Notes sur l’image animée

Notes sur l'image animée. © Benoît Labourdette.

Livre à consulter ou à télécharger gratuitement.

Une sélection, une collection de notes de Benoît Labourdette sur la création d’images animées et sur la création en général, glanées au fil du travail sur une période de 30 ans, entre 1992 et 2022. Comme autant de propositions pour penser le travail artistique et le travail si singulier de l’image animée, si on l’aborde de façon artistique et non pas industrielle.

Le titre de mon livre fait référence aux « Notes sur le cinématographe » du cinéaste Robert Bresson (Gallimard, Paris, 1975), qui est une mine sincère de partage de ses réflexions singulières, appuis pour développer notre propre pensée pratique des images. Pour ma part, j’ai choisi le terme « image animée », car il me semble adapté à la réalité et aux enjeux contemporains de l’image, ainsi qu’à mon travail de création. Depuis bien longtemps déjà, les images animées en tant que forme d’art n’ont plus pour premier écran les salles de cinéma. Notons que le « Centre National de la Cinématographie » a changé de nom en 2009 pour devenir le « Centre National du Cinéma et de l’image animée ».

Les notes que je choisis d’intégrer dans ce livre sont recopiées telles que je les ai écrites à l’époque, sans aucune modification ou « amélioration ». C’est pourquoi j’y intègre parfois des éléments contextuels. Ce livre est en perpétuelle écriture, car j’y rajoute, au fil du temps, de nouvelles notes. Certaines notes peuvent être redondantes, ce que j’assume, car elles sont datées : cela permet de constater des pistes de pensée au fil des ans, ce qui est un sous texte parfois aussi intéressant que le texte lui-même. Ce qu’on lit soi-même, et de soi, entre ces notes sur lesquelles on se projette, c’est la place créatrice du lecteur, que je souhaite pleinement ménager par la modalité d’écriture de ce livre.


Structure d’une note :

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  1. Numéro unique de la note. Les notes sont numérotées au fur et à mesure que je les ajoute à la « collection ».
  2. Titre de la note.
  3. Année d’écriture.
  4. Texte de la note (pas toujours présent, parfois elle est très courte et n’a qu’un titre).
  5. Remarques éventuelles au sujet de cette note, ajoutées au moment de l’inclusion de la note dans le livre, afin de donner des éléments de contexte.

Vous pouvez le télécharger (gratuitement). Ce sera une édition unique, datée du jour de votre téléchargement. Ce livre est disponible en français et en anglais (vous pouvez choisir la langue en cliquant sur le drapeau en haut à droite).

 

174

Écrire, ce n’est pas mettre en mots sa pensée, écrire, c’est construire sa pensée, c’est le processus même de la pensée.

L’oralité aussi est une façon de construire sa pensée, bien-sûr.

La création plastique, vidéo, graphique, dansée, musicale, etc., par la symbolisation qu’elle permet, est aussi un processus de construction de la pensée.

2022

 

173

La création est vraiment au premier plan dans ma vie, et j’en fais usage dans toutes mes activités, en fait.

2022

 

172

C’est en faisant qu’on découvre ce qu’on est en train de faire. Il faut donc partir à l’aventure sans savoir. C’est la seule façon de créer.

Voir note 3.

2021

 

171

Mon travail de création, ma façon singulière de le faire, ma régularité, c’est mon travail essentiel.

Peut-être n’y a-t-il pas énormément de visiteurs sur mon site web. Mais combien y a-t-il de visiteurs dans un musée pour un artiste ? Et puis je construis dans la longue traîne. Bref, tout va bien.

2014

 

170

Il faut que je fasse confiance à mes images, c’est ce que je fais de mieux.

Elles n’ont pas forcément besoin de textes, etc., elles sont en fait très fortes en elle-mêmes. C’est très important, ça, et que L. me l’ai dit. Car c’est vrai, et il faut reconnaître la force qu’on a, et ne pas l’amenuiser à autre chose.

2014

 

169

La musique que j’ai faite il y a plus de dix ans, que je vais dévoiler aujourd’hui, elle n’est pas « passée », du tout.

Elle a sa pleine et entière valeur. Et puis elle est liée, elle porte, mon état psychologique de l’époque, qui faisait que j’avais envie d’entendre cela à cette époque là. Ça a encore de la valeur aujourd’hui, ça en aura encore demain. Donc, je peux, sans problème, travailler de façon tout à fait diachronique. Je le sais, d’ailleurs, que j’agencerai, dans des années, des rushes que j’ai tournés il y a longtemps.

2013

 

168

L’âge a peu d’importance, en fait, car quand on crée, on est traversé par ce qu’on doit faire.

Et, franchement, les photos que je faisais à 20 ans, les musiques que je faisais à 30 et les films que je fais à 40, bien-sûr je fais du chemin, mais il n’y a pas tant que ça de hiérarchie. Donc, j’ai tout le respect à avoir pour ce que font des gens plus jeunes que moi, car je dois avoir du respect pour ce que j’ai fait étant plus jeune. Ce n’est pas une question. Et, dans l’œuvre que je construis, non plus, ce n’est pas une question. Tout a de la valeur.

2013

 

167

Dans la création, j’ose tout.

Il faut que j’y consacre du temps, c’est ce qui me donne de l’énergie, et c’est le sens de ma vie.

Je danse, je parle, je fais de la musique, des images. J’ai le droit de tout faire, et je me permets de tout faire, car je peux apporter des choses super dans tous les domaines, et j’ai une pensée de tous les domaines. Pourquoi pas ? J’en ai pleinement le droit !!

Et dans ce que je fais, j’ai un style sûr, je sais pourquoi je le fais. Je ne suis pas inférieur à qui que ce soit. La seule chose, c’est que je ne me risque pas assez au projet. C’est ce que je vais débloquer maintenant.

Voir note 30.

2015

 

166

Ce que j’écris, même si ça me semble n’importe quoi, c’est une matière, et je peux en faire plein de choses.

2015

 

165

Mon travail de création, c’est mon vrai travail, principal.

Que j’en gagne ma vie ou pas, ce n’est pas ça l’important. J’en arrive à avoir cette maturité là. Car ce qui est important, c’est ce travail, dans le monde, pour moi.

2015

 

164

Je sais maintenant que la création, comme tout, n’existe que dans le présent. L’avenir n’existe pas. C’est maintenant, tout de suite, que j’agis.

2019

 

163

Ne plus me restreindre. Me mettre dans les états de transes, et laisser sortir des choses brutes, puissantes, tout ce que j’ai en moi de riche à transmettre.

Me mettre moins de barrières. Créer, plus souvent, des moments de transe.

2019

 

162

La création est quand même assez liée à la diffusion.

Le fait que je mette des choses dans mon site web, ça m’invite à créer de telle ou telle manière. Mais c’est aussi parce que j’ai eu envie de créer de telle ou telle manière que j’ai mis des films dans mon site web. Il y a un échange entre les deux.

2019

 

161

Le fait de créer de nouvelles choses, tout le temps, comme je le fais, ça a une très grande valeur.

C’était ce que faisait Agnès Varda, par exemple. Elle ne le faisait pas beaucoup, mais elle n’arrêtait pas d’imaginer, de rêver, de désirer.

2019

 

160

Par rapport à la musique, j’ai l’impression que je suis nul, que je connais pas les règles, qu’il faudrait que je sache jouer, que je connaisse toute la technique, etc.

Alors qu’en fait, je viens de comprendre ma façon de faire de la musique : j’enregistre des choses, des rushes, comme je le fais pour les images, comme je le sens, et dont toute la valeur est dans ce qui se passe de façon unique au moment où je les enregistre. Je sens qu’une magie est possible, et c’est ce que je travaille. Comme un photographe qui prend une photo sur le vif. C’est ainsi que je fais pour faire des images, et ce avec succès, puisque les films qui en résultent transmettent des vraies choses aux spectateurs. Pour la musique, c’est idem. Je ne serai jamais un « musicien », au sens académique du terme, de même que je ne serai jamais un « réalisateur » au sens académique du terme, et je me sens très bien avec cela. Je peux me sentir tout aussi bien avec la musique. Ma façon de procéder, c’est la mienne, et elle a une très grande valeur, et permet de faire des choses qu’il serait impossible de faire autrement.

Voir la note 79.

2014

 

159

J’ai une façon extrêmement singulière de faire du cinéma, en tournant des choses uniquement quand je les sens, en m’y préparant, etc. Je m’en sens légitime, même si je reste dans les marges. Travailler à me préparer pour improviser, j’en sais toute la valeur.

2014

 

158

Grâce à tous ces livres auquel je me donne droit, j’ai accès à un nombre d’informations immense, qui me permet d’avancer très très vite dans la création, dans la connaissance et dans le travail.

2020

 

157

Je me rends compte, quand je vois les choses bien plus tard, de la grande valeur même des films que j’ai faits en peu de temps, car ils sont marqués par le contexte qui leur a donné naissance. Et je peux susciter ce contexte plus souvent.

La conscience de la plus grande valeur perçue des choses après que pendant est un des angles pour dépasser les barrières qu’on se met à soi-même. C’est un sujet qui revient régulièrement, par exemple dans la note 55, la note 84 et la note 140.

2020

 

156

Le fait que C. soit fan de mes films, ça ne peut que me confirmer dans l’idée que je dois continuer à investir le champ de la création.

Il y a des moments de creux dans l’énergie créative, et c’est bien normal, il faut des jachères. Mais ces moments peuvent questionner, bien-sûr. Je pense qu’il ne faut rien forcer, c’est ce que j’essaie de m’appliquer à moi-même. Ne rien forcer quand il y a des creux, ils sont nécessaires, et ne rien bloquer non plus quand il y a du trop, le laisser s’écouler.

A dire ainsi, avec un peu de distance, cela semble évident, d’être à l’écoute de ce qui nous traverse, mais il est important de le formuler, car sur le moment, on peut vraiment se sentir à la peine.

2020

 

155

Produire, tout le temps, tout le temps, des oeuvres de tous types.

