Présence et mémorisation

3 février 2026. Publié par Benoît Labourdette.
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Une découverte récente en sciences cognitives révèle que dix secondes de silence après un apprentissage triplent la rétention mémorielle. Ce n’est pas un conseil mnémotechnique. C’est une confirmation empirique de ce que je développe depuis plusieurs années dans ma philosophie de la présence : mémoriser n’est pas enregistrer, c’est être présent·e à ce qu’on vient de recevoir.

Un fait scientifique qui dit autre chose que ce qu’il croit dire

Des chercheurs l’ont établi : lorsqu’on apprend quelque chose, que ce soit un nom, une idée, un chemin ou une direction, la trace que cela laisse dans notre cerveau commence comme un signal électrique fragile, une impulsion qui n’a pas encore trouvé sa place dans l’architecture neuronale et qui, dans les premières secondes, hésite entre l’inscription et l’effacement, entre la consolidation et la disparition, comme si le cerveau posait, à sa façon, la question la plus radicale qui soit : cela vaut-il la peine d’exister ? Et chaque stimulus qui survient immédiatement après, un son, un écran, un geste, une sollicitation quelconque, répond silencieusement à sa place : non, pas important, efface.

En revanche, dix secondes de silence, les yeux fermés, sans entrée nouvelle, changent tout. Le groupe qui pratique ce silence après chaque apprentissage se souvient, une heure plus tard, de trois fois plus d’informations que le groupe qui enchaîne immédiatement.

Les neurosciences ne le savent pas forcément, mais ce qu’elles décrivent là, au-delà de la mécanique synaptique et de la consolidation cérébrale, c’est un phénomène philosophique : c’est la condition de possibilité de toute intégration véritable d’une expérience, et cette condition, c’est la présence.

Le silence est un acte

La physique contemporaine, depuis la mécanique quantique jusqu’à la physique des particules, nous enseigne que la matière est fondamentalement vibratoire : les atomes, qui composent tout ce qui existe, sont constitués quasi principalement de vide en ondulation, et les différents éléments chimiques se distinguent les uns des autres par les fréquences vibratoires de leurs particules élémentaires. Alfred North Whitehead, dans Process and Reality (1929), avait déjà fondé sa philosophie du procès sur cette intuition : la réalité n’est pas faite de substances statiques mais d’événements vibratoires, de processus en perpétuelle résonance les uns avec les autres. Dans cette perspective, que je développe dans ma réflexion sur les ondes sonores, notre présence au monde est de nature ondulatoire : nous sommes, fondamentalement, une masse vibrante présente dans un univers vibrant, et le silence n’est jamais le vide mais l’une des modalités les plus intenses de l’être-là, car les résonances vibratoires sont tout aussi agissantes dans le silence que dans le son.

Faire silence, c’est un acte, et c’est même, souvent, un acte plus exigeant que celui de parler ou d’agir, parce qu’il suppose d’accepter d’être traversé·e par ce qu’on vient de recevoir, sans s’en protéger par le mouvement.

Je le vis dans mon travail de facilitateur de groupes, et je le constate dans une variété de contextes qui dépasse largement le cadre scolaire ou académique de la mémorisation : des enfants en atelier de création, des adultes en séminaire professionnel, des personnes âgées en institution, des familles en médiation, des groupes en contexte de santé mentale, des participant·e·s à des activités culturelles ou ludiques. Dans chacune de ces situations, il y a toujours ce moment où quelqu’un·e vient de formuler quelque chose d’important, où quelque chose vient d’être vécu, et où le réflexe collectif serait d’enchaîner, de rebondir, de remplir l’espace. Si je laisse dix secondes de silence, il se passe autre chose. Le groupe absorbe. La parole prend une densité qu’elle n’aurait pas eue autrement. Ce n’est pas une technique d’animation. C’est un acte de présence collective, et il fonctionne de la même façon avec un enfant de six ans qui vient de dessiner quelque chose de fort qu’avec un·e cadre dirigeant·e qui vient de nommer un problème que personne n’osait dire.

