John Dewey

John Dewey (1859-1952), philosophe pragmatiste américain, qui place l’expérience comme axe central dans la construction de la pensée et de la démocratie, eut une très grande influence dans la première moitié du XXe Siècle, dans la politique, la psychologie, la philosophie, la pédagogie (Célestin Freinet, par exemple, se réclamait de la pensée de Dewey). Puis il fut oublié, considéré comme trop optimiste.

Les idées de John Dewey reviennent sur le devant de la scène depuis le début des années 2000. Elle constituent à mon sens des outils précieux pour accompagner la mise en œuvre de systèmes de coopération humains efficients : dans son livre Le public et ses problèmes (1927), il postule qu’aucun système politique ne peut fonctionner s’il n’est pas capable de se remettre en question en profondeur au fur et à mesure des expériences. Dans son ouvrage L’art comme expérience (1934), il avance que l’art est d’abord et toujours une expérience vécue, partagée, et non pas un objet externe et supérieur.

On identifie généralement l’œuvre d’art à l’édifice, au livre, au tableau ou à la statue dont l’existence se situe en marge de l’expérience humaine. Puisque la véritable œuvre d’art se compose en fait des actions et des effets de ce produit sur l’expérience, cette identification ne favorise pas la compréhension.

Je trouve John Dewey inspirant car, à l’opposé des quêtes de « bons principes », sa démarche soutient la légitimité de méthodes d’expérimentation concrètes et agiles, qui me semblent les plus adaptées aux actions, culturelles notamment, dans notre monde incertain et en évolution permanente, du fait des bouleversements liés au numérique, des mutations écologiques, et autres. Cette agilité me semble nécessaire pour que la culture puisse être l’un des outils incarnés d’une démocratie vivante.

Benoît Labourdette


« L’art comme expérience », ou restaurer la continuité entre l’art et la vie

Par Colette Tron

Dans son célèbre ouvrage « L’art comme expérience », le pragmatiste John Dewey soutenait que l’expérience est la base sûre sur laquelle la théorie de l’art et de l’esthétique peut se fonder, toute esthétique provenant de l’expérience, redonnant ainsi son sens au terme grec d’aisthesis en tant que sensation, ou expérience sensible.

« Il y a constamment expérience », écrivait encore Dewey, mais son parachèvement et son unité vers l’esthétique consiste à « composer une expérience », passant par « la réalisation d’un processus » et consistant en une interaction entre l’homme et son environnement, ses réalités, relevant ainsi le lien « signifiant avec les conditions d’apparition » de la culture et de l’art.

Or, écrivait-il : « Une fois qu’un produit artistique est reconnu comme une œuvre classique, il est en quelque sorte isolé des conditions humaines qui ont présidé à sa création et des conséquences humaines qu’il engendre dans la vie et l’expérience réelles. Lorsque les objets artistiques sont séparés à la fois des conditions de leur origine et de leurs effets et actions dans l’expérience, ils se retrouvent entourés d’un mur qui rend presque opaque leur signification globale. »

L’objectif conceptuel de Dewey est de « restaurer cette continuité », ou d’abolir « la distinction », entre « les formes raffinées et intenses de l’expérience que sont les œuvres d’art » et la vie quotidienne, ses événements, en tant qu’éléments constitutifs de l’expérience, c’est-à-dire de « comprendre l’esthétique », sa formation, sa généalogie, ou génération (le philosophe Bernard Stiegler avait développé l’idée de « généalogie du sensible ») dans les conditions ordinaires de la vie, individuelle et collective, « matière brute de l’expérience », de ses activités, dans la vitalité, la présence et l’attention au monde que chaque individu y investit. Cette participation au monde passant par les sens autant que par l’esprit, par le sensible avec l’intelligible. Il s’agit de comprendre le contexte culturel et les pratiques vivantes qui donnent lieu à la réalisation des œuvres, et à leur signification, quelle que soit leur nature. Contre « une séparation entre l’art et les objets et scènes de l’expérience ordinaire » et le déclin de l’expérience esthétique.

Et encore, selon Dewey : « Les œuvres d’art qui ne sont pas éloignées de la vie ordinaire et sont largement appréciées par une communauté sont les signes d’une vie collective soudée ».



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