La terre qu’on cultive

La propriété des moyens de calcul devient une question politique majeure, comme le fut la propriété de la terre.

17 août 2026 Benoît Labourdette  10 min

Nous possédions nos outils, nous louons désormais nos moyens de penser : logiciels, musiques, films et intelligences artificielles s’utilisent par abonnement, sur des machines lointaines qui appartiennent à d’autres. Je propose de lire cette situation dans deux temps longs, celui des cycles de centralisation de l’informatique et celui, plus ancien, de la propriété de la terre, des tenures médiévales aux enclosures puis aux terres reprises. Les bibliothèques, dont les droits sont attachés aux supports qu’elles prêtent, vivent déjà ce basculement, et de nouvelles machines rendent aujourd’hui possible un calcul domestique, encore réservé aux spécialistes. L’enjeu, que je propose de nommer par une figure ancienne, la terre computationnelle, se double donc d’une question d’avenir : démocratiser la propriété de ses moyens de calcul.

Du batteur à œufs à l’abonnement

Un objet acheté au vingtième siècle appartenait à la personne qui l’achetait : on pouvait le réparer, le modifier, le prêter, le revendre. Les industries numériques ont défait silencieusement ce régime. On n’achète plus un disque mais l’accès à un catalogue, plus un logiciel mais une licence révocable, plus une encyclopédie mais un abonnement, et les entreprises d’intelligence artificielle portent cette logique à son terme : l’outil de travail intellectuel se loue au mois, tourne sur les machines du bailleur, et peut être modifié, bridé ou retiré sans notre accord. La propriété d’usage s’est séparée de la propriété de contrôle, et c’est cette séparation que je veux examiner : nous cultivons des champs dont nous ne possédons ni le sol, ni les semences, ni les règles.

Le cycle du terminal

Ce moment, nous l’avons déjà vécu. Le Minitel, dont Valérie Schafer et Benjamin Thierry ont retracé l’histoire (Le Minitel. L’enfance numérique de la France, Nuvis, 2012), était un terminal sans intelligence propre : tout le calcul se faisait sur des serveurs centraux, la petite boîte beige ne faisait qu’afficher. L’ordinateur personnel a représenté une décentralisation historique : le calcul est entré dans les foyers, les programmes tournaient chez les gens, qui en étaient propriétaires. Puis les fournisseurs de services en ligne, et aujourd’hui les grandes entreprises de l’intelligence artificielle, ont refait de nos machines puissantes de simples terminaux d’affichage, retour au Minitel que le militant Benjamin Bayart avait anticipé dès 2007 en parlant de « minitélisation d’Internet ». Le biologiste Olivier Hamant décrit le même mouvement à une autre échelle (Antidote au culte de la performance. La robustesse du vivant, Gallimard, « Tracts », 2023) : avec la mondialisation performante, le monde a rapetissé par hypercentralisation, et cette concentration, optimale tant que rien ne fluctue, devient le point faible de tout dès que quelque chose fluctue. Mais ces cycles ne sont pas des fatalités. Un contre-mouvement existe déjà, celui des modèles ouverts qu’on peut télécharger et des machines locales capables de les faire tourner, et la question est politique avant d’être technique : où voulons-nous que le calcul habite ?

Les deux économies de l’usage

Olivier Hamant plaide pourtant pour le passage d’une économie de la propriété à une économie de l’usage, et cette position semble contredire la mienne. Dans son analyse, la propriété individuelle d’objets fragiles et jetables nourrit la surconsommation, tandis que l’usage partagé d’objets réparables, la voiture louée, les kilomètres de pneu vendus à la place du pneu, libère de la charge de posséder ; il imagine le village du futur doté, en plus de sa mairie et de sa salle des fêtes, d’un atelier de réparation citoyen et d’un parc de voitures partagées. La contradiction avec l’abonnement numérique n’est qu’apparente, et la dissiper fait apparaître le critère qui compte. Dans l’économie de l’usage que décrit Hamant, l’objet reste réparable localement, si possible par les citoyen·nes, les savoir-faire circulent, et le contrôle se rapproche des personnes qui utilisent. Dans l’abonnement aux plateformes, l’objet cesse d’être réparable par quiconque d’autre que son propriétaire, les savoir-faire se concentrent, et le contrôle s’éloigne. Les deux économies se ressemblent, puisqu’on n’y possède plus, et s’opposent sur le fond, qui n’est pas le titre de propriété mais la maintenance : la première distribue la capacité d’entretenir l’outil, la seconde la confisque. Le même mot d’usage recouvre donc deux régimes politiques inverses, et pour savoir dans lequel on se trouve, il suffit de se demander qui a le droit et les moyens de réparer.

