Je me permets une critique du paradigme freudien : et si la nature humaine était intrinsèquement bonne ? Et je propose le concept de « présence dans la culture », pour dépasser la triade ça-moi-surmoi, afin de cultiver une émancipation choisie en conscience.
La psychanalyse traditionnelle, telle que conceptualisée par Freud, révolutionnaire pour son époque, propose un paradigme fascinant articulé autour de ce qu’il appelle le ça, le moi et le surmoi. À cette tripartition, j’oppose une hypothèse, née d’un mûrissement, qui me semble plus contemporaine, la « Présence dans la culture ». Il faut prendre en compte le contexte culturel de l’émergence des concepts freudiens. Il eut d’ailleurs tout de suite de nombreux·ses détracteur·ices, et par ailleurs la psychanalyse a considérablement évolué depuis ses origines. Mélanie Klein, Anna Freud ou Jacques Lacan ont très tôt proposé d’autres lectures du psychisme, insistant sur l’importance des relations précoces, du langage ou de la structure du sujet, et remettant en cause la rigidité du modèle freudien. Néanmoins, cette origine demeure un référent structurant qui porte en lui, selon moi, de potentielles grandes violences psychiques, évitables si nous adoptons un autre regard.
Dans la conception freudienne, le ça incarnerait les pulsions, cet être primitif, animal et égoïste, inconscient·e de son environnement et n’obéissant qu’à la satisfaction immédiate de ses besoins primaires. Le surmoi représenterait les normes sociales, la culture et la morale, ce qui permettrait à l’humanité de se constituer dans une maîtrise rationnelle des relations, notamment par les interdits fondateurs comme celui de l’inceste. Ces interdits permettraient aux animaux primitifs que nous serions intrinsèquement de se civiliser et d’accéder à leur humanité. Entre ces deux instances, le moi, notre conscient, jouerait le rôle de médiateur rationnel, nous permettant d’exister en tant qu’individu·es pris·es dans la tension entre pulsions primales et organisation sociale bénéfique à la vie collective.
Cette vision, indubitablement puissante et opérante pour comprendre de nombreux phénomènes psychiques, repose néanmoins sur un présupposé que Freud ne démontre pas, un axiome construit par la culture bourgeoise dans laquelle il était lui-même inconsciemment immergé. Ce présupposé considère l’être humain comme naturellement sauvage et indompté. Cette crainte de l’animal en nous, basée sur une méconnaissance à l’époque des sociétés animales et de l’ethnologie des peuples dits « sauvages », qui peuvent se révéler bien plus civilisés que les sociétés occidentales se targuant de l’être, façonne profondément sa théorie sans qu’il en ait conscience.
Si nous poussions le raisonnement freudien au bout, les animaux, dépourvu·es de « surmoi », ne devraient faire que s’entretuer, sans aucune capacité intrinsèque d’organisation, d’empathie, d’amour ou de respect du collectif. Or, l’immense majorité des espèces animales avec lesquelles nous cohabitons sont plus anciennes que nous et ont su perdurer bien mieux que notre espèce qui, plus jeune, se décime elle-même tout en décimant les populations animales, chose qu’elles n’ont jamais faite à notre encontre.
Cette société qui se croit humaniste par ses textes utilise en réalité ces mêmes textes pour déshumaniser ce qui ne lui ressemble pas : le sauvage, l’animal, la nature. Elle cherche à dominer toute altérité et à détruire ce qui échappe aux fourches caudines de ses textes prétendument rationnels. L’esclavage illustre tragiquement ce mensonge inhumain qui a justifié pendant des siècles la destruction d’autres êtres humains sous prétexte qu’ils n’étaient pas réellement humains, ce que tout le monde savait être faux. Soutenue par des textes soi-disant civilisés, cette fiction hypocrite a légitimé les pires crimes et dominations. Elle a fait la richesse actuelle de l’Occident, et elle a créé les terribles inégalités qui perdurent encore aujourd’hui sur notre planète (notamment l’ignoble pouvoir des grandes puissances sur le continent Africain, du fait d’intérêts purement matériels).
