Le 26 mars 2026, je suis intervenu auprès du réseau national de Cultures du Cœur, dans le cadre de leur format « L’expert du jeudi », une visioconférence régulière qui permet aux responsables régionaux du réseau de prendre du recul sur leurs pratiques et de nourrir leur réflexion avec des intervenants extérieurs.
Dans mon livre Défendre la culture autrement : méthodes pour demain, je pars d’un constat : le secteur culturel traverse une crise profonde de légitimité, qui est aussi une opportunité de transformation. À partir d’une expérience de plus de vingt ans comme artiste, médiateur et chercheur, je propose des méthodes concrètes pour passer d’une logique d’offre (où les professionnel·le·s décident seul·e·s de ce qui est « bon » pour les publics) à une véritable démocratie culturelle, fondée sur les droits culturels et la participation citoyenne. Cette intervention auprès du réseau de Cultures du Cœur est l’occasion d’explorer ensemble cette question centrale : comment les professionnel·le·s de la culture peuvent-ils·elles changer leurs postures pour que les personnes éloignées des institutions ne soient plus des « bénéficiaires » passif·ve·s, mais des acteur·rice·s à part entière de la vie culturelle ?
Cultures du Cœur opère depuis 1998 un dispositif de billetterie solidaire qui distribue chaque année des centaines de milliers d’invitations culturelles à des personnes en situation de précarité, par l’intermédiaire d’un réseau d’environ 4 000 travailleurs sociaux relais. Mais l’association ne se contente pas de distribuer des billets. Elle se situe, comme le dit Alice Pauly, sa responsable formation et animation, « à la passerelle entre le culturel et le social ». Elle forme ses relais, accompagne les parcours, et cherche à faire de la sortie culturelle autre chose qu’un simple accès : un moment de lien, de dignité, de participation.
Alice me présente comme un intervenant bien connu de Culture du Cœur, ayant participé régulièrement aux formations et monté un projet d’ateliers de création numérique dans le cadre de l’été culturel 2023. Elle me décrit comme cinéaste, pédagogue, chercheur, consultant en innovation culturelle et stratégie numérique.
Elle signale que le livre Défendre la culture autrement, méthodes pour demain est disponible gratuitement en PDF et qu’elle l’a transmis au réseau.
Elle identifie trois points saillants qu’elle souhaite voir développés :
Elle propose un format : 20 minutes d’exposé, puis échange.
J’annonce que je vais résumer la structure du livre pour permettre aux participant·es de s’y repérer et d’aller y chercher ce qui peut leur être utile. Je rappelle que le PDF est intégralement navigable via un sommaire cliquable.
Partie 1, Repenser le lien culturel
Je constate qu’on part souvent du principe qu’une action culturelle possède une sorte de « vertu magique », c’est un peu l’héritage de la pensée d’André Malraux. Je ne partage pas cette vision. Ce qui compte, c’est la manière dont on fait médiation, dont on fait lien entre les personnes via l’outil de la culture. Un projet culturel peut être très dominateur, pas forcément ouvert aux autres. Ce n’est pas parce que c’est culturel que c’est forcément bien. C’est la manière de faire qui est le point important, et il me semble essentiel de partager une analyse là-dessus.
Partie 2, Démocratie et pouvoir dans la culture
Une partie plutôt historique : comment le secteur culturel s’est constitué en France depuis Louis XIV. La politique culturelle, c’est-à-dire une culture au service du pouvoir politique, est un outil de soutien du pouvoir et d’aura du pouvoir.
Je rappelle la création du ministère de la Culture en 1959 : personne n’en voulait, l’argent a été pris à l’éducation populaire et à l’éducation nationale. Malraux a fait venir des fonctionnaires issu·es de l’administration coloniale en Afrique, qui ont appliqué au territoire français les méthodes de « colonisation culturelle », il existe des citations où ces fonctionnaires décrivent la province française comme « la Brousse » avec des chefs locaux « à séduire ». C’est cette logique qui a structuré l’implantation des DRAC et des lieux culturels en région.
J’insiste : ce n’est ni bien ni mal, c’est l’histoire, mais c’est important de comprendre ce qui construit les endroits de domination.
Je fais ensuite la distinction entre démocratisation culturelle et démocratie culturelle :
Dans le domaine culturel, il y a souvent une confusion : on appelle « culture » quelque chose de très précis, mais qui n’est pas la culture au sens large. Parler de démocratie culturelle peut être mal vu, on crie au « relativisme culturel ». Mais il ne s’agit pas de dire que tout se vaut : la pratique artistique amateur est magnifique, elle n’est pas « moins bien » que la professionnelle, elle est juste à un autre endroit de la vie sociale. Il n’y a pas à la juger comme inférieure. C’est la question du respect de la dignité de l’autre, du respect de la culture de l’autre.
