Comment nous travaillons

L’organisation du travail à l’agence : une société légère, un réseau de personnes qui coopèrent depuis des années.

Comment nous travaillons

Qui se cache derrière les nombreux projets racontés sur ce site ? Une société sans structure lourde, créée en 2016, et un réseau de personnes avec qui nous travaillons projet par projet, dans des rôles qui changent selon les besoins. On décrit ici ce fonctionnement, avec des exemples réels.

Une société légère

Benoît Labourdette production est une société de production d’œuvres, de dispositifs culturels et d’ingénierie de projets, créée en janvier 2016 par Benoît Labourdette, dans la continuité de Quidam production, fondée en 1999. La structure est volontairement légère : pour chaque projet, nous réunissons l’équipe nécessaire — artistes, médiateurs, techniciens, chefs de projet — selon la nature du travail à mener. Cette manière de fonctionner, éprouvée depuis trente ans, donne une grande agilité : c’est elle qui permet d’engager des projets ambitieux et pluridisciplinaires, en ajustant les moyens à chaque contexte. Benoît Labourdette en est le concepteur et le premier interlocuteur.

Un visiteur qui parcourt ce site peut se demander comment un tel volume de réalisations est possible — la question nous a été posée. La réponse tient dans cette organisation : ce qui est raconté ici a été fait à beaucoup, avec des personnes différentes selon les projets, qui se connaissent et qui ont l’habitude de produire ensemble.

Le travail circule dans tous les sens

Selon les projets, les rôles se déplacent. La photographe et plasticienne Myriam Drosne travaille pour des projets portés par l’agence, et l’agence travaille pour les siens ; il en va de même avec le cinéaste Romain Baujard, avec le psychiatre Serge Tisseron et la pédopsychiatre Marie-Noëlle Clément dans les projets sur l’empathie et les compétences psychosociales : chacun fait travailler l’autre, selon les nécessités du moment. Ces allers-retours tiennent du compagnonnage : la relation précède les rôles, et les rôles se redistribuent à chaque projet.

La commande elle-même prend des formes variées. Tantôt le commanditaire rémunère directement chaque intervenant, et Benoît Labourdette y tient la place d’architecte du projet parmi les autres. Tantôt les structures de nos partenaires nous confient des missions : le Master Expographie Muséographie de Serge Chaumier pour enseigner la vidéo, le Forum des images d’Élise Tessarech pour co-construire Tumo x IA puis animer son Comité de veille sur l’intelligence artificielle, le ministère de la Culture pour mener avec Pascale Issartel les auditions du chantier national sur l’avenir de l’audiovisuel en bibliothèque. Tantôt encore, c’est l’agence qui fait appel à des spécialistes : la développeuse Anne-Lise Martenot pour les fonctions contributives de la plateforme Azimut, l’agence web Mosquito, experte du CMS SPIP, pour des chantiers techniques.

Les personnes nommées sur cette page sont quelques exemples parmi beaucoup d’autres. Et l’on ne trouve ici que les projets portés par l’agence : d’autres naissent ailleurs, chez nos partenaires, à partir des liens tissés dans le travail commun.

Il n’y a donc pas un sens unique de la commande, et cette souplesse est une méthode. Elle permet de constituer pour chaque projet l’équipe juste, et d’installer entre les personnes un rapport de partenaires : chacun a un rôle, personne n’est réduit à un statut. Que nous salariions quelqu’un, que nous soyons nous-mêmes prestataires ou que nous travaillions côte à côte sans lien juridique, la relation de travail est la même.

Le processus fait le résultat

La nature de ce que nous produisons est à l’image de la manière dont nous le produisons. Cette conviction, nourrie des méthodes de l’entreprise libérée et de la philosophie pragmatique de John Dewey, guide l’organisation de chaque projet.

Deux exemples récents. Pour l’état des lieux concerté de l’éducation aux images en Nouvelle-Aquitaine, mené pour l’agence ALCA, le soin apporté aux conditions de travail — celles de l’équipe comme celles des professionnels consultés — a permis de collecter en quelques mois une quantité inhabituelle de données qualitatives et d’en produire un résultat directement utile aux acteurs du territoire. Pour « Droit à la parole ! », documentaire sur l’organisation démocratique de l’école La Source, nous avons construit le tournage sur le sujet même du film : des caméras identiques confiées aux enfants, jusqu’aux plus petits de la maternelle, un montage conduit sur six mois au rythme d’un rendez-vous mensuel avec l’équipe de l’école, et une projection avec toutes les personnes filmées avant toute diffusion. Ce chemin n’a rien enlevé au film ; chacun y a pris sa place, et l’œuvre est plus juste par rapport à son propos.

Le matériel et la régie

L’agence acquiert et entretient un parc de matériel important : ordinateurs, caméras, éclairage, son, instruments de musique, vidéoprojecteurs, systèmes de vidéo mapping, machinerie, matériel de médiation. Chaque équipement est testé sur le terrain, gardé s’il fait ses preuves, remplacé sinon ; au fil des années se constitue ainsi une expertise du matériel à la fois efficace, léger et solide, utile pour la médiation comme pour la production audiovisuelle ou artistique. Cette expertise est documentée en interne : la régie technique fait l’objet d’une véritable recherche et développement, et des kits précis, tenus à jour, permettent à d’autres personnes que Benoît Labourdette d’animer les ateliers dans les meilleures conditions. Les projections itinérantes, menées depuis 2011, en sont un exemple : le matériel de projection dans les rues est renouvelé en continu pour garder la meilleure qualité possible. Les ateliers de films d’animation en sont un autre : entre l’atelier cinéma animé du Musée de l’Homme en 2017 et les ateliers en papier découpé menés aujourd’hui dans le cadre des projets de prévention des catastrophes naturelles portés avec Serge Tisseron, l’idée d’atelier est restée la même, et la technologie a complètement changé.

