En décembre 1999, les tempêtes Lothar et Martin ont fait tomber plus de mille pylônes haute tension en France et privé d’électricité trois millions sept cent mille foyers, parfois pour trois semaines. L’Allemagne voisine, traversée par les mêmes vents, est restée largement éclairée. Le pylône électrique français, ce que les ingénieurs ont voulu en faire et ce que la France en a fait, mérite à mon sens d’être regardé comme un objet de culture.
Avant la tempête, je regardais déjà ces grands pylônes en treillis avec une forme de perplexité amusée. Je me disais qu’il y avait là comme des symboles phalliques, dressés au-dessus des champs par des ingénieurs qui ne devaient pas être les hommes les plus épanouis du monde. C’était plus un jeu d’esprit qu’une analyse, une pensée qui revenait par moments, en voiture sur les routes de campagne. La tempête de décembre 1999 a donné corps à cette intuition. J’apprenais alors qu’en Allemagne, traversée par les mêmes vents, les dégâts avaient été beaucoup moindres parce que le réseau y était davantage enterré. C’est à ce moment-là que j’avais imaginé écrire un texte que j’aurais voulu intituler « psychanalyse du poteau électrique ».
Vingt-six ans plus tard, j’y reviens autrement. La psychanalyse, sur ce sujet, n’est pas le bon outil. Elle individualise un choix qui se joue dans le collectif et prête à des ingénieurs particuliers une intentionnalité que rien dans leur pratique n’autorise à leur attribuer. L’anthropologie est plus juste. Le pylône électrique français appartient à la longue mythologie technique par laquelle ce pays se raconte à lui-même depuis le dix-neuvième siècle.
Les 26, 27 et 28 décembre 1999, les tempêtes Lothar et Martin balaient la France avec des rafales atteignant deux cents kilomètres heure en plaine. Le bilan publié par RTE sur le réseau de transport est sans précédent : trente-huit lignes 400 kV hors service, une centaine de lignes 225 kV interrompues, plus de quatre cents lignes 63 et 90 kV touchées, plus de mille pylônes haute et très haute tension endommagés ou à terre, cent quatre-vingt-quatre postes électriques inopérants. Trois millions sept cent mille foyers, soit dix millions de personnes, sont privés d’électricité. Dans certaines zones rurales du Limousin, du Périgord, de la Charente, l’attente durera trois semaines.
Au même moment, Lothar poursuit sa course vers l’est. Elle frappe la Forêt-Noire, le Bade-Wurtemberg, la Bavière, avec des vents culminant à deux cent soixante-douze kilomètres heure au mont Hohentwiel, record européen. L’Allemagne reçoit le même choc météorologique. Le rétablissement y est plus rapide, les coupures massives plus brèves, les zones rurales moins durement touchées dans la durée. La différence tient à la topologie des réseaux.
À la fin des années quatre-vingt-dix, la France a environ quinze pour cent de son réseau de distribution enfoui. L’Allemagne en a, à la même date, plus de soixante-dix pour cent en basse tension et plus de cinquante pour cent en moyenne tension. Les Pays-Bas frôlent les cent pour cent, la Belgique avoisine les quatre-vingt-cinq, le Royaume-Uni dépasse les quatre-vingts. La France figure en queue de peloton européen, au terme d’un demi-siècle de choix politiques cohérents adossés à une mythologie technique plus ancienne.
Les très grands pylônes en treillis qui surplombent les paysages ruraux, ceux qui portent les lignes à 225 et 400 kilovolts, ne sont pas comparables aux poteaux secondaires qui longent les routes départementales. Pour la très haute tension, l’enfouissement reste partout coûteux et limité ; il pose des problèmes physiques de capacité réactive et de dissipation thermique qui ne relèvent pas de la simple volonté politique. La différence entre la France et ses voisins se joue sur la basse et la moyenne tension, ce réseau capillaire qui dessert villages et hameaux. C’est ce réseau capillaire, et les chutes d’arbres sur ce réseau, qui ont causé l’essentiel des coupures longues de 1999.
L’imaginaire collectif, pourtant, a retenu les images des grands pylônes en treillis pliés. Les poteaux ordinaires des routes départementales, qui ont fait la souffrance concrète des populations, sont restés dans l’ombre. Le grand pylône a concentré sur lui le récit.
Dans ses Mythologies parues en 1957, Roland Barthes développe l’idée que des objets ordinaires, en apparence banals, sont chargés par une culture donnée d’une signification seconde qui naturalise l’idéologie. Le mythe, dans son acception barthienne, est une parole dépolitisée, un discours qui transforme l’histoire en nature. La publicité d’une automobile, le plat illustré d’un livre de cuisine, une affiche présidentielle : nous lisons en chacun de ces objets, en même temps que sa réalité matérielle, une mythologie qui se présente comme évidence. Le pylône électrique français en est un.
