L’inversion trop rapide du système de valeurs

6 juillet 2025. Publié par Benoît Labourdette.
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Face à la montée des extrémismes, interrogeons-nous sur notre responsabilité collective dans la stigmatisation de l’autre. Je propose des pistes pour renouer avec un dialogue démocratique authentique.

La banalité du mal et le piège de la diabolisation

Depuis la seconde élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis, intellectuel·les, démocrates et autres « gens de bien » ne cessent de dénoncer le retour du fascisme. Elles et ils dépeignent un monde de post-vérité où tout ne serait que désinformation, un basculement dont seraient responsables les puissant·es d’extrême droite et les magnats du numérique.

Et chacun·e affiche publiquement et fièrement son engagement contre ce péril, à coup de posts sur les réseaux sociaux ou de conférences « engagées ». Pour ma part, j’y perçois avant tout une absence criante de courage politique et une déresponsabilisation manifeste de celles et ceux qui prétendent détenir la vérité. Ces ardent·es défenseur·euses des « faits » se posent en chevalier·ères blanc·hes d’une société éprise de vérité, d’égalité et de tolérance. C’est malheureusement, à mon avis, presque l’inverse, et je prends la plume non pas pour dénoncer, mais pour, je l’espère, faire avancer la lucidité et les valeurs démocratiques de façon sincère et ancrée, pour un avenir meilleur.

Hannah Arendt et la responsabilité individuelle

À mon sens, ces postures révèlent surtout une peur profonde et une tentative de réassurance face à des opposant·es qu’il était jadis si aisé de mépriser et de stigmatiser. Les populations des quartiers populaires, par exemple, présumées incultes et manipulables par des idéologies simplistes et réactionnaires, feraient face aux modéré·es blanc·hes, blanc·hes comme neige, ces centristes dans la veine du macronisme, qui se dressent contre l’extrême droite érigée en péril absolu. Précisons d’emblée : je ne défends aucunement l’extrême droite, étant moi-même une personne de gauche.

La réflexion politique que je propose ici doit être entendue dans l’idée de construire ensemble et dans le respect de toutes et tous le monde de demain, en proposant des pistes concrètes d’action. Car réduire l’autre à une figure diabolique, à la réincarnation du nazisme, relève d’un simplisme consternant. Je me demande souvent ce que dirait Hannah Arendt si elle était parmi nous aujourd’hui ?

En son temps, lors du procès d’Eichmann, elle évoqua la banalité du mal plutôt que sa diabolisation, approche alors privilégiée pour se rassurer et établir des repères moraux clairs. En présentant l’humain dans sa faillibilité universelle, capable du pire dans la normalité la plus déconcertante, elle fut ostracisée, méprisée et discréditée. Son discours dérangeait car il renvoyait les individus à leurs propres responsabilités. La violence, nous le savons, n’était pas l’apanage exclusif des nazis. Des êtres humains ordinaires, pris dans un système politique qui dissimulait ses violences et instrumentalisait le mécanisme du bouc émissaire, cette catharsis légitimant la déshumanisation d’individus jugés biologiquement dangereux pour la communauté, accomplissaient l’impensable en toute bonne conscience. Hannah Arendt révélait que la véritable normalité résidait dans cette propension à se laisser entraîner par des pensées simplistes et rassurantes, mais terriblement dangereuses, car elles occultaient les mécanismes philosophiques qui avaient pu conduire une nation entière aux pires atrocités.

Les voix discordantes face au discours dominant et l’anarchisme

Aujourd’hui, celles et ceux qui portent des voix discordantes face au discours dominant sont stigmatisé·es. Durant la période Covid, elles et ils servaient de boucs émissaires, perçu·es comme des menaces à la santé mondiale par leurs simples paroles. Autre exemple, les anarchistes, qui ont toujours été pourchassé·es, humilié·es et discrédité·es, le terme même étant assimilé au désordre. D’où vient cette hostilité quasi universelle des systèmes politiques établis envers ces perturbateur·ices ? Isabelle Attard l’explique brillamment dans son ouvrage Comment je suis devenue anarchiste (2019).

