Qu’est-ce qu’on fait vraiment quand on fait de l’EAC ?

Pistes de conférence sur l’éducation artistique et culturelle, pour des collectivités, des DRAC, des réseaux d’éducation, des équipes artistiques, des enseignant·es.

Qu'est-ce qu'on fait vraiment quand on fait de l'EAC ?

L’éducation artistique et culturelle est un des rares sujets où presque tout le monde est d’accord sur les mots et presque personne sur ce qu’ils recouvrent. On me demande d’intervenir tantôt pour remettre du sens dans un dispositif devenu routinier, tantôt pour aider des artistes et des enseignant·es à se parler, tantôt pour traiter la question de l’évaluation qui empoisonne les bilans. Voici les pistes que je peux prendre, à discuter selon ce qui se joue chez vous.

Première piste : compter, ou accompagner ?

L’évaluation de l’EAC se fait presque toujours en nombre de bénéficiaires et d’heures. Ces chiffres disent quelque chose de l’effort public, et rien de ce qui s’est passé pour les personnes. Je propose une conférence qui prend ce problème de front et qui donne des outils : ce qu’on peut observer, ce qu’on peut recueillir, comment un récit situé vaut mieux qu’un tableau, et comment produire des traces qui servent en même temps aux participant·es et aux financeurs. Cette piste s’appuie sur Éducation aux images : compter ou accompagner ?, sur Évaluer l’éducation artistique et culturelle du point de vue de l’artiste, issu d’un cours à l’INSEAC, et sur Vers une évaluation volontaire des projets culturels.

Deuxième piste : l’artiste qui entre en classe entre dans une société

Une salle de classe n’est pas un contenant neutre où l’on déposerait une proposition artistique. C’est déjà une société, avec ses places, ses hiérarchies, ses alliances, ses exclusions. L’intervenant·e y arrive en position de domination, qu’il ou elle le veuille ou non, et cette position est un matériau de travail plutôt qu’un inconfort à ignorer. C’est une des conférences où je vois le plus de choses bouger chez les artistes, parce qu’elle nomme ce qu’elles et ils vivent sans le dire. Elle s’appuie sur L’école est déjà une société et Vous êtes en position de domination.

Troisième piste : la consigne, et ce qu’on fait des écarts

Les méthodes ne sont pas des détails d’exécution : elles décident de ce que le projet autorise. La manière de donner une consigne, l’accueil de ce qui s’en écarte, le temps laissé à quelqu’un qui bute, la place de celle ou celui qui ne fabrique rien, tout cela produit ou empêche l’émancipation que le dispositif prétend viser. Cette piste est très concrète, très pratique, et fonctionne bien devant des équipes mixtes d’artistes, de médiateur·rices et d’enseignant·es. Elle vient de Le sens des méthodes de médiation dans l’éducation artistique et culturelle, La consigne comme cadre, Le respect de la consigne et Celui qui ne fabrique pas.

Quatrième piste : EAC et droits culturels, deux mondes qui gagnent à se parler

Les droits culturels obligent à poser une question désagréable à l’EAC : est-ce que nous transmettons un patrimoine à des personnes supposées en manquer, ou est-ce que nous organisons la rencontre entre des cultures dont la leur fait partie ? La réponse change les objectifs, les partenaires et l’évaluation. Piste utile quand une collectivité écrit ou révise son projet de territoire. Elle s’appuie sur Éduquer aux images, organiser le désaccord, sur la rubrique Les droits culturels et sur la conférence Conférence : « EAC et droits culturels : des convergences à identifier et à mettre en œuvre ».

Cinquième piste : l’EAC qui survit aux coupes

Beaucoup de projets d’EAC sont fragiles parce qu’ils dépendent d’un financement fléché, d’une personne, d’un calendrier. J’ai formalisé une méthode d’antifragilité pour les projets culturels, et elle s’applique particulièrement bien ici : concevoir dès le départ ce qui restera si la subvention disparaît, si l’artiste change, si l’enseignant·e est muté·e. Voir Pour une antifragilité des projets culturels et Atelier cinéma pour des enfants absents à Gonesse, qui raconte un dispositif conçu ainsi.

Ce qui se passe dans la salle

Je fais vivre au groupe ce dont je parle, parce que parler des méthodes sans les pratiquer produit de l’adhésion et pas de la transformation. Selon la durée, cela peut être un arpentage collectif d’un texte court, un débat mouvant où l’on se déplace physiquement selon ce qu’on pense, des binômes minutés, ou une consigne de création très brève dont on analyse ensuite ce qu’elle a produit chez chacun·e. Ces dispositifs sont documentés dans Méthodes d’animation de l’intelligence collective.

Ce qu’il en reste

Les contributions écrites pendant la séance restent en ligne, sur une plateforme que nous hébergeons nous-mêmes, et servent de matière première à la suite du travail. Quand il s’agit d’un réseau ou d’un territoire, cette matière devient souvent un document partagé, parfois un texte commun rédigé pendant la journée elle-même.

Formats et préparation

Une heure trente en ouverture, une demi-journée avec ateliers, ou une journée complète que je conçois avec vous. Je prépare toujours en visioconférence avec les personnes qui organisent, pour ajuster la piste au vrai sujet, qui n’est pas toujours celui de la commande initiale. En français et en anglais. Il arrive aussi que la personne juste pour porter ce propos soit chez vous, une coordinatrice EAC, un artiste associé : je peux l’accompagner à concevoir et donner elle-même l’intervention [voir la page « Et si c’était quelqu’un de chez vous qui parlait ? », à relier une fois publiée].

Quelques interventions passées

Éducation aux images et citoyenneté : quand les professionnels de la jeunesse repensent leurs pratiques ; Conception d’une journée professionnelle « Pratiques artistiques et numériques » ; Travailler avec des artistes dans le champ social ; État des lieux concerté de l’éducation aux images en Nouvelle-Aquitaine.