  • Ne pas me regarder moi-même, car ça bloque, et ça me met dans une position de ne plus être centré sur moi, donc je me sens mal, car je me sens jugé par les autres.
  • Arrêter de chercher à me légitimer, ne serait-ce qu’à mes propres yeux. Produire et faire savoir, sans jugement de valeur sur le statut de ce que je produis.
  • Je vais être complètement dépassé par ce que je produis, et c’est très bien.
  • Je m’en fiche de l’image que je donne, je m’en fiche que les gens que j’aime soient au courant de ce que je crée ou pas, la seule chose importante est que je sois dans le présent de la création.
  • Je fais savoir, c’est à dire que de temps en temps je communique dessus, voilà tout.
  • Tout simplement, je n’en ai strictement rien à faire du regard des autres, y-compris des gens dont je suis très proche, des gens que j’aime et qui m’aiment. Ma création, qui est une expérience très intense et présente de vie, c’est le cœur de ma vie. Ma création, c’est ma vie, ce n’est pas celle, même des gens très proches, qui ont leur propre espace de vie. Il peut y avoir des croisements, bien-sûr, mais c’est mon espace et je n’ai pas à le leur faire peser ni à demander leur validation. Je peux demander des regards, des conseils, par contre, bien-sûr.

2021

 

154

Je sens que je me limite encore trop.

2021

 

153

C’est comme ouvrir un robinet, et laisser couler, ça va pouvoir couler de plus en plus fort, et de mieux en mieux.

J’aurais pu prendre la métaphore « d’amorcer la pompe », mais le robinet qu’on laisse couler est plus doux, moins volontariste, et plus ouvert et à l’écoute d’une justesse, je trouve.

2021

 

152

Le fait que je crée énormément de choses, ce n’est pas un problème, du tout, ça n’enlève en rien la qualité de chaque chose.

Je m’en rends compte en écoutant Max Richter : il fait ce qu’il ressent, il le fait beaucoup, et c’est très bien. Ça fait une œuvre foisonnante, dans laquelle on peut circuler, c’est génial. Il assume sa puissance de travail.

2021

 

151

Le fait que je sois poète et en même temps théoricien, pédagogue, etc., ce n’est pas du tout un problème. J’ai plusieurs cordes à mon arc, c’est très bien.

J’écris ici que je « suis » poète, théoricien, pédagogue, etc. En réalité, je devrais plutôt écrire « je pratique la poésie », car mes activités ne sont pas mon être. Et, justement, un des blocages à la créativité réside dans cette confusion entre son existence et son activité. Cela ferme, si on se définit par son activité, car s’ouvrir à une autre activité, c’est alors déstabiliser les fondements de son existence, ce qui est violent. Donc, forcément, on va résister soi-même à l’ouverture à sa propre créativité. Mais j’ai laissé la phrase telle qu’elle, car elle est significative de mon cheminement.

Pour moi, la créativité, c’est à dire l’ouverture à l’imprévu, à la surprise, c’est un des outils pour donner la vie, se la donner à soi-même et la partager avec les autres. Ce qui me semble être de la plus haute importance. C’est pourquoi ce qui peut paraître le détail d’un mot (le mot « être » mal employé) a pour moi une dimension fondamentale.

2021

 

150

Quand j’ai commencé à vraiment me remettre à la création avec intensité, en 2013, c’était la séparation d’avec C. qui m’a rouvert les portes.

2021

 

149

Le fait que je fasse des choses qui peuvent être un peu compliquées à décoder, un peu cryptiques, c’est très bien.

2021

 

148

Quand j’ai envie de faire quelque chose, que je le ressens, comme démarrer le montage d’un film, même si je ne sais pas du tout où ça va, eh bien je le fais !

Et puis je m’arrête en cours de route, quand je ne sais plus quoi faire. Et puis je laisse reposer. Et on voit ce qui mûrit.

2021

 

147

Ne plus me mettre aucune limite dans la création.

Cette récurrence de la question de la limite, à dépasser pour pouvoir créer, d’une ouverture de plus en plus grande à cultiver, dans un chemin personnel et exigeant, à l’inverse d’une démarche de validation sociale, elle signale l’importance de refonder son chemin propre, chaque jour. Elle montre que ce n’est pas un acquis. Cela ne signifie pas une fermeture vis-à-vis de l’extérieur, mais un fonctionnement par soi, plein et entier, qui pourra ainsi être enrichi par le contact avec l’extérieur. Alors qu’un chemin par l’autre serait appauvri par le contact avec l’extérieur.

Le thème de la limite à dépasser est aussi présent dans la note 7, la note 80, la note 119 et la note 125.

2015

 

146

Ce « à fleur de peau » que j’ai, qui fait que je peux souffrir terriblement, eh bien c’est aussi, au fond de moi, une ressource incroyable que j’ai pour créer des choses, pour écrire des films.

2015

 

145

C’est marrant, Georges Lucas qui dit qu’il préfèrerait faire librement des films expérimentaux vus par peu de gens.

Et le fait qu’il pensait que Star Wars signerait la fin de sa carrière. En fait, il s’est pleinement risqué lui-même, dans ce projet, en toute sincérité.

2016

 

144

Ma vie, c’est le travail de création, c’est mon axe.

Autour de cet axe, plein de choses se passent, il y a le travail pour gagner sa vie, il y a les relations amoureuses, il y a les relations amicales. Mais mon axe, c’est la création. C’est ce qui est stable, ce que je continue toujours à construire.

2016

 

143

« Dans le domaine de l’art, ne pas emprunter les voies traditionnelles est dangereux, mais les emprunter est fatal. » (Alexandre Gurita)

2016

 

142

Tout mon travail artistique, mes notes, mon approche, ma sensibilité, ce qui sort de moi quand je me suis mis dans l’état propice à cela, ça a une valeur pleine et entière.

Je m’en suis rendu compte là en regardant mon film « Chaosmos », il est parfait, et je l’ai fait avec la plus grande simplicité, en laissant venir les choses. C’est ainsi qu’il est bon de créer, à l’écoute de soi-même.

2018

 

141

Ce n’est jamais trop. Si je fais beaucoup de choses, c’est que je suis inspiré, et cela est très respectable.

2021

 

140

C’est étonnant comme les choses faites dans l’instant prennent leur valeur, toute leur dimension, bien après.

Sur le moment on ne se rend pas compte. Je vais investir cela : me rendre compte, dans le présent, de l’enjeu de ce qui s’y déroule.

C’est une idée qui est présente régulièrement dans mes notes. Par exemple la note 55 et la note 157.

2021

 

139

Utiliser des moteurs d’inspiration, c’est très important. Ne pas hésiter à le faire.

Cette phrase peut sembler un peu mystérieuse. Qu’est-ce donc qu’un « moteur d’inspiration » ? Avez-vous déjà constaté que vos idées venaient plus naturellement quand vous répondez à la question de quelqu’un ? Vos idées semblent alors souvent très bien structurées, comme par magie. C’est que votre pensée prend appui sur cette question, ce qui lui permet de construire. C’est comme une fondation, stable (on ne peut pas modifier la question de l’autre personne), sur laquelle il est plus facile de construire que sur un terrain meuble et instable. Le « moteur d’inspiration », c’est s’offrir à soi-même une « fondation ». Mais comment, concrètement ?

On dit souvent que les contraintes suscitent la créativité. Par exemple, vous pouvez choisir une chanson qui vous plaît, qui ne vous ennuiera pas, l’écouter en boucle et décider d’utiliser son titre comme titre du chapitre du livre que vous écrivez, ou de la scène de film que vous concevez. C’est une sacrée contrainte, dans le sens où elle va vous forcer à vous adapter à elle, à mettre en forme vos idées autour d’elle. Tout comme quand vous sculptez un morceau de bois, vous devez faire avec les noeuds et contraintes de la matière, ce qui va vous amener à inventer bien plus que si vous aviez toute la maîtrise. Cela va sans doute amener votre création vers un ailleurs bien plus riche. Et par ailleurs, cela vous invite à vous jeter à l’eau plus rapidement dans le geste de création, car vous êtes « en réponse ». Et c’est en faisant qu’on précise ses idées.

2021

 

138

Ce n’est pas parce que les gens, même proches, ne comprennent pas la création que je fais, que ça n’a pas de sens de la continuer dans mon sens.

Si je suis en contact avec mes mouvements intérieurs, à l’écoute de ce qui se passe au fond en moi, c’est à cela que je tiens, que je m’attache. Je m’en rends compte avec I., qui ne comprenait pas bien les poèmes que j’écrivais et que je lui envoyais parfois, et qui là en reçoit le sens dans leur ensemble.

J’ai régulièrement vécu ce type de situation, et, toujours, j’ai perçu avec de la distance que ça avait eu du sens que je poursuive mon chemin au sein de l’incompréhension des autres.

2021

 

137

Pour créer mes films, je mets en place les conditions, et je laisse venir.

Parfois, cela peut prendre des années, parfois des minutes.

2021

 

136

Il vaut mieux aller au bout de quelque chose qui n’est pas parfait plutôt que vouloir faire quelque chose de parfait et ne jamais le terminer.

Ce n’est pas parfait, eh bien c’est l’occasion de découvrir des choses, de penser.

2018

 

135

La création, c’est comme la vie, c’est maintenant, tout de suite. Ce n’est pas quelque chose qu’on fera demain, qu’on prépare, c’est une action, concrète. Il y a une pensée, mais qui est profonde, riche et vivante parce qu’elle est inscrite dans l’action.

Le début de la phrase est identique au début de la note 3, écrite quatre ans plus tard. Je laisse ces récurrences ou répétitions, car elles racontent, par leur inscription dans le temps, des mouvements de pensée plus profonds, en deçà des mots.

2017

 

134

Être artiste, ce n’est pas un état, c’est une décision de chaque instant.

Je choisis d’être artiste par les actes que je fais au présent. Mais j’ai pu être artiste et ne plus l’être, ou alors ne pas l’avoir été et le devenir. C’est juste une question d’acte.

Et c’est d’ailleurs pour cette raison là que chaque personne peut être artiste, et produire des œuvres de valeur, dès lors qu’elle le fait, tout simplement. Cela m’a toujours étonné, dans les ateliers que j’anime, la très grande valeur artistique, esthétique, humaine, des œuvres que des personnes pour qui la création n’est courante réussissent à produire. C’est parce que le cadre que je leur ai donné leur a permis d’agir en artiste, c’est à dire de créer, se risquer, inventer. Pour que cela fonctionne, ce cadre doit être à la fois exigeant et bienveillant, ce qui n’est pas si simple à tenir. En effet, certains cadres n’invitent pas les participants à la création, mais à la reproduction, ce qui n’a rien à voir. Ces cadres là ne produiront pas de gestes artistiques. Pourquoi ? Parce qu’on n’aura pas fait une pleine et entière confiance à l’immense capacité qui réside en chacun.

