L’engagement politique actuel, fondé sur le déni de la peur plutôt que sur une présence authentique, crée un terrain fertile pour les figures comme Trump et perpétue le système qu’il prétend combattre.
En ce début d’année 2025, à un moment de l’histoire où bien des forces dites progressistes utilisent Donald Trump comme un repoussoir, tout à coup, l’engagement progressiste se résumerait à lutter contre Donald Trump et ses idées malfaisantes. Oui, à mon sens aussi, Donald Trump est un personnage – car c’est avant tout un personnage et une mise en scène – qui colporte des idées malfaisantes. Mais à mon sens, la lutte à mener n’est pas la lutte contre ce personnage, qui est avant tout un fantasme et un imaginaire, mais contre ce qui a fait le lit de ce personnage.
C’est donc un personnage, un fantasme avant tout, qui nous fait peur. C’est le croquemitaine aux cheveux jaunes cette fois-ci. Et cet « engagement » de lutte contre lui est nourri par la peur qu’il produit en nous. Il ne faut, je crois, jamais oublier que la peur est toujours mauvaise conseillère. Il y a un déni de la peur dans la figure de l’engagement. Tout à coup, les démocrates de tous pays se retrouvent rassemblés dans une sorte de combat commun. Ils croient en leur engagement pour de belles valeurs, alors qu’en réalité, ils sont juste pétris de peur et cherchent à se rassurer en se faisant croire qu’ils sont dans un engagement politique, qu’ils militeraient par la lutte contre Trump pour une société plus juste, pour revenir à un potentiel « avant Trump » qui serait meilleur. Mais était-ce vraiment le cas ? L’avant Trump était-il meilleur que l’après Trump ?
Le recul critique suffisant sur la politique de Trump pour pouvoir en juger fait défaut. La seule chose dont nous pouvons juger, ce sont les mises en scène du personnage Trump. Le concept que je développe ici, de la présence et du déni de la peur, ne se réduit pas à une pseudo-analyse de la situation présente au moment où j’écris, mais il vise à en documenter une partie des phénomènes de construction, afin d’apporter un éclairage philosophique un peu plus lucide et constructif, je l’espère, sur les postures que nous pouvons avoir en tant que citoyens, en termes politiques et en termes de rapport à la réalité du monde. Ainsi, nous éviterons peut-être, sans le vouloir, de cultiver précisément ce qu’un politicien comme Donald Trump veut nous faire cultiver.
Peut-être pourrons-nous aussi apporter un peu plus d’ancrage dans une philosophie politique contemporaine, à ce qui serait au fondement d’une société de nature démocratique – celle qu’appellent de leurs vœux les opposants à Trump, mais qui, comme je vais l’expliquer, portent à mon avis exactement l’inverse de ces valeurs, de façon très inconsciente.
Ainsi, je m’adresse au lecteur de ce texte, et surtout à ceux qui, d’ores et déjà à cette étape, auraient envie de le lâcher des mains, car il pourrait potentiellement remettre en question trop de certitudes fondamentales sur la citoyenneté. Je m’adresse à toi, lecteur engagé dans la lutte contre le trumpisme. Je te propose de t’offrir une vision peut-être un peu plus large que celle qui est la tienne aujourd’hui, et ce sans prétention. Je ne prétends pas savoir mieux, mais je sais que j’ai un savoir autre, qui peut avoir – et c’est mon souhait – la vertu de t’offrir une compréhension plus fine des choses, qui peut, je l’espère, enrichir ton engagement et le rendre plus efficace. Peut-être que ce texte peut t’aider à mieux te comprendre toi-même, à situer ton engagement politique, et peut-être d’aller plus loin dans ce que tu prônes. Et cela n’est jamais, jamais un chemin confortable : le travail, c’est-à-dire la transformation de soi et du monde, est souvent très inconfortable, car, comme son nom l’indique, il va déconstruire des certitudes que nous avions. Mais avec un résultat magnifique : celui de pouvoir être encore plus acteur des changements politiques et sociaux que nous appelons de nos vœux.