Les anarchistes ont toujours été persécuté·es pour une raison évidente : le système politique de l’anarchisme fonctionne, ce qui le rend absolument dangereux pour les régimes autoritaires, fussent-ils démocratiques en apparence. Fondé sur l’émancipation politique individuelle et collective, c’est un système dont Élisée Reclus affirmait en 1897 : « L’anarchie est la plus haute expression de l’ordre. » Les rares expériences anarchistes historiques ont précisément été supprimées et discréditées jusque dans l’inconscient collectif, justement en raison de leur remarquable efficacité sociale, égalitaire et pacifique. Leur danger pour les pouvoirs en place est là !

Le mécanisme du bouc émissaire

Je ne prétends pas que démocraties occidentales et dictatures sont identiques. Les premières sont totalitaires au sens où elles parviennent à convaincre la majorité des citoyen·nes qu’elles constituent le meilleur système possible, contrairement aux dictatures qui gouvernent par la force brutale. Durant la crise Covid-19, toutes celles et tous ceux qui questionnaient la gestion autoritaire, particulièrement en France, l’un des pays les plus coercitifs dans sa réponse, étaient immédiatement catalogué·es comme « complotistes » et associé·es à l’extrême droite, qu’elles et ils soient elles-mêmes ou eux-mêmes de gauche ou de droite. Pourtant, il suffisait d’observer les manifestations massives contre le pass sanitaire, cette restriction liberticide anticonstitutionnelle, pour constater l’extraordinaire diversité des participant·es, loin d’être majoritairement d’extrême droite.

Ces rassemblements hétéroclites partageaient l’intuition d’un glissement politique grave : la légitimation de la fabrication d’un bouc émissaire sur des bases mensongères. Les non-vacciné·es étaient désigné·es comme dangereux·ses par une majorité apeurée, cherchant réconfort dans l’identification d’un ennemi : celles et ceux qui refusaient d’obéir, même aux injonctions les plus absurdes et contradictoires, celles et ceux qui s’informaient hors des médias dominants.

L’enjeu n’était plus d’éradiquer un virus hautement contagieux en apprenant à s’en protéger par la solidarité, mais de désigner des coupables humains sans rapport avec le virus. Ce glissement caractérisait la *doxa du Covid*, le discours dominant qui persiste encore chez certain·es, bien que cinq ans après, les vérités émergent progressivement, révélant les mensonges d’État de cette période, qui ont structuré l’espace politique pendant deux ans.

Les intérêts économiques contre le bien commun

Pourquoi ces mensonges ? Au nom du profit. Cette période de deux ans a vu doubler la fortune des plus grand·es milliardaires et actionnaires, profitant de cette « guerre » et de l’état d’exception qui légitimait toutes les dérives autoritaires, aggravant une violence sociale et des inégalités qui, nous le savons, enrichissent les un·es par l’asservissement des autres.

Quel lien établir entre la crise Covid et les craintes actuelles face à l’expansion de l’extrême droite ? Le voici : celles et ceux qui se posaient en héros durant la crise sanitaire, discréditant les récalcitrant·es ou quiconque émettait la moindre réserve, sont aujourd’hui les mêmes qui se présentent comme défenseur·euses de l’état de droit contre les extrémismes. Mais pourtant, durant la période Covid, leur sincérité était réelle : elles et ils avaient véritablement peur, convaincu·es que ces personnes représentaient un danger public qu’il fallait neutraliser, immobiliser, vacciner de force, destituer de leurs fonctions professionnelles (comme les douze mille soignant·es non vacciné·es, suspendu·es sans solde ni chômage pendant deux ans, alors qu’on avait cruellement besoin d’elles et d’eux), les exclure de la vie sociale, refuser de les soigner si elles ou ils étaient malades, si ce n’est les parquer, les emprisonner, et on a même entendu pire. En toute bonne conscience, elles et ils avaient glissé dans la « banalité du mal », car la peur avait obscurci leur jugement.

Celles et ceux qui refusaient ont pu être ainsi déshumanisé·es, car la peur généralisée les avait exclu·es du régime de l’humanité commune. Leur exclusion sociale devenait soudain possible, voire légitime, leur statut d’humain étant remis en question.