L’histoire révèle qu’à toutes les étapes des colonisations, les violences et la barbarie perpétrées par les Occidentaux·ales surpassaient en cruauté et en inhumanité tout ce qui pouvait exister dans les cultures qu’iels détruisaient. Aimé Césaire le dit parfaitement dans Discours sur le colonialisme (1950) :
« Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral. »
[…]
« Une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente. »
[…]
« Ce n’est pas par la tête que les civilisations pourrissent, c’est par le cœur. »
[…]
« Entre colonisateur et colonisé, il n’y a de place que pour la corvée, l’intimidation, la pression, la police, le vol, le viol, les cultures obligatoires, le mépris, la méfiance, la morgue, la suffisance, la muflerie, des élites décérébrées, des masses avilis. [...] J’entends la tempête. On me parle de progrès, de « réalisations », de maladies guéries, de niveaux de vie élevés au-dessus d’eux-mêmes. Moi, je parle de sociétés vidées d’elles-mêmes, de cultures piétinées, d’institutions minées, de terres confisquées, de religions assassinées, de magnificences artistiques anéanties, d’extraordinaires possibilités supprimées. »
Les prétendu·es civilisé·es se révélaient être les véritables barbares sanguinaires, dénué·es de toute considération pour l’autre. Le paradoxe est saisissant : le surmoi, censé représenter l’organisation sociale réprimant les pulsions bestiales, devient lui-même un ça déployant le pire de ce que nous attribuons à tort à la bestialité, désorganisation et dangerosité. Il y a donc une inversion entre le ça et le surmoi, ce dernier venant éteindre toute velléité d’empathie et toute intuition altruiste pour justifier la domination de l’humain sur tout, et principalement de l’homme genré masculin sur l’ensemble du monde, y compris sur la moitié de l’humanité que constituent les femmes. Cette inversion nous invite à repenser radicalement notre conception de la nature humaine et de la civilisation, en reconnaissant que ce que nous appelons « culture » peut parfois être le vecteur des violences les plus extrêmes.
Sans vouloir diminuer l’apport révolutionnaire de Freud dans son contexte historique, il convient de franchir une nouvelle étape dans notre compréhension du psychisme humain. Freud, prisonnier de son époque culturelle, n’a pu questionner certains présupposés fondamentaux qui structuraient sa pensée. De même, nous restons aujourd’hui aveugles à certaines évidences que la science future révélera. L’humilité s’impose face à cette progression perpétuelle du savoir.
Le système freudien du ça, du moi et du surmoi repose sur une hypocrisie fondamentale : il nous présente comme des êtres civilisés tout en masquant notre barbarie profonde. Mais cette vision peut être renversée. Si nous considérons que la nature humaine est intrinsèquement bonne plutôt que néfaste, que l’enfant désire naturellement apprendre et que son intuition le·la pousse spontanément vers l’amour plutôt que la destruction, alors les gestes violents proviendraient davantage de l’acquis culturel que des pulsions innées. Une culture différente produirait des comportements différents.
Cette autre vision de la nature humaine transforme radicalement notre conception de l’éducation et du travail ; elle constitue le socle des pédagogies nouvelles et de toutes les démarches d’« entreprises libérées ». L’enfant (et l’adulte) n’est plus perçu comme un être désordonné à domestiquer, mais comme exprimant, même dans ses réactions apparemment chaotiques, son désir d’humanité. Le langage cesse d’être un carcan normatif pour devenir un soutien qui reconnaît, précise et approfondit notre humanité intrinsèque. Il s’agit non plus de dominer notre nature humaine, mais de la cultiver.
La permaculture en offre une métaphore éclairante : avec ses échanges apparemment désordonnés entre essences diversifiées qui s’enrichissent mutuellement, elle s’avère plus pérenne et productive que la monoculture extensive. Cette dernière, malgré son efficacité mécanique à court terme, détruit en quelques décennies des écosystèmes constitués sur des millions d’années. La « rationalité » humaine anéantit ainsi rapidement la richesse naturelle.
