La présence, le soin et le politique sont intimement liés. Face au biopouvoir contemporain qui contrôle les corps et attaque notre libre arbitre, cultiver sa présence intérieure devient résistance et chemin vers une vraie démocratie.
La manifestation intentionnelle de la présence place la personne dans une situation d’indépendance et d’ancrage dans ses valeurs fondamentales. Ainsi, une personne présente à elle-même, c’est-à-dire en capacité de penser par elle-même, grâce à une connaissance d’elle-même intime, qui n’a rien à voir avec l’érudition et ni même avec l’intelligence dans sa définition habituelle, sera moins facilement soumise à une politique qui ne la respecterait pas. Ainsi, cette personne présente et ancrée est naturellement dans un soin d’elle-même et de ceux qui l’entourent, c’est-à-dire une responsabilisation personnelle de son milieu. Elle sera peut-être plus naturellement contestataire de politiques injustes, non fondées et arbitraires.
Michel Foucault a développé le concept de biopouvoir, qui fut ensuite prolongé par Giorgio Agamben avec le concept de biopolitique. Il y a dans ces visions du pouvoir, les choix faits par les puissants de contrôler, normaliser et gérer la vie. C’est une évolution de l’ancien pouvoir souverain, l’ancien régime où régnait le droit de faire mourir ou de laisser vivre, vers le droit de faire vivre et laisser mourir ; on inverse les termes. Ce biopouvoir peut sembler altruiste et en effet il a permis des avancées collectives de la durée de la vie. Nous sommes dans des civilisations de biopouvoir, toujours, qui se transforme en biopolitique, pour une gestion collective de la vie, d’un contrôle et d’une discipline sur les corps, la morale, et les pratiques sociales en général. Ils s’accompagnent d’un contrôle accru, par conséquent, d’une attaque explicite contre la présence de chaque individu, c’est-à-dire son libre arbitre.
Aujourd’hui que le biopouvoir s’est converti en biopolitique, qu’il est mis toujours au service des puissants que sont aujourd’hui les grands actionnaires capitalistes, il s’accompagne de choix auxquels personne ne peut échapper, sous prétexte du bien commun. Le biopouvoir fait toujours référence pour se légitimer à son histoire et à toute l’amélioration des conditions de la vie qu’il a permis dans le passé. Mais cette situation se craquelle, son hypocrisie commence à se voir, par exemple avec les États-Unis, pays dans lequel l’obésité est extrêmement répandue, qui est l’un des pays au monde où il est le plus dangereux d’accoucher et qui est aussi l’un des pays au monde avec la plus faible espérance de vie moyenne.
On a vu, dès le début de la crise Covid en mars 2020, l’interdiction en France par l’Ordre des médecins de soigner les affections dues au virus Covid-19, aussi contre-intuitif que cela puisse paraître. Les médias n’ont pas insisté sur le sujet, mais oui, les médecins généralistes ont dû, sous peine d’interdiction d’exercer, bafouer à peu près l’ensemble de leur serment d’Hippocrate en étant interdits par le pouvoir, biopouvoir donc, de faire quelque prescription que ce soit, quelques recherches que ce soit d’un traitement ou d’un soin pour les malades considérés comme porteurs du virus Covid-19. Le seul droit qu’ils avaient était de leur prescrire du Doliprane. Les médecins qui souhaitaient soigner leurs patients sinon des causes, au moins des symptômes de ce virus, l’ont fait en prétextant qu’ils les soignaient pour d’autres affections que le Covid-19. Ainsi, on a vu à ce moment-là comment le politique a attaqué non plus seulement la présence, mais aussi le soin.
Dans tous les discours sanitaires transmis par les autorités françaises pendant les deux années de cette crise, aucun conseil de soin ni de prévention ne fut donné. Immédiatement ou presque, a été brandi le mythe d’un futur produit miraculeux. Au départ, le médicament Remdesivir, rapidement interdit non sans que l’Europe fut forcée d’en acheter pour 1 milliard d’euros, puis les vaccins, neuf mois plus tard, qui allaient être les seules solutions proposées. Les vaccins contre le Covid-19 n’ont jamais protégé de la transmission, n’ont même jamais été conçus dans ce sens, ainsi le message « tous vaccinés, tous protégés » était un mensonge, ce qui était su dès le départ par les responsables politiques. Et les très importantes carences en zinc et en vitamine D subies par tous les malades du Covid, avec les très nombreuses études scientifiques faites hors d’Occident sur les bénéfices de la prescription à haute dose de vitamine D et de zinc, autant pour la prévention que pour les malades, n’ont jamais été préconisées et ont même été interdites et qualifiées de « croyances complotistes ».
