Comment aiguiser l’esprit critique sans faire la leçon ?

Pistes de conférence sur l’éducation aux images, aux médias et à l’information, pour des réseaux d’éducation populaire, des bibliothèques, des rectorats, des collectivités, des associations.

Comment aiguiser l'esprit critique sans faire la leçon ?

L’éducation aux médias est devenue un mot d’ordre, avec des budgets, des labels et des dispositifs. Et pourtant, la plupart des professionnel·les que je rencontre ont le sentiment que ça ne prend pas : les jeunes savent réciter qu’il faut vérifier ses sources et continuent de croire ce qu’ils veulent croire, comme nous tous. Je pense que le problème vient de la manière dont nous avons construit ce champ, et j’ai plusieurs entrées possibles pour en discuter avec vos équipes.

Première piste : le fact-checking ne fabrique pas d’esprit critique

Vérifier une information suppose qu’existe quelque part une version vraie, tenue par quelqu’un d’autorisé. C’est une position de pouvoir, et les jeunes la repèrent immédiatement. Je propose une conférence qui prend au sérieux cette critique sans verser dans le relativisme : ce que veut dire l’objectivité, comment se fabrique un fait, pourquoi les dispositifs de vérification produisent parfois l’effet inverse de celui qu’ils visent. Elle vient de L’imposture du fact-checking, La mythologie du vrai et Les mensonges des experts.

Deuxième piste : l’éducation aux médias faite par ceux qui les fabriquent

Confier l’éducation aux médias aux journalistes paraît évident et pose un problème épistémologique réel : on demande à une profession de former à la critique de sa propre production. J’ai proposé le concept de dramaturgie attestataire pour décrire la mise en scène journalistique du réel, et il donne des outils d’analyse très concrets, utilisables avec des adolescent·es dès la première séance. Voir La dramaturgie attestataire, Le·la journaliste et son miroir et Éducation aux médias et à l’information : repenser le rôle des journalistes.

Troisième piste : passer par la création plutôt que par l’analyse

C’est le cœur de ma pratique. On comprend comment une image manipule en en fabriquant une, pas en écoutant quelqu’un expliquer comment elle manipule. C’est la piste la plus parlante : je peux la faire vivre à la salle en dix minutes avec les téléphones qui sont déjà dans les poches. Elle s’appuie sur La créativité comme arme politique face à la société du spectacle et sur L’éducation aux images, un espace de lien.

Quatrième piste : distinguer les régimes d’images

Beaucoup de malentendus viennent de ce que nous appelons « image » des objets qui n’ont ni le même statut ni la même fonction : l’image encadrée par une institution, l’image autonome que produit une machine, l’image vernaculaire que chacun·e fabrique et fait circuler. J’ai proposé cette typologie parce qu’elle est un préalable politique, éducatif et patrimonial, et parce qu’elle rend beaucoup de discussions immédiatement plus claires. Voir Images encadrées, autonomes, vernaculaires et Les fonctions contemporaines des images : au-delà de la mémoire.

Cinquième piste : écouter avant de faire voir

La collecte ethnographique est une méthode de recueil de la parole radicalement différente de l’entretien journalistique, et elle constitue à mes yeux le meilleur point d’entrée en éducation aux médias. Apprendre à écouter pour apprendre à voir. Piste qui convient bien aux structures du champ social et aux projets de territoire. Voir La collecte ethnographique comme outil d’éducation aux médias.

Sixième piste : l’esprit critique à l’âge des machines qui parlent

Quand une intelligence artificielle produit un texte plausible sur n’importe quel sujet, la question de la vérification change de nature. Je traite cette piste avec des exercices créatifs, où l’on fabrique du faux ensemble pour comprendre de l’intérieur ce qui rend crédible. Voir L’éducation aux médias et à l’IA par la créativité et Pensée déléguée.

Ce qui se passe dans la salle

Je fais fabriquer. Selon le temps disponible, cela va d’un exercice de deux minutes sur le son d’une image, qui suffit à retourner la perception de toute une salle, à un atelier où chacun·e produit et montre. J’utilise aussi le débat mouvant, où l’on se place physiquement selon ce qu’on pense d’une affirmation, ce qui montre que le désaccord traverse le groupe lui-même, et pas seulement les jeunes qu’on veut éduquer. Voir Le débat mouvant revisité et Le son est le premier facteur d’immersion.

Ce qu’il en reste

Les productions de la salle et les contributions écrites restent en ligne. Pour les réseaux qui construisent une politique d’éducation aux images sur un territoire, ce matériau devient un état des lieux partagé, comme dans le travail mené en Nouvelle-Aquitaine.

Formats et préparation

Une heure trente de conférence participative, une journée de formation, ou une journée professionnelle que je conçois avec vous. Je prépare en visioconférence, en cherchant surtout à savoir ce que vos équipes ont déjà essayé et ce qui a échoué : c’est de là que part la conférence utile. En français et en anglais. Je peux enfin accompagner une personne de votre équipe à porter elle-même ces contenus, ce qui est souvent le meilleur investissement pour un réseau [voir la page « Et si c’était quelqu’un de chez vous qui parlait ? », à relier une fois publiée].

Quelques interventions passées

« Former les regards à l’ère de l’IA » : une journée pour repenser l’éducation aux images ; État des lieux concerté de l’éducation aux images en Nouvelle-Aquitaine ; Éducation aux images et citoyenneté ; Potentialités de l’éducation aux images dans le champ de l’action sociale.

Toutes les ressources : Éducation aux médias et à l’information et Éducation aux images / Recherche sur l’image.