Autour d’un silo agricole en béton armé de 1907, des habitantes et des habitants, des artistes et des professionnel·les du patrimoine ont jeté ensemble, de mai à juin 2026, les bases d’une muséographie sur la manière d’habiter le monde. Je raconte comment la méthode d’intelligence collective que je pratique, appuyée sur un outil numérique simple, a permis à des personnes qui connaissaient déjà toutes ce lieu de créer ensemble plus que ce que chacune y faisait déjà de son côté.
Le silo, porte d’entrée vers la question d’habiter
Le projet est parti d’un bâtiment. Un silo en béton armé, construit en 1907 au fond d’une vallée du Sud-Essonne, sur la commune du Mérévillois, qu’Agnès Mane, cofondatrice de l’association Farine de Froment qui l’anime, décrit comme un phare incongru dans ce creux. Autour de ce bâtiment, l’équipe de l’association a voulu construire non pas une exposition, mais une démarche, une manière de donner une forme partageable à l’expérience d’habiter ce territoire aujourd’hui. J’ai accompagné cette démarche comme facilitateur, en concevant la méthode et en animant les séances.
Les personnes qui ont participé connaissaient toutes le Silo : l’équipe qui le porte, une danseuse qui y intervient, une habituée du lieu, la directrice des musées du territoire, un référent du département qui suit ses projets depuis des années. Nous avons donc travaillé le lien entre des gens qui se connaissaient déjà, et c’est peut-être là l’enseignement le plus transposable de cette démarche. Entre des personnes qui se côtoient, les rôles sont distribués, chacun·e fait ce qu’il ou elle a l’habitude de faire, et rien n’oblige à en sortir. Le dispositif a permis à ces mêmes personnes de contribuer autrement, et ce qui en est sorti, elles ne l’auraient pas produit dans leurs échanges ordinaires.
La première décision a été de ne pas figer l’histoire du bâtiment dans un musée classique. Un silo de 1907 a une histoire technique, celle du béton armé, de François Hennebique, des mutations agricoles du début du siècle, et cette histoire aurait pu faire une belle exposition patrimoniale, conçue par des commissaires d’exposition et installée dans le lieu. Le choix a été de faire du silo une porte d’entrée vers une question plus large, celle d’habiter, et de construire la réponse avec les gens du territoire plutôt que pour eux. Ce déplacement paraît modeste, et il commande pourtant tout le reste. Dès qu’on passe du « faire pour » au « faire avec », la forme du projet, la méthode, le rôle de l’animateur·rice, la place laissée à chacun·e changent de nature.
Cinq séances en visioconférence autour d’« habiter le monde »
La démarche a pris la forme d’un cycle de séances en visioconférence, adossées à une plateforme numérique de contribution en logiciel libre, hébergée en France, où chaque personne écrit pendant et entre les rencontres. Une séance fondatrice en mai, où l’équipe a défini, en contribuant sur la plateforme, ce qu’elle allait faire ensemble, puis cinq séances thématiques, sur des sujets qui se sont enchaînés sans se cloisonner, habiter le monde, notre territoire et nous, l’art dans la cité, l’objet et la forme, la co-construction et la médiation, le premier de ces sujets servant de fil conducteur à l’ensemble.
Nous avons choisi ce fil parce qu’il laisse entrer beaucoup de choses, l’intime et le collectif, la maison et le paysage, la mémoire familiale, la question politique du commun, la place du numérique dans une vie. Le latin habitare désigne une relation durable avec un lieu, et non le simple fait d’y loger. Cette profondeur du mot a permis à des personnes très différentes de se reconnaître dans le même sujet, et de s’y engager chacune à partir de sa propre expérience.
Le déroulé d’une séance tient en une heure et quart : un temps d’accueil informel, un temps de discussion dont je prends des notes partagées à l’écran, un temps d’écriture individuelle et silencieuse sur la plateforme, un retour collectif sur ce qui vient d’être écrit. Le dispositif est simple ; qu’il produise beaucoup ou peu dépend de la manière de le conduire, bien plus que de l’outil.
