Deux services de la même maison qui s’ignorent, un réseau dont les adhérent·es ne se croisent qu’une fois par an, une fusion qui a mis ensemble des cultures professionnelles étrangères l’une à l’autre : les situations diffèrent, la demande se ressemble. Elle porte rarement sur un contenu, plus souvent sur une manière de faire. J’anime des dispositifs collectifs depuis trente ans et j’ai documenté publiquement mes méthodes, ce qui est assez rare dans ce métier. Voici les entrées possibles.
Première piste : les méthodes elles-mêmes, vécues puis analysées
Assis-debout, binômes minutés, arpentage collectif de textes, débat mouvant, world café, mind-mapping collaboratif, atelier des liens durables. Une conférence peut consister à en faire vivre quatre ou cinq en une matinée, puis à analyser avec le groupe ce que chacune produit, ce qu’elle empêche, et dans quel cas l’employer. Les participant·es repartent avec un répertoire utilisable dès la semaine suivante. Toutes ces méthodes sont documentées dans Méthodes d’animation de l’intelligence collective, et je les donne sans réserve, parce qu’une méthode gardée secrète ne sert à personne.
Deuxième piste : ce que l’animation dit du rapport aux personnes
Un dispositif d’animation n’est jamais neutre : il distribue la parole, il fabrique des places, il autorise ou empêche le désaccord. Une organisation qui parle de coopération en réunissant ses agents pour les écouter en silence enseigne le contraire de ce qu’elle dit. Cette piste convient aux directions qui veulent regarder leurs propres pratiques. Voir La dimension politique des dispositifs d’organisation, L’état d’ouverture et La parole à l’assaut du PowerPoint.
Troisième piste : le numérique comme instrument de coopération
C’est la singularité de mon travail, et elle surprend souvent. Nous développons à l’agence des outils simples, hébergés par nos soins, qui permettent à cent cinquante personnes de contribuer en direct et de laisser une trace consultable ensuite. Un mur de contributions, une bibliographie composée par la salle, un plaidoyer écrit à plusieurs mains dans l’après-midi. Le numérique sert alors la démocratie interne au lieu de l’encombrer. Voir Une plateforme web pour l’intelligence collective, Les traces numériques pour faire lien et Activer l’intelligence collective avec le numérique.
Quatrième piste : pourquoi les belles journées ne changent rien
Une équipe sort enthousiaste et rien ne se passe ensuite. La validation n’est pas la transformation, et ce qui fait la différence tient à des choses précises : ce qui est écrit, par qui, ce qui reste accessible, quel jalon est posé, qui s’en saisit. Piste utile quand une organisation a déjà fait plusieurs séminaires sans effet. Voir La mise en pratique des méthodes et Pourquoi le pouvoir d’agir est si souvent vécu comme une transgression.
Cinquième piste : coopérer en situation de crise
Restrictions budgétaires, réorganisation, conflit interne, choc extérieur. Animer un collectif dans ces moments demande autre chose que des techniques de créativité. J’ai formalisé des principes opératoires pour cela, en dialogue avec les travaux de Serge Tisseron sur la corésilience et d’Olivier Hamant sur la robustesse. Voir Animer l’intelligence collective face aux crises, Fabriquer la corésilience et Robustesse, antifragilité, résilience.
Sixième piste : le secret partagé, et ce que l’intime fait au collectif
Une méthode que j’ai développée et qui fonctionne remarquablement bien pour faire exister dans un groupe ce qui ne se dit jamais en réunion. Elle demande un cadre solide et je ne la propose pas partout, mais quand elle a lieu, un collectif ne travaille plus tout à fait de la même manière. Voir Le secret partagé et S’autoriser à créer.
Ce qui se passe dans la salle
Ici, la salle est le sujet. La proportion d’exposé est la plus faible de toutes mes interventions : quelques cadrages courts, et pour le reste des dispositifs enchaînés, avec à chaque fois un commentaire de méthode qui explique ce qu’on vient de vivre et comment le refaire. Le pari est simple : un collectif de cinquante ou deux cents personnes produit en deux heures davantage que ce que j’aurais pu lui apporter seul, à condition que quelqu’un s’occupe sérieusement du cadre.
Ce qu’il en reste
Tout ce que le groupe écrit reste en ligne, et c’est souvent le vrai livrable. Selon les cas, cela devient un plaidoyer, un état des lieux partagé, un ensemble de recommandations, une cartographie du territoire collectif. J’en tire une synthèse éditorialisée quand vous le souhaitez, mais je préfère toujours que le document porte les mots des participant·es plutôt que les miens.
Formats et préparation
De la séquence d’une heure trente à l’accompagnement de plusieurs années, en passant par le séminaire d’une journée et l’animation d’un comité dans la durée. La préparation est ici décisive, davantage que sur les autres sujets : ce qui se joue réellement dans un collectif ne figure jamais dans la commande initiale, et j’ai besoin de deux ou trois conversations pour le percevoir. En français et en anglais. Et je peux transmettre le rôle lui-même : accompagner une personne de votre équipe à concevoir et animer elle-même ce type de temps collectif, jusqu’à ce qu’elle n’ait plus besoin de moi [voir la page « Et si c’était quelqu’un de chez vous qui parlait ? », à relier une fois publiée].
Quelques interventions passées
Un plaidoyer écrit à douze en une après-midi ; Agrandir le Silo ; État des lieux concerté de l’éducation aux images en Nouvelle-Aquitaine ; Brainstorming numérique géant ; Expérimenter ensemble pour devenir autonomes : sept années avec la direction de l’action culturelle des Lilas.