La pédagogie Freinet appliquée à la médiation numérique

7 février 2023. Publié par Benoît Labourdette.
  3 min
 |  Télécharger en PDF

Proposition d’adaptation de la méthode pédagogique Freinet aux outils et enjeux du monde numérique.

La méthode pédagogique dite « Freinet » (conceptualisée par le pédagogue Célestin Freinet des années 1920 aux années 1960, comme une synthèse des pédagogies nouvelles préexistantes) est centrée sur le faire, avec des outils, une finalité et une autonomie des élèves.

La fabrication d’un journal, avec toutes les étapes (structure, sujets, illustrations, enquêtes et interviews, écriture, mise en page, imprimerie, distribution) fut l’un des outils pédagogiques importants utilisés par Freinet. Cela avait notamment déclenché en 1932 ce qu’on appelle « l’affaire Freinet » : un élève racontait dans le journal, qui était distribué dans le village, son rêve de révolte contre le maire. Une campagne nationale de dénigrement de Freinet fut orchestrée à partir de ce « scandaleux » journal. Paradoxalement, ce scandale a contribué à la notoriété de Freinet et de ses méthodes émancipatrices.

Ce qui me semble pouvoir être retenu de la méthode Freinet en termes méthodologiques, dans l’idée d’une déclinaison dans le champ de la médiation numérique, c’est :

  • Les outils techniques, choisis pour être accessibles en autonomie, et de qualité pour être productifs et fonctionnels, sont la colonne vertébrale du dispositif pédagogique (la presse à imprimer ou le magnétophone à l’époque de Freinet, et aujourd’hui les ordinateurs, caméras et autres outils numériques).
  • L’apprentissage, qui s’opère dans le cadre d’un projet avec une finalité concrète : film montré à des spectateurs, site internet visité par des internautes, journal imprimé, exposition photo, etc.
  • La responsabilité des apprenants, qui est pleine et entière tant en termes techniques qu’en termes de contenu, et s’articule dans la coopération.
  • L’enseignant, qui devient un accompagnant.

Ces principes relèvent presque du bon sens dans le champ des pédagogies nouvelles. Mais si l’on veut décliner l’efficacité de cette logique avec les outils numériques, cela demande une véritable adaptation méthodologique. Je travaille cette intégration depuis de nombreuses années et vous partage quelques questions, pour aborder les écueils auxquels on peut être confronté :

  • Les outils techniques utilisés (ordinateur, caméras, magnétophones, serveur web...) sont-ils pleinement accessibles aux apprenants ? Peuvent-ils les opérer de façon vraiment autonome ? Peut-on leur « laisser les clés » sans ressentir de la crainte en soi (crainte que les outils soient abîmés par exemple) ?
  • S’il y a une réserve de la part des encadrants, alors il est préférable de simplifier les outils plutôt que conserver des outils peut-être plus performants mais qui ne permettent pas l’autonomie pleine et entière des apprenants. L’objectif, c’est l’apprentissage, et il ne pourra advenir que si l’autonomie est réelle.
  • Je préconise par exemple d’acheter plusieurs appareils photo numériques peu cher, dont la qualité est déjà très bonne, plutôt qu’un seul appareil photo « professionnel » très cher, qui, s’il était abîmé, bloquerait tout le projet, d’où une crainte des encadrants projetée sur l’outil.
  • Le projet a-t-il un but, dont les apprenants seront acteurs jusqu’au bout ? Pour un film par exemple, il est important qu’ils soient aussi responsables de l’organisation de la projection (qui est le moment de finalité, de rencontre avec le public), pour une exposition photo qu’ils fassent l’accrochage, la communication, la médiation et le décrochage, etc.
  • Les apprenants seront-ils soumis à une censure de leurs contenus ? Si cela devait être le cas, alors il faudrait modifier le cadre initial du projet, afin que les apprenants puissent être totalement libres, et responsables de leurs contenus.

On voit qu’il n’est pas facile, avec les outils numériques et les cadres règlementaires des projets dans les contextes de l’action culturelle et sociale, de respecter ces critères, qui sont pourtant essentiels.

Aussi la finalité, les formes et la chaîne technique mobilisés pour le projet doivent être adaptés à la démarche pédagogique, et pas forcément mimétiques des pratiques professionnelles de la production (cinématographique, littéraire, artistique, musicale...), qui n’ont pas du tout les mêmes objectifs.

Vous trouverez ici des outils pédagogiques, pratiques et conceptuels. Ces outils s’appuient sur les expériences et la pensée que je développe dans un grand nombre de contextes depuis les années 1990. J’ai développé une pratique pédagogique singulière, opérante, inspirée des méthodes de Célestin Freinet entre autres, adaptée aux enjeux humains contemporains et aux outils du XXIe Siècle.

La pédagogie est une pratique expérimentale, qui a ses théories, son histoire et ses penseurs. C’est un outil de construction central dans le champ éducatif mais aussi au delà, dans le cadre des interactions professionnelles ou de la médiation culturelle par exemple. Ainsi l’utilité des méthodes et réflexions que vous trouverez ici dépasse le contexte de l’enseignement.


QR Code d'accès à cette page
qrcode:https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/pedagogie/la-pedagogie-freinet-appliquee-a-la-mediation-numerique