2017

 

133

J’ai besoin de beaucoup de vide pour pouvoir créer.

Par exemple, ce week-end, j’ai décidé de rester chez moi, de ne pas aller à l’anniversaire de P., pour faire du vide. Les gens, généralement, essaient de remplir leur vie, pour lui donner sens. Eh bien moi, au contraire, j’essaie de la vider pour lui donner sens. Ainsi, les choses naissent.

2017

 

132

Travailler aux endroits importants pour soi.

Dans le film « Un sauvage honnête homme », de Maria Pinto, Jean-Jacques Pauvert dit à un moment que Sade a su, à un moment de sa vie, que ce qu’il faisait était très important. Moi, je sais que ce que je fais est important, enfin, je sais que c’est quelque chose que je dois tenir, hors de tout pouvoir. Il ne s’agit pas, à travers la création, de faire des flagorneries sociales pour exister en tant qu’artiste, il s’agit juste de travailler aux endroits importants pour soi, donc à terme importants pour les autres. C’est aussi simple que cela, et le travail aussi est, non pas de se protéger, mais de poursuivre sa quête de liberté.

2014

 

131

Ne plus me brider. Faire des films, les montrer. Ne jamais me forcer, faire ce que je ressens.

2013

 

130

Faire des films sans y projeter des enjeux et attentes de « gagner ma vie » ou je ne sais quoi. Leur donner une place.

Faire des DVD de mes films, et du coup les mettre en vente sur le site. Ne pas « croire » que ça va être une totalité. C’est mon désir, qui est profond, de mettre quelque chose en partage avec les autres. Et il faut que je lui donne une place, à ce désir. Donc, il faut que je n’ai aucune autre attente que le partage.

J’ai écrit ces mots en janvier 2010, et à une époque où la diffusion de vidéo sur le web n’avait pas encore la légitimité qu’elle a acquise quelques années plus tard. Le DVD était encore au centre de la diffusion « légitime ». Et je n’avais pas encore construit mon site web personnel, que je lancé trois ans plus tard, en mai 2013. J’avais pourtant déjà mis des films en streaming sur le site Internet de la société que je co-possédais alors, Quidam production. Mais mon positionnement de liberté artistique n’était pas encore clair, car ce site Internet était avant tout une vitrine. Cet enjeu d’image ne me permettait pas encore la liberté assumée que j’ai revendiquée par la suite dans mon site web personnel.

Au demeurant, mes intentions de partage simple et libre, sans enjeu « institutionnel », étaient clairement déjà là. Et même bien plus tôt, en 1984, avant que le Web n’existe, j’avais, adolescent, déjà créé un serveur Minitel, sur lequel les personnes pouvaient se connecter gratuitement et trouver des poèmes, des jeux, des dessins... Puis, à partir de 1987, j’ai commencé à organiser des projections de courts métrages de façon régulière, dans lesquelles je montrais différents types de films (fiction, expérimental, documentaire...) sans jugement de valeur sur leur technique de réalisation (alors qu’à l’époque, si on ne tournait pas en 35mm par exemple, ce qui coûtait extrêmement cher, on était jugé comme « non professionnel »). Parmi les films que je projetais, il y avait aussi les miens, et je suscitais la création par des thèmes que je donnais à l’avance.

Bref, cette question du partage démystifié a toujours été dans ma préoccupation, à la fois pour mes propres productions et pour celles des autres.

2010

 

129

Il faut que je fasse un cinéma au singulier, avec mes moyens.

Elle est là ma plus grande amibition. Cf. Varda ou Rohmer. Ce n’est pas de vouloir faire du cinéma « commercial », qui rentre dans un flux, ce n’est pas être homme d’affaires, c’est être artiste, proposer et creuser un univers, dans lequel j’entraîne les gens à la découverte. C’est précisément cela. Du coup, ma richesse, c’est la liberté que je conquiers d’être libre de réaliser les films que je veux et de les proposer. A travailler : aller vers l’extérieur !

2010

 

128

Il faut absolument que je crée.

C’est ma vie, et c’est ce qui me donne l’équilibre. Cette question de comment faire pour être à l’équilibre : pour moi, c’est dans la création, dans l’invention et la découverte de formes.

2015

 

127

La création est de plus en plus au centre de ma vie, c’est génial, c’est la vie que j’ai toujours eu envie d’avoir, à continuer à cultiver.

2021

 

126

Il s’agit d’inventer des formes, d’être soi-même surpris, donc c’est une aventure, avec plein d’imprévus !

2021

 

125

J’ai « perdu du temps », c’est vrai, car j’ai été sous emprise pendant très très longtemps. Mais ce qui compte, c’est ce que je fais aujourd’hui. Et si aujourd’hui j’ai envie de créer tout le temps, eh bien que je ne me limite plus, plus jamais !

Le thème de la limite à dépasser est aussi présent dans la note 7, la note 80, la note 119 et la note 147.

2020

 

124

À la base je n’ose pas dessiner, je n’ose pas faire de la musique, car je me juge, je trouve que ce que je fais est totalement nul par rapport à d’autres qui ont plus de capacités.

Hergé dessinait mal, mais il travaillait, il faisait les choses, et du coup voilà, il a son style, parce qu’il avait de la peine. Stromae ne sait pas bien faire de la musique, du coup il a fait de son mieux, avec son bagage. Voilà, ne pas être prisonnier des codes. Il y a des artistes, des musiciens par exemple, qui suivent des cours pendant des années pour devenir virtuoses. Ok, très bien, c’est leur chemin et c’est respectable, c’est leur façon à eux de faire de l’art, en passant par la maîtrise. Mais il y a plein d’autres façons de faire de l’art.

2018

 

123

Quel que soit l’âge qu’on a, on peut être très productif, ou pas.

Moi je suis assez productif. Richard Texier l’est bien plus. Il produit énormément, c’est ce qu’il fait. C’est un vrai « entraînement », c’est comme faire du sport, sauf que c’est faire de la création.

2017

 

122

Faire de l’espace, faire du ménage, ranger, vider... ce sont ces actions qui produisent le contexte favorable dans lequel des oeuvres vont pouvoir naître, dans lequel la création va pouvoir émerger de façon pleinement naturelle.

Du coup, les moments où je crée peuvent sembler très courts, et moi-même ça me déstabilise que ce soit si rapide, j’ai l’impression que je fais n’importe quoi. Mais en fait pas du tout, je fais ce que me permet l’espace que j’ai patiemment construit, les conditions que j’ai réunies, et qui, du coup, autorisent qu’il se passe quelque chose d’important.

C’est ce que Malcolm Gladwell appelle le pouvoir du contexte (dans son livre Le point de bascule, Les Editions Transcontinental, Paris, 2003).

2017

 

121

« Cette activité de l’artiste, le modèle-du-Temps de l’homme qui finalement, inexorablement mais avec douceur, nous anime tous. »

Citation de Stan Brakhage (1933-2003).

1992

 

120

« J’essaie de faire de l’art, mais en film. Il faut que ce soit pur. »

Citation de Stan Brakhage (1933-2003).

Dans les notes de mon journal, il y a des citations d’autres personnes, qui ont compté pour moi. Des échos entre des pensées ainsi que des filiations, qui aident à affirmer sa famille de pensée. Ainsi, il est important pour moi d’en intégrer certaines dans ces lignes. « Des pères aux pairs », comme dirait Emmanuel Vergès.

1992

 

119

Ne pas me limiter, du tout, et faire confiance à mes techniques, notamment la voix-off pour donner du sens, comme le faisait Roger Corman, qui a tout le temps conservé son indépendance absolue, tout comme moi.

Le thème de la limite à dépasser est aussi présent dans la note 7, la note 80, la note 125 et la note 147.

2019

 

118

Les choses plus spontanées me plaisent souvent bien plus que les choses apprêtées.

Par exemple, le disque « Sheller en solitaire », où il est seul au piano à chanter, est bien meilleur que les mêmes chansons enregistrées en studio, avec toutes les orchestrations, qui ont dû demander infiniment plus de temps de production.

Je pense aussi au disque « The Köln Concert » de Keith Jarrett, cette improvisation au piano dont on a l’immense chance qu’elle fut enregistrée.

2020

 

117

« Un artiste doit être complet. Un peintre, s’il n’est que peintre, est mort. Je fais de la sculpture, de la peinture, de la musique. »

Citations de Chomo (1907-1999).

  • « On n’est pas sur la terre pour gagner de l’argent, manger et faire l’amour. On est sur la terre pour évoluer. »
  • « Avant, on mimait, en art, la vérité (la réalité). Maintenant, on a compris, j’ai compris qu’on peut représenter les rêves. Je représente les rêves. »
  • « Il ne faut pas faire de l’art intellectuel, conceptuel. Il faut se laisser guider par la matière. »
  • « Il faut être spontané. »
  • « L’important, c’est l’évolution. Le reste existe, mais est secondaire. Dans l’évolution, on est seul, toujours. »
  • « Le matin, c’est comme une pile qui se recharge dans la tête. Et ça donne des idées pour toute la journée. »

Il ne faut pas se refuser les autres formes d’art sous prétexte qu’il y a des spécialistes. Il faut être un artiste : il faut créer, pour évoluer.
Pas d’interdits, pas de réticence à faire des choses non admises.
Il faut représenter les envies spontanées.
Le social n’est pas important. Ce qui compte avant tout, c’est l’évolution (artistique, intellectuelle, etc.).
Il ne faut pas se laisser faire par les normes admises. Il faut les dépasser. Il faut faire ce dont on a envie, sans limites.
Il faut créer au maximum, pour évoluer au maximum. On n’a qu’une vie.
Il faut être un artiste.

Il est intéressant pour moi de constater que ma dynamique à l’âge de 22 ans était exactement la même que ma dynamique à l’âge de 52 ans, 30 ans plus tard. J’ai avancé dans ma pratique, dans mon inscription dans ma vie, dans laquelle j’ai parfois fait de grands détours, mais je suis toujours la même personne, qui a juste grandi, ouvert son regard et de plus en plus assumé ses idées dans sa pratique. Ma révolte est intacte et plus puissante.

1992

 

116

Je me rends bien compte dans mon travail que depuis 2013, à savoir depuis la séparation d’avec C., je suis infiniment plus créatif qu’avant.

C’est le jour et la nuit, sans commune mesure. Car je suis dans ma vie, et j’en ai pleinement le droit.

2018

 

115

Le sens de ma vie c’est la création. Ce ne sont pas les possessions pour me rassurer, c’est la création pour me sentir bien.

