérations et les complémentarités. Car même si l’on est le chef d’entreprise le plus carnassier qui soit, on a besoin de donner du sens à l’activité de ses employés pour qu’ils soient motivés et produisent plus, ainsi que pour que les clients, eux aussi, trouvent un sens à acheter les produits ainsi fabriqués. Ce qui fonde l’efficience économique, y-compris au cœur du capitalisme, c’est la synergie des énergies – c’est-à-dire les capacités de complémentarité, et non de concurrence.
La clé même du système capitaliste le plus brutal n’est pas de détruire les autres, mais de s’appuyer sur eux pour démultiplier sa production singulière. L’énergie consacrée à la destruction est une énergie perdue.
Prenons un exemple simple : la concurrence dans les médias (télévision, cinéma, réseaux sociaux). De prime abord, on pourrait croire que les tenants de la dictature de l’audimat auraient pour mission d’écraser les autres médias pour faire leur place. En réalité, c’est exactement l’inverse : ils ont tout intérêt à coopérer pour que les médias, dans leur ensemble, soient regardés par plus de personnes. la coopération entre eux leur permet d’augmenter mutuellement leurs audiences. S’ils ne coopèrent pas, ils vont scier la branche sur laquelle ils sont tous assis. C’est comme la rue Sainte-Anne, près de l’Opéra à Paris, où une vingtaine de restaurants japonais coexistent côte à côte. Ils ne se font pas concurrence : leur localisation commune crée une attractivité globale. On sait que si l’on va dans cette rue, on trouvera un restaurant japonais à son goût. Il y a un effet de synergie.
Par ailleurs, le monde est en perpétuel changement. Croire que l’on pourrait préparer les enfants au monde tel qu’il est, c’est nier ce changement. C’est leur retirer la capacité de transformer le monde et de s’y adapter, quel que soit le sens souhaité – y compris dans une logique extrêmement capitaliste.
Donc, à mon sens, la pédagogie est forcément révolutionnaire. Son rôle est d’aider les élèves à se construire dans une société coopérative, afin qu’ils soient pleinement capables, plus tard, de changer le monde – c’est-à-dire de vivre dans le mouvement du monde vers un avenir qu’ils décideront eux-mêmes, en toute liberté.
Vous trouverez ici des outils pédagogiques, pratiques et conceptuels. Ces outils s’appuient sur les expériences et la pensée que je développe dans un grand nombre de contextes depuis les années 1990. J’ai développé une pratique pédagogique singulière, opérante, inspirée des méthodes de Célestin Freinet entre autres, adaptée aux enjeux humains contemporains et aux outils du XXIe Siècle.
La pédagogie est une pratique expérimentale, qui a ses théories, son histoire et ses penseurs. C’est un outil de construction central dans le champ éducatif mais aussi au delà, dans le cadre des interactions professionnelles ou de la médiation culturelle par exemple. Ainsi l’utilité des méthodes et réflexions que vous trouverez ici dépasse le contexte de l’enseignement.