Compter le nombre de personnes présentes, et s’il y a une majorité de femmes, proposer le jeu d’employer le « neutre féminin » : « nous toutes » à la place de « nous tous » par exemple.
Je suis un homme et j’ai souvent proposé ce jeu lors de formations ou réunions. Je l’avance comme un jeu, car pour certain.e.s (hommes ou femmes), c’est en fait très choquant. Le faire comme un jeu permet de contourner des blocages.
Cela paraît tout simple, mais ce jeu permet faire travailler son cerveau à questionner des habitudes culturelles chargées de sens. Je me rappelle une jeune élève de 4e me disant, très choquée, qu’on ne pouvait pas dire cela car la règle est que « le masculin l’emporte sur le féminin ». Cette simple phrase signifie bien l’intégration, dans les usages de la langue elle-même, d’un système non pas arbitraire, mais de domination. Cette intégration du système de domination dans la langue ne peut pas être neutre sur nos représentations du monde, et donc sur la façon inconsciente de gérer nos relations concrètes entre femmes et hommes.
Et c’est un vrai jeu ! On se trompe, on rit, on s’étonne de l’entendre dans la bouche des autres, on s’amuse de son manque de souplesse. Cela produit aussi une connivence, qui est toujours utile dans les échanges. Et puis, mine de rien, on pratique des « recâblages neuronaux » nouveaux !
La pratique du féminisme me semble être un enjeu essentiel dans les actions culturelles, car la prise de conscience des systèmes de domination permet d’aller vers plus d’égalité, donc de contribuer à la démocratie. Les inégalités entre les femmes et les hommes sont pour moi une pierre angulaire des dominations qui portent préjudice à toutes et tous.
Mais comment « mettre en pratique le féminisme » concrètement dans les propositions d’activités publiques ? Comment des actions culturelles, quel que soit leur champ de mise en œuvre (artistique, social, éducatif, professionnel...), peuvent susciter des prises de conscience intimes qui peuvent nous déplacer intérieurement vers plus de respect des droits humains ? Il ne s’agit pas d’énoncer un discours féministe normatif, mais de mettre en pratique une égalité dans les manières d’agir. C’est beaucoup plus fin et délicat à faire qu’on pourrait le croire, car cela passe par des remises en question de ses propres fonctionnements inconscients.
Je partage ici des ressources, partielles, à partir de mes propres cheminements, pratiques et questionnements collectifs : propositions et récits d’actions culturelles, méthodes de travail, approches de la création artistique et réflexions plus conceptuelles ou biographiques.