La fin du glissement totalitaire

Ce glissement s’est heureusement interrompu en France en mars 2022, exactement deux ans après son commencement, pour céder la place à une guerre véritable en Ukraine. Des personnes sensées, intelligentes, cultivées, des intellectuel·les brillant·es, à l’exception de quelques-un·es comme Barbara Stiegler, Laurent Muchielli, Giorgio Agamben, Michel Maffesoli et quelques autres, qui ont résisté à cet imaginaire dangereux, se sont retrouvé·es à défendre un totalitarisme fondé sur le bio-pouvoir, si bien documenté par Michel Foucault et prophétisé par George Orwell dans 1984.

1984 ne décrit pas le nazisme, contrairement à ce qu’on voudrait nous faire croire, mais précisément le risque d’un ordre totalitaire post-nazi, celui qui nous menace aujourd’hui. Un ordre prétendant à la perfection par la surveillance absolue, projet exact du pass sanitaire puis vaccinal. Ne nous berçons pas d’illusions : ces dispositifs n’étaient ni anodins ni médicalement justifiés. Les élites savaient, c’est aujourd’hui prouvé, que le vaccin n’empêchait nullement la transmission.

Voilà l’un des nombreux mensonges d’État de cette période. L’enrichissement des groupes capitalistes s’est notamment opéré par la vente massive de vaccins aux États, qui ont contracté des emprunts en centaines de milliards de dollars auprès de ces mêmes groupes. Les intérêts seront remboursés dans le futur par les citoyen·nes. Cette construction de richesse s’est donc articulée sur deux axes : un doublement immédiat de l’enrichissement en deux ans, couplé à une promesse de gains futurs considérables étalés dans le temps.

Ce processus illustre parfaitement la banalité du mal théorisée par Hannah Arendt : des personnes convaincues d’agir pour le bien, aveugles à leur déshumanisation d’autrui, alors que nos textes fondamentaux exigent le respect inconditionnel de la dignité et des droits humains. Ne minimisons pas rétrospectivement ces événements.

La mauvaise réputation des libres penseur·euses

Ces mêmes porteur·euses autoproclamé·es du « bien » s’insurgent aujourd’hui contre la montée de l’extrême droite. Certain·es grands réseaux sociaux se sont effectivement allié·es à Trump dans cette entreprise que je juge moi aussi ignoble. Je ne défends aucunement le trumpisme ni son écosystème.

Ma proposition ici vise à tracer des pistes d’action concrètes, non pas contre l’extrême droite, mais pour la démocratie et l’égalité, en considérant les responsabilités mutuelles. Ces « braves gens », comme les chante Brassens, qui ont allègrement piétiné les droits humains pendant la période Covid, en croyant œuvrer pour le bien avec la bénédiction du capitalisme, avaient stigmatisé tous les dissidents comme dangereux·ses extrémistes.

Au village, sans prétention,
J’ai mauvaise réputation ;
Que je me démène ou je reste coi,
Je pass’ pour un je-ne-sais-quoi.
Je ne fais pourtant de tort à personne,
En suivant mon ch’min de petit bonhomme ;
Mais les brav’s gens n’aiment pas que
L’on suive une autre route qu’eux…
Non, les brav’s gens n’aiment pas que
L’on suive une autre route qu’eux…

La mauvaise réputation (début – 1952)

Brassens évoque très précisément l’esprit critique, c’est-à-dire la pensée par soi-même, opposée à la pensée comme tout le monde. Et pourtant « l’esprit critique » est ce que prétendent défendre les défenseur·euses autoproclamé·es de la démocratie qui stigmatisent les extrémistes et les « complotistes ».

La stigmatisation des médecines alternatives

Autre exemple, le jeûne : des articles prétendument sérieux affirment encore en 2025 que les adeptes du jeûne ou des médecines alternatives seraient d’extrême droite, complotistes, incultes, manipulé·es par des gourous. Pourquoi discréditer le jeûne, présent dans toutes les traditions religieuses, dont les bienfaits thérapeutiques millénaires sont documentés ? Ce n’est ni magie ni croyance, mais un phénomène scientifiquement étudié. La réponse réside dans les intérêts financiers des laboratoires pharmaceutiques, gravement menacés si la médecine officielle, largement cofinancée par l’industrie pharmaceutique privée, même dans le secteur public, évoluait vers le bien-être authentique des patient·es. Cela réduirait mécaniquement la consommation médicamenteuse, ce qui contredit la raison d’être d’entreprises privées vouées à la vente de médicaments, dans le but d’un profit pour leurs actionnaires.