Je rappelle les soutiens institutionnels : la direction à la démocratie culturelle au ministère, les droits culturels inscrits dans la loi en 2015 et 2016. Il y a des acteur·rices qui ne savent pas trop comment faire de l’horizontalité, même s’ils et elles en ont envie, et d’autres qui le font déjà.
Je conclus : en comprenant mieux l’histoire et où on se positionne, on trouve peut-être une légitimité dans des pratiques qui ne sont pas forcément légitimées par certain·es acteur·rices culturel·les, mais qu’on exerce davantage à l’endroit de l’action sociale. Et il faut avoir confiance là-dedans.
Partie 3, Stratégie numérique et souveraineté
C’est sur les pratiques culturelles d’aujourd’hui. Depuis l’arrivée du numérique, des plateformes (Netflix, YouTube, réseaux sociaux…), toutes les personnes ont des pratiques culturelles extrêmement importantes via le numérique. Ça a 15 ans, ça s’accentue, le Covid a accéléré le mouvement.
Les propositions des acteur·rices culturel·les sont devenues marginales par rapport à ces pratiques. On n’est plus au centre. Avant, les salles de cinéma, les théâtres, les musées étaient les lieux où l’on allait voir de l’art. Aujourd’hui, le lien à l’art se fait avant tout via le numérique.
Il y a de la part des acteur·rices culturel·les une défiance envers le numérique, mais elle est incohérente : tout le monde a des pratiques numériques. Postuler des hiérarchies (le spectacle vivant serait « mille fois mieux », un film en salle « n’a rien à voir » avec un film sur téléphone) ne tient pas : ce sont des expériences différentes, intéressantes toutes les deux.
J’insiste : on a beaucoup à apprendre de nos bénéficiaires en s’ouvrant, sans postuler que ce qu’on présente est « mieux ». Je donne l’exemple des rencontres des pôles régionaux d’éducation aux images la semaine précédente : les discours, notamment vis-à-vis des jeunes, étaient « ultra-condescendants », on considère que tout ce qu’ils et elles regardent par eux-mêmes et elles-mêmes, c’est de la « merde », et qu’on va leur « ouvrir l’esprit ». C’est faux, et ce n’est pas respectueux de la dignité de l’autre. Quand j’entends ces discours portés par le CNC, je ne suis pas d’accord et je le dis.
Cette intuition du respect de la dignité de l’autre, on l’a un peu tou·tes, mais on peut être impressionné·e par des cadres très bien pensant·es mais aussi très dominant·es, qui ne favorisent pas le lien.
Partie 4, Méthodes et pratiques professionnelles
Propositions concrètes de choses qu’on peut faire sur le terrain : méthodes de coopération, de médiation, question du cadre. Souvent, le cadre est perçu comme ce qui contraint ; je pense que le cadre, c’est ce qui autorise.
Je rappelle que dans les espaces numériques, les personnes sont à la fois réceptrices et émettrices : d’un clic, on peut publier. Cette capacité d’intervention n’existe pas de la même façon dans les espaces culturels traditionnels, qui peuvent donc être vécus comme rétrogrades par rapport au numérique.
Beaucoup de propositions viennent de l’éducation populaire : donner le pouvoir d’agir aux personnes.
Exemple détaillé : la technique des binômes
Je décris une technique que j’utilise très régulièrement, issue de l’éducation populaire :
On a un collectif de personnes, on est ensemble au même endroit. Comment donner la parole à chaque personne ? C’est très difficile de prendre la parole en public, même en petit groupe, on a peur d’être jugé·e.
Le dispositif : on donne un sujet (par exemple : les violences faites aux femmes, en préparation d’un spectacle sur ce thème). Les gens se baladent dans l’espace. On dit « top », ils et elles se mettent par deux (binômes). Pendant une minute trente, une personne du binôme explique à l’autre ce que c’est, les violences faites aux femmes. L’autre écoute, ce n’est pas un dialogue. Puis on inverse pendant une minute trente.
