L’inversion des pouvoirs post-covid

28 mai 2025. Publié par Benoît Labourdette.
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La crise Covid a révélé comment la censure, le mensonage et la manipulation de l’information par les pouvoirs publics et les médias dominants fragilisent nos démocraties. Aujourd’hui, l’inversion des pouvoirs réhabilite fort heureusement les voix dissidentes d’hier, mais présente malheureusement d’autres nouveaux dangers.

Le courage de ne pas plier

Pendant la période Covid, ceux qui avaient accès, ou choisissaient d’accéder, à des sources d’information alternatives aux médias traditionnels, ne serait-ce que via des réseaux sociaux comme TikTok, ont pu constater l’existence de biais dans les politiques sanitaires. L’exclusion dont ils faisaient l’objet révélait un principe totalitaire à l’œuvre. Cette fracture s’est manifestée jusque dans les familles et les cercles amicaux, où des tensions inédites ont émergé autour des questions de santé publique. Si le consensus scientifique sur la santé publique avait été aussi évident qu’on voulait nous le faire croire, de telles divisions n’auraient jamais vu le jour.

Durant cette période, j’ai personnellement fait le choix de maintenir ma connexion avec ce que je percevais comme la vérité, assumant les risques sociaux qui en découlaient. J’ai continué à défendre ma liberté d’expression, même si ma pensée divergeait de l’opinion majoritaire. Car le principe démocratique repose précisément sur la confrontation des points de vue pour élaborer des décisions collectives, non sur l’imposition d’une pensée unique et le rejet systématique des voix dissidentes, car c’est ce qui caractérise le totalitarisme ou la dictature, deux concepts que je distinguerai plus loin.

Une documentation minutieuse de la controverse

J’ai méthodiquement documenté cette période en compilant les documents de la controverse. J’ai analysé tous les avis disponibles et acquis plus de cent cinquante ouvrages, de France et d’autres pays, rédigés par des scientifiques, et non des journalistes, sur le sujet. En m’efforçant d’éviter le biais de confirmation et de maintenir une distance critique, j’en suis venu à l’évidence que la censure avait été massive et que la crise Covid a principalement constitué une opportunité commerciale pour les laboratoires pharmaceutiques, imposée grâce à de vastes réseaux de conflits d’intérêts. Ce n’est pas un « complot », c’est une opportunité, qui a été saisie, avec le succès qu’on sait, puisqu’en deux ans les plus riches actionnaire sur la terre ont vu leurs fortunes multipliées par deux.

Il ne s’agit nullement de nier la gravité de l’épidémie, mais de questionner sa gestion dans le contexte des profits potentiels réalisables grâce à l’instrumentalisation de la peur collective et à la censure de toute information contradictoire. Cette censure était indispensable au système, car la reconnaissance officielle de traitements alternatifs aux vaccins aurait empêché leur commercialisation en phase expérimentale. La domination psychologique exercée sur les populations, la psychose collective orchestrée par un système médiatique financé par les mêmes actionnaires que ceux des laboratoires pharmaceutiques, servait ainsi les intérêts d’une partie des grands groupes capitalistes.

Les leçons de l’histoire

Je pressentais qu’un jour, le pouvoir s’inverserait. Sans vouloir établir de comparaison directe, rappelons que durant la Seconde Guerre mondiale, ceux que l’histoire honore aujourd’hui comme « résistants » étaient alors qualifiés de « terroristes ». La majorité française était pétainiste, convaincue que cette voie sauverait le pays. Seule une infime minorité, qui s’est progressivement constituée, pensait différemment. Ces résistants ont contribué à l’inversion radicale du pouvoir politique.

Durant la période Covid, je me demandais comment cette inversion du pouvoir se produirait, comment la vérité scientifique finirait par triompher. Tout en gardant à l’esprit que les résistants de la Seconde Guerre mondiale n’étaient pas nécessairement plus vertueux que les collaborateurs, l’après-guerre a révélé des violences terribles, notamment dans les règlements de comptes populaires.

