On raconte qu’un smartphone d’aujourd’hui est plus puissant que les pièces remplies d’ordinateurs utilisés par la NASA pour gérer les missions Apollo... et qu’une seule requête sur un moteur de recherche met en œuvre plus de puissance de calcul que celle utilisée pour l’ensemble du programme Apollo qui a duré 11 ans et envoyé 17 missions sur la lune...
On raconte parfois que nous consultons l’écran de nos téléphones 200 fois par jour ; et à chaque fois nous interrompons notre vie incarnée pour plonger dans l’univers numérique.
On raconte peu comment « ils » nous rendent accro : « ils » ce sont les bataillons d’entrepreneurs, d’ingénieurs, de philosophes, de psychologues, de designers, développeurs, économistes, publicitaires mobilisés par les gains de l’or nouveau : les informations personnelles, le « big data ». Leur travail est de capter notre attention et d’analyser nos comportements, nos déplacements et les informations que nous publions dans les moindres détails, afin de nous proposer les services et les publicités les plus « pertinentes ».
Aujourd’hui les adultes regardent en moyenne la télévision 4h par jour. Les adolescents entre 12 et 17 ans passent 23h par semaine à regarder des vidéos, internet et un peu la télévision (« Baromètre annuel du numérique » - Credoc).
Comment a-t-on appris à lire les images ? A-t-on même déjà abordé le sujet de façon constructive, sans jugements à l’emporte-pièce ? Que se joue-t-il dans les images ? Modifient-elles notre vie, en profondeur ? Il est sans précédent dans l’histoire de l’humanité de passer autant de temps devant des images plutôt que dans le monde réel. Cela repose une question philosophique fondamentale : quelle est la réalité du monde ?
Et qu’en dirait Michel Onfray, notre philosophe national qui s’offusquait de l’image de lycéens, assis sur les banquettes le regard vissé aux écrans de leurs portables plutôt que de regarder les tableaux accrochés au mur... ? Pouvait-il imaginer qu’ils étaient peut-être en train de consulter l’application du musée qui donnait d’autres explications sur les tableaux ? Et Mark Alizart, jeune philosophe moins médiatique, autour du très important « Informatique céleste » (2017), comment les regarde-t-il ? Ou encore Michel Serres, éminent philosophe aîné, auteur du non moins important « Petite poucette » (2012) ?
L’éducation populaire est une culture et une pratique de l’émancipation individuelle et collective.
L’éducation populaire du XXIe Siècle doit réinventer des pratiques liées à l’apparition de ces continents numériques : permettre à chacun de gagner en agilité avec ces nouveaux outils/usages, reconquérir des espaces de liberté, former les parents à éduquer leurs enfants à ces nouvelles pratiques, permettre à toutes et tous et tous âges de survivre dans la déferlante technologique.
Et en animant la réflexion collective sur les enjeux philosophiques et sociologiques des usages du numérique aujourd’hui, les MJC et l’éducation populaire continuent de répondre à l’ambition de l’article 1 de leurs statuts : …offre à la population, aux jeunes comme aux adultes, la possibilité de prendre conscience de leurs aptitudes, de développer leur personnalité et de se préparer à devenir les citoyens actifs et responsables d’une démocratie vivante.
Pierre-Olivier Laulanné & Benoît Labourdette