Le chemin de la personne

11 janvier 2025. Publié par Benoît Labourdette.
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Dans un contexte pédagogique, la non-participation des apprenants ne signifie pas toujours un désintérêt. En plaçant l’attention sur leur cheminement plutôt que sur le succès du dispositif, on conçoit des outils résilients, respectueux des rythmes et des difficultés de chacun, favorisant ainsi une progression individuelle et collective.

De l’attente déplacée du pédagogue

Lorsque, dans un contexte pédagogique, on propose une activité aux personnes participantes, a fortiori si le nombre de séances de travail est limité et que la proposition n’a lieu qu’une seule fois, on porte en nous une attente. En effet, on a travaillé sur notre dispositif, et on souhaite que notre travail ait du sens. On a donc l’attente que les personnes participent d’une manière ou d’une autre, de la manière dont on l’envisage.

Je donne un exemple : si on propose à des personnes de faire des photos, puis de les regarder ensemble, la consigne étant que ce n’est pas la personne qui a fait la photo qui parle, mais les autres qui lui renvoient ce qu’ils en ont reçu, on a l’attente que les personnes s’expriment et puissent enrichir leurs collègues de leur regard, de leur point de vue. Et s’ils ne le font pas, notre attente est déçue.

On a alors l’impression, et c’est bien normal, qu’ils n’ont pas respecté les règles de notre dispositif pédagogique, ou qu’ils n’y arrivent pas. On peut alors avoir une sensation d’échec. Et si seulement une ou deux personnes dans le groupe parlent, tandis que les autres ne parlent pas, eh bien, on trouve cela dommage, car les personnes qui ont fait les photos auraient pu être beaucoup plus enrichies si les autres s’étaient exprimées.

Du coup, on peut presque leur en vouloir de ne pas participer, de ne pas se prêter au jeu, de faire autre chose, de regarder à la place leur ordinateur ou leur téléphone, de ne pas réussir à se concentrer. Bien sûr, dans la situation même, on peut le leur exprimer, sans les stigmatiser. Mais si, malgré cela, ils n’y arrivent toujours pas, eh bien, je pense qu’il est important d’envisager ces personnes participantes dans leur cheminement et de ne pas interpréter leur non-participation à notre proposition comme un désintérêt ou un manque d’investissement. C’est peut-être tout simplement pour elles une incapacité à s’exprimer à cette étape de leur chemin. Il n’est absolument pas simple, de l’intérieur, de s’exprimer et de partager à un groupe ce que l’on ressent sur une image.

Si l’on envisage le chemin de la personne, si on met la personne au centre de notre attention, et non plus notre dispositif pédagogique au centre, cela donne : en effet, notre dispositif n’a pas « fonctionné à plein », mais ce n’est pas pour cela que les personnes qui n’ont pas participé n’ont pas cheminé, n’en ont pas reçu quelque chose. Car peut-être que la prochaine fois, lors d’un autre exercice, s’ils ne se sont pas sentis jugés la première fois, alors ils oseront plus, ils auront cheminé et participeront. Ce n’est pas tant une question de bienveillance qu’une question de compréhension du fait que les personnes que l’on encadre, qu’elles soient enfants, adultes, ou même des pairs, ont chacune, et de façon tout à fait légitime, leurs propres difficultés et leurs propres cheminements à faire.

Concevoir des dispositifs pédagogiques résilients

Ainsi, il me semble important de concevoir nos dispositifs pédagogiques comme pouvant fonctionner, que tout le monde participe ou non. Je pense que cette conscience du chemin de la personne doit nous inviter à construire des dispositifs pédagogiques résilients, capables de s’adapter à la non-participation de tout ou partie des personnes présentes. Ces dispositifs pédagogiques résilients ne seront pas dépendants du niveau de participation, afin que nous puissions respecter et accompagner le cheminement singulier de chaque personne.

Vous trouverez ici des outils pédagogiques, pratiques et conceptuels. Ces outils s’appuient sur les expériences et la pensée que je développe dans un grand nombre de contextes depuis les années 1990. J’ai développé une pratique pédagogique singulière, opérante, inspirée des méthodes de Célestin Freinet entre autres, adaptée aux enjeux humains contemporains et aux outils du XXIe Siècle.

La pédagogie est une pratique expérimentale, qui a ses théories, son histoire et ses penseurs. C’est un outil de construction central dans le champ éducatif mais aussi au delà, dans le cadre des interactions professionnelles ou de la médiation culturelle par exemple. Ainsi l’utilité des méthodes et réflexions que vous trouverez ici dépasse le contexte de l’enseignement.


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