L’inversion en cours

Depuis début 2025, nous assistons à cette inversion aux États-Unis. Le processus avait commencé dès 2022 avec le rachat de Twitter par Elon Musk et sa décision de lever les censures, y compris pour les points de vue d’extrême droite. On peut légitimement considérer qu’il a redonné à Twitter (X) sa capacité d’être une chambre d’écho pour l’extrême droite, mais aussi pour d’autres perspectives divergentes.

David Colon, dans son ouvrage Propagande, la manipulation de masse dans le monde contemporain (2019), explique que les démocraties reposent sur l’adhésion à une thèse dominante présentée comme la bonne vision du monde. Avant même l’élection de Donald Trump, Mark Zuckerberg avait fait amende honorable dans une intervention vidéo, reconnaissant les pressions exercées par l’administration Biden pour censurer toute contradiction durant la crise Covid. Il était devenu interdit de poser des questions légitimes. Les fact-checkers, qui se présentaient comme les garants de la vérité objective, fonctionnaient en réalité comme des censeurs de toute idée divergente de la ligne défendue par leurs financeurs.

Une réhabilitation paradoxale

En janvier 2025, après l’élection de Donald Trump, Robert Kennedy Jr. est devenu ministre de la Santé. Auteur d’ouvrages critiques sur les politiques sanitaires Covid et écologiste engagé, Kennedy incarne ce retournement. Les nouveaux gouvernants promettent des changements radicaux, avec une violence que je ne cautionne pas, tout comme je ne défendais pas leurs prédécesseurs. Nous assistons à deux versions différentes du totalitarisme.

Ironie de l’histoire : les médias traditionnels, qui hier encore vilipendaient les voix dissidentes, commencent aujourd’hui à réhabiliter ces mêmes « complotistes », les présentant parfois comme des visionnaires ou des héros. Cette volte-face médiatique illustre parfaitement la nature opportuniste du pouvoir informationnel.
Ces nouveaux dirigeants soutiennent effectivement l’extrême droite. Paradoxalement, durant la crise Covid en France, seul les partis d’extrême droite défendaient les libertés individuelles contre les politiques sanitaires. N’étant nullement d’extrême droite, je me suis retrouvé dans l’étrange position de manifester à leurs côtés pour défendre la démocratie. Comme durant la Seconde Guerre mondiale, la résistance rassemblait des personnes de tous bords politiques, gauche, droite, extrême droite, unies pour défendre la démocratie. Il est faux d’affirmer que l’extrême droite était uniquement collaborationniste ; elle comportait différents courants.

Le plus pernicieux dans cette réhabilitation médiatique est l’effacement de la responsabilité. Les journalistes qui réhabilitent aujourd’hui les « complotistes » sont souvent les mêmes qui les lynchaient hier. Cette amnésie collective empêche tout travail de mémoire nécessaire pour éviter la répétition de telles dérives.

Le prix de l’abandon démocratique

Pendant la période Covid, le discours contestataire, la défense des libertés et du respect constitutionnel n’étaient portés par aucun parti politique hormis l’extrême droite. Aujourd’hui, le retour de la liberté d’expression sur les réseaux sociaux profite naturellement à ce courant, faute d’opposition structurée des autres partis face aux atteintes démocratiques et à la soumission des populations.

Le nouveau message de Mark Zuckerberg annonçant la suppression des fact-checkers et son soutien à Donald Trump révèle un opportunisme saisissant. Cette volte-face, amorcée avant même l’élection, témoignait déjà du changement de direction du vent politique. Si j’appelais ce retournement de mes vœux et que je patientais de la voir arriver et d’assister aux retournements de vestes, sa forme actuelle s’avère préoccupante : l’accès à certaines vérités s’accompagne d’une violence et d’un mépris manifestes, notamment dans les positions d’Elon Musk et Donald Trump sur les questions de genre et d’immigration, ainsi que la fabrication par les mêmes d’autres post-vérités.

