En France, la transition au collège expose les jeunes à une violence secrète, reproduisant l’autoritarisme scolaire dans leurs structures sociales autonomes, où le silence devient la norme pour survivre.
En France, lorsque les jeunes arrivent au collège et que les collectifs ne sont plus sous la responsabilité d’une personne, le maître ou la maîtresse, mais deviennent autonomes, ils sont beaucoup plus laissés à eux-mêmes dans tous les espaces, que ce soit les espaces des classes, que ce soit la cour de récréation ou les réseaux sociaux. Le système est similaire, autant dans des contextes de classe sociale riche ou dans des contextes de classe sociale populaire. Et ce, y compris dans des contextes d’écoles privées, tout autant que dans les écoles publiques, à part quelques rares exceptions.
Les communautés d’adolescents, comme n’importe quelles communautés, s’organisent pour pouvoir faire société ensemble, puisqu’elles se trouvent désormais dans une forme d’autonomie, dans des espaces temporels et spatiaux beaucoup plus larges qu’auparavant. Le problème ici est que ces jeunes gens n’ont absolument pas reçu d’éducation à la démocratie. Ils ont vécu leur parcours scolaire préalable à l’école maternelle et à l’école primaire, qui était un espace social essentiel de leur vie, côtoyant l’espace social familial et l’espace social amical ou du quartier dans lequel ils vivent. Cependant l’espace scolaire reste très important dans leur formation politique, au sens des modalités d’exercice de la vie sociale. Et dans l’espace scolaire, la démocratie est quasiment inexistante. Les enseignants ont tout pouvoir. Les droits des enfants sont bafoués à longueur de journée. Et la seule manière d’être tranquille, en sécurité, c’est d’obéir à l’autorité sans jamais la remettre en question. La remise en question de l’autorité dans le contexte scolaire est sévèrement réprimée, quand bien même cette autorité est arbitraire et injuste.
Ainsi, pour protéger son intégrité physique, mentale, sociale et politique, il convient d’apprendre, et c’est ce qu’on apprend aux enfants, à se taire, à obéir sans sourciller, à ne jamais contester même les pires autoritarismes et les pires violences systémiques. Je ne veux pas par la présente culpabiliser les enseignants qui sont extrêmement peu formés à la pédagogie et au respect des droits humains, mais force est de constater que la violence autoritaire et autoritariste que subissent les enfants est interdite de remise en question, sous peine d’exclusion des enfants de l’espace social et sous peine de préjudices potentiellement importants pour leurs parents.
Ainsi, les enfants apprennent à l’école maternelle et à l’école primaire à faire déni de la violence qu’ils subissent, pour préserver leur propre sécurité dans cet espace social et leur propre intégrité psychologique. Lorsqu’ils arrivent au collège et qu’ils ont une bien plus grande autonomie, ils ont intégré ces règles de fonctionnement social. Et ainsi, dans les groupes qui se forment immédiatement au sein du collège, car il y a beaucoup plus d’espace pour la constitution de groupes et de communautés indépendamment de la classe, au sein de l’institution scolaire même, ils mettent en œuvre les principes politiques qu’ils ont appris par leur expérience vécue à l’école. Des chefs de groupe prennent cette fonction, qui était préalablement la fonction du maître et de l’institution scolaire. Certains deviennent des boucs émissaires nécessaires à l’équilibre et à la catharsis du groupe, comme c’était le cas aussi dans les classes, et surtout toute tentative de révélation de la violence est réprimée de façon excessivement sévère et radicale, tout comme c’était le cas à l’école primaire de la part des enseignants.
Si par exemple un enfant se fait violenter par les autres et qu’un autre enfant choisit de dénoncer ces violences à la classe adulte, soit son témoignage n’est pas pris en compte car les adultes ne souhaitent pas se mêler de ces espaces sociaux sur lesquels ils n’ont aucune prise et dont ils ne connaissent aucune des règles, donc ils ne peuvent pas y entrer, car s’ils y entraient, il faudrait qu’ils en deviennent les chefs, à ces endroits-là aussi, et ce n’est pas ni dans leurs prérogatives, ni dans leurs capacités, ni dans leurs possibilités, et ce ne serait d’ailleurs sans doute pas souhaitable. Donc, les adolescents sont souvent simplement sommés de régler leurs problèmes tout seuls, mais si on apprend parmi les enfants que quelqu’un a tenté de briser l’omerta, il sera sévèrement puni par ses pairs. Et si certains adultes impliqués choisissent d’essayer de remettre de la loi, ils le feront à un certain endroit, mais ils ne peuvent en aucun cas contrôler tout ce qui se passe dans l’espace social des jeunes. Et ainsi, quand bien même les adultes y auront mis leur nez, les conséquences pour le « traître » peuvent être extrêmes. Cela peut parfois aller jusqu’au meurtre. Pour rester en vie, on se tait, c’est la seule solution, comme à l’école.
Ainsi, la violence doit être secrète, c’est ce qui leur a été inculqué par l’école. Et puisqu’ils sont des êtres en construction, ils essaient de faire de leur mieux, de faire encore mieux que ce qu’on leur a enseigné, car ils fondent leur monde en soulignant les règles, ce qui est nécessaire pour les apprendre et les éprouver. Le raisonnement est, pour les enfants, que si quelqu’un se fait violenter, eh bien il vaut mieux ne rien dire pour qu’il n’y en ait pas deux, mais qu’un seul. Ainsi, chacun, pour se protéger, pour protéger son intégrité physique et morale, devient complice du système. Personne n’a le choix. Et les secrets étant absolument gardés, tout comme les secrets au sein de l’école, on le voit bien avec le scandale de Bétharram actuellement, dont même avec toutes les preuves les plus accablantes, le secret continue à être cultivé au plus haut sommet de l’État, car le révéler ferait exploser un immense système.
Donc les adolescents savent qu’ils ne peuvent rien attendre de personne et que leur seul choix, que leur seule possibilité est de vivre « en guerre », dans un espace absolument injuste. À l’âge de 11 ans, tout un chacun sait qu’il vit dans un monde immonde, qu’il n’a pas le droit de le dire aux adultes, qui eux aussi ne veulent pas voir, et que personne ne pourra jamais l’aider. Qu’est-ce que cela construit pour la construction d’une société démocratique ?
Vous trouverez ici des outils pédagogiques, pratiques et conceptuels. Ces outils s’appuient sur les expériences et la pensée que je développe dans un grand nombre de contextes depuis les années 1990. J’ai développé une pratique pédagogique singulière, opérante, inspirée des méthodes de Célestin Freinet entre autres, adaptée aux enjeux humains contemporains et aux outils du XXIe Siècle.
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