Cela peut sembler incohérent qu’un pouvoir décide sciemment de ne pas prendre soin de ses populations face à une épidémie dangereuse. En réalité, cette épidémie n’était dangereuse que pour des personnes très âgées, non soignées, et les personnes avec des comorbidités, non soignées non plus, qui pouvaient mourir assez rapidement en détresse respiratoire. Pourquoi mouraient-elles ? Parce qu’elles n’étaient pas soignées, précisément. Mais pour l’immense majorité de la population, enfants, adolescents et adultes jusqu’à 65 ans, le risque de ce virus était quasi nul. Donc le non-soin décidé par les autorités politiques ne pouvait à l’évidence pas produire d’hécatombe, mais des morts seulement parmi une petite catégorie de la population.
Cette politique eut un très grand dommage, car bien des personnes sont décédées du virus Covid, du fait de l’absence de soins. En n’étant pas soignées pendant des semaines, alors qu’on est soumis à un virus virulent, et arrivant en détresse respiratoire aux urgences, il est trop tard pour soigner. Certains en ont réchappé, d’autres non. Et il est vrai que les vaccins diminuaient les risques de détresse respiratoire du fait du virus Covid. Mais des grippes non soignées sont toutes aussi dangereuses que le virus Covid. Et d’ailleurs, aujourd’hui, en 2025, il n’y a pas moins de virus Covid qu’il y a 5 ans, qu’il y a 4 ans, qu’il y a 3 ans, qu’il y a 2 ans, simplement aujourd’hui on soigne, du fait que les laboratoires pharmaceutiques proposent des médicaments sous brevets, autres que les vaccins.
Aucun vaccin dans l’histoire n’a été développé aussi rapidement que les vaccins Covid, ils ont été distribués à des milliards d’êtres humains sur Terre alors qu’ils étaient toujours en phase expérimentale. La seule autorisation légale possible, la seule exception pour qu’un médicament puisse être distribué en phase expérimentale est l’absence de tout autre traitement. C’est précisément pour cette raison-là qu’il n’y a pas eu de soins. Le Covid a représenté un effet d’aubaine pour le capitalisme, grâce à une épidémie très virulente, qui a produit très peu de morts, mais un virus qui se transmettait beaucoup. Il y a eu une grande opportunité de faire peur sur la dangerosité, d’interdire le soin afin de pouvoir proposer un médicament providentiel, le vaccin, chose qu’il n’a jamais été, a fortiori avec les très nombreux effets secondaires qu’il a produits. Et ainsi, en deux ans, les fortunes des puissants milliardaires actionnaires des laboratoires pharmaceutiques ont doublé en deux ans. C’est sans précédent dans l’histoire du capitalisme. Et ce grâce à un virus qui était en réalité très peu dangereux, à part pour une certaine catégorie en effet (sauf s’ils avaient été soignés).
Les personnes présentes à elles-mêmes, prenant soin d’elles-mêmes dans cette période, elles, n’ont pas pu accepter cette politique liberticide, incohérente, niant la présence et le soin. Pourquoi certains ont-ils pu continuer à prendre soin d’eux-mêmes et de leur contexte ? Et par exemple, comme moi-même ayant pris tous les « risques », sans être vacciné, pourquoi n’ai-je jamais contracté le Covid ? J’ai pris soin de moi, j’ai pris de la vitamine D, du zinc, de la vitamine C, des soins de prévention. Ainsi, par ce soin, je n’ai jamais été malade, alors que je ne me suis jamais privé d’actes à priori présentés comme éminemment dangereux, à savoir être en relation physique avec d’autres êtres humains.
Les douze mille soignants français, ce qui n’est pas rien, ce ne sont pas cent personnes, douze mille personnes qui, par leurs connaissances, leurs compétences, leur ancrage en eux-mêmes, leur refus d’être dominés par ces peurs médiatiques dont ils voyaient bien dans leur contexte réel de lieu de soins qu’il s’agissait de fiction, qui ont refusé d’être vaccinées pour de très bonnes raisons, ont été suspendues sans salaire pendant deux ans, avant d’être finalement réintégrées, car on a bien besoin de personnel soignant ! Ces personnes n’étaient en aucun cas plus dangereuses pour les patients que les personnes vaccinées, dans la mesure où le vaccin ne protégeait pas de la transmission. Donc, les personnes vaccinées pouvaient tout à fait être porteuses et transmettrices du virus. Le vaccin n’annulait absolument pas le virus en eux. Le vaccin simplement les immunisait mieux contre la mort en cas d’affection respiratoire grave, en l’absence de soins. C’était son seul intérêt thérapeutique.