La séance commence avant la séance
Tout se prépare en amont, et d’abord avec l’outil lui-même. Avant le cycle de séances, une réunion a servi à co-construire le projet, la plateforme faisant office d’espace de collecte d’idées. L’équipe y a déposé ses envies, ses textes de cadrage, ses premières intuitions, et cette grande collecte préalable change tout pour la suite. Les idées, une fois déposées, ont droit de cité, et il devient ensuite beaucoup plus facile de travailler à partir d’elles, parce qu’elles sont déjà là, signées, et que chacun·e peut les relire. On ne part pas d’une page blanche à chaque rencontre, on part d’une matière que le groupe s’est appropriée. Et le projet lui-même a été défini avec la méthode qu’on allait ensuite employer, ce qui a donné à l’équipe l’expérience vécue de ce qu’elle propose aux autres.
Chaque séance, ensuite, commence dans le quart d’heure qui la précède. Avec Lorann Soundorom, chargée de mission sur le projet, qui anime avec moi, nous vérifions les comptes des participant·es sur la plateforme, nous nous redisons la répartition des rôles, nous passons en revue ce que la séance du jour aura de particulier. Avoir parcouru plusieurs fois le déroulé à venir donne une familiarité avec la situation qui, paradoxalement, permet d’être plus souple. On sait qu’on retombera sur ses pieds si les choses se passent autrement que prévu, parce qu’on a en tête ce qui se joue dans la séance, et non plus seulement son déroulé.
Se sentir reconnu·e avant de contribuer
Ce que je cherche à installer dans ces séances, avant toute production d’idées, c’est un climat de confiance. Une personne ne contribue que si elle se sent préalablement reconnue dans son identité, dans sa place, dans les assignations qu’elle subit, y compris celles qu’elle se donne à elle-même. Cette reconnaissance ne s’obtient pas par un discours qui l’énoncerait, elle se construit en situation, par un accueil qui nomme en douceur les places de chacun·e sans les y assigner.
Le premier geste concret de cette reconnaissance, c’est la présentation. Chaque personne publie sa propre présentation sur la plateforme, ce qui est à la fois une prise en main de l’outil et une première contribution. Elle se nomme, elle dit d’où elle parle, et personne ne le fait à sa place. Quand des invité·es sont là en raison de leur fonction, comme Aurore Dallérac, directrice du département musées et patrimoines de la communauté d’agglomération de l’Étampois Sud-Essonne, ou Didier Schwechlen, référent danse et arts visuels au Conseil départemental de l’Essonne, nous leur proposons de contribuer à trois titres à la fois, en leur nom propre, au titre de leur fonction, et comme relais des paroles d’habitant·es qu’ils et elles recueillent dans leur travail. Cette proposition répond à une question que se pose toute personne invitée à contribuer dans un cadre professionnel, celle de savoir si l’on a le droit de parler pour soi.
Personne n’a d’obligation de résultat, personne n’est même obligé·e de contribuer. C’est dans ce cadre sans obligation, une fois qu’on s’est senti·e reconnu·e, que les contributions viennent. Et quand la reconnaissance est là, la personne ose s’appuyer sur ce qu’elle sait faire, parce qu’elle ne craint plus d’être jugée.
Poser le cadre par la discussion, valider par l’écrit
Le temps de discussion qui suit l’accueil sert à poser le cadre. J’en prends des notes sous forme de carte mentale, à l’écran, sous les yeux de toutes et tous. Cette écriture visible a un effet précis : chaque personne voit sa parole validée et légitimée, sans jugement, à mesure qu’elle la dit. Voir sa propre parole reprise, écrite, reliée à d’autres, c’est se sentir respecté·e, et ce respect est la condition pour aller plus loin.