La bibliothèque, épreuve des deux économies

Ce partage se vérifie dans les rayonnages d’une institution plus ancienne que toutes les plateformes : la bibliothèque publique. Avant toute théorie, la bibliothèque est une économie de l’usage au sens plein que donne Hamant à ce mot : un même objet y sert des centaines de personnes, une institution l’entretient, le répare, le catalogue, le fait circuler, et personne n’a besoin de le posséder pour en vivre. Cette économie repose sur un détail juridique qui prend aujourd’hui valeur de principe : les droits sont attachés au support. Un DVD acquis avec ses droits de prêt appartient à la médiathèque comme le batteur à œufs appartenait au foyer ; elle le prête aussi longtemps que l’objet tient, le resurface quand il se raye, le donne ou le transmet quand elle désherbe. Le passage à la vidéo à la demande dissout ce socle : les droits ne sont plus attachés à un objet possédé mais à une licence louée, et la bibliothèque bascule d’une économie dans l’autre.

J’ai décrit dans l’article L’avenir de l’audiovisuel en bibliothèque, un chantier qui commence le projet national qui a pris la mesure de ce basculement. Les chiffres qui en ressortent mesurent l’impasse : en 2023, 446 bibliothèques françaises étaient abonnées à une offre de vidéo à la demande, pour un budget total de 4,8 millions d’euros et 1,3 million de consultations, et comme la chronologie des médias réserve les films récents à la tarification à l’acte, plus une offre rencontre son public, plus elle coûte à la collectivité. Une offre publique se trouve ainsi punie par son propre succès, signe que le cadre économique n’a pas été pensé pour elle. Les offres en bouquets, de leur côté, font perdre aux bibliothécaires une part de la maîtrise du choix des titres et de leur médiation, c’est-à-dire précisément leur métier. Et pendant ce temps, sur le terrain du support possédé, les bibliothèques restent un acteur économique décisif : sur des segments comme le documentaire, le jeune public ou le cinéma d’auteur, leurs acquisitions représentent 30 à 50 % des volumes vendus en vidéo physique, et jusqu’à 70 % du chiffre d’affaires de certains titres. La leçon dépasse l’audiovisuel : quand une institution publique porte l’économie de l’usage, elle fait vivre des pans entiers de la création ; quand elle est sommée de passer à l’économie de la licence, ses moyens ne suivent pas et sa fonction s’érode. Les pistes ouvertes par le projet national, demander à l’État de négocier avec les plateformes des modèles soutenables, autoriser les dons de supports entre collectivités et avec les particuliers, créer des réserves territoriales partagées, sont des tentatives pour rétablir, dans le monde des licences, les libertés que la propriété du support donnait sans qu’on y pense.

Le domaine utile et le domaine éminent

La séparation entre propriété d’usage et propriété de contrôle a une histoire millénaire, et cette histoire est celle de la terre. Les juristes médiévaux, relisant le droit romain à partir du douzième siècle, ont forgé une distinction restée célèbre : sur une même terre coexistent un domaine éminent, celui du seigneur, et un domaine utile, celui de la famille paysanne qui la cultive. La tenure paysanne était souvent héréditaire, transmissible, presque une propriété ; mais elle devait redevances, cens et corvées, et le seigneur gardait le dernier mot. Autour des tenures s’étendaient les communaux, terres dont personne n’était propriétaire au sens moderne et où s’exerçaient des droits d’usage collectifs, la vaine pâture pour les troupeaux après la récolte, l’affouage pour le bois, le glanage pour les plus pauvres. Ce monde n’était pas un paradis, il reposait sur la sujétion ; mais le droit y reconnaissait une chose que nous avons désapprise : l’usage constitue un droit, distinct de la propriété et opposable à elle.