Ce que la recherche cognitive décrit comme une « consolidation mémorielle » rejoint ce que je nomme le temps de la résonance : le moment où ce qui vient de nous toucher s’installe dans notre intériorité vibratoire, s’y imprime, entre en dialogue avec ce que nous sommes déjà. La mémoire, envisagée ainsi, n’est pas un enregistrement : elle est une résonance.

Hartmut Rosa, dans Rendre le monde indisponible (2020), formule ce paradoxe : la tentative de conférer aux choses une disponibilité garantie leur ôte leur qualité de résonance. J’utilise souvent cette idée de Rosa dans mes réflexions sur l’anxiété et sur l’adaptation, parce qu’elle dit quelque chose de très concret : en voulant accéder immédiatement à la prochaine chose, en saturant l’instant qui suit l’apprentissage, nous ôtons à ce que nous venons de vivre sa capacité de nous transformer, nous le rendons disponible en surface et indisponible en profondeur, et nous croyons apprendre parce que nous avons été exposé·e·s à une information, alors que nous n’avons tout simplement pas été présent·e·s à cet apprentissage.

Mémoriser est un acte de présence

Bergson distingue dans Matière et mémoire (1896) deux formes de mémoire : la mémoire-habitude, qui automatise les gestes répétés, et la mémoire pure, qui conserve le souvenir singulier, irréductible, de ce qui a été véritablement vécu. Cette seconde mémoire suppose que l’expérience a été reçue, non seulement perçue. Or percevoir sans recevoir, c’est ce que fait notre époque à grande vitesse : elle multiplie les expositions, mais raréfie les réceptions.

C’est ce que je constate dans mon travail d’accompagnement. Les personnes sont exposé·e·s à une quantité phénoménale de contenus, de formations, de séminaires, d’expériences de toutes sortes. Et ce qui reste, réellement, de ces expositions, est souvent très peu de chose : non pas parce que les contenus étaient mauvais, ni parce que les personnes étaient inattentives, mais parce que l’exposition a eu lieu sans que la réception ait pu s’opérer, parce que le signal électrique fragile a été noyé par le stimulus suivant avant d’avoir eu le temps de s’inscrire.

Mais il y a un autre mécanisme, tout aussi décisif, que les dix secondes de silence éclairent par contraste : c’est le rôle du récit. Paul Ricœur, dans Temps et récit (1983-1985), a montré que notre identité personnelle se constitue par la mise en récit de ce que nous vivons, et que c’est par cette opération narrative que l’expérience brute du temps devient expérience humaine, c’est-à-dire expérience porteuse de sens. Ce que Ricœur nomme l’identité narrative est précisément cette capacité que nous avons de nous raconter à nous-mêmes ce que nous venons de traverser, de nous décaler du pur vécu pour en faire un récit intérieur qui va lui donner sa place dans notre géographie de présence.

En effet, nous ne vivons pas que dans le présent immédiat : nous vivons aussi dans le récit de notre propre vie, et ce récit est un acte de présence à part entière. Quand nous nous racontons ce que nous venons de vivre, même silencieusement, même de façon encore informe, nous opérons un travail de symbolisation : l’expérience brute se dépose dans des mots, dans des images intérieures, elle entre en résonance avec ce que nous sommes déjà, et c’est dans cette résonance que se révèle ce que l’expérience signifie pour nous. Le silence de dix secondes est peut-être, en ce sens, le temps minimal nécessaire pour que s’amorce ce travail de mise en récit intérieur, cette opération par laquelle nous ne nous contentons pas de percevoir mais commençons à recevoir, c’est-à-dire à intégrer l’expérience dans le récit de ce que nous sommes en train de devenir.

Ce processus de symbolisation est fondamental, et la recherche en neurosciences nous en révèle peut-être le mécanisme sous-jacent sans le savoir : lorsque le cerveau consolide un souvenir, il ne stocke pas une donnée brute, il l’associe à des réseaux de sens déjà existants, il le tisse dans une trame narrative, il lui donne une place dans ce que je nomme la géographie de la présence, c’est-à-dire cette cartographie de nos états intérieurs qui varie selon les contextes, les strates de notre vécu, ce que nous venons de traverser.