Alors bienvenue à toi, qui crains peut-être de lire des choses avec lesquelles tu ne seras pas d’accord. Ton libre arbitre, ta pensée singulière, ce qu’on appelle l’esprit critique, sont les bienvenus ici. Je ne te dirai jamais ce qu’il faut penser. Par contre, je te partagerai des outils philosophiques et politiques, contingents aussi, qui, je l’espère sincèrement, pourront t’accompagner à forger ta propre pensée – pas celle de ta communauté, la tienne. Précisément, un espace démocratique, par définition, est un espace de délibération entre des pensées radicalement opposées, qui toutes ont leur place. Et c’est par ces confrontations que se construit la société diversifiée que nous appelons de nos vœux.
Le premier élément que j’ai mis en avant est donc une croyance dans un engagement contre le trumpisme – ou contre d’autres choses, le complotisme par exemple – qui est en réalité basé sur une peur. Depuis la fin du XIXe siècle, par exemple, les groupuscules anarchistes, pourtant peu dangereux, ont tous été réprimés par les États avec la plus grande violence. Le mot même d’« anarchisme » a été associé à une vision de désordre catastrophique ou d’utopie complètement irréaliste. Pourquoi ces doux rêveurs – si nous les voyons comme cela – ont-ils toujours été et sont-ils toujours aussi sévèrement réprimés ? C’est parce qu’ils font peur aux États. Pourquoi font-ils peur ? Car ils sont porteurs de propositions démocratiques radicales et fonctionnelles, qu’il faut absolument étouffer dans l’œuf en permanence pour maintenir les structures de domination économique, patriarcale et politique existantes. Ils ne sont pas dangereux pour les autres, ils sont dangereux pour le système, car leur alternative est meilleure que le système existant. Bien sûr, on peut débattre de cela, et je ne vais pas rentrer dans le débat sur la pertinence de la pensée anarchiste – chacun a son avis. Mais il est important de forger son avis, de ne pas en rester à son opinion, c’est-à-dire de se documenter avant de formuler un avis.
Il y a donc un engagement à la fois des États et même des citoyens, qui ont une vision très négative de l’anarchisme, un engagement au discrédit systématique de ces pensées. On ne formule pas cet engagement comme une peur, on ne sait pas qu’on a peur d’eux. On le formule comme un engagement pour une société organisée, démocratique justement, et surtout pas anarchique – ce qui serait une sorte de loi de la jungle. Donc on croit qu’on est engagé politiquement pour l’égalité, alors qu’en réalité nous sommes dans le déni d’une peur ancrée très profondément : la peur du désordre de l’ordre établi. C’est pour cela que je parle de déni. C’est cette peur de l’inconnu, cet inconnu qui nous inquiète tant. Mais ce n’est pas comme cela que nous nous représentons, car nous nous voyons plutôt comme des gens sensés qui font des choix politiques utiles pour la collectivité.
C’est un peu le même phénomène vis-à-vis de Donald Trump, qu’on pourrait qualifier d’ailleurs d’« anarchiste d’extrême droite ». Nous nous sentons mobilisés contre lui. Le sujet de cet article, c’est de travailler sur les causes, sur le terrain qui produit Donald Trump. Il est toujours beaucoup plus utile et constructif, à long terme, de travailler sur les causes plutôt que sur les effets. Mais ce n’est pas l’habitude répandue. Dans le domaine médical, par exemple, quasiment l’ensemble de la médecine occidentale officielle est centrée sur les effets, c’est-à-dire sur la maladie, sur les symptômes qu’on va traiter. Mais les causes, c’est-à-dire la prévention, sont très peu développées, alors qu’on en a toutes les connaissances. Il suffit de regarder nos sociétés modernes et les collusions d’intérêt économique profond entre le secteur agroalimentaire et le secteur pharmaceutique pour comprendre que le système capitaliste – c’est-à-dire l’augmentation du capital des actionnaires – bénéficie beaucoup plus du développement des maladies via l’industrie agroalimentaire, qu’il va ensuite falloir soigner via l’industrie pharmaceutique. C’est beaucoup plus bénéfique pour les actionnaires qu’un système vertueux dans lequel il y aurait de la prévention, donc moins de maladies, donc moins de vente de médicaments. C’est une évidence économique de base, mais il est important d’en avoir conscience. Je ne simplifie pas le sujet, mais ce dont je parle est assez évident à constater si on y regarde d’un peu plus près. Bien sûr, les tenants des systèmes de santé s’insurgeraient en disant qu’on vit beaucoup plus longtemps aujourd’hui que dans le passé, grâce justement au développement de toute cette industrie pharmaceutique. Heureusement qu’on vit plus longtemps grâce aux avancées des sciences, mais nous pourrions vivre encore beaucoup plus longtemps grâce à la même avancée des sciences si elle était utilisée autrement. Et ça, ils ne le disent pas.
