Dans le cadre de la candidature de la ville de Saint-Denis pour Capitale européenne de la culture 2028, j’ai entre autres animé un moment d’intelligence collective pour collecter des propositions sur le sujet : « Rendre les habitants acteurs, de la production à l’éditorialisation des contenus patrimoniaux/matrimoniaux ». Retour sur ma méthode et les résultats qu’elle produit.
Pour construire les contenus de la candidature, l’une des initiatives de Juliette Bompoint, déléguée générale du projet, fut d’organiser des « conseils d’influence », moments collectifs d’une journée réunissant au moins une centaine de personnes, se tenant à chaque fois dans des lieux emblématiques du territoire, afin de collecter des contributions, idées, dynamiques territoriales, envies...
Le 1er juin 2022, dans les anciens laboratoires Éclair d’Épinay-sur-Seine, une journée était consacrée à la thématique « Matrimoine(s) et récits ». J’ai été convié pour animer l’intelligence collective d’un groupe de travail sur le sujet « Rendre les habitants acteurs, dans la production et l’éditorialisation des contenus matrimoniaux/patrimoniaux ». Les autres sujets de la journée, animés par d’autres personnes, étaient :
L’enjeu de la mission était ambitieux : réussir, en seulement une heure et demie, à activer les intelligences et les contributions des 30 personnes présentes, dans la mesure où il était aussi prévu que de commencer par la présentation au groupe de plusieurs projets innovants. Le temps pour les contributions de tou·te·s était donc de moins de 45 minutes, ce qui est court à trente personnes ! Le but était de collecter des idées pertinentes, qui viendraient nourrir le travail d’écriture de la candidature. J’ai procédé de la manière suivante :
Ainsi, en cohérence avec le sujet de la rencontre, nous avons créé ensemble un patrimoine/matrimoine à partir de nos échanges, qui fut ensuite la source d’informations utiles à l’équipe de Périfééries pour rédiger le projet de candidature. Vous pouvez prendre connaissance de toutes les contributions, très riches, sur le sujet « Rendre les habitants acteurs, de la production à l’éditorialisation des contenus patrimoniaux/matrimoniaux ». Ces contributions peuvent être utiles, bien au-delà de la candidature de la ville de Saint-Denis (la capitale européenne de la culture aura lieu à Bourges en 2028).
Ce lieu, les anciens laboratoires Éclair (les plus grands laboratoires cinématographiques de France jusqu’à 2010), avait encore de l’électricité, mais était complètement en « friche ». Ainsi, à mon arrivée, il m’a fallu y trouver un endroit suffisamment sombre pour que la projection, cœur du dispositif d’interaction, soit bien visible par les participant∙e∙s. La première salle (où des chaises étaient installées) était en pleine lumière, ce qui rendait le projet impossible.
Je trouvais une salle sombre, mais dénuée d’électricité, et il n’y avait pas de rallonge assez longue...Oui, animer l’intelligence collective, c’est d’abord prendre soin du lieu, de la « scénographie », qui doit permettre d’être un écrin à la proposition de créativité. C’est donc gérer de la logistique et de la technique, pour donner toute sa valeur au moment qui va être partagé.
J’avais avec moi quelques outils ainsi qu’un vidéoprojecteur courte focale (pour pouvoir créer une grande image même dans un petit espace), des rallonges, la caméra « visualiseur », etc. L’équipe de Périfééries avait tellement de charge logistique sur l’ensemble, que rendre possible l’intelligence collective, c’était à mon niveau aussi assurer la mise en œuvre technique autonome. Mes outils m’ont permis d’ouvrir un tableau électrique scellé, d’y brancher mes appareils, et d’installer mon dispositif dans une salle sombre, ce qui donnait, grâce à la projection, une grande importance symbolique à ce qui allait être produit. Bien-sûr, j’avais aussi apporté suffisamment de stylos et une ramette de papier A4 pour pouvoir distribuer ce matériel aux personnes présentes.
Je pense que la légitimation d’archives produites par les citoyen∙nes est un axe essentiel pour le développement de la démocratie aujourd’hui, car cela vient constituer d’autres récits que les récits des dominants. C’est le gage d’une diversité enrichissante et envisagée comme telle. C’est difficile à mettre en œuvre, justement pour des questions de légitimité, et cela passe par des dynamiques de construction d’outils numériques indépendants (sortis de la dépendance des grands industriels du numérique) et de participation, de coopération. C’est l’un de mes sujets de recherche-action de longue date, et je mets en partage des ressources sur le sujet du Patrimoine numérique.
Atelier 4 : Rendre les habitants acteurs de la production à l’éditorialisation des contenus patrimoniaux/matrimoniaux
De la collecte au partage des données : choisir la participation citoyenne.
- Fouilles archéologiques, études, collectes d’archives, de mémoires, travail d’inventaire patrimonial : comment davantage inclure les habitant.e.s à toutes ces phases de production de contenus ?
- Quelle place leur donner dans les choix d’archivage et angles d’analyse ? Enfin quels rôles peuvent avoir les habitant.e.s dans les modes de diffusion et d’éditorialisation des données produites ? Comment les associer largement, ainsi que leurs savoir-faire ?
- Comment entretenir la participation citoyenne dans le temps ?
Rappel : il y a tous les niveaux d’archives en Seine-Saint-Denis (!) : nationales, régionales, départementales, diplomatiques, municipales. Que faire aujourd’hui ? Certains champs de la connaissance demandent-ils à être renforcés ? Davantage exploités ? Quelle place faire au participatif ? Comment améliorer la connaissance des fonds, la valoriser auprès des habitant·es ? du jeune public ?
