Présence et ondes sonores

6 mai 2025. Publié par Benoît Labourdette.
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Nous existons dans un univers vibratoire. Notre présence au monde est de nature ondulatoire et nous pouvons influer sur notre qualité de présence par la conscience des vibrations qui nous traversent et nous entourent.

Notre milieu

Nous sommes baignés dans un univers vibratoire, ce qui nous constitue biologiquement et physiquement, et ce dans quoi nous évoluons. Ce sont des matières en vibration, en résonance, en écho ou en dissonance, qui sont elles-mêmes, au niveau atomique, constituées quasiment principalement de vide en ondulation. Les différents éléments chimiques sont, au niveau atomique, des fréquences vibratoires différentes des particules élémentaires. Ainsi, fondamentalement, nous pourrions nous voir comme une masse vibrante présente dans un univers vibrant, plus ou moins harmonieux ou disharmonieux.

Notre présence au monde est donc physiquement et biologiquement de nature vibratoire. Mais quelle capacité avons-nous de modifier, améliorer, choisir notre qualité de présence en conscience, dans la dimension vibratoire de l’existence de toute chose ? Nous avons la capacité et le pouvoir de nous immerger dans les ondes sonores que nous choisissons : écouter de la musique, nous promener dans les rues d’une ville, dans une forêt, dans la montagne, ou au bord de la mer, plonge notre corps dans un milieu d’ondes sonores tout à fait différent en nature, en intensité, en tonalité, en fréquence…

Notre fréquence

La fréquence est le nombre de vibrations par seconde du milieu (air, eau, solide), par compression et dilatation. Je mets de côté pour le moment la nature atomique de la matière, qui est bien plus impactée par les ondes électromagnétiques ; je l’envisage dans la perception que nous avons des « ondes mécaniques ». Un gaz, par exemple comme l’air, ou un liquide comme l’eau. Si on jette un caillou dans l’eau, l’énergie liée à la vitesse du caillou va comprimer l’eau, qui va ensuite se dilater : on va voir des ondes se former à l’endroit de l’impact du caillou, un grand creux qui va tout de suite remonter et produire ces ondes qui vont se propager dans cette matière. L’élasticité de la matière fait que l’onde monte et redescend (compression-dilatation) en s’amenuisant au fur et à mesure du temps et de sa course, du fait de la résistance et de l’élasticité de la matière. C’est pourquoi nous pouvons parler d’onde, de quelque chose qui bat et se transmet. La matière vibre. La fréquence est le nombre de vibrations par seconde, le nombre d’allées et retours par seconde de la vibration dans cette matière. Elle s’exprime en Hertz. 50 Hertz égale 50 vibrations par seconde, par exemple.

Les ondes sonores, qui sont le sujet de cet article, sont une onde dite « mécanique ». La perception des sons graves ou des sons aigus dépend de la fréquence de vibration de l’air. Car le son n’est qu’une vibration de l’air transmise au tympan dans notre oreille, qui est mis en vibration par l’air qui l’environne. Les sons audibles vont de 20 Hertz (20 vibrations par seconde) à 20 000 Hertz (20 000 vibrations par seconde). 20 Hertz, c’est un son très grave. 20 000 Hertz, c’est un son extrêmement aigu.

Notre présence

Le concept de présence que je développe vise à un lien plus ancré de soi dans le monde. Cet article n’est qu’une courte introduction qui vise à apporter une conscience de l’impact des ondes sonores sur notre présence. Ce qui passe par l’écoute du son qui nous entoure, qui implique de faire silence, cette écoute active et flottante, dénuée de pensée, juste une écoute, non pas de ce que représentent les sons, mais de ce qu’ils nous font en termes sensibles, est une façon d’ancrer sa présence dans le monde. J’insiste sur le fait que l’exercice d’écoute n’est pas qu’un exercice sensible, subjectif et intellectuel ou même méditatif. C’est un exercice qui va concrètement travailler la résonance physiologique entre nos vibrations intérieures et les vibrations du monde extérieur. Cette écoute modifie nos rythmes vibratoires intérieurs pour les mettre en résonance. La résonance, comme on le sait, amplifie. Donc un exercice d’écoute attentive amplifie certaines de nos capacités humaines par la mise en résonance des ondes sonores extérieures et de nos états vibratoires intérieurs. On a toujours ressenti que la pensée avait un effet physiologique. Cela est prouvé depuis quelques années maintenant par des mesures scientifiques des états méditatifs.