Il n’y a pas de rapport de pouvoir entre les personnes. Je conduis la discussion, mais personne n’a plus de poids qu’un·e autre, et si quelqu’un·e n’a pas parlé, on lui donne la parole pour qu’il ou elle puisse s’exprimer, sans l’y forcer. C’est cette attention à la parole de chacun·e qui installe la confiance.
À un moment d’une séance, j’ai eu la sensation que Didier, plus réservé, était laissé de côté par un échange qui se faisait surtout avec Aurore, plus spontanée. Le réflexe professionnel aurait été de réguler, de lui redonner la parole. Je m’en suis retenu. Si j’étais intervenu pour rétablir un équilibre que j’étais seul à percevoir, j’aurais agi comme si je n’étais pas moi-même partie prenante de l’échange. J’ai attendu, en faisant confiance à Lorann qui animait avec moi. La suite a montré que cette sensation en disait plus sur ma propre grille de lecture que sur lui. Pendant le temps d’écriture, Didier, qui avait peu parlé, a publié trois contributions, sur le béton, sur le patrimoine végétal, sur la place du territoire dans la grande couronne. Il n’était pas mis de côté, il écoutait, et la plateforme a été pour lui un moyen de contribuer qui correspondait à sa façon d’être.
Le moment d’écriture, où le collectif autorise le personnel
Vient alors le temps d’écriture individuelle. Comme les personnes ont déjà pris en main la plateforme au moment des présentations, il n’y a plus de frein technique. C’est un moment individuel de créativité, en silence, chacun·e à sa manière, et personne n’est jugé·e. Ce moment tire sa force de ce qui l’a précédé. C’est parce que le collectif a reconnu chacun·e, parce que la parole a été validée sans jugement, que la personne peut se retirer en elle-même et écrire quelque chose qui lui appartient en propre. Le collectif autorise le personnel, et le personnel, une fois publié, nourrit le collectif en retour.
Chaque thématique est introduite par un texte qui en pose les enjeux et par une liste de questions ouvertes. On pose des questions aux gens, et c’est à eux d’apporter des réponses. On renverse ainsi l’ordre habituel, où seul·es les expert·es auraient des réponses à apporter. Ici, tout le monde peut répondre, et des personnes qu’on n’aurait pas crues légitimes pour cela, au départ, font des propositions inventives, parce qu’on les a autorisées à libérer leur créativité, parce qu’elles savent qu’elles ne seront pas jugées.
Les exemples abondent. Alice propose une excursion dans le territoire à travers les avis laissés en ligne sur ses lieux ordinaires, le McDonald’s d’Angerville, le vélorail de la Juine, le Bricomarché de Méréville, ces avis qui, mis bout à bout, dessinent un portrait du Sud-Essonne. Mariam Faquir, danseuse, imagine de faire du béton une recette dont les gestes, verser, tourner, mélanger, deviennent une performance. Juliette Raud veut créer avec les gens des silos délirants pour stimuler les imaginaires. Aurore propose une balade sans circuit préétabli, où les marcheur·ses choisissent leur chemin et où l’élément qui les a le plus marqué·es devient le totem d’une restitution artistique. Aucune de ces idées n’aurait tenu dans un questionnaire.
Pendant que les autres écrivent, il m’arrive de contribuer aussi, parce que je suis, dans cette démarche, à la même place que les autres et que je peux y prendre part. Mais mon travail principal, à ce moment, est de reprendre ce qui a été dit, en croisant la carte mentale et les échanges oraux, et d’en faire une synthèse écrite que je mets en ligne, où les paroles de la première partie de la séance se trouvent reprises et valorisées, et qui devient elle-même une contribution. Puis, ayant lu au fur et à mesure ce que les autres ont écrit, je fais un retour d’ensemble, et la parole revient pour un dernier temps de discussion où l’on élabore à partir de ce qu’on a écrit.