Les locaux comme laboratoire

L’agence dispose de grands locaux au cœur de Paris, dans le treizième arrondissement : des bureaux, un studio de musique, un studio de tournage, un studio d’arts plastiques, et un petit logement pour des résidences courtes. Selon les projets, des collaborateurs et des stagiaires y travaillent sur place, parfois sur de longues périodes — pendant la production de la recherche-action Éducation aux images 2.1, toute une équipe y a été présente durablement — et des artistes, des collaborateurs ou des stagiaires y ont séjourné en résidence quand c’était nécessaire. On y stocke le matériel, on y organise des formations, des réunions et des temps de recherche avec des partenaires : des moments d’intelligence collective sans production ni prestation, consacrés à réfléchir ensemble sur nos sujets de travail. Depuis dix ans, plus de trente soirées d’expérimentation artistique s’y sont tenues : on y essaie, on peut s’y tromper, et c’est ainsi qu’on avance. Des projets y sont nés, des rencontres s’y sont faites ; certaines médiations proposées ensuite dans des musées ont d’abord été expérimentées lors d’une de ces soirées. Le travail s’y fait de façon libre et informelle, et il en sort beaucoup : c’est un lieu de fabrique, souple et collectif, organisé selon les besoins, auquel on peut prendre part. Tout cela tient au fait que l’agence existe comme personne morale, capable de posséder du matériel et des locaux : l’artiste Benoît Labourdette seul ne le pourrait pas. L’ensemble est piloté par lui, dans une logique collective : le matériel, les lieux et ce qu’on y apprend sont partagés, à l’intérieur de l’agence comme au dehors, et la recherche comme la transmission passent aussi par le terrain.

Le travail de fond

La qualité de ce que l’agence produit prend sa source dans un travail de fond qui ressemble à de la recherche appliquée, sans en avoir toujours le cadre institutionnel. Il se mène dans des échanges au long cours : le dialogue avec l’ingénieur culturel emmanuel vergès sur la documentation, les droits culturels et l’intelligence artificielle ; les méthodes d’éducation populaire transmises par Christelle Blouët et Anne Aubry de Réseau culture 21, que nous mettons en œuvre et documentons à notre tour ; le binôme réflexif tenu avec Jean-François Marguerin pendant le colloque de Cerisy dirigé par Jean-Paul Ollivier ; le comité de pilotage du chantier audiovisuel en bibliothèque aux côtés de Pascale Issartel ; les relectures croisées avec Véronique Guiho-Leroux à Nantes. Certaines coopérations durent depuis plus de dix ans, comme la création partagée avec le sculpteur végétal Jean-Philippe Poirée-Ville et l’artiste Maëlla Mickaëlle, ou la confiance construite avec Sonia Leplat à la MPAA, Valérie Suner au Théâtre de la Poudrerie, Claudie Le Bissonnais pour les ateliers d’envergure, Alice Rougeulle à l’Institut pour la photographie, etc. Ces échanges ne sont pas un à-côté du travail : ils sont ce qui permet, quand un projet arrive, d’aller en profondeur, de façon constructive et pérenne, parce que dans chaque projet on continue d’apprendre les uns des autres.

Tout n’est pas raconté

Nous documentons sur ce site beaucoup de projets, et cette documentation est un travail en soi. Pourtant, tout n’y est pas : des missions importantes n’ont pas encore leur récit. Pendant quatre ans, de 2018 à 2022, nous avons accompagné la direction des affaires culturelles de la Ville des Lilas : actions expérimentales, formations du personnel culturel et périscolaire, mise en place d’outils numériques dont une plateforme vidéo, évolution des méthodes de travail, refondation collective de la boussole de la médiation pour la ville, et accompagnement de la création du festival du film féministe. Pendant un an, pour la Ville de Fontenay-sous-Bois, nous avons ouvert le dialogue entre la direction des affaires culturelles et la direction de la jeunesse par des démarches d’intelligence collective. Le documentaire « Droit à la parole ! » n’a pas encore le sien. Nous écrirons ces récits ; en attendant, ce qui est raconté ici n’est qu’une partie de ce qui a été fait.

Savoir coopérer

On pourrait lire dans ce modèle sans salariés une forme de précarisation du travail. Notre expérience montre l’inverse, à une condition : que les liens soient entretenus dans la durée, avec respect, et dans les deux sens. Les personnes citées sur cette page nous font travailler autant que nous les faisons travailler ; quand un projet s’arrête, la relation demeure, et c’est elle qui fait naître le suivant, chez elles comme chez nous. Savoir coopérer entre personnes différentes est une compétence politique autant que professionnelle. Elle suppose des espaces de travail où chacun, commanditaire compris, peut enrichir le projet, et où le bien-être des personnes conditionne la qualité de ce qui se fait. Une structure lourde protège tant qu’elle tient ; un tissage de coopérations éprouvées s’adapte aux circonstances et se renforce dans les secousses. Nous avons consacré un article à cette antifragilité des projets culturels ; notre organisation du travail en est l’application à nous-mêmes.