On peut enchaîner trois ou quatre tours avec des questions différentes : « Qu’est-ce qu’on pourrait faire pour qu’il y ait moins de violences faites aux femmes ? », ou une question volontairement polémique : « Est-ce que les femmes sont responsables des violences qu’elles subissent ? »
Ce qui est fort : plein de gens se parlent en même temps, il y a une émulation. Parler à une seule personne, c’est faisable, même pour quelqu’un·e qui est en difficulté. Et l’animateur·rice ne sait pas ce qui se dit : la parole appartient aux participant·es, on ne se la réapproprie pas.
Application concrète : Au Forum des images, j’ai fait des ateliers de réalisation de films en collaboration avec des intelligences artificielles pour des adolescent·es, des groupes de 70 personnes mises en binômes dans une salle de cinéma. Deux questions en binôme : « En quoi l’IA va nous apporter des choses bien ? » et « Quels sont les dangers de l’IA ? » Ça met en route cette « autorisation à soi-même » de s’exprimer. Avoir une pratique culturelle, même en tant que spectateur·rice, c’est une expression.
Partie 5, Vers un secteur culturel renouvelé
Processus, récits, résultats
J’aborde un problème fréquent dans les projets artistiques participatifs. On propose un atelier (spectacle, film, art plastique…), à la fin il y a une restitution. Les partenaires financeur·ses sont là, les parents peut-être, les gens qui ont financé l’action. Il y a un enjeu : que la restitution soit « bien ».
Le glissement : l’artiste intervenant·e a la pression pour que le résultat soit bon, il ou elle peut « prendre le pouvoir » pour que ce soit réussi. Mais qu’en est-il de la place et de la liberté expressive des participant·es ? L’artiste y joue aussi son identité, si le conseiller ou la conseillère DRAC est là et que l’œuvre n’est pas « esthétiquement finie », on juge l’artiste. L’action, qui était sociale avec la culture comme outil, devient une production institutionnelle pour rassurer l’institution. Personne ne pense à mal.
Ma proposition : il ne faut pas restituer le résultat, il faut restituer le processus. Raconter les étapes par lesquelles on est passé·es. Le résultat (spectacle, film, exposition…) devient un élément parmi d’autres d’un processus. Si on raconte ce qui s’est passé, l’artiste est venu·e avec une proposition, ça ne plaisait pas, on a changé, etc., tout le monde sera ravi·e de découvrir ce processus artistique. On n’est plus focalisé·es sur le résultat, on a pu laisser plus de place aux participant·es.
Ce récit fait aussi du bien aux participant·es : il leur permet de reconnaître toutes les étapes par lesquelles ils et elles sont passé·es, de donner de la valeur à leurs expériences. Ces récits sont aussi des outils d’évaluation qualitative.
Conséquence pratique : quand on fait un travail de médiation artistique, il faut penser au récit pendant qu’on le fait, fabriquer des outils pendant l’action : photos, carnets, notes. Sinon, on a du mal à faire le récit après coup.
Je me réfère à John Dewey, philosophe pragmatiste américain du début du XXe siècle, et son concept d’art comme expérience : l’art, ce n’est pas l’objet artistique (tableau, spectacle), c’est l’expérience vécue par les gens qui y sont confronté·es. C’est ça le sujet : l’expérience.
L’exemple du projet avec Culture du Cœur (2022-2023)
Je partage mon écran et montre le site documentant le projet de tournée culturelle réalisé avec Culture du Cœur :
L’outil numérique a été utilisé non pas pour valoriser les organisateur·rices, mais pour être une trace, un récit, pour les participant·es avant tout.
Alice, Transformation des pratiques du secteur culturel
Alice relance la discussion sur la question des transformations des pratiques du secteur culturel. Elle raconte un souvenir marquant : une formation au musée du Louvre avec Serge Saada, il y a dix ans, devant des médiatrices culturelles. Ils et elles avaient essayé de leur faire comprendre que la relation comptait au moins autant que le savoir. Ça avait provoqué un « levé de boucliers », un moment très difficile. Ce sont des métiers souvent à haut niveau d’études mais très mal valorisés. Elle se demande si les choses évoluent.
Gaëlle, La tension entre résultat et choix dans la billetterie solidaire
Gaëlle, nouvelle mais venant de l’évaluation, partage son étonnement face à la billetterie solidaire. Pour les institutions culturelles qui font un don d’invitations, c’est associé à un souci de résultat. Si sur 10 000 invitations, 3 000 ne sont pas prises, c’est un échec pour elles. Alors que pour Gaëlle, avoir 10 000 invitations dont 7 000 sont prises signifie que les gens ont eu le choix.
