Le jeu et la joie

1er avril 2025. Publié par Benoît Labourdette.
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L’apprentissage efficace repose sur l’expérience libre et joyeuse. Le jeu, au sens de Winnicott, représente l’autonomie créative et non la simple gamification. Associée à la joie, cette liberté d’expérimentation constitue le fondement d’une pédagogie réussie.

L’expérience

Quoi qu’on fasse, on vit une expérience. Si quelqu’un qui me parle ou m’explique des choses, c’est une expérience, que je vis tout simplement. De même, si je réalise des activités, que je crée des choses, effectue des calculs, mène des recherches ou travaille en groupe, ce sont d’autres expériences vécues.
C’est par l’expérience que l’on acquiert un savoir, que l’on construit par nous-mêmes. La notion de jeu peut souvent être mal comprise, car confondue avec la gamification – un fantasme très naïf selon lequel un meilleur apprentissage se ferait si on avait l’impression de jouer et non pas de travailler.

Cette idée est naïve parce que, au contraire, les enfants aiment travailler : le travail donne sens à la vie et à l’activité. Je voudrais donc préciser ce que j’entends par « jeu », qui n’a rien à voir avec cette notion de gamification.

La joie

Dans le cadre pédagogique, il faut veiller à ce que ces expériences soient bénéfiques, qu’elles contribuent à l’apprentissage de connaissances ou de compétences. Pour mieux apprendre, il est essentiel que nos sens soient en éveil et que nous soyons heureux de l’expérience que nous vivons. Sinon, les informations et les expériences auxquelles nous sommes confrontés seront associées à des émotions négatives, ce qui n’est évidemment pas propice à l’apprentissage – à l’exception peut-être de l’apprentissage par le traumatisme, bien que ce ne soit généralement pas souhaité.

Ainsi, le jeu, qui incarne l’envie d’expérimenter, ainsi que la joie, cette émotion positive par excellence qui instaure la confiance, reposent sur la capacité d’accueil et de réceptivité. Ces deux notions forment la base d’une pédagogie efficace.

Le jeu, la liberté et le travail

Je fais référence aux concepts du psychanalyste Donald Winnicott. Pour lui, le playing (le fait de jouer) se distingue du game (le jeu organisé). Le playing est une activité autonome, spontanée, libre, de transformation du monde par la manipulation ou la construction – par exemple, les jeux comme les Lego. C’est un moyen pour l’enfant de construire ce que Winnicott appelle le vrai self (le soi authentique), par opposition au faux self (le soi adapté aux exigences sociales).

Le jeu que j’évoque est l’autonomie, le choix. C’est aussi le travail, mais un travail libre, pas un travail commandé. Selon Winnicott, ce playing est toujours un moment de créativité : non pas une obéissance à des consignes, mais une invention par soi-même de solutions, une élaboration – qu’elle soit graphique, architecturale, ou même cinétique, comme lorsqu’on joue aux billes par exemple.

Ce jeu se déroule, pour Winnicott, dans un espace potentiel (aussi nommé aire transitionnelle), un espace où l’enfant sait qu’il n’est pas inquiété, ni jugé, et où il a donc toute latitude d’inventer – et de s’inventer, en se risquant à jouer.

Vous trouverez ici des outils pédagogiques, pratiques et conceptuels. Ces outils s’appuient sur les expériences et la pensée que je développe dans un grand nombre de contextes depuis les années 1990. J’ai développé une pratique pédagogique singulière, opérante, inspirée des méthodes de Célestin Freinet entre autres, adaptée aux enjeux humains contemporains et aux outils du XXIe Siècle.

La pédagogie est une pratique expérimentale, qui a ses théories, son histoire et ses penseurs. C’est un outil de construction central dans le champ éducatif mais aussi au delà, dans le cadre des interactions professionnelles ou de la médiation culturelle par exemple. Ainsi l’utilité des méthodes et réflexions que vous trouverez ici dépasse le contexte de l’enseignement.


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