Chapitre 8 : Les proportions de l’image

4/3, 16/9, 9/16, Flat, Scope : les proportions des images, de la télévision au cinéma et au téléphone, et ce qui se passe quand elles ne correspondent pas à celles de l’écran.

3 novembre 2026 Benoît Labourdette  8 min

Dans les musées, je vois très souvent, sur des écrans 16/9, des images d’archives en 4/3 étirées pour remplir tout l’écran : les visages sont élargis, les gens paraissent plus gros qu’ils ne l’étaient. Ceux qui ont préparé ces vidéos voyaient bien que l’image était déformée, mais ils ne savaient pas comment faire autrement. Ce n’est pourtant pas une affaire de spécialistes, et on peut régler ces problèmes même dans CapCut, une application de montage très simple sur téléphone. Une image a beaucoup d’autres caractéristiques, son nombre de pixels, sa cadence, son grain, ses couleurs, etc. Je m’en tiens ici à ses proportions, et aux problèmes qu’elles posent quand elles ne correspondent pas à celles de l’écran.

Le format, ce sont des proportions

Le mot « format » prête à confusion, car il désigne aussi le type d’un fichier vidéo. On parle ainsi :

  • du format MP4, le plus courant, sur internet comme dans les téléphones ;
  • du format QuickTime, dont les fichiers se terminent par .mov ;
  • du format ProRes, utilisé pour le montage professionnel, qui est en fait une manière d’encoder l’image, le plus souvent dans un fichier QuickTime ;
  • du format AVI, plus ancien, ou du format MXF, celui de beaucoup de caméras professionnelles et de la télévision.

Ce que j’appelle ici le format, ce sont les proportions de l’image, sa largeur par rapport à sa hauteur. Quand on dit 4/3, cela veut dire 4 de large sur 3 de haut, et rien de plus : cela ne dit pas combien il y a de pixels.

Le problème, avec ces fractions, c’est qu’on a du mal à comparer le 4/3 et le 16/9. Je trouve plus clair de faire la division. 4 divisé par 3, cela fait 1,33 : une image 4/3 fait 1,33 de large pour 1 de haut. Le 16/9 fait 1,78 de large pour 1 de haut. Tout à coup, on se rend mieux compte de la différence. C’est pour cela que j’ai dessiné, en tête de cet article, tous les formats à la même hauteur.

Les principaux formats

Voici ceux que je rencontre le plus souvent, en commençant par ceux de nos téléphones :

  • 9/16, soit 0,56. Un téléphone tenu à la verticale filme en 9/16 ; tenu à l’horizontale, il filme en 16/9. Il peut donc être les deux, et sur TikTok on passe sans arrêt de l’un à l’autre.
  • 4/5, soit 0,80, et 1/1, soit 1. On les trouve sur Instagram, qui n’acceptait au départ, en 2010, que des images carrées. CapCut propose toujours le 1:1.
  • 4/3, soit 1,33. Ce sont les vieilles télés, et aussi le cinéma muet. Les premiers DVD, en 1997, étaient en 4/3, puis ils sont devenus 16/9.
  • 16/9, soit 1,78. Aujourd’hui, c’est vraiment le standard : les téléviseurs, la plupart des écrans d’ordinateur et des vidéoprojecteurs, les fichiers Full HD ou 4K sont en 16/9. Les autres formats en sont des déclinaisons.

Au cinéma, les formats se sont élargis peu à peu, surtout à partir des années 1950, quand il a fallu se distinguer de la télévision :

  • 1,33 : le cinéma muet, depuis ses débuts, en 1895.
  • 1,37 : le cinéma parlant, arrivé en 1927. On a gardé à peu près le 1,33 du muet, en laissant de la place pour la piste sonore sur la pellicule, et l’Académie des arts et des sciences du cinéma, à Hollywood, a fixé ce format en 1932.
  • 1,66 : apparu dans les années 1950, il a été très utilisé en Europe, par exemple par les cinéastes de la Nouvelle Vague.
  • 1,85 : le « Flat » des salles de cinéma d’aujourd’hui.
  • 2,39 : le « Scope ». Le Cinémascope est apparu en 1953 avec le film La Tunique, d’abord en 2,55, puis en 2,35. On dit encore souvent 2,35, mais le Scope numérique des salles d’aujourd’hui fait 2,39.