La psychologie et l’économie du XXe siècle ont démontré l’irrationalité de la plupart des décisions humaines conscientes. Daniel Kahneman, prix Nobel d’économie en 2002 pour ses travaux sur l’économie comportementale écrit :
« Nous pouvons être aveugles à l’évidence, et nous sommes aussi aveugles à notre propre aveuglement. »
[…]
« Nous pensons, chacun de nous, que nous sommes bien plus rationnels que nous ne le sommes réellement. »
[…]
« La confiance que les gens ont dans leurs croyances n’est pas une mesure de la qualité des preuves, mais de la cohérence de l’histoire que leur esprit a réussi à construire. »
[…]
« L’illusion que nous comprenons le passé nourrit une confiance excessive dans notre capacité à prédire l’avenir. »
[…]
« Le cerveau humain ne peut pas appréhender des nombres très grands ou très petits. Il serait utile de reconnaître ce fait. »
Cela pulvérise la conception freudienne d’un moi rationnel médiateur entre l’irrationnel du ça et le rationnel du surmoi. Le moi conscient, loin d’être rationnel, se laisse influencer par le milieu environnant et surtout par le conformisme social. Les décisions sont prises non par réflexion rationnelle mais par conformité à la majorité, même lorsque ces décisions sont totalement irrationnelles. Une pensée rationnelle exige de l’esprit critique, la capacité de peser le pour et le contre de manière autonome. Or, les êtres humains se conforment quotidiennement à des règles qu’iels ne cherchent même pas à comprendre, sous peine d’être sévèrement réprimé·es.
L’exemple de l’esclavage encore illustre tragiquement cette pseudo-rationalité. Les scientifiques de l’époque, jouissant de la même légitimité que celleux d’aujourd’hui, prouvaient « rationnellement », par des « faits scientifiques » incontestables, l’infériorité des Noir·es. Cette prétendue rationalité occidentale représente, dans ma conception, le ça lui-même, mais un ça culturellement construit qui bafoue notre véritable nature humaine.
Comme l’affirme Olivier Maurel dans Oui, la nature humaine est bonne ! (2009) : « le comportement humain consistant à humilier, torturer ou provoquer la douleur de son prochain ne se retrouve nulle part chez les autres espèces ». Ces manifestations sont liées à un conditionnement et à une éducation qui confrontent l’enfant très tôt à la violence.
L’inceste, présenté par Freud comme l’interdit structurant des sociétés humaines, révèle en réalité l’hypocrisie fondamentale de notre système. Les contextes incestuels et incestueux, les projections adultes sur les enfants, le nombre d’enfants abusé·es par des parents inconscient·es de leurs actes perpétuent un cycle de violence. L’église catholique illustre parfaitement ce système qui protège les abus. Pourquoi cette protection ? Parce que l’abus est structurant : il fabrique la domination par l’hypocrisie, en prétendant que tout va bien, qu’une égalité existe, alors que la réalité est toute autre.
La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 proclamait l’égalité universelle tout en excluant explicitement les femmes et les esclaves de cette humanité politique. Olympe de Gouges, qui osa publier en 1791 sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, incluant les personnes réduites en esclavage, fut guillotinée en 1793, non pour ses sympathies girondines comme le prétend l’histoire officielle, mais bien pour avoir défié l’ordre patriarcal et colonial.
L’argument selon lequel « on n’avait pas conscience » des inégalités à l’époque relève du mensonge historique. Tout comme les émissions télévisées ouvertement sexistes d’il y a vingt ans ne témoignent pas d’une inconscience pré-MeToo mais d’une impunité systémique, les voix dénonçant l’oppression existaient déjà. Charles Fourier écrivait dès les années 1770 que « les progrès sociaux et changements de période s’opèrent en raison du progrès des femmes vers la liberté ». Les féministes anarchistes comme Voltairine de Cleyre, Emma Goldman ou Louise Michel dénonçaient le mariage : « Ce que j’affirme c’est qu’une relation de dépendance permanente nuit au développement de la personnalité, et c’est cela que je combats » (Voltairine de Cleyre).
