Une voix émerge de la matière de l’image et du son.
Qu’est-ce qu’un appareil vocal ? De l’air qui circule à certaines vitesses et puissances dans un corps tridimensionnel en mouvement, en contractions-décontractions, en divers endroits de son volume, à divers rythmes et intensités, le mettant en vibration de multiples manières, fonction de sa matière, elle-même variée. Tout cela produisant les phonèmes qui vont former les mots articulés, par ce qu’on appelle la voix. Voix parlante, voix chantante...
Ces principes très simples s’incarnent dans une réalité tellement riche de possibilités qu’elle n’a pas été, jusqu’à présent, réussie à être pleinement modélisée par l’homme de façon artificielle.
Il subsiste donc quelques mystères passionnants dans la formation de la voix humaine.
C’est cette métaphore de la formation de la voix qui est à l’œuvre dans le travail de fabrication de ce film. Les lignes, leurs mouvements, leurs inflexions, leurs rythmes, la respiration qui les anime et les soudaines variations de pression des muscles tenant la caméra, tangibles visuellement, sont une exploration fantasmée d’un appareil vocal. Mais cette métaphore n’est que la mienne, dans « l’envers du décor ». Elle n’est pas le film.
Le kaléidoscope, figure constituée de la réplication en miroir de la même image, propose une vision très « organique » des choses. Comme une métaphore visuelle de la division cellulaire, il ouvre à un champ de perceptions et d’émotions assez peu fréquenté, bien au delà du décoratif qu’il pourrait sembler incarner de prime abord. Cette figure, très rare dans les films, m’a toujours questionné, c’est pourquoi j’en fais depuis longtemps de nombreuses explorations cinématographiques.
C’est une belle surprise de voir des kaléidoscopes animés fleurir sur les écrans depuis quatre ou cinq ans, dans des génériques de films et de séries notamment. Je vous invite à lire le texte manifeste de la pratique du kaléidoscope animé, que j’ai écrit il y a dix ans, en 2014 : « Penser l’image du kaléidoscope animé ».