Réinventer les projets culturels en lien avec la jeunesse ?

31 janvier 2022. Publié par Benoît Labourdette.
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Alors que l’action culturelle publique vise à toucher les personnes dans leur grande diversité, force est de constater qu’il est souvent difficile de mobiliser la jeunesse. Pourtant les jeunes (des enfants aux jeunes adultes) ont une intense consommation culturelle, notamment en ligne dans des espaces commerciaux qui ne disent pas leur nom. TikTok est déjà plus consulté que Google par exemple. Ces pratiques ont lieu ailleurs et autrement, et peuvent sembler radicales dans la rupture avec la culture légitime. Pour mémoire, l’étymologie du mot radical, c’est le lien à ses racines, qui se refonde à chaque nouvelle génération. Comment « notre » culture est-elle questionnée ? Comment retisser des liens qui construisent ?

« … c’est toujours du point le plus obscur du paysage que surgit le merveilleux, comme c’est toujours du point le plus enfoui de notre singularité que se produit notre reconnaissance de l’autre. »

(extrait du livre Ailleurs et autrement, Annie Lebrun, 2011, Gallimard)

Les professionnel·le·s des champs culturel, social et éducatif qui font le choix de dépasser le jugement sur les usages des jeunes générations en arrivent à remettre en question leurs représentations et leurs pratiques. Elles·ils font le constat que les propositions et les méthodes doivent être réinventées. L’enjeu est de se mettre en capacité de continuer à réaliser les objectifs culturels, pédagogiques et démocratiques qui sont la raison du financement par l’argent public des projets, des institutions et de leurs personnels. La période Covid a aussi accentué la désaffection des lieux culturels, entre autres impacts.

Et si, au lieu de chercher des réponses, nous partagions d’abord nos questions ? Et si nous étions créatifs, si nous expérimentions de nouvelles pratiques, si nous nous risquions à tracer de nouveaux chemins ? Je partage ici certaines de mes questions, qui mettent en mouvement ma pensée. N’hésitez pas à m’écrire (benoit benoitlabourdette.com) pour offrir les vôtres, que je pourrais relayer. Par ailleurs, dans cette dynamique, j’anime depuis 2022 une formation professionnelle, proposée par l’Observatoire des Politiques Culturelles, dans une énergie d’innovation créative et collective : « Culture, jeunesse et numérique - concevoir des nouvelles modalités de projets culturels et éducatifs ». Cette formation a pour ambition d’accompagner la construction de nouvelles idées, compétences et pistes de travail, pour de nouveaux projets culturels en lien avec la jeunesse.

Voici donc quelques questions intéressantes à se poser me semble-t-il, que je mets en partage :

  • Quelles sont mes idées reçues sur les pratiques numériques des jeunes ?
  • Est-ce que je considère que je suis porteur d’une « bonne culture », qui serait meilleure pour les jeunes que celles auxquelles ils accèdent, qu’en fait je juge sans les connaître ?
  • Est-ce que je juge que les réseaux sociaux sont dangereux pour les jeunes et pourquoi ?
  • Combien de fois je consulte mon téléphone chaque jour ? Ai-je déjà compté ? Et ne suis-je pas, moi aussi, « addict » à la communication numérique ?
  • Est-ce que je prends garde à ma vie privée numérique et comment ? Ou pas ?
  • Ai-je l’impression que les relations via le numérique (emails, réseaux sociaux, visioconférences, lives…) sont déshumanisantes ?
  • Quel pourcentage du temps de ma journée je passe devant des écrans ? Les « jeunes » passent-ils plus ou moins de temps que moi devant des écrans ?
  • Quels sont mes critères d’évaluation qualitatifs des projets culturels, éducatifs ou sociaux pour la jeunesse ?
  • Est-ce que je pense que je peux être changé par un projet avec des jeunes ou est-ce que je pense que je dois les changer ?
  • Ai-je déjà co-construit un projet avec des publics jeunes et comment ?
  • Ai-je déjà crié sur des jeunes, ou me suis-je déjà fait crier dessus par des jeunes, et dans quels types de situations ?
  • Est-ce que je crois qu’il est mal de regarder un film sur son téléphone ?
  • Suis-je sûr qu’une séance au cinéma où les jeunes sont obligés d’aller est meilleure pour eux qu’un film qu’ils ont librement choisi de regarder illégalement sur Internet ?
  • Est-ce que je possède un poste de télévision et est-ce que je l’allume ? Pour regarder quoi et combien de temps par jour en moyenne ?
  • Quelle valeur je donne aux productions numériques (photos et vidéos) produites par ma structure et par les jeunes qui participent à des projets ? Où et comment je stocke ce patrimoine numérique, pour quelle durée et dans quelle stratégie de récit humain du territoire ?

Pour nourrir cette réflexion, je vous propose le lien à ces quelques articles, dont certains aspects peuvent faire polémique. Il est sain je crois de débattre en profondeur, à partir de pensées fondées, radicales. Ainsi nous pouvons nous enrichir mutuellement de nos diversités et désaccords, dans le respect et sans chercher à faire consensus ni norme :

La « politique culturelle » est une tradition d’État en France depuis le Moyen-Âge. Elle a été initiée par Louis XIV au 17e Siècle comme un outil d’influence et de pouvoir. Et elle fut définie dans ses termes actuels par André Malraux en 1959, l’État ayant désormais pour mission la démocratisation de l’art dans la société. Mais aujourd’hui les politiques culturelles sont multiples, car portées par les collectivités publiques à d’autres niveaux que celui de l’État (villes, agglomérations, départements, régions) et à bien d’autres endroits, notamment associatifs (lieux et actions culturelles), individuels (les initiatives des artistes, professionnels ou amateurs) et par des sociétés privées (commerce de la culture).

La « révolution numérique », c’est à dire l’accès ubiquitaire, personnalisé et transitif à l’information ainsi que la production par les pairs comme nouveau modèle, bouleverse de façon profonde les « règles » de mise en œuvre des politiques culturelles, que ce soit au niveau public ou privé, et met bien des acteurs en difficulté pour atteindre leurs objectifs. Je propose ici des outils de compréhension des enjeux de cette « révolution numérique » et des pistes de travail concrètes, en espérant apporter de la ressource utile au travail des politiques culturelles, dans tous types de contextes.


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