2018

 

114

Pour créer j’ai besoin d’être seul et libre, pleinement.

2018

 

113

J., ce matin, me dit que c’est nouveau pour elle, qu’il y a de la création partout chez moi.

C’est vrai, ma vie c’est cela, c’est la création, et je ne dérogerai plus jamais à cela. Toujours créer, produire, partager, à tous instants. Ça m’encourage à me connaître mieux, à savoir que ma vie c’est cela, la création, chaque jour, comme une respiration.

2018

 

112

Ne pas me mettre d’obligation sur le fait de terminer des choses : créer, tout simplement, créer. Et puis au fur et à mesure ça se construit, sans volontarisme, avec une simple ouverture.

2018

 

111

J’ai ma poésie à construire, elle a de la valeur en tant que telle, pleinement.

2018

 

110

Créer c’est faire ce que d’autres n’osent pas faire.

2019

 

109

Le cinéma n’est pas l’art de l’image.

C’est l’art du temps, du mouvement, de l’émotion, du rythme, de la vie, de tout ce que l’on veut, de l’image entre autres. C’est le réduire terriblement que de dire que c’est l’art de l’image.

1992

 

108

C’est un film qui nie le cinéma en ne dérangeant personne.

1994

 

107

« Une oeuvre d’art, c’est la proposition d’un monde. »

Citation de Jean-Claude Collot (1947-).

1994

 

106

Je me laisse pénétrer par la période.

La formulation n’est pas très heureuse, mais l’artiste en écho profond à son temps, c’est son rôle social, je crois, qui se joue dans son écoute intérieure, dans sa capacité à se laisser traverser, à écouter les enjeux humains qui s’opèrent dans le monde. Un artiste est engagé.

2019

 

105

« Je déteste l’ennui institutionnalisé. »

Citation de Diden Oumer (1941-2017).

1994

 

104

Voix-off.

Ne plus dire l’intériorité des personnages, mais dire des images. Comme cela, la voix-off fera voir d’autres images et agrandira vraiment l’espace (fera comme des surimpressions). Si on dit la psychologie des personnages, on n’agrandit pas l’espace, on l’approfondit seulement.

A partir de 2009, quinze ans plus tard, j’ai commencé à faire faire des films avec la consigne « Filmez ce que vous voyez au travers d’une fenêtre de chez vous, et racontez un souvenir important » à des milliers de personnes au fil des ans. Le principe s’est affirmé et confirmé. En ont découlés en 2020 le long métrage « Souviens-toi ici par la fenêtre » et la plateforme « Par ma fenêtre ».

1994

 

103

Arriver à la conscience de la valeur inestimable de l’instant.

1994

 

102

Les procédés de reproduction mécanique (de l’image et du son) nous font nous leurrer sur nous-mêmes. Comme ils existent et font partie de la vie, cela nous fait croire que dans la vie aussi il est possible de répéter, répéter les instants intenses passés, et ce sans les abîmer.

1993

 

101

On n’est pas sur la scène pour être naturel. La scène est un instant de cérémonie.

1994

 

100

Y aller, me risquer, tenter ce que je ressens même si je ne sais pas où je vais, partir à l’aventure.

2019

 

99

Mes films ne sont inféodés à aucun cadre, ils sont pleinement libres. C’est donc assez normal, du fait de leur liberté, qu’ils ne circulent pas plus que cela dans les cadres établis.

2019

 

98

Je commence à me sentir légitime moi-même en tant qu’artiste.

Il est intéressant de voir qu’à l’âge de 46 ans, alors que je faisais des films depuis déjà plus de 25 ans, ce que personne n’avait jamais mis en doute, je me posais encore la question, en profondeur, de ma légitimité personnelle. La représentation de soi-même est très fragile, et sans doute jamais pleinement « stable ». Cela me semble utile d’être conscient qu’on n’est pas seul avec ce type de questionnement, qui peut revenir à intervalles réguliers, quel que soit son âge et l’image extérieure que l’on renvoie. On a toujours besoin de grappiller au dehors de soi de nouvelles bribes de confiance en soi. En restant attentif à ne pas « tomber en dépendance » des regards des autres.

2016

 

97

C’était bon, hier, de sentir que les étudiantes préféraient que je passe mes films plutôt qu’une programmation autre. Le plaisir de découvrir un univers.

Nos propres productions sont bien plus enrichissantes pour les autres que ce qu’on croit.

2016

 

96

Ma continuité.

Je me rends compte, à lire l’article sur moi dans « Droguistes », qu’il y a une continuité de sens entre « Fatigue » et les films que je fais aujourd’hui, que je suis toujours en appui sur mes sensations.

2016

 

95

Mon travail n’est pas du tout social, c’est un travail d’écriture, donc par essence antisocial.

C’est, par contre, un travail très concret, très réel et généreux (comme me l’a, vraiment, bien confirmé M.) qu’il n’y a que moi qui fait. C’est exceptionnel (comme chacun est exceptionnel, mais je ne le suis pas moins que les autres).

L. a reconnu, immédiatement, la valeur de ce travail là. Je fais beaucoup de choses, une grande quantité d’œuvres. Oui, c’est parce que je travaille beaucoup, et c’est très bien. Je n’ai pas du tout à rougir de mon autonomie, de mon choix, absolument libre, de création. C’est ce que L. m’envie, alors que moi, vis à vis d’elle, je ne me sens pas reconnu en tant qu’artiste. Alors que je le suis. Mais je suis dans l’humilité, et c’est important. Elle travaille aussi avec des gens de grande valeur, et très connus, c’est à dire en inscription dans un milieu. Alors que moi je reste complètement « franc-tireur ». Elle m’envie, car elle trouve que ma démarche a un vrai sens politique, et moi je l’envie car je trouve que son travail a un vrai sens de rencontre avec le public. On a tous les deux raison, dans les deux sens.

Les rencontres sont toujours l’occasion de confronter son univers, sa façon de faire, à la façon de faire de quelqu’un d’autre. C’est toujours enrichissant. Qui va être plus spontané que soi, qui va être plus libre que soi, qui va être plus inscrit socialement, ou plus marginal... on se nourrit mutuellement, dès lors qu’on réussit à ne pas établir une hiérarchie.

2013

 

94

Les gens qui veulent t’aider, ils ne t’aident pas, car ils ont leurs propres représentations.

2013

 

93

Je ne fais pas de films pour faire plaisir à quelqu’un, je fais les films que je dois faire, je fais les films que je dois donner au monde.

Car j’ai des choses, très importantes, à dire, à mettre en forme, que personne d’autre que moi ne peut mettre en forme.

L’affirmation forte, pour se raffermir dans ses choix et ses prises de risques, peut de temps en temps aider à avancer, même si c’est un peu figé.

2013

 

92

Je n’ai pas à me défendre de ce que je crée, j’ai juste à le donner au monde.

Parfois on a besoin de dévaloriser ce qu’on a créé, de s’excuser de l’avoir fait, c’est la seule façon qu’on trouve pour oser le divulguer. Alors, penser juste à retrancher cette excuse, ce sera plus simple et plus sain. Cf. note 20.

2013

 

91

Il y a des gens qui trouvent que ce que je fais est génial. Il faut que je m’appuie sur ces gens là.

Par moments, on peut avoir besoin de s’appuyer sur une béquille, pour se rassurer, pour se donner confiance. Cela peut aider dans des moments de découragement. Ce qui devient problématique, c’est si la béquille devient nécessaire en permanence, car ça devient une dépendance, qui bloque alors totalement la création, c’est à dire la prise de risque.

C’est un peu comme pendant un jeûne, si on a un moment de faiblesse, une demi cuiller de miel permet de dépasser le moment difficile. Par contre, si on prend du miel tous les quarts d’heure, alors on n’est plus en train de jeûner !

2013

 

90

Etre artiste, cela signifie accepter de ne pas être compris, accepter d’être rejeté, peut-être même détesté, accepter de faire peur, très peur même, à certains.

Accepter que peut-être des personnes ne voudront plus jamais nous parler. Accepter de faire peur et d’être rejeté, parce qu’on accomplit une « mission », dont personne, ni même soi-même ne connaissons le but. Ce n’est pas du tout chercher à être aimé ! Chercher à être aimé, ça bloque totalement la créativité.

J’étais à ce moment là dans le cheminement du dévoilement, afin que la création soit ouverture vers une vérité. Et par ailleurs, j’étais à l’époque très proche de L., qui, à travers la création, s’épuisait à chercher la reconnaissance des autres, et y réussissait assez bien, car elle avait une importante légitimité sociale en tant qu’artiste. J’apprenais à me positionner par rapport à sa manière de faire, qui m’impressionnait un peu.

Cette note entre en dialogue avec la Note 80 sur le risque vital que représente l’acte de création.

2013

 

89

Je ne fais pas des films pour prouver quelque chose à quelqu’un. Je fais des films, les films qui me semblent justes, les films qui me viennent.

Et j’envoie les liens vers certains films à certaines personnes, si je trouve que ça a du sens. Je ne sais pas exactement pourquoi. En tous cas, ce qu’il faut que je dépasse, c’est le besoin de reconnaissance. Là, S. regarde le film. Ok, j’ai fait ce film, ce n’est pas pour elle que je l’ai fait, c’est parce que je devais faire ce film. Et puis, je me suis dit que ça avait du sens que je le lui envoie, et je l’ai fait. Elle en pense ce qu’elle veut. Ce n’est pas cela qui est important. Ce qui est important, c’est que je l’ai fait, et que je le fasse circuler, ensuite ce que chacun en pense lui appartient, car personne n’a de pouvoir sur personne. Je ne l’ai pas envoyé à S. pour chercher son assentiment, je le lui ai envoyé car c’est ce qu’il fallait que je fasse. Je n’attend rien, non plus, d’elle.

Ces mots jetés sur le papier numérique étaient comme un mantra, pour braver ma peur d’avoir envoyé le lien vers le film "Ici à vécu le cinéaste Boris Lehman à S., personnalité connue. C’est une des choses auxquelles l’écriture peut être utile : nous aider à oser, ou à assumer d’avoir osé.

2013

 

88

Je viens de regarder mon film « La pause », et je le trouve vraiment très bien. Sur le moment, je ne me rendais pas compte, je l’avais juste fait.

En fait, ce film va quelque part.

« La pause ».

2013

 

87

Mon plaisir de construire des outils n’est pas qu’une fuite.

