Analyser son projet à l’aide de la Déclaration de Fribourg

28 juin 2021. Publié par Benoît Labourdette.
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Comment mettre en mouvement une démarche ouverte aux droits culturels, c’est à dire mettre plus de démocratie dans les projets et la relation aux publics ? Une bonne façon de démarrer est d’analyser son projet à l’aune des 8 droits culturels proposés par la « Déclaration de Fribourg » (2007). Ce n’est qu’un début.

Les « droits culturels », auxquels font référence plusieurs articles de loi en France, sont en eux-mêmes un concept qui a de multiples définitions, sans consensus ni texte officiel qui le définirait de façon fixe. La « Déclaration de Fribourg » n’est pas un texte législatif ratifié, c’est une proposition de formalisation des droits culturels, qui est considérée comme la plus aboutie. Elle est extrêmement utile en termes politiques, car même si elle n’est pas en elle-même un texte législatif, ses propositions s’appuient toutes sur des textes de loi qui peuvent être mobilisés au niveau juridique.

On peut donc utiliser la Déclaration de Fribourg pour analyser son projet, à l’aide des 8 « droits culturels » qu’elle identifie. C’est un exercice que l’on peut faire en équipe. On se pose la question « comment mon projet prend en compte ces 8 droits culturels », et on met les réponses en partage, en discussion :

  • Identité : le droit de choisir et respecter son identité culturelle.
  • Diversité : le droit de connaître et voir respecter sa propre culture, ainsi que d’autres cultures.
  • Patrimoine : le droit d’accéder aux patrimoines culturels.
  • Communauté : le droit de se référer, ou non, à une ou plusieurs communautés culturelles.
  • Participation : le droit de participer à la vie culturelle.
  • Education : le droit d’éduquer et se former dans le respect des identités culturelles.
  • Information : le droit de participer à une information adéquate (s’informer et informer).
  • Coopération : le droit de participer au développement de coopérations culturelles.

Lien vers la déclaration de Fribourg complète.

Ces questions, si on prend le temps de les aborder par un véritable travail personnel et des échanges collectifs, soulèvent des enjeux souvent très profonds. Elle sont vraiment opérantes pour percevoir son projet complètement autrement, dans la visée de la démocratie. La démarche de recherche-action Paideia accompagne ces questionnements sur une durée d’un an et demi pour ceux qui s’y engagent, en transmettant une méthode pour la faire vivre sur le terrain, avec des évaluations successives et collectives.

8 points de départ pour une démarche très exigeante

Ces 8 droits culturels permettent vraiment de creuser en profondeur le pourquoi des projets, leur raison d’être à l’aune du système démocratique qui permet leur financement. Cela me semble un excellent point de départ. Mais ce n’est qu’un début, car la clé, ensuite, c’est la question du comment :

  • Comment fait-on pour que des êtres humains puissent mettre en œuvre, en mouvement plutôt, les réponses trouvées à ces questions ?
  • Comment accompagner sans hypocrisie des changements profonds de modes d’organisation, de gouvernance, de hiérarchie, de pratiques professionnelles et personnelles, qui découlent forcément d’une ouverture sincère aux droits culturels ?
  • Comment les personnes et les institutions, qu’elle soient publiques ou privées, peuvent-elles intégrer la déstabilisation (remise en question profondes de pratiques ancrées, nécessité de nouvelles pratiques, notamment numériques) que représente une démarche de droits culturels ?
  • Pour le synthétiser très rapidement : comment accepter de perdre du pouvoir, comment accepter d’être changé ?
  • A quelles méthodes de management se référer, et comment accompagner ce type de changements de façon pérenne, qui plus est entre de multiples partenaires, qui vont toucher au cœur des projets, des métiers, des relations sociales, des structures institutionnelles, des postures personnelles ?
  • Comment ne pas, avec les meilleures intentions du monde, se retrouver à pervertir les objectifs démocratiques initiaux sans même s’en rendre compte ?
  • Comment tenir un cadre ouvert et évolutif ?

Cette première analyse à l’aide de la Déclaration de Fribourg peut donc constituer un excellent point de départ. Mais la mise en œuvre des droits culturels est une autre paire de manches, qui doit se nourrir d’autres démarches, très déstabilisantes, qui demandent un long et exigeant chemin personnel, collectif et institutionnel, bref politique. Il faut en prendre la mesure.

Les « droits culturels », qui découlent de la Déclaration universelle des droits de l’homme, sont un concept développé et défendu par des chercheurs, sociologues, philosophes, responsables politiques et acteurs du monde culturel. Présents dans un certain nombre d’articles de loi depuis 2001, les droits culturels visent à mettre en évidence et formaliser, pour pouvoir les rendre opérants, les principes d’une « démocratie culturelle ». Pour le synthétiser rapidement, il s’agit que chaque personne puisse donner à ses propres yeux de la valeur à sa culture personnelle, afin d’être en capacité d’exercer sa citoyenneté : s’exprimer, défendre son point de vue, créer, développer ses pratiques, avoir accès à une diversité culturelle, etc. Les droits culturels opèrent dans un champ bien plus vaste que celui du strict secteur culturel.

La notion de « droits culturels » est présente en France dans les lois NOTRe (2015) et LCAP (2016). Elle est portée par une délégation du Ministère de la Culture (Délégation générale à la transmission, aux territoires et à la démocratie culturelle, depuis le 1er janvier 2021).

Les droits culturels sont paradoxalement difficiles à mettre en œuvre dans le secteur culturel, qui est traditionnellement plutôt attaché à la « démocratisation culturelle » : on y défend souvent l’idée de la transmission aux publics d’œuvres d’art de la meilleure qualité possible, selon un principe de hiérarchie de « valeurs culturelles ». Ainsi, les droits culturels peuvent être vécus par certains professionnels de la culture comme une dynamique dangereuse pour l’Art, une tendance vers les pratiques amateur, ce qui n’est pas le cas.

Dans mon point de vue, qui est celui d’un praticien/chercheur dans le champ culturel, les droits culturels sont avant tout une pratique, un exercice de la démocratie dans les méthodes même d’organisation du travail, du rapport à l’autre et de la place de chacun.e, les choix de programmation, les méthodes de médiation et d’animation d’ateliers, le mode d’inscription territorial de la politique culturelle, etc.

Je propose dans cette rubrique des méthodes de travail concrètes pour des bonnes pratiques de mise en œuvre des droits culturels, basées sur mes expériences de terrain, ainsi qu’un partage de réflexions plus théoriques, dans le cadre de ma propre recherche sur les droits culturels.

Je me situe dans la filiation de penseurs comme John Dewey. Mais les droits culturels ne sauraient être présentés sans citer Patrice Meyer-Bisch, Jean-Michel Lucas, Christelle Blouët, la « Déclaration de Fribourg », etc.


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