Là aussi, on a une peur sous-jacente : la peur de mourir, la peur d’être malade, sur laquelle s’appuient les industriels pour nous vendre un engagement pour la santé – par exemple via les vaccinations massives, via l’association dans des cocktails injectables de vaccins obligatoires et de vaccins non obligatoires, qui sont donc vendus plus cher car il y a plus de produits à l’intérieur. On nous fait croire qu’il s’agit d’une prévention, alors qu’il s’agit avant tout d’une vente. Je ne veux pas dire par là que tous les vaccins sont inutiles. Certains vaccins le sont tout à fait, et ce grâce à l’avancée des sciences, non pas au développement des laboratoires pharmaceutiques. Il y a une confusion savamment entretenue entre commerce et santé, qui est tout aussi savamment entretenue par l’industrie agroalimentaire – les yaourts soi-disant constitués de produits miraculeux qui vont nous rendre en bonne santé. On sait que ce n’est que de la communication, que cela n’a rien à voir avec la réalité. On peut se faire croire que ça a à voir avec notre réalité car on se sent bien après avoir mangé le yaourt – il y a bien sûr de l’effet placebo partout. Et lorsque nous devrons, à cause de l’excès de yaourts, consommer des médicaments pour nous soigner des maux produits par cet excès, évidemment aucun lien ne sera fait – à part par quelques lanceurs d’alerte discrédités – entre les yaourts et notre mal qu’il faut soigner.
Donc la peur est mise de côté alors qu’elle est présente au fond. On se fait croire qu’on œuvre pour la santé, on communique là-dessus, alors qu’en réalité on s’appuie sur la peur de la maladie et la peur de la mort. On va donner des yaourts à son enfant, par exemple, en croyant que c’est pour sa bonne santé, et dans le déni de la peur.
Revenons à la peur déniée de Donald Trump. On pourrait m’objecter qu’il n’y a aucun déni de la peur de Donald Trump, que nous avons justement très peur de Donald Trump et que c’est pourquoi nous nous engageons. Oui, mais ce qui va faire que nous nous identifions à un citoyen vertueux, c’est notre engagement. Nous sommes en lutte pour la démocratie, contre Donald Trump, contre l’extrême droite. Et je prétends – j’en arrive enfin au cœur de mon argumentation – que nous sommes ceux qui ont autorisé pleinement et inconditionnellement le développement de la pensée de Donald Trump et les effets néfastes qu’il peut produire, et que même dans notre engagement actuel, nous sommes encore en train de le soutenir alors que nous croyons sincèrement nous opposer à lui. Et ce, du fait d’un défaut de présence et d’un déni de la peur.
Il y a cinq ans est survenue la période Covid, qui a duré deux ans – l’année 2020 et l’année 2021. Je vais commenter cette période, qui a priori peut sembler ne rien avoir à voir avec l’avènement récent de Donald Trump, mais elle est, à mon avis, un moment clé politique pour comprendre ce qui a pu soutenir le déploiement de l’extrême droite actuelle. Je sais qu’à cette étape, certains lecteurs pourraient là aussi avoir envie de laisser tomber cet article, car ils considèrent que le moment du Covid ne fut pas tant un moment politique qu’un moment sanitaire, un moment au contraire de solidarité mondiale dans la lutte contre un virus mortel. Je vous propose de lire les lignes qui suivent, non pas dans l’idée de faire changer d’avis qui que ce soit, mais d’apporter une vision politique un peu plus précise de cette période, comme l’a d’ailleurs très bien fait Barbara Stiegler pendant et après l’épidémie.
