Dans une conférence où une ou plusieurs personnes s’adressent à un grand nombre d’auditeurs, il est courant, après la présentation, d’avoir un moment de discussion ou de questions-réponses entre le public et les intervenants sur scène. C’est une pratique très utile, mais à mon avis, elle présente certaines limites que je propose de dépasser grâce à une méthode alternative.
Ces limites existent pour plusieurs raisons. D’une part, le temps imparti à ce moment d’échange est souvent trop court. Les retards de début, les interventions prolongées des orateurs ou d’autres facteurs réduisent souvent ce temps, ce qui peut être frustrant. L’échange devient alors limité, voire trop bref, et en termes d’énergie, ce n’est pas toujours facile. Les auditeurs sont en position d’écoute, face à des intervenants légitimes par la place qu’on leur a donnée. Oser s’exprimer dans ce contexte n’est pas simple, d’autant que les idées ont besoin de temps pour mûrir après avoir été entendues.
D’autre part, certaines personnes sont à l’aise pour prendre la parole en public, tandis que d’autres, bien qu’ayant des choses à apporter, n’osent pas s’exprimer oralement. Je ne dis pas que l’échange oral après une présentation est une mauvaise chose : au contraire, c’est très bien et cela apporte souvent beaucoup. Il faut cultiver ce moment, lui laisser un temps suffisant et l’animer de manière à inviter les gens à contribuer. Par exemple, en les encourageant dès le début à préparer des questions ou des interventions. Mais il faut le compléter, pour que les apports mutuels en intelligence collective soient plus profonds.
Pour compléter ce dispositif d’interaction, je propose une méthode alternative. Je distribue à chaque personne présente dans la salle plusieurs feuilles de papier blanc, des feutres, des crayons, des stylos et un QR code. Pendant une séquence de 5 minutes, je leur suggère d’écrire sur ces feuilles en suivant trois axes (ils sont libres d’en choisir un, plusieurs ou aucun) :
Ce dispositif déconstruit la représentation académique traditionnelle de l’orateur ou du professeur comme détenteur exclusif du savoir. Chaque personne dans la salle a des connaissances à partager, et c’est en échangeant ces savoirs que l’on avance collectivement.
Bien sûr, tout le monde n’est pas à l’aise avec l’écrit, tout comme tout le monde n’est pas à l’aise à l’oral. C’est pourquoi je propose, dans un moment public, d’alterner des plages de 5 minutes pour les contributions écrites avec des moments de discussion orale. Les deux approches sont complémentaires.
Chaque participant reçoit un QR code lui permettant d’accéder, via son téléphone, à un espace de partage numérique. Un dossier spécifique est créé pour chaque moment d’échange. Les participants prennent en photo leurs contributions et les partagent dans cet espace. Les contributions apparaissent alors à l’écran en temps réel, permettant aux orateurs sur scène d’en tenir compte et d’y réagir. Les personnes dans la salle peuvent également accéder en détail à chaque contribution via leur téléphone, ce qui favorise à la fois une dynamique collective et une autonomie individuelle dans l’accès au savoir produit.
Enfin, il est essentiel que ces traces écrites restent accessibles et pérennes, afin de constituer une ressource durable pour tous.
Pour mettre en œuvre de façon très simple cette méthode pour les participants, j’utilise le script : Single-file PHP file manager, file sharing, file browser and photo gallery.
Dans le cadre de l’entreprise, comme dans le cadre associatif, social, artistique, de médiation et d’action culturelle, de formation professionnelle ou initiale, ainsi que dans l’action sociale, mobiliser l’intelligence collective des personnes participantes est un levier très puissant, qui permet l’enrichissement mutuel, l’amélioration des liens, de la cohésion, l’émergence d’idées, l’invention de projets, une meilleure implication, etc.
Les outils d’intelligence collective sont aussi des outils démocratiques forts. Ils ont été développés en grande partie dans le champ de l’éducation populaire, où la contribution de chaque personne est bien plus valorisée que dans le champ de l’éducation nationale, qui, en France, reste malheureusement souvent bien trop traditionnelle dans ses formes.
J’ai très souvent participé à des ateliers d’intelligence collective, et j’en ai animé, appliqué, affiné, adapté et inventé un certain nombre. Vous trouverez ici une collection d’outils que j’ai moi-même employés, qui sont intégrés dans les méthodes que je propose, appuyées sur des cas d’usage réels. Je pense que ces outils méritent grandement d’être partagés, car j’en tellement d’effets si bénéfiques ! Je me fais souvent cette remarque, dans des moments collectifs comme une conférence par exemple : qu’il est dommage d’en rester à une stricte écoute, tous ces cerveaux réunis pourraient, si on les mobilisait mieux, produire ensemble quelque chose de plus grand.