Elle mentionne aussi un échange avec la FAS (Fédération des acteurs de la solidarité) : les professionnel·les qui travaillent dans les équipements culturels manquent de connaissances sur les personnes en grande précarité. Il n’y a pas d’échange, l’expérience n’y est pas, on peut vite tomber dans le « guichet » qu’on essaie d’éviter.
Ma réponse, La relation d’objet et l’esthétique de la relation
Je rebondis : les institutions ont des injonctions de remplissage de salle demandées par leurs tutelles. Les bénéficiaires deviennent des « objets pour remplir leur salle », ce que j’appelle, en empruntant à la psychanalyse, une relation d’objet. Et ce, alors même que les objectifs des financements publics sont d’apporter des choses aux citoyen·nes.
J’évoque l’esthétique de la relation et John Dewey : l’expérience qu’on vit ensemble est en soi une pratique artistique. Il y a d’autres choses à faire que juste remplir les salles, et on peut aider les acteur·rices culturel·les à évaluer autrement auprès de leurs tutelles ce qu’est leur action.
Les artistes eux-mêmes et elles-mêmes sentent bien que « ça ne va pas » et ils et elles sont coincé·es. Quand on discute vraiment, ils et elles ne s’en fichent pas des gens, mais ils et elles se retrouvent dans une situation qui ne leur convient pas non plus. Il faut ouvrir le dialogue en toute transparence.
Gaëlle, Valoriser le processus
Gaëlle dit adhérer totalement à cette idée de valoriser le processus plus que le résultat, même si parfois un résultat peut rendre très fier·ère.
Enguerrand, L’accrochage avec la DRAC
Enguerrand raconte un problème concret avec la DRAC pour un appel à projets culturel et social : une artiste proposée pour un projet de chorale de chants de la Méditerranée en QPV n’est pas suffisamment « identifiée » par la DRAC. Le processus de création et les échanges avec le public ont été dépréciés au profit de la légitimité institutionnelle de l’artiste.
Il mentionne aussi plusieurs projets d’ateliers autour du cinéma avec des publics divers (SDF, demandeur·ses d’asile, personnes handicapées), utilisant le « courant cinématographique » qui fonctionne bien.
Ma réponse, La DRAC et les droits culturels
Je dis que c’est « affligeant » : les DRAC sont censées respecter les droits culturels, mais leur culture reste celle de la défense d’artistes légitimé·es par leurs propres critères, opposés aux critères des droits culturels.
Je donne un exemple personnel : un projet d’ateliers d’art plastique avec le musée de Meaux pendant l’été, un grand atelier ouvert, les gens viennent et font ce qu’ils et elles veulent. La DRAC a dit : ce n’est pas un projet artistique. J’ai dû « inventer un faux projet artistique » conformiste pour obtenir le financement, puis j’ai fait ce qui était prévu. Les projets artistiques formatés, je le dis, sont « bateau », on pourrait demander à une IA de les écrire.
Je propose une astuce pragmatique : prendre le dossier DRAC, le texte de leurs prérogatives, le livre, et utiliser une IA (je recommande Claude plutôt que ChatGPT, pour des raisons d’éthique) pour générer un projet qui « parle » à la DRAC et trouver des arguments pour contrer les leurs. On utilise des outils normatifs pour répondre à des normes.
Je demande à Enguerrand où il se situe géographiquement (Alpes-de-Haute-Provence, territoire rural, zones QPV à Manosque, 160 000 habitant·es sur un très grand territoire isolé) et je suggère qu’il y a peut-être aussi un travail d’éléments de langage à faire pour présenter le parcours de l’artiste d’une façon qui corresponde aux attentes de la DRAC.
Gaëlle, Le numérique comme culture
Gaëlle développe une réflexion sur le numérique. Elle observe que des jeunes réputé·es « dans la culture numérique » n’utilisent en réalité leur smartphone que pour deux ou trois choses. Ils et elles n’ont pas idée de la richesse de l’outil qu’ils et elles ont entre les mains.
Ce que les acteur·rices culturel·les proposent est marginal par rapport aux flux numériques, mais ça peut redevenir central si on remet au centre l’expérience sociale avec le prétexte de la culture. Ce qu’on apporte, c’est la possibilité d’être inspiré·e par quelqu’un·e, de faire un choix, de se tromper, d’être touché·e ou pas, d’en parler. Vivre les choses en vrai avec des gens peut aussi aider à être plus informé·e, plus vigilant·e, plus citoyen·ne vis-à-vis des outils numériques, les remettre à leur place d’outils, mettre de côté les flux qu’on a du mal à gérer.