Le système capitaliste et notre responsabilité

Et nous faisons partie de ces actionnaires, dès lors que nous possédons de l’épargne, car les rendements annuels s’appuient sur le système financier mondial. Sans le savoir, nous soutenons l’impératif de profit croissant des entreprises privées. Quelle société pourrait justifier auprès de ses actionnaires une baisse volontaire de rentabilité ? Le capitalisme ne fonctionne pas sur la décroissance mais sur la croissance perpétuelle.

Ce mythe de l’enrichissement permanent exige de tout vendre : médicaments, mais aussi eau en bouteille par exemple, absurdité écologique justifiée par des arguments qualitatifs douteux. Des systèmes alternatifs de distribution publique d’eau de qualité seraient infiniment plus vertueux.

L’objectif d’une société privée demeure le profit croissant. Les laboratoires pharmaceutiques doivent constamment développer de nouveaux médicaments avant l’expiration des brevets et la perte de leurs royalties. Des dirigeant·es pharmaceutiques l’ont publiquement reconnu : des populations malades nécessitant des traitements sont plus profitables que des populations saines.

L’exemple de la méthode Bates

Aldous Huxley, auteur du Meilleur des mondes, dystopie éclairant remarquablement notre présent, avait publié en 1942 L’Art de voir, récit de sa rééducation visuelle qui lui permit de passer de la quasi-cécité à une vision normale sans lunettes. Cette approche très simple, d’un ophtalmologiste américain, le Dr Bates, considère l’œil comme un organe vivant, qui peut bénéficier pour sa santé et son bon fonctionnement d’exercices, de relaxation et de mobilisation douce. Appliquée dans trois États américains au début du XXe siècle, elle produisit des résultats spectaculaires, réduisant de façon importante le port de lunettes chez les enfants. Le Dr Bates fut alors exclu de l’ordre des ophtalmologistes, car sa méthode menaçait l’industrie optique.

Aujourd’hui, les praticien·nes de cette méthode ne peuvent prétendre soigner la vue sous peine d’exercice illégal de la médecine. On parle pudiquement de « bien-être », mais la réalité est l’amélioration de la santé visuelle par des méthodes spécifiques adaptées aux affections.

J’en témoigne personnellement : très myope, j’ai abandonné mes lunettes il y a huit ans. Ma vue s’améliore continuellement grâce à la rééducation oculaire, au grand étonnement des enfants et adolescent·es que je croise souvent, impressionné·es par mon acuité visuelle supérieure à la leur. Ces praticien·nes sont caricaturé·es comme des charlatans anti-science prétendant guérir sans lunettes, dangers publics, complotistes sectaires probablement lié·es à l’extrême droite. Pure diffamation nécessaire au maintien d’une société capitaliste fonctionnelle où le système de profit ne doit surtout pas être remis en question.

Les ralliements involontaires à l’extrême droite

J’ai pris ces exemples pour illustrer que parmi les responsabilités des dangers menaçant nos sociétés, et je partage l’inquiétude face à l’accession au pouvoir de personnages malfaisants comme Donald Trump, figure le ralliement involontaire à ces figures dangereuses de personnes sans affinité avec l’extrême droite, mais qui s’y trouvent associées par amalgame et peuvent malheureusement y trouver écoute et compréhension.

Prenons Elon Musk, aujourd’hui en rupture avec les démocrates. Ancien soutien majeur de Barack Obama, pourquoi a-t-il basculé vers Trump ? Et pourquoi a-t-il ensuite consommé le divorce d’avec Trump ? Robert Kennedy Jr., actuel ministre de la Santé de Trump, était un écologiste majeur ayant réalisé des documentaires remarquables pour la cause environnementale, puis très engagé contre les politiques sécuritaires du Covid. Comment se retrouve-t-il dans l’administration Trump ? Quel gouvernement précédent aurait toléré une remise en question des diktats du complexe pharmaco-agro-alimentaire ? C’est très troublant.

