Être présent à soi, c’est s’offrir le temps présent, source d’intégrité. La soumission nie cette présence, volant notre énergie vitale. Petit à petit, elle vide notre existence, fermant la porte à notre intégrité.
Être présent à soi-même, c’est s’offrir le présent du temps présent, c’est-à-dire le cadeau à soi-même de sa propre intégrité. L’intégrité se trouve dans la manière que nous avons d’habiter le temps, à l’aune de nos capacités d’action.
Je propose cette façon de voir le phénomène de la soumission, qui est différente de la façon politique ou psychologique avec laquelle nous regardons habituellement les phénomènes de domination et de soumission. Dans cette approche, quand nous nous soumettons, nous renonçons à notre présence dans le temps. Nous laissons notre temps à l’autre.
Et pourtant, nous pouvons vivre des émotions extrêmement fortes dans ces moments-là, dans nos vécus de la soumission. Mais nous nous sommes absentés notre intégrité à l’intérieur du temps, et ainsi nous ne pouvons plus en recevoir le présent.
Nous sommes dans le temps, bien-sûr, mais nous n’y sommes plus intègres avec nous-même, nous ne sommes plus « alignés » avec nous-même, et ainsi ce qui s’y déroule n’est plus un cadeau que nous recevons, qui nous construit. Comme nous existons biologiquement dans ce temps, cela ouvre une brèche, une fuite, et notre énergie vitale se déverse hors de nous pendant le temps de la soumission. La soumission peut être à bien des choses ; ce n’est pas uniquement la soumission à une personne malveillante.
Et petit à petit, temps de soumission après temps de soumission, notre énergie vitale se réduit, jusqu’à disparaître. L’habitude se prend, et nous ne savons même plus comment être présents dans le temps, ni comment nous offrir le présent du présent par notre présence. Notre intégrité a été vidée, notre existence n’est plus. La porte se ferme.
La présence comme ancrage fondamental de notre être au monde
La présence constitue cet ancrage fondamental qui nous relie à nous-mêmes et au monde, cette qualité d’attention qui transforme l’expérience vécue en conscience habitée. Être présent, c’est résister aux forces centrifuges qui nous dispersent - l’imminence qui nous projette dans l’urgence, le déni qui nous coupe du réel, les injonctions sociales qui nous éloignent de notre intériorité. La présence n’est ni repli sur soi ni fusion avec l’extérieur, mais cette tension créatrice entre ancrage intérieur et ouverture au monde. Elle se cultive dans l’adaptation paradoxale qui exige de s’absenter parfois à soi-même pour mieux se retrouver, dans la géographie complexe de nos états intérieurs qui varient selon les contextes, dans la résonance avec les ondes qui nous traversent. Face au drame qui fracture, à la soumission qui vide l’existence, au grand âge qui isole, la présence devient résistance et reconstruction. Elle est ce qui permet de transformer l’imprévu en opportunité, de maintenir son intégrité dans la tourmente, de créer du lien là où règne la solitude. Cultiver sa présence, c’est finalement s’offrir le présent du temps présent, source de toute transformation authentique.