Séminaire de travail pour connaître l’étape de travail des partenaires pour le projet de référentiel de certification « droits culturels » dans le cadre de la formation professionnelle, co-construire ensemble (via la méthode du forum ouvert) des réflexions sur des axes précis du sujet pédagogie et droits culturels, et enfin élaborer des pistes d’actions collectives. Je relate un peu plus en détail ici les deux ateliers que j’ai proposés.
Organisé par l’UFISC, Opale, Réseau Culture 21, l’Observatoire des politiques culturelles, le Laboratoire des droits culturels et la Ligue de l’enseignement, le 6 février 2025 à la Maison des métallos (Paris).
Ce collectif d’acteurs travaille depuis trois ans à un référentiel de compétences pour une certification « droits culturels » dans le champ de la formation professionnelle. Trois grandes compétences sont sorties :
Compétence 1
Concevoir un cadre de travail pour prendre en compte la diversité des références culturelles des personnes en permettant le développement des capacités d’expression.
Compétence 2
Analyser sa pratique professionnelle pour identifier les enjeux et problématiques de la mise au travail des droits culturels en se référant au corpus des droits humains fondamentaux.
Compétence 3
Formaliser des propositions d’actions pour mobiliser de manière effective et continue les droits culturels en déterminant des marges de manœuvre et des possibilités d’évolution dans son contexte professionnel.
J’ai proposé cet atelier, dont vous pouvez lire la synthèse complète en mindmapping, car les droits culturels me semblent une notion extrêmement opérante au bénéfice du sens des projets culturels, et sont trop souvent vécus comme très conceptuels. Pour en transmettre les valeurs de respect de la dignité humaine, dans certains contextes, il n’est sans doute pas nécessaire de les nommer en tant que tels. Pour préciser les points de vue et approches dans ce sens, j’ai d’abord proposé qu’on exprime la raison de notre préoccupation, puis partager nos définitions respectives des droits culturels, et enfin brosser les contextes, cas d’usages et enjeux de nommer ou non les droits culturels.
J’ai proposé cet atelier, dont vous pouvez lire la synthèse complète en mindmapping, car il me semble que les droits culturels pourraient être mobilisé avec grand profit pour faire évoluer les dispositifs pédagogiques au sein de l’éducation nationale, et c’est l’un de mes sujets de travail. J’ai proposé tout d’abord de partager les préoccupations respectives sur ce sujet, puis de mettre en commun expériences et propositions.
(photographies : Alice-Anne Jeandel)
Les « droits culturels », qui découlent de la Déclaration universelle des droits de l’homme, sont un concept développé et défendu par des chercheurs, sociologues, philosophes, responsables politiques et acteurs du monde culturel. Présents dans un certain nombre d’articles de loi depuis 2001, les droits culturels visent à mettre en évidence et formaliser, pour pouvoir les rendre opérants, les principes d’une « démocratie culturelle ». Pour le synthétiser rapidement, il s’agit que chaque personne puisse donner à ses propres yeux de la valeur à sa culture personnelle, afin d’être en capacité d’exercer sa citoyenneté : s’exprimer, défendre son point de vue, créer, développer ses pratiques, avoir accès à une diversité culturelle, etc. Les droits culturels opèrent dans un champ bien plus vaste que celui du strict secteur culturel.
La notion de « droits culturels » est présente en France dans les lois NOTRe (2015) et LCAP (2016). Elle est portée par une délégation du Ministère de la Culture (Délégation générale à la transmission, aux territoires et à la démocratie culturelle, depuis le 1er janvier 2021).
Les droits culturels sont paradoxalement difficiles à mettre en œuvre dans le secteur culturel, qui est traditionnellement plutôt attaché à la « démocratisation culturelle » : on y défend souvent l’idée de la transmission aux publics d’œuvres d’art de la meilleure qualité possible, selon un principe de hiérarchie de « valeurs culturelles ». Ainsi, les droits culturels peuvent être vécus par certains professionnels de la culture comme une dynamique dangereuse pour l’Art, une tendance vers les pratiques amateur, ce qui n’est pas le cas.
Dans mon point de vue, qui est celui d’un praticien/chercheur dans le champ culturel, les droits culturels sont avant tout une pratique, un exercice de la démocratie dans les méthodes même d’organisation du travail, du rapport à l’autre et de la place de chacun.e, les choix de programmation, les méthodes de médiation et d’animation d’ateliers, le mode d’inscription territorial de la politique culturelle, etc.
Je propose dans cette rubrique des méthodes de travail concrètes pour des bonnes pratiques de mise en œuvre des droits culturels, basées sur mes expériences de terrain, ainsi qu’un partage de réflexions plus théoriques, dans le cadre de ma propre recherche sur les droits culturels.
Je me situe dans la filiation de penseurs comme John Dewey. Mais les droits culturels ne sauraient être présentés sans citer Patrice Meyer-Bisch, Jean-Michel Lucas, Christelle Blouët, la « Déclaration de Fribourg », etc.