Ma réponse, Le pas de côté et les micro-ateliers
J’abonde : il y a beaucoup de fractures numériques même chez les utilisateur·rices qui ont un téléphone. Les projets culturels créatifs proposent un pas de côté, comme quand, avec un stylo, on propose d’écrire une poésie : on fait un pas de côté avec l’objet du quotidien. La pratique artistique permet d’enrichir l’expression, la construction personnelle via la symbolisation, et aussi de se réapproprier l’outil numérique.
Exemple : les 500 adolescent·es au Forum des images, par groupes de 70, des jeunes habitué·es au numérique, mais certain·es ont appris des choses avec leur propre téléphone qu’ils et elles ne savaient pas faire avant.
Je mentionne aussi l’importance des micro-ateliers : des choses courtes, investies, qu’on peut faire en assez peu de temps. Je partage des ressources sur mon site, notamment une rubrique « médiation » que je suis en train d’enrichir.
Alice, Accompagnement à l’appropriation vs. contenu
Alice se pose la question : est-ce que le rôle de Culture du Cœur, c’est davantage l’accompagnement à l’appropriation que la production de contenu ? Le contenu est foisonnant (le ministère teste des visites virtuelles, etc.), mais c’est souvent du mimétisme entre réel et virtuel. Ne faut-il pas plutôt penser en termes d’agilité qu’offre le numérique ? Elle mentionne le projet de lancer un book club en ligne en septembre. Elle estime que Culture du Cœur n’a pas encore trouvé sa place sur ces pratiques.
Angélique, Le lien humain et l’intervention à Port-de-Bouc
Angélique revient sur le lien humain nécessaire avant tout projet. Elle parle d’accepter de ralentir, d’être là avant même de proposer. Quand on propose une tournée où des artistes viennent en immersion une journée, le lien n’est pas toujours là, c’est un « aller vers » qui reste frustrant.
Elle se souvient de mon intervention à Port-de-Bouc : la façon dont j’ai proposé le médium, le matériel, la façon dont les personnes ont pu raconter leurs propres histoires dans un temps court et efficace. Les films étaient faits en plan séquence, d’une traite, on était « dans le vrai ». Des personnes ont raconté leur histoire et c’était beau, dans le rendu, dans l’écoute. Le médium a permis ce lien.
Elle note qu’on a fait « l’économie du lien avec l’artiste » : quand on dit maintenant que tous les projets doivent être co-construits, que l’artiste doit comprendre l’histoire du quartier, parfois c’est impossible. Un·e artiste qui a l’habitude de donner la parole et surtout de ne pas juger ce qui va être diffusé, c’est ça qui fait la différence. Ce qui comptait aussi, c’était la qualité sonore, l’efficacité technique mise en place.
Ma réponse, L’objet qui fait médiation
Je remercie Angélique de « valider la démarche ». La question de l’objet qui fait médiation et de l’accueil est importante : comment, quand les gens entrent, ils et elles se sentent accueilli·es, ils et elles comprennent. Est-ce qu’on accueille vraiment ? Est-ce que les gens ont leur place ? Est-ce qu’ils et elles sont respecté·es, libres de dire ce qu’ils et elles veulent ?
La technique, c’est important, mais le numérique peut être accessible, pas compliqué. Les objets que j’utilise (micros, logiciels) sont ceux des youtubeur·ses, les jeunes les reconnaissent, c’est dans leur culture. Je garde la référence des pratiques professionnelles de l’audiovisuel, mais dans un autre objectif : pas faire comme les professionnel·les, mais permettre aux gens de s’exprimer.
Le choix du plan séquence (faire le film d’une traite, sans montage) est délibéré : s’il y a montage, c’est l’intervenant·e qui le fait, et on ne peut pas voir les films tout de suite. Le fait de faire et regarder immédiatement est très important, c’est comme un spectacle, avec une intensité du moment.
J’ajoute que c’était intergénérationnel, tout le monde pouvait trouver sa place. Il faut que ce soit simple, accessible, que les gens se sentent autorisé·es. Une table où on peut découper du papier, c’est accessible à tout le monde. Tout ça est pensé non pas en écho avec comment les professionnel·les font des films, mais avec comment on peut utiliser le cinéma autrement, avec des démarches adaptées aux objectifs. Et il y a souvent une confusion là-dessus, notamment dans les DRAC.
Captations vidéo, enregistrements audio, documents, résumés, de conférences que j’anime, ou de tables rondes auxquelles je participe, dans différents contextes.