En 2016, j’ai conçu un projet transmédia participatif sur le sujet de la relation entre les êtres humains et les intelligences artificielles. Ce projet s’est incarné dans un site web (https://www.la-singularite.com/), mais n’a pas eu plus de développement. Aujourd’hui en 2024, à l’heure de l’explosion de l’usage des intelligences artificielles génératives, il reprend son actualité.
“La singularité” est un projet transmédia collaboratif, lancé en 2016 par Benoît Labourdette. Autour d’une colonne vertébrale thématique, sur une longue durée (plusieurs années), se développent des créations de films, de formes théâtrales, des expositions, des ateliers de création dans divers champs... des formes autonomes, par divers artistes, qui se nourrissent mutuellement.
La « singularité technologique », nommée communément « La singularité », le cœur thématique de ce projet transmédia, est l’hypothèse d’un futur moment de bascule, situé entre 2030 et 2040, à partir duquel les intelligences des machines surpasseraient l’intelligence humaine, et que le pouvoir sur le monde échapperait alors totalement à l’être humain. Ces hypothèses de la science-fiction sont aujourd’hui en train de se déployer dans notre quotidien. Elles méritent fort d’être mieux comprises, détournées, appropriées, via la création artistique.
L’intelligence artificielle s’est émancipée des laboratoires de recherche et des œuvres de science-fiction à la faveur du lancement public en novembre 2022 du robot conversationnel ChatGPT, qui a été très rapidement approprié par un nombre immense de personnes de façon internationale, dans les contextes professionnels, scolaires et même privés. Le fait que l’intelligence artificielle soit désormais repérée par la communauté humaine comme faisant partie de la vie quotidienne ouvre enfin la porte à une sensibilisation à l’esprit critique à ce sujet.
Bien-sûr, l’intelligence artificielle concerne l’industrie, le travail, la création, le droit d’auteur... et nous devons anticiper ses usages productifs futurs, afin de rester « à jour ». Mais pour accompagner nos vies qui intègrent désormais cette nouvelle facette, il me semble essentiel de produire une pensée critique, c’est à dire se mettre en capacité de réfléchir à ce qui nous arrive, à ce qui nous change, pour rester lucides et capables de liberté de pensée et d’action.
Qu’est-ce qu’une « pensée critique » ? C’est questionner, de l’extérieur, des pratiques qui sont intériorisées. Pour ce faire, je crois que l’expérimentation, l’action culturelle, le jeu, le détournement, sont des outils de recherche, d’exploration, de diffusion et de réflexion très opérants. Pour moi, la recherche est collaborative, et l’intelligence est collective, créative. Cela nécessite de mettre en place de bonnes méthodes de coopération, entre êtres humains et avec les machines. Je rassemble ici des récits d’expériences et des textes méthodologiques et pratiques. Je partage des pistes concrètes pour que l’intelligence artificielle, comme tout autre outil, soit investie au service de l’humanisme.
Voici déjà quelques ouvertures pour une pensée critique de l’IA, sous forme de questions :