Animation d’un workshop plurimédia pour accompagner un groupe d’étudiant.e.s à s’approprier en profondeur les enjeux de l’Intelligence Artificielle à travers leurs expressions singulières, images, voix, son, outils d’IA, techniques immersives... dans le but de créer une exposition sur la thématique de l’IA. En coopération avec Romain Baujard.
Workshop animé par Benoît Labourdette pour les étudiant.e.s de la promotion 2024/2025 du Master 2 Audiovisuel et Médias Numériques de l’Université Grenoble Alpes, co-dirigé par Laurie Schmitt et Jean-Baptiste Fribourg.
Mon principe pédagogique est que je vais faire traverser aux étudiant.e.s des expériences, fortes, personnelles, individuelles et autonomes, à partir desquelles ils vont pouvoir élaborer leur pensée.
Quand ils arrivent dans la salle, il y a un grand nombre de livres, étalés sur une très grande table. Ils sont invités à en prendre connaissance, comme ils le souhaitent. Ainsi, chacun.e fait sa propre exploration sur le sujet de l’Intelligence Artificielle, son propre cheminement. J’apporte dans une grande valise une partie de ma vaste bibliothèque sur le sujet. Ces livres sont des objets de médiation en eux-mêmes.
Puis, pour « passer à l’action » immédiatement de façon créative et simple, je leur propose de créer, à partir de ces livres, des photographies de matériau visuel éventuellement exploitable dans le cadre de leur future exposition. C’est un travail créatif, car prendre un livre en photo peut sembler banal, mais avoir l’intention de créer une forme visuelle utile à partir de livres, c’est un vrai travail d’exploration de son propre point de vue, de sa propre expression.
J’ai créé un espace de partage numérique, accessible très simplement via un QR code, qui leur permet de les partager. Ainsi, leurs créations sont collectives et accessibles, pour pouvoir nourrir concrètement leur travail d’élaboration. Toutes les créations que je leur ai fait faire furent déposées au fur et à mesure sur cette plateforme, qui leur a servi d’outil de travail.
A partir de leurs réflexions personnelles et des échanges que nous avons eus, je leur propose d’écrire chacun.e sur des feuilles de papier les notions qui leur semblent importantes autour des enjeux de l’intelligence artificielle, puis dans un deuxième temps, nous les plaçons au sol, pour tenter d’établir un « cartographie » de l’Intelligence Artificielle. Et enfin, comme iels avaient déjà constitué quatre groupes de travail pour leur future exposition, placer leurs groupes sur cette cartographie.
Je les invite à revenir à une approche plus académique, à photographier puis partager les couvertures et quatrièmes de couvertures des livres qui leur semblent utiles sur le sujet de l’IA. Là, on fabrique collectivement un outil de savoir.
Je leur fais maintenant croiser créativité, expression de soi, prise de risque et pensée critique : je leur propose de choisir un extrait de livre qui leur semble important, et de l’enregistrer, publiquement, sous forme de podcast. L’idée étant que ces podcasts pourront éventuellement être exploités pour sonoriser l’exposition. Ce moment d’enregistrement est fort, investi, difficile et donc très constructif.
Je leur demande maintenant de se mettre par petites équipes, afin de créer des photographies mises en scène, qui pourront aussi être exploitées dans l’exposition. Ceci afin de les inviter à un travail d’élaboration collective, toujours autour de la créativité, de la fantaisie, de l’invention, qui est ce qui rendra leur exposition intéressante.
La veille pour le lendemain, je leur commande de créer des ambiances sonores, de 5 minutes minimum, qui pourront être utiles pour créer la sensation d’immersion dans l’exposition. Le lendemain, nous écoutons ces bandes son, et sommes immergés dans des univers très singuliers, qui fonctionnent émotionnellement. C’est un partage des écoutes : ce que j’ai écouté dans ma vie, et que je repartage aux autres.
A nouveau en podcast, je leur propose de définir des notions importantes de l’Intelligence Artificielle, pour construire un contenu informatif. Cela leur demande, avant enregistrement, pas mal d’explorations, dans les livres, ou ailleurs.
Le deuxième jour, iels ont été accueillis dans la salle par des instruments de musique que j’avais disposés sur la table, simples d’emploi, qui donnent envie de s’en servir. Je leur ai proposé d’explorer les sons qu’ils pouvaient en sortir, puis de réaliser des enregistrements d’ambiances musicales potentiellement utiles.
Je leur ai proposé d’enregistrer, individuellement et dans des contextes sonores singuliers, chacun.e un témoignage sensible, réel ou imaginaire, du vécu d’un moment de vie dans lequel l’Intelligence Artificielle a eu un impact très important, a changé notre vie. Ces témoignages furent très beaux, très investis, comme un couronnement de leur cheminement pendant ces deux jours.
J’ai fini par leur faire expérimenter une technique de vidéo-mapping artisanal, sur les thématiques de l’Intelligence Artificielle. C’est une technique de prototypage ou de production très inspirante pour imaginer des expositions.
Les deux jours suivants, Romain Baujard a accompagné les étudiant.e.s à expérimenter concrètement des dispositifs dans l’espace d’exposition.
Les étudiant.e.s ont présenté leur projet d’exposition dans le cadre des Rencontres Auvergne-Rhône-Alpes du Pôle régional d’éducation aux images et aux nouveaux médias à lux Scène nationale de Valence, avant de la présenter au public quinze jours plus tard.
L’intelligence artificielle s’est émancipée des laboratoires de recherche et des œuvres de science-fiction à la faveur du lancement public en novembre 2022 du robot conversationnel ChatGPT, qui a été très rapidement approprié par un nombre immense de personnes de façon internationale, dans les contextes professionnels, scolaires et même privés. Le fait que l’intelligence artificielle soit désormais repérée par la communauté humaine comme faisant partie de la vie quotidienne ouvre enfin la porte à une sensibilisation à l’esprit critique à ce sujet.
Bien-sûr, l’intelligence artificielle concerne l’industrie, le travail, la création, le droit d’auteur... et nous devons anticiper ses usages productifs futurs, afin de rester « à jour ». Mais pour accompagner nos vies qui intègrent désormais cette nouvelle facette, il me semble essentiel de produire une pensée critique, c’est à dire se mettre en capacité de réfléchir à ce qui nous arrive, à ce qui nous change, pour rester lucides et capables de liberté de pensée et d’action.
Qu’est-ce qu’une « pensée critique » ? C’est questionner, de l’extérieur, des pratiques qui sont intériorisées. Pour ce faire, je crois que l’expérimentation, l’action culturelle, le jeu, le détournement, sont des outils de recherche, d’exploration, de diffusion et de réflexion très opérants. Pour moi, la recherche est collaborative, et l’intelligence est collective, créative. Cela nécessite de mettre en place de bonnes méthodes de coopération, entre êtres humains et avec les machines. Je rassemble ici des récits d’expériences et des textes méthodologiques et pratiques. Je partage des pistes concrètes pour que l’intelligence artificielle, comme tout autre outil, soit investie au service de l’humanisme.
Voici déjà quelques ouvertures pour une pensée critique de l’IA, sous forme de questions :