2011

 

86

Il faut aller loin.

Il faut se mettre en danger dans la création artistique. Cela ne veut pas dire être obscène ou se ridiculiser. Mais approfondir, creuser. C’est essentiel. On ne fait pas cela pour être gentil, mais pour faire bouger des choses.

J’étais encore dans une attitude impérative (« il faut »), c’est à dire une compréhension intellectuelle des enjeux, mais pas encore pleinement incarnée et vécue. C’est par le faire que, petit à petit, nos intentions s’inscrivent dans nos pratiques. C’est un lent travail sur soi.

2010

 

85

Quand je fais le montage de mes films, je suis incapable de les regarder en entier, ça bloque.

Comme une impossibilité de mettre le point final. Donc je montre le film sans l’avoir moi-même vu. Je reste dans la confusion avec l’objet. Pour « Les acteurs inconscients » hier, j’étais plus serein, car, pour la première fois je crois, j’ai regardé le film en entier, je me suis mis en position de spectateur. Et j’ai envie, encore de le regarder, de l’améliorer.

Cf. Pippo Delbono, qui regardait son film « La Paura » en entier, sans mettre en avance rapide, des dizaines de fois. C’est le travail.

J’ai depuis longtemps dépassé ce blocage. J’ai beaucoup appris en accompagnant Pippo Delbono a faire le montage de son film « La Paura », en 2009-2010. Désormais, je regarde mes films en entier un grand nombre de fois. Parfois je laisse le film reposer longtemps avant de le regarder, à nouveau, en entier. A l’issue de ces nombreux visionnages, il m’arrive de ne modifier qu’un détail, qui peut sembler infime. Après cela, je ressens la justesse, je sais que le film est terminé. Le film est comme un corps, que je dois percevoir dans mon corps, via mes sensations, dans une holistique (c’est à dire dans sa globalité).

2010

 

84

Le fait qu’on aille vite à créer quelque chose, et qu’ensuite ça reste… le fait que toute l’élaboration autour, avant-après, fut beaucoup plus longue que le moment de la création… c’est tout à fait normal.

On ne prépare pas une création, on se prépare à la création.

Voir note 55, note 140 et note 157.

2013

 

83

Folie.

Je pense que je vais aller de plus en plus vers un travail sur la folie, c’est un endroit où je peux agir. Et je me rends compte, avec le film « Aux alentours », que proposer de la folie, c’est à dire des « trous » dans le sens, ça permet de donner au spectateur une place beaucoup plus importante, où il peut se retrouver, et élaborer des choses fortes pour lui (cf. l’étudiante de Montpellier, qui m’avait soutenu connaître cette personne imaginaire).

2013

 

82

Ce n’est pas forcément ce qui a pris le plus de temps à faire qui a le plus de valeur artistique.

Souvent, je me rends compte, avec ce que je fais faire aux gens, qu’ils ne se rendent pas compte eux-mêmes de la valeur de ce qu’ils ont fait. Et pourtant ça a une grande valeur, mais ça les a dépassé. Eh bien pour moi c’est pareil, il y a des choses que je fais, qui me demandent peu d’efforts, et qui ont une grande valeur. Comme les films de « Cinéma animé ».

Ce qui va faire la différence, c’est la valeur qu’on donne à l’objet produit, plus que l’objet en lui-même.

2017

 

81

Je sais qu’en chacun il y a l’étincelle créative, et je travaille à réveiller cela chez les gens.

Est-ce à dire que, puisque tout le monde a cette étincelle, ce que je crée moi n’a pas de valeur, puisque tout le monde peut faire de même ? Eh bien non, je le fais, et d’autres personnes le font, et ça a une immense valeur. C’est d’ailleurs parce que je crée que je suis capable de le transmettre chez les autres. Donc c’est la base de mon travail, pour moi et pour les autres.

2017

 

80

Faire des gestes, comme disait C. C’est ce qui est fort et puissant : la trace du geste. Profondément humain.

Ne me donner aucune limite à la création. Me laisser porter par ce qui m’inspire, par mon intuition, en prendre le risque. Avancer de façon courageuse, prendre des risques. C’est le cœur de l’objet même de ce qu’est la création. Risquer le geste.

La répétition de mots tels que « risque » ou « courage », peut presque prêter à sourire concernant la création d’objets filmiques ou artistiques. Ils peuvent même sembler être dévoyés de leur sens, comme en une emphase maladroite. Eh bien non. Lorsqu’on s’exprime à travers la fabrication d’un objet extérieur à nous-même, ce que l’on vit, si on ose le faire, c’est un sentiment de risque quasiment vital. De l’extérieur cela semble facile, mais de l’intérieur c’est presque une question de vie ou de mort qui se joue. Cela me semble important d’en prendre la mesure.

L’ouverture à l’expression de soi, si difficile, presque impossible souvent, est pourtant source de vie et d’épanouissement. Reconnaître cette immense difficulté, l’accompagner, en prendre soin avec délicatesse, pour soi et pour les autres, c’est une responsabilité citoyenne, à mon sens.

Le thème de la limite à dépasser est aussi présent dans la note 7, la note 119, la note 125 et la note 147.

2020

 

79

C’est moi qui m’autorise à créer et à diffuser, je ne demande à personne, je prends le risque.

Cet enjeu de « l’autorisation à soi-même » revient de façon récurrente dans mes notes. C’est le signe que l’empêchement lié à la question de la légitimité est un mal qui revient toujours. Je le constate en moi tout autant que chez les autres. Ainsi, travailler à se « ré-autoriser » régulièrement est comme une hygiène régulière à avoir. Ce n’est jamais acquis.

Si on y pense à deux fois, c’est au fond assez normal, car si on est dans un geste de création, cela produit du nouveau, de l’inconnu. Quelque chose pour lequel il n’y a aucun critère qui permet d’en juger. Ainsi, c’est forcément de prime abord non légitime à nos propres yeux.

Une fois que vous avez libéré votre esprit du concept d’harmonie et d’une musique qui doit être « correcte », vous pouvez faire ce que vous voulez. Donc personne ne m’a dit quoi faire, et il n’y avait aucune idée préconçue de ce qu’il fallait faire.

Interview de Giorgio Moroder dans la chanson « Giorgio by Moroder » (Daft Punk, Random Access Memories, 2013).

2020

 

78

Ne pas hésiter à construire des narrations a posteriori, à partir d’images déjà tournées.

J’ai le droit de systématiser un peu le principe. Bien-sûr, il y a eu les quelques courts métrages explicites, où on fait cela comme un jeu, qui est anecdotique, comme celui où le réalisateur dit aux gens quoi faire.

Mais, ce qui est récurrent, dans presque tous les films, c’est d’écrire le scénario avant de faire les images. C’est un principe presque systématique. On accepte que la majorité des films soient faits sur ce principe, sans se poser de question. Comme si cette méthode permettait vraiment de traiter tous les sujets possibles.

Ce que je fais, c’est prendre le principe inverse : je pars d’images faites préalablement, qui existent par une rencontre profonde avec le monde, puis je construis une narration à partir de cela, sans faire semblant, d’ailleurs, que c’est une narration plaquée (tout comme on sait que les acteurs dans une fiction ne sont qu’acteurs, que ce n’est pas la réalité, et d’ailleurs, au contraire, cette distanciation nous permet de nous projeter plus facilement). Je peux faire beaucoup de films sur ce principe. C’est une façon de faire du cinéma comme on fait de la sculpture à partir d’un bloc de bois dans lequel on va trouver des choses qui vont nous coincer, et du coup autour desquelles on va construire.

C’est un vrai travail de procéder comme cela. C’est très intrinsèque, du coup. C’est comme peindre avec ce qu’on a, ça peut donner les choses les plus fortes et les plus vraies.

2017

 

77

X. disait l’autre jour qu’il trouvait que je faisais beaucoup avec très peu de choses.

C’est vrai, c’est ma façon de faire, c’est ma vision, c’est ma singularité, et c’est ce que je peux.

2017

 

76

Je sais le mystère de la création et l’écoute qu’il faut avoir pour donner du sens à l’indicible.

C’est cela qui sera très très fort en termes de création, pas des choses explicatives. C’est ce que je fais en créant de la matière, et puis en l’agenceant au fur et à mesure de l’inspiration, qui se nourrit d’énormément d’inconscient.

2019

 

75

On peut avoir « du succès », ou pas, ce n’est pas ce qui est important.

Car on peut l’avoir et le perdre, ce qui est très destabilisant. Si on sait où on est, et qu’on travaille, de façon constante, quelle que soit la reconnaissance sociale, alors on crée vraiment quelque chose.

2015

 

74

Me risquer à tout.

Créer, le faire concrètement, sans attendre je ne sais quoi. La vie est trop fragile, trop précieuse.

2015

 

73

Le secret de la création, c’est de laisser venir, sans chercher à contrôler.

Et c’est là que des choses sortent de l’inconscient et sont passionnantes. C’est étonnant. Il faut lâcher prise, laisser faire, c’est à dire ne plus rien faire. Et c’est là que ça se passe, du coup. C’est très paradoxal. C’est ce lâcher prise qu’il faut réussir à opérer.

C’est ainsi qu’on invente. En découvrant, en se risquant, en sortant du cadre, en osant faire des choses nouvelles.

2017

 

72

Le fait que je travaille vite, que des choses se placent très vite dans l’espace et dans le temps, ce n’est pas le signe que quelque chose ne va pas en terme de « qualité » de mon travail. C’est que je rassemble là plein de choses, profondes, qui étaient présentes depuis longtemps.

2015

 

71

Ce qui fait qu’un projet de création est bon, c’est l’écoute qu’il y a entre les gens, c’est la relation particulière qui s’établit dans le groupe, c’est la confiance, c’est la bienveillance, c’est la croyance en l’autre. Je sais faire cela.

L., par contre, est bien plus en difficulté, elle utilise la légitimité de son cadre pour presser les gens comme des citrons, utilisant l’ego de chacun.

2016

 

70

Mon atelier, il est en mouvement, c’est mon espace de travail, il ne doit pas être figé.

C’est extrêmement important. J’y photographie toutes les œuvres, je garde la trace de ce qui y est advenu, mais je n’y laisse pas les choses, je laisse cet espace vide, en friche, libre. Je n’ai rien à prouver, ni à montrer à quelqu’un qui passerait. J’ai mon travail vivant qui s’y déroule. La transformation y est permanente.

