Pandémie ou épidémie ?

17 avril 2025. Publié par Benoît Labourdette.
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L’usage du mot « pandémie » pour le Covid-19 illustre comment le langage façonne notre perception. Ce choix lexical, adopté par tous, contribue à une vision déformée de la réalité vécue.

Se méfier des évidences

Les mots qu’on emploie comme des évidences sont toujours chargés de signification symbolique et politique, quel que soit le champ lexical. Plus quelque chose me semble objectif, plus cela signifie que cette chose est en réalité éminemment politique. C’est-à-dire que, vu qu’elle nous semble objective, c’est le signe que c’est une croyance ancrée en nous comme une vérité. C’est pourquoi c’est même plus que politique, c’est presque religieux. Politique et religion ont d’ailleurs beaucoup de liens dans l’histoire, qu’ils soient dans les représentations du monde, l’organisation des sociétés, la pensée, la place des uns et des autres, ainsi dans l’organisation des systèmes de domination, qui sont malheureusement trop nombreux et trop courants.

Je prends l’exemple d’un simple mot, le mot « pandémie », pour évoquer la période du Covid-19, qui est employé autant par les croyants de l’extrême dangerosité de ce virus, ceux qui ont vécu dans la peur et la panique pendant cette période, que par les incroyants, les personnes qui ont été moins influencées par la peur à ce moment-là. Ces personnes peuvent d’ailleurs être qualifiées par les croyants de la peur comme des inconscients et des êtres dangereux pour leurs concitoyens. Mais qu’ils aient été croyants en la peur ou non, je dis bien croyants en la peur, car il y a l’évidence qu’un virus dangereux à propagation épidémique a existé. Et d’ailleurs, il n’existe pas moins aujourd’hui qu’à l’époque. Mais la lucidité dans la dangerosité d’un phénomène que l’on peut constater autour de soi n’est pas du tout la même chose qu’une peur panique, qui plus est entretenue par le système médiatique et politique, qui y trouvait de grands bénéfices pour le contrôle des populations, l’avènement de la surveillance numérique généralisée et le développement à une vitesse sans précédent des richesses de certains groupes capitalistes.

Pour ne pas entrer dans le débat au sujet du Covid-19

Donc, qu’ils aient été croyants ou incroyants en la peur, pas en l’épidémie (je le précise, car la réalité de l’épidémie a été constatée), croyants et incroyants en la peur ont partagé une perception du réel commune. Je le précise car ce sujet est hautement polémique, et il est bien malheureux qu’il le fut, car dès que quelqu’un osait mettre en question cette croyance en la peur, justement, on le discréditait, on le qualifiait de « complotiste », de croyant en une fausse réalité. D’ailleurs, les incroyants dans la peur, à cette période-là, étaient pour une grande partie, contrairement aux fausses informations qui ont été colportées à l’époque par les médias dominants, des personnes très informées sur des questions de santé, qui ont eu des démarches de prévention très actives et ont donc, en général, été bien moins que la moyenne rendus malades par l’épidémie.

Il est important de préciser ceci, parce que ce simplisme coupable de vouloir discréditer ceux qui pensent autrement comme étant des inconscients est clairement un système de défense d’un « ministère de la vérité » aussi faible ontologiquement que sa violence l’exprime. C’est-à-dire qu’il est infiniment violent parce qu’il est infiniment faible en termes de lien à la réalité. Mais, pour clore ce débat, qui ne devrait pas en être un d’ailleurs, je précise que ce dont je parle ici, c’est non pas de ce faux débat, mais de l’usage des mots et de l’impact politique des mots.

Dérives politiques inconscientes

Même les incroyants en la peur pendant cette période-là ont employé, pour qualifier la période, et emploient encore aujourd’hui, pour qualifier cette période, le mot « pandémie ». Alors que ce ne fut pas une pandémie, mais une épidémie. La définition de « pandémie » a d’ailleurs été modifiée en mars 2020 sur le site internet de l’Organisation Mondiale de la Santé pour stipuler une simple propagation internationale, pour un terme qui auparavant désignait un propagation internationale associée à une très grande proportion de mortalité dans les poplulations touchées, comme ce fut le cas pour la peste, ou pour le grippe espagnole (10 à 20% de mortalité dans les populations entre 1918 et 1920). Les mots peuvent changer de sens, et c’est le sujet de cet article. Le sens du mot « pandémie » a été modifié au début de cette période. La pandémie est une épidémie incontrôlable qui décime une très grande proportion des populations. On n’utilise jamais ce terme pour les épidémies annuelles de grippe par exemple, qui sont aussi mortelles que le fut l’épidémie de Covid-19 (pas plus, pas moins).

Dans la période 2020-2021, repérée comme la période Covid, sachant que le virus Covid existe toujours et circule toujours, et pas moins qu’à l’époque, dans cette période-là, le nombre de morts dues au Covid, qui fut assez important, il est vrai, n’a pas produit un excès de mortalité par rapport aux années précédentes ni aux années suivantes. Il n’y a pas eu plus de morts en valeur absolue dans la période Covid que dans les périodes précédentes et suivantes. Il y a évidemment des débats sur l’échelle des périodes.