Ainsi, les soignants non vaccinés étaient beaucoup plus conscients du soin grâce à leur ancrage dans leur présence, et ainsi nous invitent, à mon sens, à repenser le politique d’un autre endroit, à repenser la politique à partir de la présence et du soin qui est singulière à chaque individu et qui, par capillarité, ne peut que fabriquer une société à la fois plus démocratique et en meilleure santé physique et mentale. J’entends la société dans le monde d’aujourd’hui qui, oui, a grandi par les biopouvoirs, qui ont des effets négatifs ainsi que des effets positifs. Mais aujourd’hui nous ne sommes plus il y a deux siècles, nous sommes aujourd’hui, avec les acquis et les connaissances scientifiques, parfois mal acquises en effet, mais qui sont quand même des acquis, et nous avons aujourd’hui des capacités politiques basées sur ce qu’on peut appeler la micropolitique des groupes (David Vercauteren), dont on sait désormais qu’ils sont beaucoup plus constructeurs d’une démocratie générale qu’une politique autoritaire et normative venant d’en haut, qui ne prend pas en compte et qui n’est pas en capacité de prendre en compte le réel et la vie, c’est-à-dire toutes les spécificités des contextes, des milieux et des personnes.
Et le numérique, au lieu d’être employé comme un outil de surveillance généralisée, de contrôle des populations, peut être dans le point de vue micropolitique, au contraire, un outil d’agrégation des connaissances diverses et de gestion collective beaucoup plus souple et à l’écoute de toutes les spécificités des petits milieux dont les informations peuvent être mises en relation de façon bénéfique, grâce aux technologies numériques. Ainsi, le numérique, dans la manière dont on peut l’employer, peut être un outil de connaissance, d’interconnaissance, qui peut être bénéfique au soin, à la présence et au politique dans son acception démocratique. Mais jamais on ne peut séparer l’un de ces trois termes présence, soin et politique.
Et il a été malheureux pendant la période Covid de voir certains philosophes engagés dans les sujets politiques ou dans les sujets du soin, obéir à un autoritarisme absurde, au service exclusif des puissants, aveuglés qu’ils furent, sans doute par leur peur et au fond malheureusement par leur défaut de présence, qui peut tout à fait s’expliquer par des liens politiques, financiers, qui, bien sûr, biaisent le regard et font que même les esprits a priori les plus éclairés peuvent être abusés par les techniques de manipulation politique les plus éculées.
Je me permets de citer le début du poème « Howl » d’Alan Ginsberg, 1956 : « J’ai vu les plus grands esprits de ma génération détruits par la folie, affamés, hystériques, nus, se traînant à l’aube dans les rues nègres à la recherche d’une furieuse piqûre. »
Les mécanismes de domination et les chemins de l’émancipation
Le pouvoir contemporain ne s’exerce plus tant par la contrainte visible que par la manipulation des récits et la fabrique du consentement. Nous pardonnons trop facilement la faillite morale de ceux qui nous gouvernent, nous acceptons de nommer « liberté » ce qui est autorisation, nous laissons l’information nous endormir dans une soumission volontaire. La crise sanitaire a révélé cette confusion fondamentale : le régime d’autorisation s’est substitué au régime de liberté sous couvert de protection. L’inversion des pouvoirs post-Covid montre comment la censure et le mensonge d’État fragilisent nos démocraties tout en réhabilitant paradoxalement les voix dissidentes d’hier. Face à la foule calme qui se soumet, face aux consensus fabriqués qui étouffent le débat, la résistance passe par une présence lucide qui refuse l’attrait de la soumission. La gauche elle-même, prisonnière du système qu’elle prétend combattre, doit retrouver une conscience politique authentique, distincte de la bonne conscience qui se contente de postures morales. Restaurer la démocratie exige de créer des espaces où tous les discours sont autorisés, où la vérité complexe et partielle peut émerger du dialogue plutôt que d’être décrétée par des experts ou des algorithmes. Le politique authentique naît de cette tension entre soin du collectif et résistance au biopouvoir qui contrôle les corps et les esprits.