Quand je m’étais installé à M., j’étais dans le même type de dispositif travail/vie. Et puis je m’en suis laissé écarter, pendant plus de vingt ans. Mais c’est cela qui me ressemble, pleinement.

2017

 

69

Mettre de l’ordre et rendre public ce que je fais, ça prend du temps, mais c’est important, car c’est ce qui donne existence.

Si ça reste au fond de mon ordinateur, autant dire que ça n’existe pas, du tout. Et ça n’existera jamais, c’est cela l’une des natures du numérique.

2017

 

68

Quand on ne sait pas où on va, qu’on est en recherche, en remise en question, que ça nous fait des doutes, plein de problèmes, eh bien c’est qu’on est en train de bien travailler.

Le doute n’est pas quelque chose de mauvais. C’est le signe qu’on n’est pas dans sa “zone de confort”, c’est très bon signe.

2018

 

67

Le fait que je travaille sur la rencontre, fortuite, si l’on peut dire, ça a vraiment, vraiment, du sens.

J’en prends la liberté et le risque. Et quand des rencontres ont lieu, c’est une vraie de vraie existence qui se fait jour, tout comme les gamètes qui se rencontrent pour donner vie à un être ; c’est le hasard qui fait qu’elles se rencontrent et se combinent, et c’est ce hasard, lié à tout le sens qui le précède, qui fait quelque chose d’unique, la vie elle-même.

2019

 

66

J’ai plein de doutes sur ce que je fais. C’est l’une des raisons qui fait que cela peut être intéressant.

2017

 

65

La création artistique n’est pas une profession, c’est une passion.

On peut faire un métier X ou Y et faire de la création en plus, c’est 100% légitime. Kafka était agent d’assurance, etc. Je m’en rends compte avec les films que je fais faire aux gens : certains de ces films sont géniaux, d’une immense richesse pour moi en tant que spectateur, et pourtant ce n’est pas leur profession.

Nous sommes pollués par la question de la professionnalisation de l’acte de création pour qu’il puisse avoir une valeur à nos yeux. C’est d’autant plus ridicule aujourd’hui (depuis plus de quinze ans) où grâce à Internet tout un chacun a le pouvoir de rendre public ce qu’il fait, et où le « succès » (Qu’est-ce, d’ailleurs que le succès ? N’est-ce que quantitatif ?), le nombre de vues, n’est plus réservé aux seuls professionnels mais potentiellement à tous.

Le fait d’être professionnel ou non (c’est à dire de gagner sa vie avec ses actes de création) est au fond un choix individuel, qui est sans rapport avec la valeur des œuvres produites. Les écrivains par exemple : ce n’est pas un métier. L’immense majorité des écrivains ont un emploi autre qui leur permet de gagner leur vie (souvent, les écrivains sont enseignants), ce qui leur donne la liberté d’écrire ce qu’ils souhaitent. Il n’y a pas de jugement négatif porté sur ceux qui ne cherchent pas à vivre de leur écriture. Et d’ailleurs, la plupart ne le souhaitent pas, car leur vie professionnelle peut nourrir leur écriture. Faire de l’écriture leur unique métier leur apporterait des contraintes qui pourraient affecter le désir d’écriture lui-même. En effet, c’est un espace de liberté, pour eux, et donc pour le lecteur ensuite ; la professionnalisation retirerait cette liberté aux deux.

Dans le domaine du cinéma, il n’y a pas autant de liberté dans les représentations communément admises : si on ne devient pas professionnel, c’est qu’on n’est pas « bon », en bref. On le voit bien dans les critères des aides financières organisées par le Centre National du Cinéma et de l’image animée ou d’autres instances : pour pouvoir être éligible, il faut le plus souvent que ses productions précédentes aient été légitimées par certains festivals précis par exemple (festivals de « rang A », de « rang B », etc.). L’enjeu de ces dispositifs n’est donc pas la construction d’une ouverture à la création, mais de la constitution et de la solidification d’une corporation, qui a sans doute besoin de ces dispositifs de réassurance parce qu’elle se sent fragile. Pourquoi pas, cela a son utilité.

Ce que je trouve juste dommage, c’est que cette idée de « professionnalisation », trop centrale dans les enjeux personnels des gens qui font des images animées, va venir les bloquer eux-mêmes : ils ne s’autorisent pas à faire des films qui ne sont pas « financés » par exemple. Ce système de représentations ne leur permet pas de donner une valeur symbolique à d’autres façons de faire que l’espace au sein duquel ils peuvent s’envisager eux-mêmes comme « professionnels ». Ces autres production sont moins « sérieuses ».

Bien-sûr, on pourrait m’objecter que s’ils ne faisaient que des films sans budget et sans être rémunérés, ils se bloqueraient d’une autre manière dans leur développement. Je pense au contraire qu’ils entretiendraient une dynamique qui, par « modèle économique indirect », leur ouvrirait d’autant plus de portes dans le champ professionnel. Beaucoup de personnes le font, d’ailleurs, qui financent sur leurs fonds propres des productions diffusées sur Internet, pour constituer un « capital social » sur lequel ils s’appuient afin de construire des projets avec des financements tiers.

Oui, la réalité est complexe, je pense qu’il est utile d’embrasser cette complexité. Car je vois autour de moi trop de personnes bloquées dans leur démarche de création par cet imaginaire du « professionnel ».

2021

 

64

Ce qui compte, ce n’est pas l’image extraordinaire, ce qui compte c’est ce que je raconte avec l’image, même si c’est une image simple.

Et pourtant, l’image peut être ce qui inspire le sujet du film. Mais cette image n’est pas là pour elle-même, elle est la trace d’une rencontre. Il y a tous types de traces, bien-sûr : des traces d’une rencontre esthétique, d’une rencontre sensible, ou intellectuelle, politique, amoureuse... Bien-sûr, l’image trace d’une rencontre esthétique sera peut-être plus esthétique que l’image trace d’une rencontre politique, mais pas forcément.

Attention à vouloir trop « investir » dans l’image en tant qu’elle-même (si on la sépare de son intrication avec la rencontre qui lui a donné existence). on risque, à vouloir la rendre trop « extra-ordinaire » pour y ajouter de la valeur aux yeux de ceux qui la regarderont (ce qui est une intention tout à fait louable, d’ailleurs), de la vider, sans s’en rendre compte, de sa valeur essentielle : la valeur de l’image en tant que trace d’une rencontre réelle (son ontologie, en termes philosophiques). Sa puissance indicible est là, liée à sa nature spécifique d’image.

Ceci a beaucoup d’impact sur les méthodes de tournage des images, en équipe par exemple : que privilégie-t-on dans le travail ? L’esthétisme d’une fabrication, ou l’investissement dans l’approfondissement du vécu du moment de la fabrication, dont l’image sera la trace ? Cela se passe au présent, dans les tout petits choix de chaque instant.

2019

 

63

Ne pas brider ma création parce que les choses me semblent faciles.

Si elles me semblent faciles à faire, c’est que je suis doué pour les faire. Donc j’y vais, ne pas hésiter, du tout !

La représentation que le travail doit être une souffrance pour avoir une valeur est inscrite dans l’éducation occidentale et influe en profondeur sur notre relation à nous-même. La création, qui est liberté, ne peut donc exister qu’en s’émancipant de cette culture coercitive.

2017

 

62

Ma création est modeste, pour un petit public, mais elle existe, j’en prends soin, je la mets en valeur, au fur et à mesure, dans la durée, dans sa simplicité, dans sa liberté.

Je n’attends rien de personne, j’agis, en toute simplicité. Pour un public confidentiel, oui, mais un public réel, existant, des gens, mes « amis », si on peut dire.

On pourrait trouver qu’il y a un « manque d’ambition » à se suffire d’une création modeste (c’est à dire avec des petits investissements financiers pour la production et la diffusion). La vraie question profonde, me semble-t-il, est la raison pour laquelle on crée. Pour gagner de l’argent ? Pour partager ? Pour construire une place dans un milieu social ? Par simple générosité ? Par égo ? Évidemment, il y a mille raisons ! Et les raisons peuvent se combiner, varier au fil du temps pour une même personne. Il n’y a, à mon sens, aucun jugement de valeur à porter sur la ou les raisons de chacun de créer. Les films à « gros budget » n’ont pour moi pas forcément plus d’intérêt que les films expérimentaux faits par une seule personne dans sa cuisine.

C’est un peu comme si on postulait une hiérarchie « qualitative » entre un immense tableau à l’huile qui fut réalisé par une équipe pendant plusieurs mois, et un dessin au fusain réalisé en dix secondes par une seule personne. Les deux ont des intérêts tout à fait différents. Peut-être que le dessin au fusain va me toucher et m’enrichir bien plus que le grand tableau, par exemple. Au fond, chacun a son type de langage. Ce qui me semble le plus important, c’est de se sentir à son aise dans la réalité qui est la sienne, et d’y découvrir que tout y est possible.

2019

 

61

Je suis légitime de tout ce que je fais.

Certaines choses plaisent, ne plaisent pas, sont intéressantes, le sont moins... mais je suis dans des gestes créatifs, dans ma vie, et c’est essentiel. Je n’ai pas à m’en excuser.

Nous sommes notre premier juge, et sans doute le plus sévère. Si quelqu’un n’apprécie pas ce que l’on fait, ce n’est pas tant son jugement négatif qui va nous toucher et éventuellement nous bloquer pour la suite, que la façon dont nous allons l’utiliser pour soutenir notre « juge intérieur ».

Idem pour les louanges : la manière dont nous instrumentalisons les jugements positifs à l’intérieur de notre système d’« injustice personnelle » n’est pas tellement plus profitable, car les jugements positifs ont tendance à nous entraîner vers de nouvelles créations qui vont essayer de reproduire chez les spectateurs les mêmes types de jugements positifs. Et ce faisant nous risquons d’appauvrir notre démarche d’exploration, d’être tenté de répéter les « recettes » qui ont « marché ». Ainsi, on ne prend plus de risques à aller chercher des choses nouvelles (au moins pour nous), pour lesquelles il est par définition impossible de savoir quelle en sera la réception.

Donc, s’attacher à des jugements, positifs ou négatifs, qu’ils soient nôtres ou ceux des autres, est toujours une mauvaise voie pour la création. Par ailleurs, le jugement des créations dans l’espace social est extrêmement fluctuant.

