L’atelier des liens durables

23 mars 2025. Publié par Benoît Labourdette.
  3 min
 |  Télécharger en PDF

Cet « atelier des liens durables » favorise la création de liens durables entre participants d’événements collectifs. Chacun échange ses coordonnées personnalisées avec cinq autres personnes, tout en définissant ensemble les raisons concrètes d’une future reprise de contact.

Et la suite ?

Dans les moments d’animation de l’intelligence collective, ce que vivent les personnes peut être très fort et très constructif. Cependant, il me semble important de penser à la suite, car on peut repartir d’une journée passionnante, avoir élaboré des choses importantes avec d’autres participants, et ne pas savoir comment les recontacter. Parfois, on n’a pas osé prendre leurs coordonnées, ou bien on reçoit une liste de l’ensemble des personnes présentes, sans bien savoir qui est qui, et sans se sentir autorisé à revenir vers les personnes. C’est pourquoi, à la fin d’une journée par exemple, il peut être très intéressant de mettre en place cet « atelier des liens durables » assez original, que je vais décrire maintenant.

Méthode de l’atelier des liens durables

L’objectif est de tisser des liens dont le rôle est de pouvoir éventuellement se poursuivre au-delà de la journée. Cet atelier a deux volets :

Premier volet :

  • Le premier volet est assez proche de l’atelier Échanges en binômes. Il consiste à employer le même principe, sauf que la thématique partagée en binômes est de se présenter et d’expliquer à l’autre pourquoi on est là, ce qu’on attend, ce qu’on souhaite faire, et quel est son projet.
  • Par exemple, si on est un artiste amateur, on peut expliquer son projet de spectacle. Si on est dans un cadre professionnel, on peut partager son projet de service. Cela peut aussi être l’occasion de partager une utopie en lien avec le contexte dans lequel on se trouve.
  • En tout cas, il est important de proposer une thématique à la fois concrète et projective lors de cet échange.

Deuxième volet :

  • Le deuxième volet consiste à proposer aux participants de prendre 5 demi-feuilles A4, et, sur ces feuilles, d’inscrire leurs coordonnées, leur nom, leur fonction, ou tout autre détail qu’ils souhaitent partager. Ils peuvent utiliser des feutres pour rendre ces informations esthétiques.
  • Puis, ils prennent leurs coordonnées mises en page en photo, et partagent cette photo immédiatement via un QR Code dans un espace numérique dédié. Cet espace peut être un simple groupe WhatsApp, mais l’idéal est un système de galerie photo où l’on peut voir l’ensemble des photos de manière visuelle. Ainsi, les participants sont responsabilisés sur la fabrication d’une liste visuelle et singulière, qui fonctionnera beaucoup mieux en termes mnémotechniques qu’une simple feuille Excel envoyée de façon anonyme.
  • Ensuite, dans un espace où tout le monde circule, chacun va distribuer ses 5 feuilles à 5 autres personnes et recevra en échange 5 feuilles d’autres participants. À la fin, chaque personne repart avec les coordonnées complètes de 5 autres participants.

Pourquoi ?

Il y a une consigne importante lors de cet échange : il ne s’agit pas de simplement donner un papier sans se parler, mais de dialoguer un peu, même rapidement. L’exercice dure 15 minutes, et l’objectif est d’avoir dialogué avec 5 personnes dans ce laps de temps. Cela représente environ 3 minutes par personne, mais on ne formate pas le temps de manière trop rigide, car on est dans un moment de fin de journée, plus détendu. Cet exercice fonctionne particulièrement bien après que les participants ont déjà vécu des expériences ensemble.

Comment ?

Quand quelqu’un me donne sa feuille, nous devons convenir ensemble, en écrivant sur la feuille elle-même, des raisons qui pourraient nous amener à nous recontacter. Ainsi, je reçois la feuille, et c’est à moi de m’engager, d’une certaine manière, à recontacter cette personne pour une raison que nous définissons ensemble. Cette raison n’est pas forcément fonctionnelle, et j’insiste là-dessus : elle peut être liée à un échange de fond, à un partage d’idées ou à une discussion sur un sujet précis.

Il y a une forme d’investissement, même si le mot est un peu fort, dans un lien futur à poursuivre. Cet exercice permet de créer des connexions qui vont au-delà de la simple collecte de coordonnées, en favorisant des échanges significatifs et engageants.

Dans le cadre de l’entreprise, comme dans le cadre associatif, social, artistique, de médiation et d’action culturelle, de formation professionnelle ou initiale, ainsi que dans l’action sociale, mobiliser l’intelligence collective des personnes participantes est un levier très puissant, qui permet l’enrichissement mutuel, l’amélioration des liens, de la cohésion, l’émergence d’idées, l’invention de projets, une meilleure implication, etc.

Les outils d’intelligence collective sont aussi des outils démocratiques forts. Ils ont été développés en grande partie dans le champ de l’éducation populaire, où la contribution de chaque personne est bien plus valorisée que dans le champ de l’éducation nationale, qui, en France, reste malheureusement souvent bien trop traditionnelle dans ses formes.

J’ai très souvent participé à des ateliers d’intelligence collective, et j’en ai animé, appliqué, affiné, adapté et inventé un certain nombre. Vous trouverez ici une collection d’outils que j’ai moi-même employés, qui sont intégrés dans les méthodes que je propose, appuyées sur des cas d’usage réels. Je pense que ces outils méritent grandement d’être partagés, car j’en tellement d’effets si bénéfiques ! Je me fais souvent cette remarque, dans des moments collectifs comme une conférence par exemple : qu’il est dommage d’en rester à une stricte écoute, tous ces cerveaux réunis pourraient, si on les mobilisait mieux, produire ensemble quelque chose de plus grand.


QR Code d'accès à cette page
qrcode:https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/methodes-d-animation-de-l-intelligence-collective/l-atelier-des-liens-durables