On entend parfois que l’IMAX serait un format carré. Il fait en fait 1,43 de large pour 1 de haut sur pellicule 70 mm, et 1,90 dans la plupart des salles IMAX numériques. Quant au 16/9, il a été proposé en 1984 par un ingénieur américain, Kerns H. Powers, comme un compromis entre le 4/3 de la télévision et les formats larges du cinéma : une image 4/3 comme une image Scope y tiennent avec des barres de taille raisonnable.

Quand l’image et l’écran n’ont pas le même format

L’écran aussi a un format. Un téléviseur, un écran d’ordinateur ou un vidéoprojecteur Full HD est en 16/9, un téléphone tenu verticalement est en 9/16. Quand on y affiche une image d’un autre format, il n’y a que trois possibilités :

  • Mettre des barres. On voit toute l’image, dans ses proportions, et il reste des zones vides, noires ou d’une autre couleur.
  • Recadrer. On remplit l’écran en coupant une partie de l’image, en haut et en bas ou sur les côtés.
  • Étirer. On remplit l’écran en déformant l’image.

Les barres respectent l’image. Le recadrage peut convenir pour une image d’illustration, mais pas pour une œuvre dont quelqu’un a choisi le cadre. Quant à l’étirement, c’est la seule solution à exclure, car il trahit ce qui a été filmé. Dans les musées dont je parlais, il aurait suffi de mettre des barres noires sur les côtés. Dans une exposition d’histoire, une archive déformée est déjà gênante. Quand il s’agit d’œuvres d’art audiovisuelles, c’est vraiment problématique.

Les barres noires

Les barres noires ne sont pas un défaut. Elles montrent que l’image est respectée.

  • Une image 4/3 sur un écran 16/9 a des barres à gauche et à droite. On parle en anglais de pillarbox.
  • Un film en Scope sur un écran 16/9 a des barres en haut et en bas, ce qu’on appelle en anglais letterbox. Sur un écran Full HD, elles font près de 140 pixels chacune, et l’image n’occupe plus que les trois quarts de la hauteur de l’écran. Pour un film en Flat, elles sont beaucoup plus fines, une vingtaine de pixels.
  • Une vidéo verticale, en 9/16, sur un écran 16/9 n’occupe qu’un tiers de la largeur. À la télévision, on remplit souvent les côtés avec la même image, agrandie et floutée. Ce ne sont plus des barres noires, mais le principe est le même.

Quand l’image est déformée

Si les visages paraissent trop larges ou trop étroits, ou si une roue de vélo devient ovale, l’image a été affichée dans de mauvaises proportions. Je rencontre régulièrement trois causes :

  • On a étiré l’image pour remplir l’écran. C’est ce qui s’est passé dans les musées dont je parlais : la personne a tiré sur les bords de l’image dans son logiciel de montage, ou elle a choisi « plein écran ».
  • Le téléviseur ou le vidéoprojecteur étire l’image lui-même. Je regarde alors dans ses menus le réglage du format de l’image (« 16/9 », « 4/3 », « zoom », « automatique »…) et je choisis celui qui garde les proportions.
  • L’image est une archive en définition standard (SD), et l’information sur la forme de ses pixels s’est perdue.

Peu de gens connaissent cette dernière cause, alors qu’on la retrouve dans beaucoup d’archives. Sur un écran d’ordinateur, les pixels sont carrés. Mais dans un fichier SD, celui des DVD par exemple, l’image est toujours constituée de 720 × 576 pixels, que ce soit en 4/3 ou en 16/9. On peut se demander comment la même grille donne deux formats différents. En fait, ces pixels ne sont pas affichés à l’écran sous forme de carrés, mais de rectangles. En 4/3, chaque pixel est un peu plus large que haut, de 7 % environ. En 16/9, ils sont 42 % plus larges que hauts : c’est ce qu’on appelle le 16/9 anamorphosé. Le fichier contient une information qui indique au lecteur dans quelles proportions afficher l’image. Si elle se perd lors d’une numérisation, d’une conversion ou d’un montage, l’image s’affiche avec des pixels carrés, et elle est écrasée.

Quand je travaille avec des archives en SD, je vérifie donc toujours, sur une image où l’on voit un visage ou un objet rond, que les proportions sont justes.