Un virus contagieux, très contagieux, a commencé à circuler. Les politiques ne savaient qu’en faire. Certains étaient dans le déni de l’existence du virus, d’autres, petit à petit, l’ont pris en compte. L’Organisation mondiale de la santé, au départ, a proposé son protocole classique – tester, isoler, traiter – qui a été mis en place dans certains pays avec un très grand succès, et absolument pas dans d’autres pays comme la France. En 2020, nul n’était testé, nul n’était isolé, et nul n’était traité de façon préventive à partir d’un test. Il n’y eut qu’une démarche hospitalière pseudo-curative pour des personnes qui étaient déjà en grande détresse respiratoire, en grand âge et/ou en comorbidité, prises en charge sur le tard dans des hôpitaux à dessein peu nombreux, sans aucune ouverture aux cliniques privées. Cela produisit quelques encombrements dans des services d’urgence mis en exergue par les médias, mais bien des hôpitaux étaient aussi complètement vides à cette période. Évidemment, ce n’est pas ce message qui a été envoyé à l’époque. Les chiffres officiels ont indiqué a posteriori que pendant ces deux années de Covid, il n’y eut que 2 % de toutes les hospitalisations qui furent des hospitalisations pour cause de Covid.
Ainsi, un choix a été fait en France et dans bien d’autres pays de mettre en place un confinement des populations, organisé via un conseil de défense, avec un discours gouvernemental guerrier – « Nous sommes en guerre », répété dix-sept fois par Emmanuel Macron lors de son premier discours la veille du premier confinement en 2020. Ainsi, le virus était devenu un ennemi commun, un engagement citoyen dans la lutte contre lui. C’était en appui sur la peur – la peur de mourir, la peur de la maladie, la peur de la transmettre, la peur d’être dangereux pour l’autre –, mais ce fut immédiatement converti comme un engagement pour la santé publique, qui devait être l’engagement de chacun.
Le problème est que cet engagement n’était pas du tout appuyé sur des connaissances scientifiques, sur une écoute de la diversité des scientifiques indépendants – qui sont très peu nombreux, car une grande partie sont financés par les laboratoires pharmaceutiques et donc complètement partiaux dans leur manière de penser les choses. Et vu la logique pharmaceutique, évidemment, l’industrie a tout de suite perçu une opportunité rare : une peur très partagée – pas dans le monde entier, mais en tout cas dans le monde occidental riche. Ainsi, via un déni de la peur – oui, les gens avaient peur, mais on a converti la peur en engagement –, les personnes qui faisaient de la délation, par exemple pendant le premier confinement vis-à-vis de leurs voisins qui sortaient dehors, des jeunes gens qui faisaient la fête, qui étaient en rébellion contre cette atteinte à leur liberté, se sentaient porteurs de valeurs démocratiques alors même qu’ils étaient en train de stigmatiser des personnes, d’atteindre à leur liberté, et ce sans aucune démarche personnelle d’information sur la réelle dangerosité de leurs voisins et des jeunes.
Alors, on peut m’objecter que l’époque était extrêmement tumultueuse, que les gens étaient tétanisés par la peur. Eh bien, précisément, ce fut l’objet en septembre 2020 du magnifique texte du sociologue Laurent Mucchielli – avec beaucoup de scientifiques – qui s’intitulait Nous ne voulons plus être gouvernés par la peur, qui expliquait très bien comment la peur était mauvaise conseillère en termes de santé publique, et comment une responsabilisation des personnes, un véritable esprit critique, auraient eu et pourraient avoir de bien meilleurs effets sanitaires.