Un outil au service de la méthode
Cette plateforme est un outil au sein d’une démarche, rien de plus. L’intelligence collective ne vient pas de la plateforme, elle vient de la méthode qui met la plateforme au service des personnes. Un dispositif identique, mené sans attention aux personnes et à ce qu’elles vivent, donne des résultats bien plus faibles, parce que les personnes ne s’autorisent pas.
L’outil permet cependant des choses que la parole seule ne permet pas. Les contributions restent, elles peuvent être relues, modifiées, complétées à tout moment, y compris entre les séances et par des personnes absentes. Elles sont signées, ce qui engage et valorise celles et ceux qui les écrivent, et chacune est un acte de création en soi, et non une réponse dans une case. On collecte au fur et à mesure, et chacun·e peut prendre connaissance, à sa manière, de ce qui a été déposé avant. C’est par cette continuité que le lien se fait d’une rencontre à l’autre. Patrice Barry, qui porte l’association, a relevé à la fin d’une séance la fluidité de la parole, chacun·e ayant eu son temps, ce qui, selon lui, n’arrive pas si souvent, en visio ou ailleurs.
À la dernière séance, deux absentes rejoignent la démarche en quelques minutes
C’est pendant la dernière séance du cycle que cette continuité a montré le plus nettement son intérêt. Agnès Mane et Cathy, qui tient le café associatif au pied du silo, n’avaient participé à aucune des rencontres précédentes, prises par la préparation du festival Les Traverses. Elles en avaient beaucoup entendu parler, et elles sont venues à la dernière pour voir comment cela se passait. En quelques minutes, en début de séance, elles ont pris en main la plateforme et publié leur présentation en binôme, puis découvert au fil de la rencontre les écrits déposés pendant les semaines précédentes. La démarche leur restait entièrement accessible, parce que tout ce qui s’y était écrit était resté en ligne, consultable et signé.
Elles n’ont pas seulement rattrapé ce qu’elles avaient manqué. Cathy a posé ce jour-là une question que personne n’avait encore posée, celle de savoir comment relier ce qu’on apprend dans les livres et ce qu’on fait de ses mains, sans repousser celles et ceux qui ne se sentiraient pas légitimes du côté des livres, et cette question, venue de son expérience d’accueil au café, est devenue une des pistes de travail du projet. Quant à Agnès, elle a dit en fin de séance ce que cette rencontre lui avait fait. Elle ne me connaissait pas, elle s’est dite très agréablement surprise de ce qui s’était passé, et, selon ses mots, la démarche avait donné une énergie, un moteur à cette recherche. Elle a eu aussi cette formule, en regardant qui était réuni, l’équipe, une habituée, une danseuse, une directrice de musées : « c’est le silo qui est déjà agrandi ».
C’est bien ce qu’a produit la méthode entre des gens qui se connaissaient déjà : ces personnes fréquentaient toutes le lieu, chacune y tenait sa place, et le dispositif leur a permis de créer ensemble quelque chose qui dépasse ces places, un projet commun que personne n’aurait porté seul·e. À la toute fin, personne n’avait envie de se quitter, et ce détail, qui pourrait sembler anecdotique après cinq séances en visioconférence, donne assez bien la mesure de ce qui s’était construit.
Un abécédaire et un petit livre tirés de la collecte
Une fois la collecte constituée, l’intelligence artificielle nous a aidés à la mettre en forme vite. La matière était riche, parce que les personnes s’étaient autorisées à tout, même peu nombreuses, et nous avons pu produire, le jour même de la fin du cycle, deux documents : un abécédaire des mots qui ont traversé la démarche, chacun rapporté à celles et ceux qui l’ont employé, et un petit livre qui rassemble par grandes questions ce qui a circulé d’une rencontre à l’autre, sans fondre les voix dans une synthèse, parce que c’est leur diversité qui fait la matière. Ces deux documents sont joints à cet article.