Reconstruire la démocratie par le dialogue

Cette complexité révèle le simplisme stérile consistant à diaboliser une entité à éliminer, exactement l’inverse de l’enseignement d’Hannah Arendt.

Que pouvons-nous contre ces forces d’extrême droite émergentes ? Rien directement. Notre pouvoir d’action réside en nous-mêmes. Si nous cultivons la tolérance, si nous cessons de stigmatiser les électeur·ices de l’extrême droite, si nous créons des espaces de rencontre et de dialogue avec celles et ceux qui pensent différemment, si nous arrêtons de les culpabiliser et de les déshumaniser, si nous leur restituons leur dignité, alors nous refonderons des espaces authentiquement démocratiques dans la société civile. Nous consoliderons des fraternités agissantes, car la démocratie ne repose pas uniquement sur ses dirigeant·es mais sur chaque citoyen·ne acceptant ou refusant les ordres venus d’en haut.

Durant la période totalitaire du Covid, celles et ceux qu’on peut aujourd’hui qualifier de résistant·es étaient alors traité·es de « complotistes », car elles et ils essayaient de penser par elles-mêmes et eux-mêmes. Durant la Seconde Guerre mondiale, nos actuels héros et héroïnes de la Résistance étaient qualifié·es de terroristes et suscitaient la peur générale. L’histoire les a réhabilité·es comme libérateur·ices ayant restauré la liberté. Celles et ceux qui ont résisté durant la crise Covid résisteront également aux totalitarismes d’extrême droite. Ne les amalgamons pas à cette dernière.

Si on n’est pas d’accord avec l’opinion officielle, on devient complotiste. C’est la liberté de penser, tout simplement. Je n’aime pas le mot « complotisme », arrêtons de parler de complotisme, disons tout simplement le fait de penser par soi-même, et pas uniquement… là je suis en train de lire un livre d’Alexandre Koyré, des années 30, il parle de l’ère du mensonge. Actuellement, c’est du mensonge qui est dominant dans le monde politique, le monde journalistique, le monde des expert·es de tous genres.

Michel Maffesoli interviewé sur TVL le 30 juin 2025.

Combattre la peur pour construire un monde meilleur

La diabolisation est facile, simpliste, et destructrice des liens sociaux. Oui, des individus comme Donald Trump représentent des dangers publics. Mais ses partisan·es ne sont pas lui. Tentons de comprendre leurs motivations sans chercher à avoir raison. Identifions nos terrains d’entente. Remettons-nous en question. Notre force viendra de notre lutte contre la peur de l’autre, cette peur qui engendre la stigmatisation. Combattons la peur. Face aux événements, agissons, écoutons, dialoguons. Soyons démocrates dans nos actes quotidiens. Cessons les jugements hâtifs destinés à nous rassurer, pures manifestations de peur. En luttant contre cette peur, nous construirons un monde meilleur.

Les mécanismes de domination et les chemins de l’émancipation

Le pouvoir contemporain ne s’exerce plus tant par la contrainte visible que par la manipulation des récits et la fabrique du consentement. Nous pardonnons trop facilement la faillite morale de ceux qui nous gouvernent, nous acceptons de nommer « liberté » ce qui est autorisation, nous laissons l’information nous endormir dans une soumission volontaire. La crise sanitaire a révélé cette confusion fondamentale : le régime d’autorisation s’est substitué au régime de liberté sous couvert de protection. L’inversion des pouvoirs post-Covid montre comment la censure et le mensonge d’État fragilisent nos démocraties tout en réhabilitant paradoxalement les voix dissidentes d’hier. Face à la foule calme qui se soumet, face aux consensus fabriqués qui étouffent le débat, la résistance passe par une présence lucide qui refuse l’attrait de la soumission. La gauche elle-même, prisonnière du système qu’elle prétend combattre, doit retrouver une conscience politique authentique, distincte de la bonne conscience qui se contente de postures morales. Restaurer la démocratie exige de créer des espaces où tous les discours sont autorisés, où la vérité complexe et partielle peut émerger du dialogue plutôt que d’être décrétée par des experts ou des algorithmes. Le politique authentique naît de cette tension entre soin du collectif et résistance au biopouvoir qui contrôle les corps et les esprits.


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