Walter Benjamin avait pressenti cette distinction en différenciant l’Erfahrung, l’expérience qui sédimente, qui s’inscrit dans une continuité narrative, qui devient sagesse, de l’Erlebnis, l’événement vécu qui ne laisse pas de trace durable parce qu’il reste à la surface de la conscience comme un choc sans suite et sans récit. Dans Sur quelques thèmes baudelairiens (1940), il diagnostiquait la modernité comme une époque d’Erlebnis généralisé : les événements se succèdent, mais rien ne s’intègre, rien ne se raconte, rien ne devient vraiment expérience. Ce que la recherche sur les dix secondes de silence mesure, c’est exactement le passage possible de l’Erlebnis à l’Erfahrung, et ce passage, c’est la présence qui l’opère, une présence qui est aussi, indissociablement, un début de mise en récit.

Fermer les yeux, faire silence après ce qu’on vient de recevoir, ce n’est pas faire une pause au sens où l’on s’arrêterait momentanément avant de reprendre le cours des choses : c’est l’acte par lequel on décide que ce qu’on vient de vivre mérite d’exister en soi, c’est le geste par lequel la présence à ce qui vient d’avoir lieu permet de le transformer en expérience véritable, c’est-à-dire en un événement qui trouve sa place dans le récit de ce que nous sommes, dans la géographie de notre présence, et qui nous change, même imperceptiblement, par le fait même qu’il s’inscrit en nous plutôt que de glisser sur la surface de notre conscience.

Le temps de la présence n’est pas le temps de l’horloge

J’ai postulé, dans ma réflexion sur la présence et le temps, un lien intrinsèque entre présence et temps, en référence au lien qu’Einstein propose entre mouvement et temps. Le temps n’est pas un flux extérieur qui s’impose de la même manière à tout. Le temps se dilate en fonction du mouvement du sujet. J’en ai tiré une conséquence pour la présence : la présence est un être intentionnel, et cet être intentionnel modifie la texture du temps vécu.

Merleau-Ponty le dit autrement dans la Phénoménologie de la perception (1945) : nous sommes un corps toujours déjà engagé dans le monde, dans une relation pré-réflexive avec ce qui nous entoure. La mémoire n’est pas une opération séparée de l’acte de vivre. Elle en est le prolongement intérieur, la manière dont le monde continue à travailler en nous après que nous l’avons rencontré.

Ce prolongement a besoin de temps, non pas du temps chronologique, mais du temps qualitatif, du temps de présence, ce que j’ai nommé ailleurs la capacité de créer son temps : non pas s’y soumettre comme à un continuum extérieur, mais le plier à son intention d’être, l’habiter en profondeur plutôt qu’en surface. Les dix secondes de silence ne sont pas dix secondes sur une horloge. Elles sont, pour peu qu’on les habite, une durée intérieure sans mesure commune avec le temps de l’agenda.

C’est ici que le concept de géographie de la présence prend tout son sens. Notre présence à nous-mêmes n’est pas uniforme : elle varie selon les contextes, les strates de notre vécu, ce que nous venons de traverser. Le même silence de dix secondes ne produira pas le même effet après une journée épuisante dans un open space ou après une promenade en forêt. La géographie de notre parcours intérieur conditionne la qualité de l’accueil que nous pouvons faire à ce qui vient de nous toucher.

Heidegger désignait par Dasein cet être-là qui se caractérise par son ouverture au monde, Erschlossenheit. Cette ouverture n’est pas une réceptivité passive : elle est la condition de toute compréhension authentique. Mémoriser, au sens profond, c’est comprendre au sens heideggérien : laisser quelque chose prendre place dans notre être-au-monde, modifier imperceptiblement la façon dont nous habitons l’existence.