L’engagement était d’autant plus fort, la collaboration avec les ordres d’État d’autant plus forte, que la peur déniée était grande. La peur fut entretenue par le système médiatique, ce qui a permis de valider l’engagement. Oui, dans un premier temps, lors du premier confinement, il y avait une forme d’état de sidération savamment entretenue dans notre pays – il le fut beaucoup moins dans d’autres pays. Certains pays n’ont pas confiné et n’ont pas eu plus de morts que la France, je le rappelle. Mais après, lorsqu’il a commencé à y avoir des systèmes de contrôle des populations – le pass sanitaire, les tests –, il faut aussi se rappeler qu’au départ, on a eu une épidémie de cas de personnes malades, mais ensuite c’est devenu une épidémie de tests de personnes testées positives, avec un test dont le principe même fabriquait une très grande quantité de faux positifs. Donc il y a eu un glissement de l’épidémie de cas à une épidémie de tests, puis l’imposition – ou presque – d’une vaccination dont les fabricants savaient dès le départ qu’elle ne protégeait en aucun cas de la transmission.
Ainsi, on peut se dire : « Oui, mais c’est mieux, non ? » La vaccination ne protégeait pas de la transmission, point. Il y a eu aussi l’interdiction de tout traitement précoce, l’interdiction même de la part des médecins de la prescription de vitamine D ou de zinc, qui étaient les deux approches préventives les plus efficaces contre le Covid. Pour quelles raisons ? Et évidemment, l’interdiction de l’hydroxychloroquine et de l’ivermectine comme traitements, dont les efficacités avaient été très tôt prouvées et validées maintes fois, même si encore aujourd’hui certains prétendent que leur efficacité était fausse. Pour quelle raison ? Le discrédit des traitements efficaces existants et des préventions, pour la raison toute simple que les vaccins, qui ont été distribués par milliards et qui ont fait doubler les fortunes des actionnaires de ces sociétés pendant les deux ans de la période Covid – ce n’est pas rien : les neuf milliardaires les plus riches ainsi que les actionnaires des laboratoires pharmaceutiques ont doublé leur fortune en deux ans. Donc c’étaient déjà les gens les plus riches qui ont été doublement enrichis. Il ne faut pas oublier cela, ce n’est pas un détail, et on ne double pas sa fortune sans stratégie, cela ne vient pas sans travail et sans stratégie de communication.
Via l’Ordre des médecins, un médecin qui prescrivait autre chose que du Doliprane pour le Covid était interdit d’exercer. C’est la première fois dans l’histoire – en France en tout cas – que l’État est prescripteur. C’est une violation du serment d’Hippocrate que la plupart des médecins ont acceptée. Cette interdiction a fait qu’il a été possible de vendre, de distribuer et d’inoculer des vaccins encore au stade expérimental – chose qui, dans les lois, n’est pas autorisée sauf s’il n’y a aucun traitement existant. L’opportunité commerciale était tellement grande qu’il a fallu absolument défendre l’absence de traitement, bloquer les traitements, empêcher les médecins de traiter. Les seuls médecins qui ont traité l’ont fait et ont été radiés, ou alors l’ont fait sous le manteau en prétendant qu’ils soignaient d’autres affections que le Covid. Par exemple, l’ivermectine a été beaucoup prescrite et a soigné énormément de personnes, mais sans qu’il soit dit que c’était pour le Covid qu’on les soignait.
Et le mensonge absolu – « Tous vaccinés, tous protégés » –, qui était le slogan, était un mensonge dès le départ. Les laboratoires n’ont jamais dit aux États que ces vaccins protégeaient de la transmission. Ils l’ont toujours su. Ils n’ont même pas testé d’ailleurs cet aspect-là, et ça n’a jamais été l’effet du vaccin. Une réelle protection de la transmission aurait été une démarche préventive de soins. Alors on peut dire : « Mais si, grâce au vaccin, moins de personnes étaient malades, c’était moins transmis ? » Pas du tout. Le vaccin n’empêchait pas d’être porteur du virus, de le recevoir et de le transmettre. Simplement, il atténuait pour certains – et malheureusement, ces vaccins ont eu aussi d’énormes effets secondaires, qui sont presque des secrets d’État encore aujourd’hui. Il prévenait juste de la gravité des symptômes chez les personnes vaccinées, c’est tout. Mais n’empêchait en aucun cas d’être porteur, que le virus se développe en soi et soit transmis.