Aussi, les femmes qui ont revendiqué le droit de vote se sont dressées face à un ordre social qui, sous des apparences de bienveillance et de protection, dissimulait une réalité fondamentalement brutale et destructrice pour leur émancipation. Elles furent qualifiées de « furies dangereuses » par leurs détracteurs, une expression destinée à les marginaliser et à discréditer leur engagement. Pourtant, en défendant le suffrage féminin, elles incarnaient l’authentique défense de l’humanisme et de l’égalité : leur combat reposait sur la conviction que chaque être humain, indépendamment de son sexe, devait jouir des mêmes droits civiques et politiques. Par leur courage, leur sororité et leur persévérance, ces femmes ont ouvert la voie à une société plus juste, affirmant hautement la dignité et l’universalité des droits humains.
Le désir féminin a été systématiquement méprisé et considéré comme un danger social, tandis qu’on construisait l’illusion d’une force masculine valorisée par ses conquêtes. Paradoxalement, le corps féminin possède un organe dédié exclusivement au plaisir, ce qui n’est pas le cas du corps masculin. Ce plaisir, au lieu d’être envisagé comme un espace de partage et d’épanouissement, comme une richesse offerte aux individus et aux collectifs, a été réprimé et diabolisé.
L’amour physique, acte social par excellence, doux et vivant, créateur de vie, n’a jamais été exclusivement consacré à la procréation, toutes les sociétés animales montrent qu’il existe aussi pour le plaisir et l’épanouissement des individus, ce qui est nécessaire à l’équilibre collectif. Les textes patriarcaux ont ainsi semé dans l’esprit des femmes elles-mêmes cette « graine vénéneuse » de la culpabilité, les amenant à se mortifier pour leur propre désir. Cette intériorisation de l’oppression constitue peut-être la victoire la plus perverse du système de domination : faire des opprimées les gardiennes de leur propre asservissement.
La construction culturelle d’une valorisation du désir masculin et de l’asservissement des femmes, exclues de l’espace du plaisir si elles veulent être « morales », ainsi que l’organisation de la prostitution féminine produisent un dépérissement du potentiel des liens amoureux. Cette hiérarchie a transmis aux générations une structure sociale inégalitaire, empêchant l’enrichissement mutuel des êtres. Les pensées et espaces d’épanouissement qui prônent la liberté sexuelle sans exclusivité comme voie d’enrichissement humain, comme celle de Charles Fourier, Simone de Beauvoir, Olympe de Gouges, Voltairine de Cleyre, Michel Foucault, ou à l’image du tantra qu’Osho introduisit en Occident et notamment aux États-Unis dans les années 1970, ont été criminalisés. Ces lieux d’expression de notre humanité la plus pure furent stigmatisés comme espaces de dépravation, alors que les véritables dépravé·es sont les hypocrites qui, croyant incarner le bien, violent et détruisent par leur moralisme les possibilités d’épanouissement authentique.
L’inconscience généralisée qui normalise cette asymétrie apparaît clairement dans le traitement différencié de l’infidélité selon le genre. Un homme aux aventures multiples sera pardonné, sa pulsion envisagée comme manifestation d’un ça insuffisamment maîtrisé par un moi encore fragile, mais sa puissance et ses conquêtes demeureront valorisées, il reste un Don Juan. Une femme, culturellement construite comme douce, émotionnelle et romantique, qui vivrait sa sexualité au-delà du cadre conjugal sera bannie, dégradée dans son rôle maternel, qualifiée d’hystérique soumise à ses pulsions ou, plus cruellement, de femme de petite vertu méritant le mépris de ses proches, et souvent sa propre culpabilité de s’être « laissée aller », d’avoir « trahi la confiance ». Son acte révèle en fait l’hypocrisie du système du surmoi collectif, et c’est précisément ce pourquoi elle doit être discréditée, car légitimer ces actes de libération féminine rendrait impossible la perpétuation de ce système de domination présenté comme vertu collective.