Ce que nous détruisons en passant à la suite

La recherche le dit crûment : nous détruisons nos mémoires quand nous nous déplaçons trop vite vers la chose suivante. Ce verbe mérite qu’on s’y arrête. Nous ne perdons pas simplement une information par inattention, nous choisissons de la détruire. Chaque nouveau stimulus qui survient immédiatement après un apprentissage est une décision inconsciente : cela ne valait pas la peine d’être gardé.

Je pense souvent à cela quand j’observe le fonctionnement des organisations que j’accompagne. Les réunions s’enchaînent sans transition. On passe d’un sujet stratégique à un problème logistique en trente secondes. On sort d’un atelier de créativité pour plonger dans ses mails. Et l’on s’étonne que rien ne change, que les bonnes idées restent des bonnes idées, que les décisions prises ne s’incarnent pas. Ce n’est pas un problème de volonté. C’est un problème de présence. Les apports n’ont pas eu le temps de se consolider. Le signal électrique fragile a été noyé.

Bernard Stiegler, dans sa réflexion sur les rétentions tertiaires, ces mémoires externalisées dans les dispositifs techniques, montrait comment les technologies de l’information peuvent à la fois soutenir et court-circuiter notre capacité mémorielle. L’économie de l’attention contemporaine, avec ses notifications, ses flux infinis, sa logique du « suivant », est structurellement organisée pour empêcher ce silence de dix secondes. Elle est une machine à détruire les mémoires, à fabriquer de l’Erlebnis en série, sans jamais permettre l’Erfahrung.

Cette destruction touche non seulement notre capacité à retenir des informations, mais notre aptitude à être transformé·e·s par ce que nous vivons. C’est ici que je retrouve la distinction que je fais entre être présent·e et être simplement exposé·e. Une expérience qui ne s’intègre pas, qui ne trouve pas sa place dans le récit de notre vie, reste un événement sans suite. Elle ne nous change pas. Elle ne nourrit pas notre présence au monde.

Téléologie de la présence : Adler contre le déterminisme

Il y a dans cette compréhension de la mémorisation comme acte de présence une dimension qui rejoint de façon saisissante la distinction entre l’étiologie freudienne et la téléologie adlérienne. Freud, dans son approche de la psyché, s’intéresse à la causalité : ce qui nous arrive est déterminé par notre passé, nos traumatismes, nos refoulements, et le travail thérapeutique consiste à remonter aux causes pour comprendre les effets. C’est un outil puissant, et je ne le discrédite aucunement. Mais Alfred Adler propose une perspective complémentaire et, à mon sens, plus opératoire pour penser la présence : la téléologie, c’est-à-dire l’étude de la finalité d’un phénomène plutôt que de sa cause.

Là où l’étiologie freudienne demande « pourquoi suis-je ainsi ? » et cherche la réponse dans le passé, la téléologie adlérienne demande « vers quoi suis-je en mouvement ? » et cherche la réponse dans l’intention présente, dans la capacité d’action que nous avons maintenant, ici, dans ce moment précis. Ichiro Kishimi et Fumitake Koga, dans Avoir le courage de ne pas être aimé (2013), qui présente la pensée d’Adler sous forme d’un dialogue philosophique vivant, l’expriment très clairement : nous ne sommes pas déterminé·e·s par nos expériences passées, mais par le sens que nous leur donnons maintenant et par les buts que nous nous fixons dans le présent.

Cela rejoint très profondément ma conception de la présence. Si notre mémoire dépend de notre capacité à être présent·e à ce que nous recevons, alors elle n’est pas une simple empreinte du passé sur nous : elle est un acte de notre présence dans le présent, orienté par notre intention, par ce que nous voulons devenir, par la direction que nous donnons à notre existence. En termes adlériens, mémoriser est un acte téléologique : ce n’est pas le passé qui détermine ce que nous retenons, c’est notre présence intentionnelle dans le moment qui décide de ce qui mérite de s’inscrire en nous. Et le silence, les dix secondes de silence, sont précisément l’espace où cette décision, le plus souvent inconsciente, peut s’opérer : non pas la répétition du passé qui nous déterminerait, mais l’ouverture d’un avenir qui nous transforme.