Mais là aussi, le fait d’être vacciné, d’obliger les personnes à être vaccinées ou de se tester en permanence – sachant que les tests étaient globalement, pour une très grande partie, faux – était perçu par les personnes qui étaient porteuses de cela comme un engagement pour la santé publique. « On faisait cela, on respectait les instructions des États pour la santé de tous », et ce faisant, on était dans un déni du fait que ce qui nous faisait nous engager à ce point, c’était notre peur. Et encore une fois, la peur est toujours mauvaise conseillère.
Et ce faisant, qu’avons-nous fait ? Nous avons fabriqué de l’exclusion. Nous avons accepté l’arrêt des activités. Nous avons accepté l’endettement massif du pays. Nous avons accepté la militarisation de la vie publique, pour des restrictions de liberté en France sans précédent – plus fortes que les restrictions de liberté qu’il y a eu pendant la Seconde Guerre mondiale sous l’occupation allemande, en termes politiques de non-respect d’exception au système démocratique. La France n’était jamais allée aussi loin. Bien sûr, il y a eu des périodes absolument fâcheuses, comme la Commune de Paris où les Parisiens anarchistes – justement – se sont fait tirer dessus et assassiner en masse. Mais en termes de restriction de libertés, ce n’est jamais allé aussi loin que pendant la période Covid, en France en tout cas.
Voilà ce que cet engagement pour la santé a produit. Il n’a absolument produit aucune meilleure santé – et les chiffres d’ailleurs le montrent de façon terrible : chaque campagne de vaccination a produit plus de morts, parce qu’elle était vendue sur un mensonge. Je ne dis pas par là que les vaccins ont été inutiles à toutes les personnes vaccinées, mais pour la santé publique, les campagnes de vaccination ont été catastrophiques. Par contre, elles ont été profitables dans des proportions jamais atteintes aux actionnaires capitalistes. Encore une fois, c’est sans précédent dans l’histoire du capitalisme. Nous servions cela en croyant être engagés pour la santé, alors que nos « engagements » étaient basés sur la peur. Et c’est pour cette raison-là qu’il y eut tant de dissensions, tant d’opposition au sein même des familles, dans les entreprises – qui peuvent encore perdurer aujourd’hui –, tant de stigmatisations de l’autre comme un personnage dangereux, les « J’emmerde les non-vaccinés » – la fameuse parole d’Emmanuel Macron. Et puis, à un moment, on l’a tous traversé, on savait aussi que si on ne se faisait pas vacciner, on allait être déclassé socialement, on allait peut-être perdre son travail, etc. Et donc une grande partie des personnes qui se posaient des questions, qui n’avaient pas forcément envie, qui doutaient un petit peu de tout ça, ont été convaincues non pas pour leur santé et la santé des autres, mais pour éviter le déclassement social. C’était un moyen de pression particulièrement infantilisant et malhonnête, ce qui était une évidence sur le moment. Mais on est dans un système, dans une société, et si on s’en fait exclure, comment fait-on pour y vivre et pour pouvoir continuer à y vivre ?
Dans cette période donc, il y a eu beaucoup de dissonance cognitive. Oui, certains étaient convaincus et se sentaient engagés – les plus grands délateurs, par exemple, se sentant porteurs d’un engagement pour la santé. Et puis d’autres l’ont fait, contraints et forcés, sentant que ce n’était pas exactement ça. Dans une grande dissonance cognitive, un grand nombre d’entre eux – une partie d’entre eux qui ont subi les effets secondaires des vaccins – sont morts ou sont aujourd’hui très malades pour toujours à cause de cela, et une autre partie sera malade dans le futur à cause de cela – ce qui est du pain bénit pour l’industrie pharmaceutique évidemment, car il faudra soigner ces maladies. Et d’ailleurs, il y a déjà, de la part du laboratoire Pfizer lui-même, un médicament pour soigner les effets secondaires de son propre vaccin Covid, qui est vendu comme quelque chose de magnifique et encore une fois une avancée scientifique majeure.