On peut objecter qu’utiliser une machine pour cela consomme des ressources. C’est vrai, mais une visioconférence en consomme aussi, et un ordinateur allumé aussi. Le temps partagé pendant ces séances a été productif parce que nous y avons fait de la place à l’intelligence de chacune et de chacun, et la collecte qui en résulte est assez dense pour qu’on en fasse beaucoup. Se servir ensuite d’une machine pour en tirer des synthèses reste dans la même logique : le sens vient du temps humain passé ensemble, et l’outil, numérique ou algorithmique, sert cette matière au lieu de la remplacer.
Ces documents ne sont pas un point final. Ce sont des états d’une recherche en cours, déposés pour qu’on les reprenne, et l’équipe s’en servira, ou non, pour la suite. Le premier rendez-vous est fixé : les Journées du patrimoine de septembre 2026, pour lesquelles l’équipe s’est donné pour objectif une proposition simple, ludique et participative, point de départ d’un cheminement plutôt qu’aboutissement. Ce qui a été construit pendant ces semaines dépasse d’ailleurs l’événement à venir. L’équipe du Silo dispose désormais d’une façon de faire, et de penser le lien, qu’elle peut reprendre par elle-même, sur d’autres sujets, avec d’autres personnes.
L’alignement de celui ou celle qui anime
La reconnaissance et l’écoute que ces séances demandent aux participant·es, l’équipe qui les anime doit se les accorder à elle-même. C’est ce que j’appelle l’alignement, la cohérence entre ce qu’une démarche demande aux personnes et la manière dont on se tient soi-même en l’animant.
Une démarche participative consiste d’abord à laisser la place au désir de l’autre, celui des habitant·es, des artistes, des partenaires, même quand ce désir nous échappe ou nous déstabilise. Pendant le cycle, Lorann a vu naître un désir qui lui était propre, celui d’un objet consultable qui rendrait compte de la démarche et accompagnerait le travail muséographique à venir. Si je m’étais mis à la brider, ou à montrer que je savais mieux qu’elle, j’aurais étouffé ce désir au moment même où il se formait. Une équipe qui ne pratiquerait pas cette écoute en son sein demanderait aux autres ce qu’elle ne s’accorde pas à elle-même.
Cette cohérence suppose d’accepter d’être soi-même touché·e, déplacé·e par ce qui arrive. La chaleur d’un moment collectif ne tombe pas du ciel, elle se construit, dans un sourire, une façon de s’adresser, un choix de mots, et c’est à celui ou celle qui anime de donner cette impulsion. C’est un travail sur soi avant d’être une technique.
Créer les occasions de se rencontrer, plutôt qu’apporter de la culture
Le projet du Silo est un petit projet, mené avec peu de personnes, sur un territoire rural mal desservi par les transports et méconnu de ses propres habitant·es. Cette modestie est la condition même du projet.
Les dispositifs de concertation se sont généralisés dans les politiques publiques depuis quinze ans, presque toujours sous la forme du questionnaire, où les gens restent à distance les uns des autres et où chaque personne est prise pour un réservoir d’avis tout faits. Une autre voie est possible, qui prend appui sur la créativité, sur la reconnaissance des personnes, sur la place laissée au désir de l’autre. Quand une démarche d’intelligence collective est menée avec cet alignement, quand la préparation, la reconnaissance et l’écoute du désir sont pratiquées et non seulement affichées, elle produit plus, et plus vite, qu’on ne l’imagine, y compris entre des gens qui se connaissent déjà et qui découvrent qu’ils peuvent faire ensemble autre chose que ce qu’ils faisaient.
Sur un territoire où le repli sur soi a beau jeu dès que disparaissent les lieux où les gens se croisaient, un tel projet ne consiste pas à apporter de la culture comme une marchandise, il consiste à créer les occasions de se rencontrer, de se reconnaître, de fabriquer ensemble une trace de ce qu’on vit. La manière dont le projet se construit fait déjà partie du projet.