Ainsi, si l’on regarde la mortalité et les proportions de mortalité, toutes causes confondues, bien sûr, il y a eu des morts du Covid, des morts de la grippe, des morts du cancer, des morts de maladies cardiovasculaires, des morts de vieillesse, des morts du sida, des morts par suicide, etc., ce ne fut pas une période « pandémique », si l’on prend la définition préalable du mot « pandémie ». L’usage du mot « pandémie », quand on sait le sens de ce mot, sème la peur, inscrit une politique, une croyance, une religion de la peur. Donc, il vient soutenir l’idée fausse que ce fut une pandémie, alors que cela n’en fut pas une.

Redonner leur sens aux mots

Ce qui est fort là-dedans et intéressant, et c’est pourquoi il me semble important de le discuter, c’est que ce mensonge sur le réel, cette post-vérité, comme on dit aujourd’hui, est colportée autant par les croyants que par les incroyants. On nomme cette période la « pandémie ». Que les croyants en la peur emploient ce mot, c’est normal, car c’est leur croyance. Mais qu’il n’y ait pas de contre-pouvoir aussi dans la langue sur la représentation qu’on se fait de cette période, c’est très grave, car cela inscrit dans nos vécus, dans nos représentations du présent et pour le futur, une certaine vision, qui elle est commune, malgré les oppositions de croyances. Si ce mot « pandémie » est toujours employé dans 10 ans, dans 20 ans, dans 100 ans, on croira qu’il y avait vraiment eu une pandémie, puisqu’on emploie le mot « pandémie » et qu’on sait ce qu’il signifie.

Donc, on a là des mots très puissants qui sont galvaudés, qui conservent leur charge historique de puissance par rapport à ce qu’ils signifiaient avant, mais dont la réalité n’est plus à l’image de leur réelle signification. On passe dans un régime de dissonance cognitive entre une réalité imaginaire, la pandémie, qui n’est pas la même chose que la réalité qui a eu lieu. C’est là, dans ce vidage du sens des mots, que réside un trouble chez ceux qui les emploient. Les mots ne désignent plus une réalité simple et concrète, ils désignent un fantasme, qui n’est pas en rapport avec la réalité. Et donc, du fait de l’existence et de l’emploi de ces mots, on perd petit à petit nos capacités de jugement et de pensée critique, car il n’y a plus de vrai ni de faux. Tout est flou, tout est fluide, si je puis dire.

Pour reconnecter l’imaginaire au réel

On est dans un imaginaire flou, colporté par des médias aux ordres des commerçants de la finance et de la politique qui bénéficient, pour les intérêts qu’ils défendent, qui ne sont absolument pas l’intérêt général, de ce flou. Il y a une perversion des mots qui pervertit les ancrages de l’humanité dans du commun, dans des savoirs réels et partagés.

Je sais bien que certains, quand ils liront cet article, me percevront comme un dangereux complotiste et m’affirmeront qu’il y a eu réellement une pandémie, que c’est le bon mot, que tout cela a été très grave, etc. Je les invite à regarder avec le plus d’objectivité possible les statistiques a posteriori de cette période et notamment celles du nombre de morts. Mais c’est normal, car nous ne partageons pas la même croyance. Je ne juge pas ces personnes, je ne me mets pas en surplomb par rapport à ces personnes. Je ne partage pas la même croyance. Donc cet article n’est pas écrit pour ceux-là qui, de toute façon, ne partagent pas la même croyance, et c’est respectable. Cet article est plutôt pour ceux qui partagent avec moi la croyance dans la non-peur qu’il fallait avoir dans cette période pour mieux se prévenir et mieux se prémunir des dangers de cette épidémie.

Et j’invite donc les non-croyants en la peur du Covid à essayer d’employer le mot « épidémie », qui lui est absolument juste, plutôt que le mot « pandémie », afin d’essayer d’apporter un petit contre-pouvoir dans la langue pour défendre nos idées, qui nous semblent plus démocratiques, plus capacitantes que la croyance en une menace beaucoup plus fantasmée que réelle, comme cela a été maintes fois prouvé pendant et depuis cette période.

Vérité, objectivité et construction du sens

La vérité n’est jamais donnée mais toujours construite, façonnée par nos perceptions, nos intérêts et les pouvoirs qui définissent ce qui peut être dit et pensé. L’objectivité des faits se révèle illusoire dès lors qu’on examine comment le pouvoir et les médias fabriquent le réel, transformant des choix lexicaux - pandémie plutôt qu’épidémie - en visions du monde. Les discours d’experts qui prétendent décrire objectivement le monde sont des simulacres qui confinent à l’immobilisme, niant la subjectivité qui est pourtant la condition de tout engagement transformateur. Face aux explications uniques et rassurantes, la présence ouvre aux explications multiples et fonde l’esprit critique. La religion véridiste de certains chercheurs, qui croient détenir la vérité absolue tout en occultant les questions dérangeantes, révèle comment le savoir peut devenir dogme. Entre simplisme et nuance, entre certitude et complexité, la pensée authentique embrasse les paradoxes et reconnaît la partialité de tout point de vue. Le sentiment de raison, cet étayage externe qui nous rassure, peut nous conduire à déshumaniser l’autre au nom de notre prétendue rationalité. Comprendre que toute vérité est nécessairement complexe, partielle et liée à notre expérience du monde ne mène pas au relativisme mais à une épistémologie de la présence où la connaissance émerge de notre ancrage conscient dans le réel plutôt que de notre surplomb illusoire.


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