La France a inventé, à l’aube de l’ère industrielle, une manière particulière de faire entrer ses objets techniques dans le récit national. La Tour Eiffel, érigée en 1889 pour l’Exposition universelle, en est l’archétype. Barthes lui consacre en 1964 un texte où il montre comment cette construction d’ingénieur, originellement détestée par les artistes parisiens (Maupassant disait dîner sous elle parce que c’était le seul endroit de Paris où il ne la voyait pas), a progressivement été chargée d’une signification mythologique qui dépassait sa fonction. La Tour ne sert à rien, ou presque, et cette quasi-gratuité fait d’elle un emblème. Le pylône à haute tension hérite de ce geste, à ceci près qu’il a une fonction réelle, ce qui lui permet de cumuler l’utilité et le signe.
Dans les années trente, les premières grandes lignes de transport prolongent le mouvement. L’artère Brommat-Chevilly, inaugurée en 1932, achemine vers Paris l’électricité produite par les barrages du Massif central : cinq cents kilomètres de lignes à 220 kilovolts plantés à travers la Lozère, le Cantal, le Limousin, l’Auvergne. L’infrastructure visible dit à chaque village rural qu’il est désormais relié à la capitale. Le pylône est l’aiguille qui coud la France à elle-même.
Après-guerre, la lignée s’amplifie. Les grands barrages des années cinquante (Tignes, Serre-Ponçon, Génissiat) deviennent des monuments nationaux. On y emmène les écoliers, on y tourne des films, on y inaugure en grande pompe. Le barrage est le pylône à l’envers : la verticalité dressée vers le ciel cède la place à la masse barrant la vallée, mais le geste mythologique reste le même. Viennent ensuite les centrales nucléaires des années soixante-dix, plus chargées encore de mythologie, jusqu’à devenir l’objet d’un culte national porté par le corps des Mines et le commissariat à l’énergie atomique. Puis le TGV des années quatre-vingt. Puis les EPR, dont chaque chantier est traité dans la presse comme un événement géopolitique.
L’Allemagne n’a pas d’équivalent à cette lignée. Le pays a aussi ses barrages, ses centrales, ses trains rapides, ses lignes à haute tension, sans pour autant les charger d’une mythologie nationale. La culture allemande, héritière d’un fédéralisme municipal ancien, valorise plutôt la Gemütlichkeit du local et la précision artisanale. Ses objets emblématiques sont la voiture bien faite et l’outil bien conçu, plutôt que l’infrastructure monumentale.
Le pylône électrique français prend donc place dans une mythologie nationale qui le précède et le porte. L’affiche présidentielle de 1965, où François Mitterrand figure devant une silhouette de pylône sous le slogan « Un président jeune pour une France moderne », mobilise un mythe disponible. L’historien Marcel Lorin, en 1991, peut écrire sans surprendre que les lignes à très haute tension ont été perçues comme les symboles de la renaissance d’après-guerre. L’artiste Elena Paroucheva, qui appelle les pylônes nos menhirs et nos cathédrales modernes, ne fait que nommer ce que la culture française y avait déposé.
C’est en 1946 que cette mythologie devient une infrastructure d’État. Au sortir de la guerre, le programme du Conseil national de la Résistance prévoit le retour à la nation des grands moyens de production. La loi du 8 avril 1946, portée à l’Assemblée par Marcel Paul, ministre communiste de la Production industrielle, nationalise l’électricité et le gaz. Une mosaïque de mille trois cents concessionnaires privés cède la place à un monopole public unifié, EDF. L’équipe de direction initiale est composée de fonctionnaires polytechniciens. Le projet politique est de reconstruire la nation par le haut, par les grands corps de l’État, par les grandes infrastructures.
Ce modèle, déployé sans rupture jusqu’aux années deux mille, fonde un imaginaire que les chercheurs d’EDF eux-mêmes ont nommé la mystique de l’interconnexion. L’historien des énergies Alexis Vrignon rappelle qu’il existe, à l’intérieur de l’entreprise, un attachement très fort à l’idée que le réseau national centralisé est le garant de l’égalité d’accès des citoyens à l’électricité, et donc de la cohésion républicaine. L’unité du réseau prolonge l’unité de la nation. La tempête de 1999 fut d’ailleurs pour les agents EDF un moment difficile, mais très fort symboliquement, qui avait redonné sens à leur utilité pour le bien commun national, j’en ai entendu plusieurs récits, des personnes qui me racontaient à quel point ça les avait ancrés dans le sens, personnel et collectif, de leur métier, qui apparaissait comme une mission. L’égalité tarifaire entre Paris et la Lozère devient la traduction concrète de l’idéal jacobin. La France centralise sa production (par grands barrages alpins puis pyrénéens, et par centrales nucléaires) et la distribue de façon capillaire, du centre vers la périphérie, sur des autoroutes électriques qui irriguent le territoire comme les routes royales l’irriguaient autrefois.