L’ère industrielle s’est bâtie sur la destruction de ce droit. En Angleterre, les propriétaires ont clôturé les communaux, mouvement d’enclosure commencé au seizième siècle pour les moutons et achevé aux dix-huitième et dix-neuvième siècles par des milliers de lois votées au Parlement ; l’économiste Karl Polanyi, qui a décrit dans La Grande Transformation (1944) l’invention de la terre comme marchandise, a qualifié ce mouvement de « révolution des riches contre les pauvres ». Privé·es des communaux qui complétaient leur subsistance, les paysan·nes ont afflué vers les villes et les manufactures : Marx a nommé accumulation primitive cette expropriation fondatrice, qui a fourni à l’industrie naissante sa main-d’œuvre en même temps que ses terres (Le Capital, livre I, 1867). La France a suivi un autre chemin, la nuit du 4 août 1789 puis l’abolition complète des droits féodaux en 1793 ont fait des tenancier·ères des propriétaires ; mais les communaux y ont été rognés aussi, vendus, partagés, et le résultat d’ensemble est comparable : au vingtième siècle, la propriété pleine et exclusive, achetable et vendable, était devenue la forme normale du rapport à la terre, et les droits d’usage collectifs une curiosité d’archives. Je raconte cette histoire parce que nous la rejouons : les plateformes numériques reconstituent un domaine éminent, celui du propriétaire des serveurs qui fixe les règles et perçoit les redevances, et nous laissent un domaine utile précaire, révocable, sans l’hérédité ni l’opposabilité que le droit médiéval, au moins, accordait aux tenures.

La terre computationnelle

La figure de la terre me semble donc la plus juste pour nommer cet enjeu. Pendant des siècles, celles et ceux qui cultivaient les champs ne les possédaient pas, versaient l’essentiel de leur production au propriétaire, et la conquête de la terre par ses cultivateur·rices fut une des grandes luttes de l’histoire, longue, dure, jamais complètement gagnée. J’appelle terre computationnelle l’ensemble des machines, des modèles et des règles sur lesquels se cultive désormais le travail intellectuel : nous y versons notre travail, nos données, nos écrits, et la récolte remonte aux propriétaires des serveurs. Pierre Dardot et Christian Laval ont montré que l’alternative ne se réduit pas au choix entre propriété privée et propriété d’État : le commun est un principe politique à part entière, institué par l’activité de celles et ceux qui partagent une ressource et s’en donnent ensemble les règles (Commun. Essai sur la révolution au XXIe siècle, La Découverte, 2014). Les logiciels libres, les modèles ouverts, les infrastructures mutualisées sont les formes déjà existantes de ce commun computationnel, héritières sans le savoir des communaux d’avant les enclosures. L’économiste Elinor Ostrom, dont j’ai présenté les principes d’auto-organisation dans l’article Animer l’intelligence collective face aux crises, ajoute une condition que les communautés du logiciel libre connaissent d’expérience : les communs durent quand une entité extérieure les reconnaît. Le rôle des États n’est donc pas de bâtir un nuage national de plus, il est de reconnaître, de financer et de mettre en réseau les communs computationnels qui existent, comme ils ont fini par garantir les terres de celles et ceux qui les cultivaient.