Pourquoi tout ce que je viens de décrire fabrique le lit du trumpisme ? Car l’engagement basé sur un déni de la peur – et non pas sur un réel engagement politique pour un monde meilleur – est un faux engagement. Tout comme chez Winnicott il y a le « vrai self » et le « faux self », eh bien il y a le vrai engagement et le faux engagement. C’est un faux engagement : on croit que c’est un engagement réel, mais il est basé sur du mensonge, et on le sait au fond de soi. On a cru qu’on défendait la démocratie, mais on sent bien qu’il ne s’agit pas de démocratie, mais de défense du pire des systèmes capitalistes, qui ne fait aucun cas de la santé publique, en nous faisant croire qu’on était engagés pour la santé. Nous sommes donc dans un règne de post-vérité. La post-vérité ne vient pas de Donald Trump. La post-vérité de Donald Trump vient parce que nous-mêmes nous avons soutenu un régime de post-vérité. Nous avons fait des choix basés sur des mensonges qu’il est très facile de débusquer. Mais comme nous avons fait ces choix et que nous sommes dans un engagement, nous continuons à être dans le déni de la peur qui a suscité nos choix. Nous croyons que nous sommes dans un vrai engagement, alors que notre engagement est faux, et fabrique une dissonance cognitive en nous.
Comment sortir de cette dissonance ? Il y a plusieurs résonances qui se percutent les unes les autres – c’est ce qu’on appelle une dissonance. Il y a quelque chose de complètement anarchique, dans le sens négatif du terme, dans notre état mental et psychique suite à ce type de situation. Il est donc excessivement facile pour quelqu’un comme Donald Trump, à partir de cela, de mettre en résonance un certain nombre d’endroits de cette dissonance, d’embarquer avec lui les opposants à la politique sanitaire scélérate de la période Covid – comme Robert Kennedy Junior ou même Elon Musk, qui n’ont pas du tout été des croyants, qui se sont au contraire, et surtout Robert Kennedy Junior, opposés à toutes ces pratiques. Donc Donald Trump va se mettre en résonance avec cette partie-là, se mettre en résonance avec des opposants aussi, avec des gens qui étaient tout à fait d’accord avec la politique sanitaire. Il va même se mettre en résonance avec Bill Gates, qui est un des grands financeurs de l’OMS et qui était un des très grands promoteurs de la vaccination. Donc cette dissonance cognitive préalable à l’arrivée de Donald Trump est simplement amplifiée par Donald Trump. Mais si elle n’avait pas été là avant lui, il n’y aurait pas de terrain dissonant. Il y aurait un terrain politique clair, qui ne lui permettrait pas son pouvoir. Là, il n’y a aucun terrain politique. Il y a un faux engagement basé sur le déni de la peur. Et ce qui est terrible, c’est que « l’engagement » contre Trump accentue encore la dissonance, car il la fabrique aussi. Par exemple, si on regarde Robert Kennedy Junior, on veut le discréditer alors que c’était une des personnes les plus cohérentes en termes de santé publique pendant la période Covid et même aujourd’hui dans ses discours. Mais il va complètement être discrédité. Donc des personnes qui sont porteuses d’un engagement pour la santé publique, pour le bien-être mondial en termes de santé, vont se retrouver discréditées – Robert Kennedy Junior – alors qu’avant qu’il soit associé à Donald Trump, ils auraient pu – et avant le Covid, ils regardaient ses documentaires et ils adhéraient à ses propositions.
Donc le régime de post-vérité, qui fabrique d’immenses dissonances cognitives basées sur un déni de la peur, préexiste largement à Donald Trump. Il ne se présente pas comme tel, il se présente comme un engagement cohérent, alors qu’en fait on est sur du mensonge partout. Certains le sentent, certains ne le voient pas, certains le sentent mais font avec. Donald Trump est simplement moins hypocrite : il assume le mensonge. On sait qu’il ment. Lui-même affirme qu’il ment le plus souvent. Il ne s’en cache absolument pas.
