Du bon usage de l’Intelligence Artificielle dans le secteur culturel

22 mars 2025. Publié par Benoît Labourdette.
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En 2025, il semble indispensable de permettre aux salariés et acteurs du secteur culturel de partager les enjeux de l’IA dans leur contexte professionnel commun, d’explorer ses potentialités, et de mettre en place des usages responsables et coopératifs, pour un meilleur exercice de leurs missions professionnelles. Cela permet de positionner aussi les acteurs culturels en termes stratégiques, en cohérence avec les valeurs qu’ils défendent.

Premières idées pour une formation-action

Comment démarrer dans un usage conscient, responsable et efficace des IA ? Je propose une ébauche de programme de formation / accompagnement.

Tronc commun
Sur une demi-journée. Compréhension de l’historique et des enjeux de l’IA au niveau environnemental, des systèmes de domination économiques, politiques, culturels, etc. Ce serait un moment assez ludique et vivant, où on crée des choses, où on s’amuse, et où on garde des traces de tout cela, ce qui fait lien aussi. On termine par les différentes possibilités des IA, que ce soit dans la génération de contenu ou dans l’agentivité (c’est-à-dire les IA qui effectuent des tâches à notre place, ou qui nous permettent d’automatiser des tâches). On termine donc par des pistes concrètes dans le cadre spécifique de la structure culturelle.

Ateliers généraux
Sur une demi-journée, trois ateliers en parallèle. Les participants passent 45 minutes dans chaque atelier, et tournent sur les trois :

  • Atelier « Mes compétences avec l’IA » : Chaque personne viendrait partager les compétences qui sont les siennes, pour identifier les compétences en présence. On aurait une cartographie des compétences des un.es et des autres au sein de la structure.
  • Atelier « Mes envies avec l’IA » : pour celles et ceux qui ont des envies, d’explorer des choses avec l’IA et que cela motive.
  • Atelier « Mes besoins professionnels » : dans la perspective de se questionner sur comment l’IA pourrait aider.
    On identifie des « mentors IA » potentiels parmi les salariés de la structure ou du réseau professionnel. Ce sont des personnes qui peuvent consacrer une petite partie de leur temps à aider les autres à mettre en place des projets IA.

Ateliers sectoriels
Sur une demi-journée. Les différents secteurs d’activité de la structure ou du réseau sont identifiés par des tables, et on tourne, un peu dans le principe du World Café, pour venir contribuer à des idées d’usages de l’IA pour améliorer la qualité du travail. C’est à partir de ces ateliers sectoriels que des choix et arbitrages pourraient être faits par la direction de la structure.

Mise en œuvre après la phase de formation-action

Dans le cadre d’une structure culturelle, il faut respecter la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE : l’intégration volontaire, par les entreprises, de préoccupations sociales et environnementales à leurs activités commerciales et leurs relations avec les parties prenantes). Pour mettre en œuvre un usage responsable de l’IA, je propose trois étapes :

  1. Une étape de choix responsable par la direction de la structure sur quels outils d’IA sont utilisés, car la responsabilité sociale et environnementale est très importante, y compris avec les IA. Cela peut mettre certaines limites, mais on est sur une structure financée par de l’argent public qui ne peut pas faire n’importe quoi.
  2. Organisation du système de mentorat interne.
  3. Mise en place d’une réunion trimestrielle courte, non obligatoire, sur le sujet de l’usage de l’IA dans la structure ou dans le réseau.

Suggestions matérielles – début 2025

  • Un hébergeur suisse, Infomaniak, propose des IA où il y a pas de surveillance des données et le moins possible d’empreinte carbone : https://www.infomaniak.com/fr/hebergement/ai-tools (ils ont maintenant intégré l’IA Open Source chinois très puissante Deepseek sur leurs propres serveurs).
  • Benchmark rapide des IA génératives en début 2025 :
    • ChatGPT : bien pour la structure des choses, mais globalement très moyen à mon avis.
    • Deepseek : le meilleur et de loin, à mon avis aussi.
    • Claude : plutôt bien pour les sujets ayant à voir avec l’écriture.
    • Perplexity : celui qui fait des recherches sur le web pour répondre, et qui donne les références.
  • Pour installer un LLM sur son propre ordinateur : le logiciel LM Studio.

La « politique culturelle » est une tradition d’État en France depuis le Moyen-Âge. Elle a été initiée par Louis XIV au 17e Siècle comme un outil d’influence et de pouvoir. Et elle fut définie dans ses termes actuels par André Malraux en 1959, l’État ayant désormais pour mission la démocratisation de l’art dans la société. Mais aujourd’hui les politiques culturelles sont multiples, car portées par les collectivités publiques à d’autres niveaux que celui de l’État (villes, agglomérations, départements, régions) et à bien d’autres endroits, notamment associatifs (lieux et actions culturelles), individuels (les initiatives des artistes, professionnels ou amateurs) et par des sociétés privées (commerce de la culture).

La « révolution numérique », c’est à dire l’accès ubiquitaire, personnalisé et transitif à l’information ainsi que la production par les pairs comme nouveau modèle, bouleverse de façon profonde les « règles » de mise en œuvre des politiques culturelles, que ce soit au niveau public ou privé, et met bien des acteurs en difficulté pour atteindre leurs objectifs. Je propose ici des outils de compréhension des enjeux de cette « révolution numérique » et des pistes de travail concrètes, en espérant apporter de la ressource utile au travail des politiques culturelles, dans tous types de contextes.


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