Prise sous cet angle, l’opposition entre le déterminisme freudien et la téléologie adlérienne n’est pas une guerre de doctrines mais une question de posture face à notre propre vie. L’étiologie nous aide à comprendre, et c’est précieux. Mais la téléologie nous donne un pouvoir d’agir : celui de décider, dans le moment présent, ce qui va compter pour nous, ce que nous allons laisser s’inscrire, ce à quoi nous allons être présent·e·s. Quand Adler refuse de réduire l’être humain à une dictature de son passé, il ouvre un espace qui est exactement celui de la présence telle que je la conçois : non pas une absence à soi prédéterminée par notre histoire, mais une capacité d’être là, pleinement, dans l’acte même de recevoir ce qui advient.

Une éthique de l’apprentissage

Il y a dans ce petit geste, fermer les yeux, respirer, laisser le cerveau garder ce qu’il vient de travailler, une éthique dont la portée dépasse largement la mnémotechnique. C’est l’affirmation que l’apprentissage n’est pas une consommation, qu’une idée reçue n’est pas une idée intégrée, que le savoir n’est pas une accumulation mais une transformation.

Dewey appelait cela la différence entre education et mis-education : une éducation véritable est celle qui augmente notre capacité à être affecté·e·s par l’expérience, à en tirer une croissance réelle. Une pseudo-éducation expose à des contenus sans permettre leur intégration, produisant l’illusion du savoir sans sa substance.

Je retrouve ici, sous un angle inattendu, ce que j’ai exploré dans ma réflexion sur l’absence au point de blocage. Quand nous n’arrivons pas à changer, à intégrer ce que nous savons pourtant, ce n’est pas toujours un problème de connaissance ou de volonté : c’est parfois un problème de présence, nous n’avons pas été présent·e·s au moment où l’apprentissage aurait pu s’inscrire en nous, nous étions déjà ailleurs, déjà dans la chose suivante, déjà en train de fuir le silence qui nous aurait permis·es de recevoir.

Présence et mémorisation ne sont pas deux phénomènes parallèles. La mémorisation authentique est un acte de présence. Elle suppose qu’on ait accepté, au moins quelques secondes, de ne rien faire d’autre qu’être avec ce qu’on vient de recevoir. Ce n’est pas de l’efficacité au sens productiviste. C’est de l’efficacité au sens existentiel : laisser quelque chose avoir lieu en soi.

Dans une époque où tout est conçu pour que rien ne prenne le temps d’avoir lieu, ce silence de dix secondes est une résistance. Peut-être même, à l’échelle de chaque apprentissage, un acte politique.

Ce concept s’inscrit dans la philosophie de la présence développée dans ces pages, et fait écho aux réflexions sur le temps, la résonance, l’attention, la géographie de la présence et les ondes sonores qui y sont proposées.

La présence comme ancrage fondamental de notre être au monde

La présence constitue cet ancrage fondamental qui nous relie à nous-mêmes et au monde, cette qualité d’attention qui transforme l’expérience vécue en conscience habitée. Être présent, c’est résister aux forces centrifuges qui nous dispersent - l’imminence qui nous projette dans l’urgence, le déni qui nous coupe du réel, les injonctions sociales qui nous éloignent de notre intériorité. La présence n’est ni repli sur soi ni fusion avec l’extérieur, mais cette tension créatrice entre ancrage intérieur et ouverture au monde. Elle se cultive dans l’adaptation paradoxale qui exige de s’absenter parfois à soi-même pour mieux se retrouver, dans la géographie complexe de nos états intérieurs qui varient selon les contextes, dans la résonance avec les ondes qui nous traversent. Face au drame qui fracture, à la soumission qui vide l’existence, au grand âge qui isole, la présence devient résistance et reconstruction. Elle est ce qui permet de transformer l’imprévu en opportunité, de maintenir son intégrité dans la tourmente, de créer du lien là où règne la solitude. Cultiver sa présence, c’est finalement s’offrir le présent du temps présent, source de toute transformation authentique.


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