Même Voltairine de Cleyre, féministe libre-penseuse et libre-amoureuse, fut considérée par certaines de ses contemporaines féministes comme dépravée, alors qu’elle incarnait l’aboutissement de sa liberté et de sa capacité à enrichir le monde d’amour. Chaque personne se débat dans ce contexte délétère pour l’épanouissement humain, prise entre les injonctions morales et ses aspirations authentiques.
Face à cette impasse, je propose de dépasser la triade freudienne ça-moi-surmoi pour embrasser le concept de « présence dans la culture ». Nous ne pouvons détruire la culture qui nous a formaté·es et dans laquelle nous sommes né·es, elle constitue notre milieu. Cependant, nous pouvons choisir de nous émanciper à l’intérieur de ce contexte, d’élever notre niveau de conscience sur notre fonctionnement et notre identité.
Mon approche repose sur la conviction que la nature humaine est fondamentalement bonne. En nous reliant à notre essence d’être vivant, en puisant à cette source d’énergie et de spiritualité constitutive de notre être, nous pouvons nous aligner avec nous-mêmes : écouter nos intuitions, distinguer le conformisme social de ce qui nous apparaît naturel et enrichissant, pour progressivement fonder notre légitimité et notre dignité d’être vivant à l’aune de nous-mêmes. Cette présence authentique infuse autour de nous plus d’humanité, de respect, d’égalité et d’amour, une écologie relationnelle qui naît de notre connexion à notre nature instinctive profonde et libre.
Le « dans » est important : nous ne rejetons pas la culture mais demeurons présent·es en elle pour la mettre en mouvement. Comme l’affirme John Dewey dans Le public et ses problèmes (1927), « La démocratie n’est pas une forme définitive de gouvernement. C’est la vie elle-même, l’idée de la communauté. Elle doit être continuellement explorée, découverte et refaçonnée. »
Cette proposition de liberté bouleverse les repères moraux communs, donc peut sembler immorale. Mais c’est la morale commune qui est une hypocrisie perverse, regardons-la en face, même si peu en ont conscience.
Cellui qui semble tout remettre en question, qui bouscule les normes, doit être regardé·e comme source d’inspiration et d’enseignement. Iel ose ouvrir ce qui permettra d’insuffler plus de tendresse et de respect dans notre monde occidental hypocrite et violent. Je propose le plus profond respect pour celles et ceux qui nous dérange, envisageant leurs actes non comme désordres destructeurs mais comme questions posées à nos verrous, comme des clés permettant d’ouvrir certains d’entre eux pour mettre du mouvement et vivre mieux.
La vraie morale considère notre nature comme altruiste et reconnaît que notre liberté constitue le plus beau cadeau que nous puissions offrir au monde pour l’inspirer à devenir meilleur.
Repenser le lien social et la communauté
Le soin authentique du collectif commence par la reconnaissance que l’humanité est intrinsèquement relationnelle : nous n’existons que dans et par le lien social, dans cette interdépendance qui nous constitue depuis la naissance. Pourtant, nos sociétés transforment l’oubli en menace - un simple bagage abandonné paralyse le système - révélant comment la peur de l’imprévisible détruit le tissu social. La présence sociale détermine notre santé physiologique : les zones bleues nous enseignent que la longévité réside moins dans les régimes miracles que dans la profondeur du lien communautaire. Pour faire société, il faut un lieu commun symbolique qui ne soit ni consensus mou ni entre-soi confortable, mais espace de confrontation créatrice où les différences peuvent s’exprimer sans se détruire. La culture, loin d’être un supplément d’âme ou un divertissement, constitue ce milieu vital où nous apprenons à être ensemble, où la présence de chacun est légitimée dans sa singularité. Sortir de chez soi en présence, c’est retrouver ce besoin vital de partage que les confinements ont révélé par leur absence même. Le défi contemporain consiste à créer des espaces où le soin n’est pas contrôle biopolitique mais attention mutuelle, où le collectif n’écrase pas les singularités mais les fait résonner, où la communauté se construit non sur l’exclusion de l’autre mais sur l’inclusion de la différence.