Technique narrative visant à créer une connexion physique et émotionnelle entre le spectateur et les personnages, en faisant vivre une expérience sensorielle partagée, malgré l’absence de contact direct avec l’écran. Un procédé subtil pour ancrer l’empathie corporelle.
Nous voulons impliquer les spectateurs
Quand on s’engage dans un projet de film, on a toujours le souhait que le film fasse vibrer le spectateur, pour qu’il s’y sente engagé, partie prenante, empathique. Nous souhaitons qu’il vive des émotions fortes, que ce soient des émotions de joie, de peur, de lucidité… Une grande partie des trésors de techniques narratives que nous déployons ont pour objectif que le spectateur soit le plus possible engagé dans le film. L’application du sans contact est l’une d’elles.
Par définition, à part pour certaines très rares expériences de cinéma expérimental, le spectateur n’a aucun contact physique avec le film ou la vidéo qu’il est en train de regarder. Tout passe par le regard et l’ouïe, mais jamais par le toucher. Ainsi, le spectateur est sans contact avec le film, au sens du toucher bien sûr, car à l’écran par contre, il assiste à de nombreux contacts physiques : chutes de personnages sur le sol, chaleur du sable, froid du congélateur, étreinte passionnée... Le spectateur peut se projeter émotionnellement sur ces contacts, bien sûr, mais cette projection est forcément en dissonance avec ce qu’il ressent au niveau de son toucher. La peau du spectateur ne ressent que le tissu dans lequel elle est placée, pas autre chose.
Partager la même sensation physique que le personnage
L’application du sans contact est une façon de faire ressentir au spectateur une émotion physique exactement similaire à celle du personnage sur l’écran. On l’a tous déjà ressenti quand, par exemple, deux personnages communiquent à travers la vitre d’un parloir ou à via la visiophonie : nous pouvons projeter une similarité de ce que nos sens nous disent avec ce que les sens des personnages leur disent. Nous ressentons physiquement exactement la même absence de contact que celle qui fait souffrir les personnages, ou tout du moins qu’ils ressentent. C’est pourquoi ce type de scène fonctionne toujours très bien. Elles appliquent le sans contact. Nous savons que notre corps ressent exactement la même chose que le corps des personnages.
Cela produit des moments de synchronisme sensitifs, qui sont très utiles à l’engagement émotionnel du spectateur dans sa relation au film. L’application du sans contact nous engage physiquement avec les personnages imaginaires.