J’introduis donc à une pratique de la présence aux ondes sonores qui nous entourent. Chacun inventera sa façon de l’incarner. D’aucuns en écoutant une musique qu’ils aiment, d’autres en se rendant dans des univers sonores qui leur semblent cléments, certains en faisant des « bains de gong », d’autres enfin en pratiquant la musique, par exemple. La mise en résonance de notre intériorité avec les vibrations du monde extérieur va aussi produire, par l’effet même de la résonance, une mise en résonance de nos vibrations intérieures, un impact de nos vibrations intérieures, par résonance, sur le monde extérieur. Cela peut sembler presque excessif : comment nous, petits êtres, pourrions-nous avoir un impact juste par notre vibration intérieure, sur le monde extérieur si grand ? Et comment pourrions-nous fonctionner en double sens alors que nous sommes avant toute chose récepteurs des vibrations extérieures ? Je vais l’expliquer de façon très simple avec l’exemple de ce qu’est un micro et de ce qu’est un haut-parleur, qui sont en fait le même objet utilisé dans les deux sens.

Les transducteurs

Un micro, c’est une membrane, comme une feuille de papier très fine qui est mise en mouvement par la vibration de l’air environnant. À cette membrane est attachée une petite barre métallique perpendiculaire qui vibre donc aussi. Les vibrations de cette barre sont proportionnelles en intensité au volume sonore, et en fréquence aux graves et aigus. Pour les sons graves, l’air vibre plus lentement, la tige métallique aussi, et pour les sons aigus, l’air vibre plus vite, la tige métallique aussi. Si nous mettons au contact de cette tige un cylindre enduit de cire molle et que nous le faisons tourner lentement à son contact, en avançant, eh bien la tige métallique va creuser un sillon aux ondulations plus ou moins profondes, plus ou moins larges ou serrées, en fonction de la fréquence et de l’intensité de l’ondulation de l’air. La forme du sillon en sera analogue, c’est pour cela qu’on parle de son analogique. Ce système d’enregistrement avec rouleau de cire a été inventé par Thomas Edison en 1877. Nous avons donc l’enregistrement analogique d’une vibration de l’air. Ce système de microphone et d’enregistrement s’appelle un transducteur. La vibration de l’air est transformée en une autre valeur, un sillon plus ou moins creusé. Les disques vinyles, qui sont à nouveau à la mode, fonctionnent exactement sur ce principe. Si d’ailleurs on place le diamant sur le disque et qu’on le tourne à la main, sans aucun système d’amplification électrique, en approchant notre oreille, nous allons être en contact avec l’air mis en vibration par le tressautement du diamant sur le sillon et nous allons entendre le son reproduit.

Nous venons de décrire un micro et un magnétophone. On a enregistré le son. Mais comment faire pour le restituer ? Eh bien, nous durcissons le rouleau de cire et nous utilisons exactement le même système. Nous faisons tourner le rouleau de cire, il met en mouvement la petite barre métallique qui elle-même met en mouvement la membrane qui, par son mouvement, fait vibrer l’air autour d’elle : le son est restitué, on l’entend. On a donc maintenant un haut-parleur.

Le son est enregistré ou reproduit du fait de la nature de notre présence

Dans un premier temps, ce système a été utilisé pour capter le son qui l’entourait. Dans un deuxième temps, il a été utilisé pour restituer le son qui l’entourait. Dans un premier temps, la cire molle était en capacité d’enregistrer le son qui l’entourait, mais si on avait choisi de faire silence, ça n’aurait enregistré que du silence. Il y a donc eu un choix volontaire, et c’est pour cela que je parle de présence.

Il y a eu un choix volontaire, soit de placer du son, de faire parler quelqu’un, que quelqu’un joue de la musique, soit d’aller mettre notre enregistreur à un endroit où il y avait beaucoup de vibrations, des ondes sonores. C’est donc le choix de présence, et le choix d’appareil technique bien sûr, mais avant tout le choix d’une modalité de présence par rapport au son qui a produit le fait qu’au moment de l’enregistrement, nous étions dans le choix de capter le son qui nous entourait.