Objectifs :
- Diagnostic des projets participatifs réalisés sur le territoire : quelles formes de participation ? Quels effets à court et long terme sur les participants et dans l’imaginaire ?
- identifier des projets qui permettent l’implication citoyenne aux trois étapes de patrimonialisation :
- collecte des données et archives, constitution de fonds
- choix d’archivage et angle d’analyse des données collectées
- diffusion et éditorialisation
- identifier des projets, dispositifs (nouveaux ou déploiement de démarches existantes) à mettre en œuvre dans le cadre de la candidature qui permettent une participation citoyenne large.
Projets inspirants :
- Ancrages : https://ancrages.org/, centre de ressources Histoire et mémoires des Migrations de Marseille
- Maison du Patrimoine Oral de Bourgogne http://mpo-bourgogne.org/
- Maison des langues et des Cultures Aubervilliers http://mlc.aubervilliers.fr/
- Bureau des Guides Marseille https://bureaudesguides-gr2013.fr/
- Greeters https://greeters.fr/
- Hotel du Nord Marseille https://www.hoteldunord.coop/ Fabrique d’histoires
Par Jean-François Marguerin.
Saint Denis/Plaine Commune capitale européenne de la Culture 2028
Axe de développement : le patrimoine/ matrimoine
Problématique : rendre les habitants acteurs de la production et de l’éditorialisation des contenus patrimoniaux/matrimoniaux.
Un atelier d’une heure trente lui a été consacré ce mardi 1er juin 2022 dont la restitution numérique effectuée par Benoît Labourdette et accessible à tous via un QR code vaut compte rendu. Il y a ajouté l’enregistrement de la restitution qu’il a effectuée en assemblée générale. Il n’y a pas lieu d’y revenir, il convient de veiller aux destinataires de cette restitution.
Revenir d’abord au sens des mots : le patrimoine, selon le Petit Robert, c’est ce qui est considéré comme l’héritage commun d’un groupe. C’est l’abbé Grégoire, évêque constitutionnel de Blois siégeant sur les bancs du tiers état, qui le premier, au cours de la révolution française, donne au terme son acception désintéressée. Le patrimoine de la Nation, à la différence de l’acception privée, notariale. Pour faire cesser les actes de vandalisme commis à l’endroit des symboles honnis du passé quand sculptures, architectures, vitraux s’avèrent être aussi les témoins du génie humain, des témoins qui appartiennent à tous.
Le matrimoine n’est reconnu par Google que par deux notifications qui annoncent... Le conseil d’influence du 1er juin !
Le terme a été mis au goût du jour voici peu de temps lorsque des autrices ont décidé l’instauration des journées du matrimoine, coïncidant avec celles du patrimoine, pour tirer de l’oubli, l’œuvre littéraire de tant de femmes, à travers les siècles, injustement mis sous le boisseau.
En droit privé le régime matrimonial (le matrimonial ayant trait au mariage) décide de la répartition du patrimoine entre les époux. Le matrimonial décide du patrimonial, juste retour linguistique des choses.
Nous ne traiterons ici, tout en attendant une indispensable clarification sur la pertinence du concept de matrimoine, sur sa capacité mobilisatrice, sa compréhension par des habitants pour qui le patrimoine, dès lors qu’il transcende sa dimension communautaire (langue, us et coutumes, signes des origines, de l’exil...) pour atteindre celle du territoire quotidiennement partagé, demeure une préoccupation éloignée.
Nous avons écouté au cours de cet atelier une présentation des initiatives associatives ou institutionnelles suivantes : Ancrages (Marseille) ; Maison du Patrimoine Oral (Morvan) ; Service départemental de l’architecture et du patrimoine (Seine Saint Denis) ; Maison des Langues et des Cultures (Aubervilliers) ; La Fabrique Numérique (Les Lilas) ; Service éducatif des Archives Nationales (implantées à Pierrefitte-sur-Seine).
(N’ont pas été rapportées les expériences du Bureau des Guides de Marseille, Greeters, Hôtel du Nord de Marseille, mentionnées dans le document préparatoire)
Les différentes interventions sont disponibles sur le site de Benoît Labourdette auquel il est aisé de se référer : https://www.benoitlabourdette.com/_docs/projets/2022/2022_perifeeries_conseil_influence_matrimoine/
Je propose ici les verbatims de trois retours d’expérience qui nourrissent mon questionnement à suivre. Les autres retours, aussi passionnants soient ils, ne soulevant pas les mêmes interrogations quant à la contribution des habitants à la production du patrimoine représentatif de leur territoire.
Prolongements, mes questionnements :
La thématique que cet atelier n’a fait qu’introduire par ces témoignages doit être intensément travaillée dans les prochains mois et en particulier les questions suivantes :
Bref y a du boulot pour répondre à la question essentielle, objet de cet atelier. A commencer par la recherche de la meilleure forme d’association des compétences des un(e)s et des autres, institutions, associations, individus.
Jean-François Marguerin, 9 juin 2022.
En appui sur les expériences de terrain d’innovation culturelle depuis plus de 30 ans de Benoît Labourdette et son travail de recherche et de méthodologie, l’agence Benoît Labourdette production accompagne les politiques culturelles dans leurs besoins d’innovation, de meilleures rencontres avec les populations, d’usages des outils numériques et de coopération, de définition de stratégies de médiation, d’accompagnement d’équipes artistiques, de techniciens ou d’élus. La méthode est toujours basée sur l’intelligence collective, la coopération et la capacitation des personnes et des structures. Nous accompagnons des villes ou autres collectivités, des réseaux nationaux, des institutions, des associations.