On pourrait alors dire : « Avec ce type de principe, on fait n’importe quoi n’importe comment ! » Non, car si on est à l’écoute de soi-même et de l’objet, si on travaille, si on approfondit, alors on peaufine, on ressent ce qui est juste, même si c’est inattendu et déstabilisant, on s’adapte à la réalité changeante, comme un artisan sur son métier. Cela demande, surtout, aucun jugement, mais plutôt une grande ouverture, sur tous les plans, une réelle attention intime. C’est difficile !

2019

 

60

Le retour très violent de P.

A propos du film « Hôtel des sables ». Je pourrais le prendre mal, car il est extrêmement vindicatif vis à vis de moi, et je vois bien que ce sont ses fantasmes qui parlent. Mais, mais, il est sincère, honnête avec lui-même, avec qui il est, et je trouve cela très beau.

2016

 

59

Je suis en train de me reconnecter à la dynamique de la création.

La création n’est pas en flux continu en soi, il est naturel qu’il y ait des moments de « jachère ». Il est vraiment constructif de prendre le temps de laisser fertiliser son terrain. Ensuite les plantes y prospéreront comme par magie. Plutôt que de ne jamais laisser de répit à son terrain, car on voudrait qu’il produise sans discontinuer. Pour autant, après un « jeûne » de création, il y a un rythme à reprendre. Tout comme après qu’on ait laissé son champ en jachère, il faut faire l’effort de le labourer pour que les graines puissent y être plantées, puis semer et arroser.

2016

 

58

Ne pas faire toute une affaire de l’acte de création.

Cet acte, il est indispensable à ma vie, et il est mon métier. Donc, le vivre, dans le quotidien, dans le travail de production, et dans le travail de rendre public. Je ne suis pas trop jeune pour cela comme je l’ai longtemps cru. Je peux être sûr de moi, de mon geste, de mon choix de créer, je n’ai pas à y chercher une légitimité, mais j’ai à y chercher un sens, un vrai sens. Voilà le travail. Donc, ne pas m’arrêter, du tout, au jugement des autres, réel ou supposé. C’est à dire dépasser l’attente de l’adoubement par le père.

2013

 

57

Le temps d’écrire.

Il faut que je me réserve de vraies plages de temps pour écrire, ou en tous cas que je me donne la possibilité de pouvoir les prendre, car ça prend du temps, quand même, et c’est très important.

« Le temps », c’est l’une des questions qui revient souvent en moi, comme chez bien d’autres personnes : « prendre le temps », « je n’ai pas le temps », « si j’avais le temps », etc.

« Réussir » à trouver le temps d’écrire, de créer, de se rencontrer soi-même, quelle qu’en soit la modalité, c’est en fait une injonction qu’on se donne à soi-même. On essaie de se l’imposer par l’extérieur. C’est notable dans la forme même de la phrase : « Il faut que je me réserve de vraies plages de temps... ». Force est de constater que cette sensation de pas assez de temps, de ne pas réussir à trouver le temps, je ne l’ai absolument pas réglée après m’être formulé à moi-même cette injonction.

Car la véritable énergie vient de l’intérieur, de la source au fond de soi. Les actes extérieurs doivent plutôt viser à entretenir la vie de cette source, par le soin de soi. Si on en prend soin, ensuite, la source jaillira toute seule, nous éclaboussera même. Nous ne serons plus là à essayer vainement de la pomper, elle sera surabondante et nous n’aurons plus alors qu’à travailler à accepter ses jaillissements surprenants, et à les recueillir au mieux.

2013

 

56

Le risque.

Pour moi, le film « Ici a vécu le cinéaste Boris Lehman » représentait une grande prise de risque (de même que les deux petits films avec L.). Et c’est le cas, vraiment. Mais, le temps passant pour moi, je me rends compte que ce sont juste des bons films. L’artiste doit se risquer pour qu’il y ait quelque chose qui ait un peu d’intérêt, tout simplement. Mais ce ne sont pas non plus des films particulièrement intrusifs, en fait.

2013

 

55

Le temps passant, je repère de plus en plus la valeur des choses que j’ai faites par le passé.

Il est quasiment impossible de percevoir, sur le moment, la valeur de ce que l’on est en train de faire. On ne peut que ressentir qu’on doit le faire ainsi, et faire de son mieux. Est-ce un travail terminé ou une étape de travail ? Est-ce à conserver pour soi ou à divulguer ? Impossible de le dire sur le moment. Le temps, ou quelqu’un d’autre, le dira.

J’ai toujours été étonné que des personnes, lorsqu’elles sont encadrées pour créer une œuvre (audiovisuelle, picturale, musicale, littéraire...) peuvent se révéler très talentueuses, et pourtant ne pas perpétuer la mise en pratique de leurs talents. Le peu de créations qu’ils ont faites, dans des cadres pédagogiques par exemple, restent leurs seules productions artistiques, avec une grande valeur parfois d’ailleurs, à leurs yeux et aux yeux des autres. Ces œuvres ne leur ont parfois pris que quelques minutes à réaliser, dans un cadre ponctuel, et sont pourtant pleines d’une véritable importance, pour toute leur vie.

Si on ressent, au fond de soi, le désir « d’en faire plus », peut-être qu’on peut, à soi-même, se donner, comme en un jeu, un cadre pour faire : un dessin en 1 minute, une photo en 3 minutes, un poème en 5 minutes, par exemple. Puis, une fois que c’est fait, se retenir de jeter l’objet qu’on a créé à la poubelle, le ranger quelque part. Et laisser le temps faire son œuvre.


Voir la note note 140 et la note 157.

2019

 

54

Quand je sens en moi que la « poussée créative » est là, il faut que je le prenne comme une bénédiction et que je sois à l’écoute de cela, pleinement.

2019

 

53

La création fait partie de mon quotidien, tout comme la lecture, la publication sur mon site web.

Ça fait partie de ma respiration, qui donne vie à toutes choses, y-compris les choses administratives. En fait, plus que donner vie, la création donne sens, donc s’il y a du sens, c’est à dire du code, le code génère la vie.

2020

 

52

La création est libre.

Elle se fait quand elle le décide, la nuit, le jour, n’importe où ! Et elle fait comme elle veut, elle ne respecte aucune règle, c’est là sa qualité principale, d’ouverture.

2020

 

51

La création provient du vide.

J’ai besoin de faire du vide dans ma vie, d’avoir de véritables moments vides, en creux, afin que puisse naître la création. Ça provient du vide, toujours.

2020

 

50

Ma façon de créer, spontanée, intuitive, produit dans l’esprit des gens bien des choses, qui leur appartiennent.

Mon travail c’est d’opérer ces ouvertures à la créativité de chaque spectateur.

2018

 

49

C’est très important, et très légitime, de ma part, de faire de la création. Et d’y consacrer du temps.

2014

 

48

Le fait d’être limité par le temps et puis de faire plein de rencontres différentes, d’aller dans plein de lieux, c’est ce qui suscite ma création, beaucoup.

2020

 

47

J’ai toujours suivi mon chemin, à côté de l’espace social des artistes « officiels ».

C’est mon chemin, je ne me suis jamais arrêté de créer, même si j’ai jusqu’à présent plus rarement que d’autres été investi comme artiste dans l’espace social. Ce n’est pas cela qui est important. Ce qui est important, c’est que je crée, que « j’accomplisse ma mission », que ce que je fais existe au regard des autres. J’ai mon chemin à moi. C’est très bien. Van Gogh n’a jamais vendu de tableau, il a vécu en souffrant. Moi, je peux vivre en souffrant moins, je pense. Et faire ce que j’ai à faire, comme il a fait ce qu’il avait à faire. Je ne suis pas moins légitime de créer que ceux qui ont eu du succès un jour, et qui continuent. Chacun son rythme, chacun son chemin. Le mien est assez solitaire et discret. Et pourquoi pas ?

2014

 

46

Tout le monde ne peut pas aimer ce que je fais, et c’est bien normal.

2019

 

45

Tout le monde est talentueux, je m’en rends compte tout le temps quand je fais faire des choses à des gens.

Ce qui fait la différence entre être talentueux et faire de la création, c’est le fait d’aller au bout des choses, de produire, de partager.

2019

 

44

La création, c’est l’essentiel de ma vie, c’est ce qui infuse tous les instants de ma vie.

2017

 

43

En fait, moi je suis un inventeur. Je ne passe pas des heures à appliquer une recette, j’invente une recette, une façon de faire les choses. Et puis ensuite j’en invente une autre.

Dans le travail, c’est pareil, j’invente des méthodes et des outils. Et cela produit des choses, par elles mêmes, presque. Donc j’invente, et les œuvres sont les traces de ces inventions.

2017

 

42

Le « succès », la « place dans un milieu » : ça n’a aucune importance.

Ce qui est important c’est que ce que je fais arrive au regard des autres. Ensuite, ce qu’ils en font leur appartient.

2017

 

41

« Capter l’écho ».

2017

 

40

Je fais à ma façon, c’est ce qui est bon. J’ai toujours fait à ma façon, et il n’y a pas de meilleure façon que la mienne, pour moi.

2016

 

39

Et, vraiment, ne plus m’interdire aucun support, aucune forme d’art.

2016

 

38

Redonner de la valeur à mes temps de création personnels.

2016

 

37

Débattre, c’est un beau mot, du digne combat.

2015

 

36

Ce n’est pas parce que je fais quelque chose rapidement que c’est sans valeur.

Au contraire. Cf. Picasso. Cf. la calligraphie. Donc ne pas avoir du tout honte d’avoir fait un album en une demi-heure dans le train.

Ce qui ne signifie que tout a une valeur similaire. C’est moi qui en suis juge. Et pour juger de cela, souvent, il faut laisser reposer. Sur le moment il est extrêmement difficile de juger si ce que l’on vient de faire est voué à être partagé ou à rester caché. Parfois on y arrive, parfois il peut falloir des années pour que l’autorisation en vienne. Par exemple, pour le film « Souviens-toi ici par la fenêtre », il aura fallu 7 ans de repos. Et quand il est devenu public, suite à la suggestion d’une amie qui l’avait vu 7 ans plus tôt, il a produit énormément d’effet, car, vu par des personnes, il a suscité la création de la plateforme "Par ma fenêtre, qui a été un espace de création précieux pour beaucoup de personnes.

2021

 

35

Il y a toujours la place pour de nouvelles créations, pour l’innovation.

2021

 

34

Mes créations artistiques personnelles, ce sont des objets très intimes, que je mets en partage, mais dont je ne souhaite pas faire une trop importante publicité.

Pourquoi pas, mais c’est quand même très intime, donc je trouve que c’est bien si ça existe de façon intime aussi.