Puis, là aussi, lorsque nous choisissons de restituer le son, bien entendu, si nous sommes dans un milieu où il y a déjà de la musique très forte, notre restitution du son aura très peu d’impact. C’est donc un choix de présence un peu inverse que nous faisons, de nous mettre dans un milieu plutôt silencieux, pour mettre en route le même appareil que nous utilisons dans son autre fonction, sa fonction de restitution sonore. Nous choisissons par notre présence de transmettre des ondes sonores, alors que dans un premier temps nous avions choisi par notre choix de présence de recevoir des ondes sonores. C’est exactement le même processus en nous. Quand nous allons nous plonger dans un univers, nous nous mettons dans le choix de recevoir les ondes sonores qui sont autour de nous et nous pouvons aller nous placer dans une autre modalité de présence pour restituer par la parole, par la musique, les vibrations que nous avons en nous.

Notre choix de présence vibratoire

Nos façons d’être présents, d’être en action dans le monde, sont toujours des façons vibratoires, des façons qui ont un effet dans les ondes, et notamment sonores. Si nous parlons, par exemple, nous mettons l’air en vibration. Mais même si nous sommes en silence, notre état vibratoire intérieur a forcément un impact sur l’extérieur. Même lorsque le disque est joué, il y a aussi des ondes du milieu environnant qui vont s’y ajouter, qui vont le compléter. La résonance de la pièce, par exemple, d’autres petits bruits autour. Cela ne sera pas enregistré par la platine vinyle car le disque n’a plus la mollesse du rouleau de cire. Et c’est sans doute dommage car le disque aurait pu petit à petit devenir un palimpseste enrichi de l’ensemble des situations dans lesquelles il a été diffusé, des manières dont il a été écouté.

Mais nous, êtres biologiques, nous ne sommes pas aussi rigides que le microphone ou la platine vinyle. Nous sommes en permanence en émission-réception. C’est pourquoi nos vibrations, même intérieures, ont une influence sur le monde extérieur et que les vibrations du monde extérieur ont une influence sur nos vibrations intérieures. Le palimpseste, c’est-à-dire les couches successives vibratoires, définit notre présence dans le champ des ondes sonores.
Nous avons donc la capacité d’être, de nous mettre en écho plus exact avec le monde qui nous entoure, pour établir une résonance, et ce faisant, en retour, d’enrichir et de mettre en résonance le monde extérieur avec nos vibrations intérieures. C’est extrêmement fin et c’est une dialectique permanente entre la réception et l’émission. On vit cela par exemple lors d’une conversation qui se passe très bien, où il y a une écoute mutuelle et un enrichissement mutuel des deux interlocuteurs, en opposition à une conversation qui se passe mal, où les deux personnes ont du mal à s’écouter, à s’exprimer, à se mettre en résonance l’une avec l’autre.

Pour terminer, je voudrais insister sur le fait que nos vibrations ont de l’impact sur le monde extérieur d’une part, mais aussi que nous recevons des vibrations du monde extérieur que nous n’entendons pas consciemment, et qui pourtant sont présentes. Notre présence vibratoire peut avoir beaucoup d’impact sur l’extérieur et nous pouvons nous mettre en résonance de façon très forte avec l’extérieur, même dans des moments de silence. Les résonances vibratoires sont tout aussi agissantes dans le silence que dans le son. Sachons-le pour œuvrer à notre qualité de présence au monde et ainsi aussi à ce dont nous pouvons enrichir le monde, simplement par notre choix d’y être présent ou pas.

La présence comme ancrage fondamental de notre être au monde

La présence constitue cet ancrage fondamental qui nous relie à nous-mêmes et au monde, cette qualité d’attention qui transforme l’expérience vécue en conscience habitée. Être présent, c’est résister aux forces centrifuges qui nous dispersent - l’imminence qui nous projette dans l’urgence, le déni qui nous coupe du réel, les injonctions sociales qui nous éloignent de notre intériorité. La présence n’est ni repli sur soi ni fusion avec l’extérieur, mais cette tension créatrice entre ancrage intérieur et ouverture au monde. Elle se cultive dans l’adaptation paradoxale qui exige de s’absenter parfois à soi-même pour mieux se retrouver, dans la géographie complexe de nos états intérieurs qui varient selon les contextes, dans la résonance avec les ondes qui nous traversent. Face au drame qui fracture, à la soumission qui vide l’existence, au grand âge qui isole, la présence devient résistance et reconstruction. Elle est ce qui permet de transformer l’imprévu en opportunité, de maintenir son intégrité dans la tourmente, de créer du lien là où règne la solitude. Cultiver sa présence, c’est finalement s’offrir le présent du temps présent, source de toute transformation authentique.


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