Des terres reprises

Cette garantie n’est pas une vue de l’esprit : la terre, justement, a été reprise plusieurs fois, et ces expériences forment un répertoire de méthodes disponibles. Sur le plateau du Larzac, l’État avait annoncé en 1971 l’extension d’un camp militaire sur des milliers d’hectares de terres agricoles ; dix ans de lutte non violente des paysan·nes et de leurs allié·es ont abouti à l’abandon du projet en 1981, puis à une invention juridique durable : l’État, resté propriétaire des terres qu’il avait achetées, les a confiées en 1985 par bail emphytéotique à une société civile créée par les paysan·nes, la Société civile des terres du Larzac, qui les attribue depuis collectivement aux projets agricoles, hors de tout marché foncier. Propriété publique et usage collectif s’y combinent au lieu de s’exclure, exactement selon le schéma d’Ostrom. En 2003, des militant·es de l’agriculture paysanne ont fondé Terre de Liens, une foncière alimentée par l’épargne citoyenne qui achète des fermes menacées par la spéculation ou la disparition, les retire définitivement du marché et les loue à des paysan·nes par des baux qui engagent à des pratiques respectueuses des sols : plusieurs centaines de fermes sont aujourd’hui ainsi soustraites à la logique de la marchandise fictive que décrivait Polanyi. En Écosse, où la concentration foncière héritée des enclosures reste parmi les plus fortes d’Europe, les habitant·es de la petite île d’Eigg ont racheté leur île en 1997 à son propriétaire privé, par souscription publique et au sein d’un trust communautaire, et la loi écossaise de réforme agraire de 2003 a ensuite donné à toute communauté rurale un droit de préemption sur les terres qui la portent. Ces trois expériences se ressemblent sur un point de méthode : aucun de ces collectifs n’a attendu que la propriété change de mains par miracle, tous ont construit une institution de l’usage, société civile, foncière, trust, que la puissance publique a fini par reconnaître et outiller. C’est très exactement le chemin qui reste à faire pour la terre computationnelle.

Le tracteur et le serveur

Ce chemin s’ouvre au moment précis où les conditions matérielles changent. Depuis 2025, NVIDIA vend un ordinateur de la taille d’un gros livre, le DGX Spark, autour de quatre mille dollars, dont la mémoire unifiée de 128 gigaoctets fait tourner localement des modèles de langage de l’ordre de la centaine de milliards de paramètres ; des constructeurs comme ASUS, MSI, Dell ou Lenovo en proposent leurs propres versions, Apple vend des machines de bureau dont la mémoire atteint 512 gigaoctets, AMD équipe des mini-ordinateurs comparables. Dans le même mouvement, des modèles ouverts de grande qualité, ceux de Mistral en France, de Meta, de DeepSeek et d’autres, se téléchargent librement. Autrement dit, le contre-mouvement du cycle du terminal dispose désormais de son matériel : une intelligence artificielle puissante peut tourner sur une table de cuisine, sans abonnement, sans connexion, sans que personne puisse la modifier ou la retirer à distance. L’ironie mérite d’être notée au passage, ces machines de la décentralisation sortent de l’industrie la plus concentrée du monde, quelques concepteurs de puces, une poignée de fonderies ; la terre computationnelle domestique reste semée de graines industrielles, comme la ferme la plus autonome achète son tracteur à un grand constructeur.

Mais la machine posée sur la table ne suffit pas, et c’est ici que la question devient politique. Installer un modèle, choisir sa taille et sa quantification, le mettre à jour, le sécuriser, comprendre ce qu’il fait de nos données : tout cela reste aujourd’hui le fait de gens très spécialisés, et le commun des mortels n’y a pas accès. Or mon propre critère se retourne ici contre l’enthousiasme : j’ai écrit plus haut que la ligne de partage entre les deux économies de l’usage passe par la maintenance, par la réponse à la question de qui sait réparer. Une machine souveraine que je ne sais ni installer ni entretenir ne me fait pas quitter le régime de la dépendance, elle en déplace seulement l’adresse, du bailleur de serveurs vers l’ami·e informaticien·ne. La propriété de ses moyens de calcul ne sera démocratique que si la capacité de les entretenir se distribue, et cette distribution est un chantier d’intelligence collective, pas un problème technique.