Et donc j’en arrive à ma proposition : ce que je propose, c’est de travailler sur sa présence, sur notre présence. C’est, au lieu de s’engager contre Donald Trump, d’essayer de comprendre comment nous nous sommes fait manipuler avant Donald Trump, et comment notre manipulation a laissé la porte ouverte à un désordre conceptuel et politique absolu, qui se présentait comme quelque chose de cohérent et d’engagé, alors que c’était juste un système capitaliste qui a semé le chaos dans toutes les sociétés, qui a accentué les inégalités, qui s’est enrichi là-dessus en faisant croire à tout le monde que nous étions engagés pour la santé. En France, par exemple, mille milliards de dollars ont été empruntés aux mêmes actionnaires qui ont vendu leurs médicaments, leurs vaccins pendant le Covid, et auprès desquels l’État s’est endetté. Donc c’est tout bénéfice pour eux.
Je crois que ce qu’il faut regarder en face, c’est cela. Il faut déconstruire notre engagement basé sur un déni de la peur, en arriver à comprendre que notre engagement était basé sur un mensonge – tout comme les personnes engagées dans le communisme soviétique ont dû à un moment donné accepter que ce qui leur était vendu comme l’utopie du monde idéal futur était en réalité la pire des dictatures. Certains n’ont jamais réussi à dépasser cela : ça remettait trop en question leur engagement qui était pour eux sincère, et dont ils se rendaient compte qu’en fait il était basé sur un mensonge. C’est tout à fait le même processus.
Et il me semble que pour construire un futur politique éclairé, il ne s’agit pas de s’engager contre Donald Trump pour la démocratie. Il s’agit de chercher en soi ce qu’on a laissé faire en croyant être engagé, alors que nous étions complètement manipulés. Si on se met en capacité de comprendre ces processus-là, eh bien, nous serons bien mieux armés pour nous engager sans déni de la peur, dans notre présence à nous-mêmes, à notre humanité, dans notre présence à l’autre. La présence est ce qui nous permet d’évaluer nos actions : est-ce que je suis en train de stigmatiser quelqu’un ? Est-ce que je suis en train de fabriquer un bouc émissaire comme pendant le Covid au nom de l’intérêt général ? Si je suis présent à moi, à mon éthique personnelle, je suis forcé de remettre cela en question. Et ainsi, cela distinguera les vrais défenseurs de la liberté, de la souveraineté humaine, et puis ceux qui sont pour le totalitarisme, qui vraiment pensent qu’il est bien de stigmatiser certains et qu’il est bien que l’humanité soit classée en plusieurs niveaux, que certains soient plus humains que d’autres. C’est leur choix. Ce n’est pas le mien.
Soyons présents, et ainsi nous serons engagés réellement.
Vivre avec nos contradictions
La philosophie de la compromission reconnaît que nous vivons constamment dans l’écart entre nos principes et nos actions, entre nos idéaux écologiques et notre consommation quotidienne, entre notre désir de justice et nos accommodements avec le système. Cette dissonance cognitive n’est pas une faiblesse morale mais une composante essentielle de notre humanité complexe. La dignité ne se décrète pas mais se conquiert dans l’exercice paradoxal d’une liberté qui s’exerce malgré et avec nos contradictions. L’engagement authentique ne naît pas du déni de nos peurs mais de leur traversée consciente, car le déni de la peur créé précisément le terrain fertile pour les démagogues et les manipulateurs. L’imminence, ce rapport au temps pressé qui caractérise notre époque, nous pousse à des compromissions permanentes entre l’urgence de l’action et le temps nécessaire à la réflexion. Face à cette tension, l’éthique de la présence propose non pas de résoudre les contradictions mais de les habiter consciemment, de transformer la compromission subie en compromis choisi. Entre pureté militante impossible et cynisme désabusé, s’ouvre un chemin : celui d’une lucidité bienveillante qui reconnaît nos limites tout en maintenant vivante l’exigence de transformation.