L’Allemagne fait, à la même époque, presque l’inverse. Le pays compte aujourd’hui environ huit cent quatre-vingt-dix gestionnaires de réseaux de distribution, héritage de l’ancien fédéralisme municipal. Les Stadtwerke, ces régies locales d’énergie attachées aux villes, gèrent depuis le dix-neuvième siècle l’éclairage, le gaz, l’eau, et plus tard l’électricité. Le réseau allemand est structurellement décentralisé. La décision d’enterrer une ligne relève de chaque opérateur local, qui arbitre selon des critères de pragmatisme, de coût, de relation avec ses habitants. Aucune mystique nationale ne s’attache à l’aérien.
Lewis Mumford, dans son essai Technique autoritaire et technique démocratique paru en 1963, propose une distinction qui éclaire cette dissymétrie. Deux grandes lignées techniques traversent, selon lui, l’histoire humaine. L’une, qu’il dit démocratique, rassemble les techniques distribuées, à échelle humaine, ajustées localement, dirigées par celles et ceux qui les pratiquent. L’autre, qu’il appelle autoritaire, est née au quatrième millénaire avant notre ère avec les premières royautés sacrées ; elle rassemble à une échelle monumentale ce qui était jusque-là disséminé, exige un contrôle politique centralisé, produit ce qu’il nomme la mégamachine. Les pyramides d’Égypte en sont la première expression. Le réseau électrique français nationalisé en est, à mon sens, une expression contemporaine.
La mégamachine ne produit pas seulement ce qu’elle promet de produire. Elle produit aussi un type d’humain, un rapport au monde, une certaine relation au pouvoir. Elle requiert l’obéissance et décourage l’initiative locale ; elle confisque le débat technique au profit d’une élite d’ingénieurs. On l’a d’ailleurs vécu à l’extrême en France pendant la crise du Covid, ayant été l’un des pays à la politique la plus autoritaire, liberticide et univoque, brisant la confiance, remplacée par la menace.
Dans un article récent, j’ai proposé le concept de cascade des règles pour décrire la manière dont l’exclusion sociale ne procède plus aujourd’hui de décisions politiques explicites mais de règles inscrites dans nos infrastructures techniques. Je m’appuyais sur les feuilles de style CSS, ces langages informatiques qui pilotent l’affichage de nos pages web, pour montrer comment des architectures invisibles peuvent produire des effets politiques massifs sans que personne en assume jamais la responsabilité. Lennie Stern, dans une formule que j’avais reprise, écrivait que le mot technofascisme agit comme une loupe mal orientée : il nous pousse à chercher le pouvoir là où il est le plus visible, alors que l’essentiel se joue dans les procédures et les architectures techniques.
Le pylône électrique relève de ce registre, à ceci près qu’il est imposant et pourtant devenu invisible à force d’être familier. Il fait partie du paysage. Sa présence ostensible a été normalisée jusqu’à ce que toute interrogation à son sujet paraisse naïve. Pendant des décennies, aucun débat parlementaire majeur n’a porté sur l’aérien contre le souterrain ; aucun référendum citoyen n’a été organisé sur le maillage électrique du territoire. Le choix s’est imposé par l’évidence de la mégamachine, par le savoir des ingénieurs, et par la charge mythologique qui l’enveloppait.
La période sanitaire que nous avons traversée a révélé, dans un autre registre, une matrice silencieuse comparable, faite de QR codes, de seuils d’incidence, de cascades de règles d’accès. Dans les deux cas, des infrastructures invisibles ou normalisées structurent matériellement la vie collective sans que la délibération démocratique ait eu lieu sur leur design. Il faut, dans les deux cas, un événement révélateur (une tempête, une grande épidémie) pour que la matrice redevienne visible.
La tempête de 1999 a été, dans le registre des infrastructures, ce que la crise du Covid a été dans le registre sanitaire : un moment où une mythologie acceptée comme nature s’est trouvée brutalement dénaturalisée. L’événement n’a pas suffi à ouvrir le débat politique de fond. On a reconstruit les pylônes plus solides, on a installé des dispositifs anti-cascade pour empêcher l’effet domino, on a accéléré l’enfouissement à la marge. La mythologie technique elle-même n’a pas été interrogée publiquement.
Avais-je raison, avant 1999, de penser que ces pylônes étaient des sortes de symboles phalliques, dressés dans l’espace par une frustration narcissique ? Pris à la lettre, l’énoncé est trop court. Les ingénieurs qui ont conçu ces pylônes étaient des professionnels compétents soumis à des cahiers des charges précis, et il serait inexact de leur prêter une intentionnalité inconsciente individuelle. L’intuition tient pourtant si l’on remplace l’inconscient individuel par l’imaginaire collectif et la frustration narcissique par la mythologie nationale.