2021

 

33

Faire tout ce que je veux, en toute liberté ! Lâcher mes peurs.

2021

 

32

Il faut faire pour penser.

Cf. les architectes qui ont besoin de dessiner à la main pour exercer leur pensée.

2018

 

31

On crée à sa façon à soi.

On fait ce qu’il nous est facile de faire.

2018

 

30

Oser, oser, oser...

Pourquoi répéter ce qui peut sembler du bon sens et presque une évidence ? Car le risque que l’on prend (que je prends personnellement, peut-être que cela ne s’applique pas à tout le monde) en créant quelque chose, cette aventure dans laquelle on se lance, dont on ne connaît pas l’issue, va à l’encontre de l’éducation normative que la plupart d’entre nous ont reçue, et ce risque est majeur. Pour moi, oser, c’est prendre un risque qui est presque un risque de vie et de mort : j’ai peur qu’on attente à ma vie si j’ose et si je dérange l’ordre établi. Et pourtant c’est essentiel pour que la création puisse éventuellement présenter un intérêt pour un spectateur. Si on n’a pas osé, il est certain qu’elle n’en présentera aucun.

Dans le cinéma en particulier, la prééminence du scénario qui précède les films n’est pas qu’un outil de construction des films. Ça l’est de façon factuelle, bien-sûr. Mais de façon symbolique, le scénario est le plus souvent utilisé comme une façon de rassurer l’espace psychosocial ; c’est un écran derrière lequel chacun se cache, qui se retourne contre le risque inhérent à la création, qui annule donc le sens de la création en cours, qui emprisonne, qui empêche d’oser. On le remarque dans tant de films ! (pas tous, heureusement)

Oser, je me répète, c’est prendre tous les risques. Tout ce qui vise à réduire les risques est contraire à la démarche de création. Donc, oui : oser, oser, oser !


Voir note 167.

2019

 

29

Chaque petite chose, même si elle me paraît nulle et sans intérêt, en fait elle change tout, absolument tout.

2019

 

28

Ne plus me restreindre. Me mettre dans les états de transes, et laisser sortir des choses brutes, puissantes, tout ce que j’ai en moi d’ultra riche à transmettre.

Me mettre moins de barrières. Créer, plus souvent, des moments de transe.

2019

 

27

Mes kaléidoscopes, c’est mon obsession, et ce n’est pas un mal.

Kaléidoscopes.

2019

 

26

Si les choses viennent, de façon naturelle, si la création « coule » de moi, avec de la vitesse, il ne faut pas que je la retienne, il faut que je la laisse s’écouler, que je fasse confiance, que je ne juge rien, que je sente simplement la justesse de tout cela, et que j’accueille, avec joie, ce cadeau qui m’est fait.

Et si ça ne vient plus, je ne force rien. Je laisse reposer. Mais quand ça vient, il faut que je ne bloque rien.

C’est presque du bon sens, alors pourquoi le redire ? Car sur le moment bien des freins, des plus légitimes, se présentent toujours à nous. Comme la création est une expérience de liberté, elle peut ne pas sembler légitime à nos yeux. Souvent, on peut même se dire qu’une autre création serait plus « utile » à faire que celle que nous sommes en train de faire. Prendre la mesure de la fragilité, l’extrême délicatesse du moment de création. Même juste après avoir créé quelque chose, on souvent l’impression que ça ne valait pas la peine d’y avoir consacré ce temps. C’est bien plus tard que cela prend de la valeur. Cf. note 55.

2018

 

25

Tout le monde est artiste, vraiment.

Seulement, certains l’assument plus que d’autres et choisissent d’utiliser leur création dans l’échange avec les autres. C’est la seule différence, il n’y a pas de hiérarchie, il y a un choix social, d’assumer ou pas.

2018

 

24

Bach a composé un nombre incroyable de morceaux, Mozart aussi, alors pourquoi, si ça me vient, je ne ferais pas un nombre incroyable de films ?

Il n’y a aucune raison de ne pas le faire, si je sais que c’est ce que je dois faire.

2014

 

23

Cette question de la vérité. Très importante.

Et, de ce que me dit A., je crois que, dans les films que je fais, que je « laisse », il y a cette exigence d’une vérité.

2014

 

22

Ma voix fait pleinement partie de mon processus de création.

Il ne s’agit pas de la rejeter, car c’est un point fort, mais de la travailler vraiment, comme une matière.

2014

 

21

Il faut que je trouve la finesse, et la liberté du spectateur.

Je crois que les textes incohérents sont plus forts que les textes explicatifs. Je vais creuser cela. Car j’aime bien qu’il y ait un texte, un fil, qui aide les gens. S’il y a un fil, même s’il est absurde, il y a un fil quand même !

2014

 

20

L. me dit qu’en fait, je n’assume pas vraiment ce que je fais, je veux expliquer, alors que ce n’est pas la peine, tout est dans l’image.

Cette note peut sembler tout à fait contradictoire avec la note 19 ! Ici, le mot image n’est pas entendu dans le même sens, ici c’est l’image en tant que corps de l’œuvre elle-même, matière de l’œuvre.

Doit-on, en tant qu’artiste, fournir un « mode d’emploi » d’explication de l’œuvre qu’on a produit ? Qu’est-ce qui et bien ? Je pense qu’il n’y a pas de règle. Cela dépend de chaque œuvre, de chaque démarche, de chaque contexte.

La vraie question soulevée ici, c’est une explication que l’artiste ajoute qui serait une justification, presque une excuse de cette production, pour limiter sa prise de risque. On le voit souvent, quand quelqu’un présente quelque chose aux autres, et qu’il s’en excuse en préambule. Ou les musiciens de jazz par exemple, qui disent qu’ils ont « commis » un morceau de musique. Cf. note 92.

2014

 

19

Lutter contre l’image, à toute force, à toute force !

L’image, c’est un jugement sur soi-même, l’image c’est quelque chose qui nous est extérieur, l’image c’est une attente de retour de la part des autres, l’image c’est la compromission. Je parle de cet aspect là du mot « image ».

Lutter à toute force contre l’image, pour entrer dans la vérité et ne pas en rester aux apparences.

2014

 

18

Je n’ai pas de commanditaire, pas de commande pour mes créations.

Du coup, je ne me sens pas légitime, par exemple par rapport à L., qui a des commandes « officielles » de théâtres. En fait, ce que je mets en pratique, c’est une liberté totale de création, c’est moi qui cherche le sens de ma création. Et c’est pleinement légitime, respectable, de grande valeur.

2013

 

17

Je me demandais toujours, toujours : j’ai tellement d’idées, je peux tout faire, alors que dois-je choisir ?

Et du coup je me bloquais moi-même. Aujourd’hui, je ne choisis plus, je fais tout. Que ce soit dans la création ou dans l’amour. Et je n’attends rien. C’est cela, le chemin, pour moi.

2017

 

16

Je ne peux absolument pas savoir ce qui va fonctionner publiquement et ce qui ne va pas fonctionner.

Donc, il faut que je produise, en pleine honnêteté avec moi-même, et ensuite les choses ont leur vie. Par contre, il faut que je les inscrive, il faut que je les diffuse.

2013

 

15

Quand on a le trac, c’est bon signe !

Cela signifie que ce qu’on va faire est important.

2013

 

14

C’est la création qui aide à supporter les souffrances de l’amour, c’est la création qui permet de sublimer des choses, c’est la création qui donne du sens à sa vie, en fait.

L’amour, c’est un leurre. La rencontre est vraie. Le partage du présent est vrai. Mais l’amour n’existe pas.

Cette pensée est à replacer dans son contexte précis d’histoire de vie, bien-sûr, car je crois en l’amour. C’était une période où je construisais ma conscience de la différence entre emprise et amour. J’ai dû passer par une mise à distance de l’amour (car il était encore confondu avec l’emprise). Mais il est vrai que dans les moments de souffrance intense, qui tous peuvent nous traverser, la création est un outil de sublimation, et même un outil de santé, qui m’a vraiment aidé à cheminer.

Mais alors, comment fait-on la différence entre une démarche de création qui serait toute personnelle et thérapeutique, sans qu’il y a de sens à son partage public, et une création, faite aussi dans un contexte de souffrance, qui, elle, « mériterait » sa divulgation ? Comment en juger ? Sur quels critères ?

L’intuition. Uniquement l’intuition. Cela est très facile et rapide à écrire, mais se mettre en lien avec son intuition est un cheminement jamais terminé, je crois.

2013

 

13

Ne pas imposer un point de vue, le proposer, au travers d’une situation.

2013

 

12

J’aime quelque chose, j’essaie de faire équivalent, aussi bien, de prendre modèle. Mais je n’y arrive pas, et ce faisant, je trouve autre chose.

Ce cheminement personnel, je l’ai lu aussi dans une interview de Daft Punk et dans l’autobiographie de Moby.

2013

 

11

Le plaisir renouvelé de la découverte.

2013

 

10

Avoir moi-même du respect pour mon travail.

2013

 

9

La liberté se conquiert par la bonne gestion de ses affaires.

2010

 

8

Ne rien chercher à maîtriser, me laisser faire par les choses qui se font autour de moi, ne pas résister contre, même si je ne sais pas du tout pourquoi je les fais.

2021

 

7

Ne pas limiter ma créativité. Je ne suis pas juge de la qualité. Peu importe le regard des autres. Je fais.

Le thème de la limite à dépasser est aussi présent dans la note 80, la note 119, la note 125 et la note 147.

2021

 

6

Laisser l’espace aux choses de mûrir, et moi me nourrir, cela fera comme du soleil qui fera mûrir.

2021

 

5

Aimer ce temps que la création prend. C’est un temps essentiel, pour la vie.

2021

 

4

Ma création artistique, j’en suis pleinement responsable, je ne demande l’autorisation à personne.

2021

 

3

La création, c’est comme la vie, c’est partir à l’aventure sans savoir où on va arriver. C’est avant tout le mouvement d’y aller, de faire en faisant.

Le début de la phrase est identique au début de la note 135, écrite quatre ans plus tôt. Je laisse ces récurrences ou répétitions, car elles racontent, par leur inscription dans le temps, des mouvements de pensée plus profonds, en deçà des mots.

2021

 

2

On découvre son sujet en le traitant.

2021

 

1

Il n’y a pas à filmer un sujet, filmer c’est le sujet.

Car filmer, c’est produire une rencontre, et c’est la rencontre qui donne la vie.

2021