A l’époque, les dits démocrates, de droite comme de gauche, n’auraient jamais dû emboîter ainsi le pas au pouvoir capitaliste et cultiver eux aussi le système des boucs émissaires (les jeunes puis les non vaccinés), ils sont ainsi réservé la contestation de la politique totalitaire à l’extrême droite, la renforçant d’autant plus.

Vers une véritable démocratie informationnelle ?

J’attendais cette inversion du pouvoir, comparable dans sa dynamique, non dans sa nature, à celle de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Nous sommes au cœur de ce basculement, mais sa forme violemment politique dépasse mes anticipations. Cette évolution confirme, s’il en était besoin, la dimension éminemment politique de la crise Covid et le caractère cyclique des rapports de force dans nos sociétés. Les héros d’aujourd’hui étaient les parias d’hier, et les médias qui les réhabilitent aujourd’hui sont les mêmes qui les conspuaient. Cette leçon d’histoire devrait nous inciter à la plus grande vigilance démocratique, à tout moment, et surtout dans les moments de crises.

L’inversion des pouvoirs post-Covid révèle la fragilité de nos démocraties face à la manipulation de l’information. Si la chute du système de censure Covid est une victoire pour la liberté d’expression, la manière dont elle s’opère - entre opportunisme médiatique et récupération politique - laisse craindre de nouvelles formes de contrôle.

La vraie leçon de cette période devrait être la nécessité de protéger structurellement le pluralisme de l’information et le débat contradictoire. Au lieu de passer d’une hégémonie à une autre, nous devrions construire des garde-fous institutionnels garantissant qu’aucun pouvoir, qu’il soit sanitaire, politique ou économique, ne puisse plus jamais monopoliser la vérité. Ce n’est malheureusement pas du tout la tendance des responsables politiques aux commandes actuellement, notamment en France, qui sont extrémistes, ce que l’historien Pierre Serna a nommé « Extrême centre », appuyant son pouvoir sur des mensonges et dénis réitérés. Quand la parole n’a ainsi plus aucune valeur, c’est le psychisme des citoyens qui vacillent collectivement, perdant ses appuis collectifs et politiques.

La réhabilitation des voix dissidentes ne doit pas être une simple inversion des rôles où les censeurs d’hier deviennent les censurés de demain. Elle doit être l’occasion de repenser en profondeur notre rapport à l’information, à la science et au débat démocratique. Car si l’histoire nous enseigne une chose, c’est que le pouvoir corrompt, et que seule la vigilance citoyenne peut préserver nos libertés fondamentales.

Les mécanismes de domination et les chemins de l’émancipation

Le pouvoir contemporain ne s’exerce plus tant par la contrainte visible que par la manipulation des récits et la fabrique du consentement. Nous pardonnons trop facilement la faillite morale de ceux qui nous gouvernent, nous acceptons de nommer « liberté » ce qui est autorisation, nous laissons l’information nous endormir dans une soumission volontaire. La crise sanitaire a révélé cette confusion fondamentale : le régime d’autorisation s’est substitué au régime de liberté sous couvert de protection. L’inversion des pouvoirs post-Covid montre comment la censure et le mensonge d’État fragilisent nos démocraties tout en réhabilitant paradoxalement les voix dissidentes d’hier. Face à la foule calme qui se soumet, face aux consensus fabriqués qui étouffent le débat, la résistance passe par une présence lucide qui refuse l’attrait de la soumission. La gauche elle-même, prisonnière du système qu’elle prétend combattre, doit retrouver une conscience politique authentique, distincte de la bonne conscience qui se contente de postures morales. Restaurer la démocratie exige de créer des espaces où tous les discours sont autorisés, où la vérité complexe et partielle peut émerger du dialogue plutôt que d’être décrétée par des experts ou des algorithmes. Le politique authentique naît de cette tension entre soin du collectif et résistance au biopouvoir qui contrôle les corps et les esprits.


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