Une équipe sort convaincue d’une journée, et trois mois plus tard rien n’a changé. Ce n’est pas un problème de motivation, c’est un problème de méthode : la validation n’est pas la transformation. Je travaille cette question depuis trente ans, avec des enfants, des adolescent·es, des professionnel·les, des étudiants à l’université, et je sors un film documentaire sur la pédagogie nouvelle, « Droit à la parole ! ». La pédagogie est un sujet qui intéresse bien au-delà de l’école : des lieux culturels, des artistes, des entreprises me le demandent, chacun·e avec ses raisons.
Première piste : le cadre autorise, il n’interdit pas
Un cadre pédagogique sert à ce que chaque personne ait sa place et puisse se risquer. La plupart des cadres que nous fabriquons servent en réalité à prévenir les débordements, ce qui produit exactement l’inverse de ce qu’on cherche. Cette piste donne des critères concrets pour construire un cadre autorisant, et elle marche particulièrement bien devant des gens qui animent des groupes sans avoir été formés à le faire. Elle s’appuie sur Qu’est-ce qu’un « bon cadre » pour la pédagogie ?, Écouter l’Autre et Cadre, objectif et transgression.
Deuxième piste : la peur empêche d’apprendre
Il y a là des éléments de neurosciences simples, vérifiables, et rarement pris au sérieux dans l’organisation concrète d’une formation ou d’un cours. Ce que produit la peur d’avoir tort, la peur du regard des autres, la peur de la note. J’y ajoute une chose que je pratique et qui surprend : laisser trente secondes de silence à quelqu’un qui bute, au lieu de l’aider. Voir La peur, inhibitrice des apprentissages et Les trente secondes qui leur appartiennent.
Troisième piste : la transgression de la consigne est une information
Quand une personne fait autre chose que ce qu’on a demandé, le réflexe est de recadrer. Or c’est souvent là que se trouve le plus intéressant, et la manière dont on accueille cet écart décide de ce que le groupe s’autorisera ensuite. Piste très concrète, avec des exemples pris dans des ateliers réels. Voir Le respect de la consigne et La consigne comme cadre.
Quatrième piste : se rendre dispensable
Une bonne transmission organise sa propre disparition. C’est une position inconfortable pour beaucoup de formateur·rices, d’enseignant·es et d’artistes, dont l’identité professionnelle repose sur le fait d’être nécessaire. J’ai formalisé cela sous le nom d’écologie de la dispensabilité, et c’est probablement la conférence qui déclenche le plus de discussions vives. Voir Pour une écologie de la dispensabilité et L’innovation pédagogique.
Cinquième piste : la sincérité comme outil de travail
Se risquer à dire la vérité dans une relation pédagogique, y compris sur ce qu’on ne sait pas, n’est pas une qualité morale mais un levier technique. Cette piste convient bien aux entreprises et aux organisations, où la question de la parole vraie se pose autrement qu’à l’école. Voir Se risquer à la vérité et Vérité et mensonge.
Sixième piste : la pédagogie nouvelle, ce qu’elle avait compris
Freinet, Freire, Dewey, et les écoles qui pratiquent aujourd’hui l’organisation démocratique de la classe. Cette piste part du film que je viens de terminer, qui donne aux enfants une place démocratique dans le film lui-même. Elle intéresse les structures qui travaillent leur gouvernance autant que celles qui travaillent leur pédagogie. Voir La pédagogie Freinet appliquée à la médiation numérique, La pédagogie est-elle révolutionnaire ? et La violence secrète.
Ce qui se passe dans la salle
Cette conférence-là serait absurde en cours magistral, et je la construis donc entièrement comme une démonstration : chaque méthode dont je parle, nous la vivons, puis nous l’analysons. Les participant·es repartent avec un répertoire de dispositifs qu’ils peuvent utiliser dès le lendemain, pas avec des principes. C’est le sujet de La mise en pratique des méthodes.
Ce qu’il en reste
Les analyses que le groupe produit sur ses propres exercices restent en ligne, sur une plateforme que nous hébergeons, et constituent un début de répertoire commun. Pour une équipe qui veut poursuivre, c’est ce document qui sert de base à la fois suivante, plutôt qu’un support de formation venu de l’extérieur.
Formats et préparation
Une heure trente en ouverture d’une journée pédagogique, une journée de formation, ou un accompagnement en plusieurs temps quand une équipe veut vraiment changer ses pratiques. La préparation se fait avec les personnes qui animent l’équipe, parce que ce qu’elles n’osent pas dire à leurs collègues est souvent le vrai sujet. En français et en anglais. Et transmettre étant le sujet même de cette page, je peux accompagner une personne de votre équipe à construire et donner elle-même cette intervention : c’est la mise en pratique la plus directe de ce qu’elle raconte [voir la page « Et si c’était quelqu’un de chez vous qui parlait ? », à relier une fois publiée].
Quelques interventions passées
Nouveaux médias : une journée pour désapprendre ensemble ; Travailler avec des artistes dans le champ social ; Évaluer l’éducation artistique et culturelle du point de vue de l’artiste, cours à l’INSEAC.
Toutes les ressources : Pédagogie.