La méthode existe déjà, et elle vient encore de l’agriculture. En 1945, un tracteur coûtait bien plus qu’une ferme ne pouvait payer, et son entretien demandait des compétences que personne n’avait au village ; les agriculteur·rices n’ont pas attendu que chacun·e devienne riche et mécanicien·ne, iels ont créé les coopératives d’utilisation de matériel agricole, les CUMA, instituées par une ordonnance de 1945, où l’on achète les machines ensemble, où l’on mutualise leur entretien et où les savoir-faire s’apprennent de ferme en ferme ; des milliers de ces coopératives fonctionnent toujours. Rien n’interdit de fonder des CUMA du calcul : une association, un village, un réseau de structures culturelles achètent une machine, y installent des modèles ouverts, et se forment mutuellement à l’entretenir. Le mouvement du logiciel libre pratique cette transmission depuis trente ans dans ses install parties, où l’on vient avec son ordinateur et où l’on repart avec un système libre installé et les gestes pour le maintenir ; l’atelier de réparation citoyen que Hamant place au centre de son village du futur est le même lieu, étendu au calcul. Et la puissance publique dispose déjà de ses relais : les conseiller·ères numériques déployé·es dans les territoires depuis 2021, les espaces publics numériques, et d’abord les médiathèques. Une médiathèque qui héberge un serveur de modèles ouverts pour son territoire, qui en fait un objet de médiation comme elle a fait de l’accès à Internet un objet de médiation il y a vingt-cinq ans, prolonge exactement sa fonction : donner accès à ce qui est trop cher pour une personne seule, et accompagner cet accès par un savoir humain. Car démocratiser ne veut pas dire faire de chacun·e un·e spécialiste : on n’a pas demandé à tout le monde de devenir imprimeur·se pour démocratiser la lecture, on a construit des bibliothèques.

La souveraineté comme corésilience

Ce détour par la propriété rejoint la réflexion sur la résilience collective que j’ai ouverte dans l’article Fabriquer la corésilience. Un territoire dont l’école, le soin, l’administration et la création tournent entièrement sur des machines louées à des puissances lointaines est fragile deux fois : fragile parce que tout point unique de défaillance le suspend, et fragile parce que la loyauté de ses outils réside ailleurs. J’ai décrit un mécanisme voisin à l’échelle des personnes dans l’article La délégation mononormative : confier toutes ses fonctions à un seul système, c’est épouser sa fragilité. À l’inverse, une part de calcul possédée localement, des modèles ouverts installés dans les écoles, les médiathèques et les mairies, des compétences distribuées pour les entretenir, tout cela constitue une infrastructure de robustesse, au sens que j’ai précisé dans l’article Robustesse, antifragilité, résilience, au même titre que les réserves d’eau. Hamant décrit l’équivalent énergétique de ce choix : plutôt que quelques éoliennes géantes dont la panne suspend un territoire, une multitude de petites machines amovibles et réparables, installées sur les habitats avec la formation qui permet de les entretenir ; la production est moindre, la viabilité en cas de turbulence est incomparable. Les habitant·es d’Eigg, une fois propriétaires de leur île, ont d’ailleurs fait ce choix sans attendre la théorie : depuis 2008, un petit réseau électrique autonome, alimenté par l’eau, le vent et le soleil, et entretenu par les insulaires, a remplacé les groupes électrogènes individuels. La terre reprise et l’énergie distribuée vont ensemble, et le calcul suivra le même chemin. Pour évaluer où en est un territoire, une structure ou une personne, je propose de se poser trois questions :

  • où le calcul habite-t-il, c’est-à-dire sur quelles machines, dans quel pays, sous quel droit tournent les outils dont mon activité dépend ;
  • qui peut modifier, brider ou retirer ces outils, et de quel recours est-ce que je dispose si cela arrive ;
  • qui, autour de moi, sait installer, réparer et entretenir un équivalent ouvert de ces outils.

Les gestes qui améliorent les réponses sont modestes, je les ai détaillés dans l’article Le numérique souverain, un choix micropolitique, et c’est leur modestie qui les rend politiques : ils sont à la portée des collectivités comme des personnes, comme le furent une souscription d’insulaires ou une société civile de paysan·nes.

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Citer ce texte Benoît Labourdette, « La terre qu’on cultive », Benoît Labourdette production, 17 août 2026.
https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/cultures-de-la-resilience/la-terre-qu-on-cultive?lang=fr

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