En créant des scènes dans un décor puis en y revenant avec d’autres personnages ignorant ce qui s’y est passé, le scénariste génère une intimité avec le spectateur, car lui se souvient. Cette complicité mémorielle favorise l’adhérence émotionnelle à l’univers du film.
Souvent, quand on est spectateur d’un film, on a une sensation de superficialité de l’univers qui nous est présenté. On n’y croit pas vraiment. Tout cela est un peu trop beau, trop clinquant, pas crédible. Ainsi nous sommes dans une forme de distance, non pas critique, mais une forme de distance désinvestie. On a donc besoin, en tant que scénariste, de favoriser l’adhérence du film dans l’esprit de son spectateur.
Pour ce faire, une technique assez efficace consiste dans la fabrication de souvenirs dans les décors. Nous allons faire se dérouler quelque chose dans un décor. Puis plus tard, nous ramenons l’histoire dans ce même décor, avec d’autres personnages, dont on nous montre qu’ils ne sont absolument pas au courant de ce qui s’est passé préalablement dans ce décor. Mais nous, nous le savons ! Ainsi, lorsqu’une deuxième scène dans ce décor et qu’il s’y passe d’autres choses, nous confrontons ce qui s’y passe au présent à nos propres souvenirs dans ce décor. Nous sommes, et nous le savons, les seuls porteurs de ce souvenir.
Cela nous donne la même sensation que lorsque nous revenons sur un lieu de notre enfance, par exemple, dans lequel nous avons des souvenirs qui nous sont propres, mais que toutes les personnes qui nous entourent dans le présent n’ont absolument pas. Les autres ont un autre vécu, ce qui est normal. Et nous ressentons notre vécu, notre mémoire comme étant unique, ce qui nous met dans une relation privilégiée et très intime à ce décor. C’est ce que je nomme l’adhérence. À partir de cette deuxième scène dans le même décor, nous aurons beaucoup moins de distance par rapport à l’univers du film, nous y serons émotionnellement investis, grâce notre mémoire des lieux.
Outils et techniques pour l’écriture de scénario et la construction de projets de films.
Dans notre monde où des intelligences artificielles créent directement des films à partir des désirs de leurs auteurs exprimés en très peu de mots, dans ce monde où les films de 3h30 dans les salles obscures côtoient les vidéos de 10 secondes sur les réseaux sociaux, lesquels ont besoin de scénarios, pourquoi, et qu’est-ce qu’un scénario ?
Un scénario est-il encore utile à l’époque où chacun a dans sa poche un matériel de création audiovisuelle de niveau quasiment professionnel ? À quoi sert le scénario ?
Pour les auteurs, réalisateurs, producteurs et surtout créateurs de contenu, comme on les nomme le plus souvent aujourd’hui, je crois que le scénario, ses modes de création, d’écriture, ses façons de raconter les histoires, est un outil extrêmement puissant pour nous aider à créer les œuvres audiovisuelles les plus importantes possibles et qui rencontreront au mieux leur public aujourd’hui et demain, dans leurs espaces respectifs de diffusion, que ce soit la salle de cinéma, l’écran de télévision, la plateforme de SVOD, les sites de vidéos communautaires ou les nouveaux médias construits exclusivement autour de la vidéo collaborative comme TikTok.
Ce guide n’a pas la prétention d’être exhaustif, mais il s’appuie sur des expériences concrètes, celles que j’ai vécues et celles que j’ai fait vivre. Depuis plus de 30 ans, j’ai accompagné des milliers de personnes dans la réalisation de films de tous genres, j’ai fondé et dirigé plusieurs festivals de cinéma, j’ai créé de nombreux événements innovants autour de l’audiovisuel, et j’ai également siégé dans des commissions d’aide à la création. Ce que je partage ici est donc subjectif et concret, issu de mon parcours et de mes observations en pratique.