Le cinéma a utilisé le même principe bien avant la vidéo. Le Cinémascope, en 1953, était tourné sur une pellicule 35 mm ordinaire, celle dont chaque image occupe la hauteur de quatre perforations, et dont les proportions sont proches du 1,37. Pour obtenir une image en 2,35 sur cette pellicule, on aurait pu se contenter d’une bande étroite au milieu de l’image, mais toute la surface au-dessus et en dessous aurait été perdue, et l’image aurait eu beaucoup moins de définition, avec un grain bien plus visible une fois agrandie sur l’écran. On a donc utilisé un objectif anamorphique, qui comprime l’image deux fois en largeur au tournage, pour qu’elle occupe toute la hauteur de la pellicule. À la projection, un autre objectif anamorphique la décomprime. L’anamorphose permet ainsi d’utiliser toute la surface de la pellicule, ou tous les pixels, pour faire une image plus large.

Quand l’image est coupée

Une image coupée, c’est une image recadrée sans qu’on l’ait choisi. Cela arrive dans plusieurs situations :

  • Le format du projet de montage n’est pas celui des images. Dans un projet 9/16, une vidéo filmée en 16/9 qui remplit le cadre perd ses côtés. Dans un projet 16/9, une vidéo verticale qui remplit le cadre perd le haut et le bas, et souvent la tête des personnes.
  • Le réseau social recadre l’affichage. Dans le fil d’Instagram, une vidéo 9/16 est souvent affichée en 4/5, coupée en haut et en bas, et les vignettes des profils sont recadrées elles aussi. Sur TikTok, les boutons et le texte de la description recouvrent le bas et le côté droit de l’image. Il vaut mieux garder les titres et les sous-titres loin des bords.
  • Le téléviseur recadre légèrement tous les bords. C’est un héritage des téléviseurs à tube, dont l’image débordait un peu de l’écran. Beaucoup de téléviseurs le font encore par défaut, et un texte placé tout au bord de l’image disparaît. Le réglage qui l’évite porte des noms variés selon les marques, par exemple « adapter à l’écran » ou « Just Scan ».
  • Le vidéoprojecteur est en zoom, ou son image dépasse de l’écran.

Le vidéoprojecteur a lui aussi un format

Derrière l’objectif d’un vidéoprojecteur, il y a une dalle de pixels. Un vidéoprojecteur Full HD a une dalle de 1920 × 1080 pixels, il est donc en 16/9. Si on lui donne une image 4/3, il l’affiche avec des barres noires sur les côtés, et une partie de la dalle reste inutilisée. Si l’on achète aujourd’hui un vidéoprojecteur vraiment bon marché, il sera souvent en 4/3, et c’est alors l’inverse : une image 16/9 n’en occupe pas toute la hauteur, avec des barres en haut et en bas. On en trouve encore beaucoup, notamment dans les salles de classe. Avant de placer l’appareil et de choisir la taille de l’image, il faut donc savoir quel est son format et celui des films qu’on va projeter.

Dans CapCut

Même dans une application aussi simple que CapCut, on peut régler tout cela :

  • Choisir le format du projet avant de commencer. Quand aucune vidéo n’est sélectionnée, le menu « Format » propose 9:16, 16:9, 1:1, 4:3, etc. C’est le cadre blanc qu’on voit autour de l’image.
  • Pour chaque vidéo, décider de la recadrer, c’est-à-dire de choisir quelle partie de l’image garder, ou de la réduire pour la voir en entier, en choisissant le fond qui l’entoure.
  • Ne jamais tirer sur les bords de l’image pour lui faire remplir le cadre.

Le plus simple est de choisir le format en fonction de l’endroit où le film sera vu, 9:16 pour un réseau social regardé au téléphone, 16:9 pour un écran ou une projection, et de cadrer dès le tournage en conséquence : on tient son téléphone dans le bon sens avant d’appuyer sur le bouton.

Pour aller plus loin

Portfolio

Chapitre 8 : Les proportions de l'image - 1 © Benoît Labourdette 2026. Chapitre 8 : Les proportions de l'image - 2 © Benoît Labourdette 2026. Chapitre 8 : Les proportions de l'image - 3 © Benoît Labourdette 2026. Chapitre 8 : Les proportions de l'image - 4 © Benoît Labourdette 2026.
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Citer ce texte Benoît Labourdette, « Chapitre 8 : Les proportions de l’image », Benoît Labourdette production, 3 novembre 2026.
https://www.benoitlabourdette.com/les-ressources/les-bases-du-cinema-et-de-la-video-numeriques/chapitre-8-les-proportions-de-l-image?lang=fr

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