La verticalité est une posture. Dominer l’espace par des structures hautes, visibles à des kilomètres, c’est exprimer un geste pathétique : nous sommes ici, nous tenons le territoire, nous le possédons techniquement. L’infrastructure souterraine dit le retrait. Elle est là sans signature, et tient sans s’imposer au regard. Deux manières d’être au monde, qui correspondent assez bien aux deux modèles culturels en jeu.
Ce qui s’expose pour dire la puissance est aussi ce qui s’effondre quand le vent souffle trop fort. Le pylône monumental est plus exposé qu’une ligne enterrée, et la signature visuelle de la puissance se paye d’une vulnérabilité physique réelle. Tout système qui exhibe sa force sans accepter le débat démocratique sur ses fondements devient fragile, parce que sa légitimité repose sur l’évidence mythologique, et que l’évidence ne survit pas à la première crise.
Cette fragilité a aussi une dimension épistémique. Le pylône, comme la cellule de crise sanitaire, fonctionne sur un présupposé tacite : nous savons, vous suivez. Le savoir des ingénieurs ne se discute pas, il s’applique. Or un savoir qui ne se discute pas devient progressivement un savoir qui ne sait plus, parce qu’il s’est coupé des retours d’expérience et des intelligences distribuées qui auraient pu l’enrichir.
À quoi pourrait ressembler une infrastructure démocratique ? Mumford ne donne pas de recette ; il indique seulement une direction : une technique distribuée, à échelle humaine, ajustée localement, dont la conception soit débattue par celles et ceux qui en vivent. Le modèle des Stadtwerke allemands en offre une approximation imparfaite mais réelle.
Cela ne signifie pas qu’il faille démanteler le réseau de transport haute tension français. La physique de l’électricité impose certaines centralisations dont il serait absurde de s’affranchir au nom d’une pureté politique. L’enjeu est de reconquérir un espace de débat démocratique sur les choix infrastructuraux qui structurent notre vie collective. Ces choix sont politiques, parce qu’ils déterminent qui décide pour qui et qui supporte les conséquences de la décision.
Tant que la mythologie technique française continuera de fonctionner comme cadre d’évidence partagée, le débat démocratique sur les infrastructures restera difficile. On ne discute pas un mythe, on l’habite. Pour rouvrir l’espace politique, il faut commencer par défaire le mythe, le ramener à son histoire, le rendre à sa nature culturelle. C’est ce geste que Barthes appelait dans la postface de ses Mythologies : rendre à l’histoire ce qui se présente comme nature.
La démocratie culturelle, dont je parle très souvent et dont j’accompagne la mise en pratique, et la démocratie infrastructurelle, qui reste à construire, relèvent d’un même mouvement. Elles refusent l’idée que les choix structurants doivent être confiés à une élite experte qui sait pour les autres, et reconnaissent que les personnes concernées par une décision sont les mieux placées pour en discuter le sens.
La fragilité de nos systèmes est le prix d’avoir trop longtemps confondu efficacité technique et légitimité culturelle. La tempête de 1999 nous l’a dit en pliant mille pylônes dans nos campagnes. La crise du Covid nous l’a redit en rendant visibles les cascades de règles qui régissaient nos accès au monde. Il y a là une invitation à prendre la technique au sérieux comme objet politique, et à ne plus la laisser à la seule responsabilité des techniciens, qui sont désormais en collusion avec le capitalisme dans ce qu’il a de plus scélérat.
Les mécanismes de domination et les chemins de l’émancipation
Le pouvoir contemporain ne s’exerce plus tant par la contrainte visible que par la manipulation des récits et la fabrique du consentement. Nous pardonnons trop facilement la faillite morale de ceux qui nous gouvernent, nous acceptons de nommer « liberté » ce qui est autorisation, nous laissons l’information nous endormir dans une soumission volontaire. La crise sanitaire a révélé cette confusion fondamentale : le régime d’autorisation s’est substitué au régime de liberté sous couvert de protection. L’inversion des pouvoirs post-Covid montre comment la censure et le mensonge d’État fragilisent nos démocraties tout en réhabilitant paradoxalement les voix dissidentes d’hier. Face à la foule calme qui se soumet, face aux consensus fabriqués qui étouffent le débat, la résistance passe par une présence lucide qui refuse l’attrait de la soumission. La gauche elle-même, prisonnière du système qu’elle prétend combattre, doit retrouver une conscience politique authentique, distincte de la bonne conscience qui se contente de postures morales. Restaurer la démocratie exige de créer des espaces où tous les discours sont autorisés, où la vérité complexe et partielle peut émerger du dialogue plutôt que d’être décrétée par des experts ou des algorithmes. Le politique authentique naît de cette tension entre soin du collectif et résistance au biopouvoir qui contrôle les corps et les esprits.